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Les femmes, le christiannisme et l’Islam

Dans son article « La trahison de Bernadette », paru dans « Les 4 Vérités Hebdo » du 17 mai, Pierre Lance écrit : « Cet effacement de la femme, dont le catholicisme s’est lui-même rendu coupable pendant très longtemps, est désormais inacceptable en Europe ». Il est de fait que cet effacement de la femme est inacceptable, mais en rendre coupable le catholicisme ne me semble pas rendre compte de la réalité.
Pierre Lance, dont j’apprécie le courage et le talent, se proclame agnostique. C’est son droit. Mais, l’agnosticisme n’incite naturellement pas à étudier l’histoire des religions ni leur influence – déterminante – sur les civilisations et c’est dommage.
Si, par contre, on étudie celle de la religion chrétienne, on ne peut qu’être frappé par le fait que, dès ses débuts, elle a trouvé ses plus fervents adeptes parmi les femmes. Pourquoi ? Simplement parce qu’elle posait le principe de leur égalité avec les hommes, avec comme conséquence leur indépendance juridique. Une véritable révolution puisqu’il s’agissait de les libérer du carcan que le droit romain faisait peser sur elles depuis des siècles.
Que disait le droit romain (étudié à mon époque, dans toutes les Facultés de droit) ? Qu’elle était une éternelle mineure, une « incapable » en un mot. Son père avait sur elle – comme sur tous ses enfants – droit de vie et de mort. Elle passait, par son mariage (décidé par son père) de l’autorité de celui-ci à celle de son mari. C’est de cette autorité sans limite du « pater familias » puis du mari romains que la religion chrétienne l’affranchit. L’absolue nécessité de son libre consentement au mariage est capital. Dès lors, la majorité, qui lui est accordée assez jeune (12 ans en général), devient une garantie de son indépendance.
Dès le Haut Moyen âge, elle peut être propriétaire de ses biens propres, a droit, en cas de décès de son mari, à une partie de ce que le ménage a pu acquérir (l’ancêtre de notre régime actuel de communauté) et bénéficie même de la jouissance d’une partie des biens personnels de celui-ci. Bref, lui est reconnue l’entière capacité juridique que le droit romain lui refusait, ne la considérant pas plus que l’esclave…
Les femmes, pendant tout le Moyen âge, période éminemment chrétienne, vont pouvoir, seules, librement, s’engager dans les contrats, commercer, entreprendre en un mot, et aussi avoir des responsabilités politiques (Sainte Geneviève, Sainte Clotilde) et même les plus hautes, comme devenir reines… Elles peuvent librement entrer en religion, diriger des communautés, se lancer dans « l’action sociale ». On connaît l’œuvre considérable des institutions religieuses féminines (Fabiola, Paula, Sainte Hildegarde de Bingen, plus tard Sainte Thérèse d’Avila). Elles sont aussi chef de guerre (comment ne pas citer Jeanne Hachette et encore moins Sainte Jeanne d’Arc).
On le voit, c’est le christianisme qui a libéré la femme. C’est ce qui explique l’engouement de beaucoup d’entre elles pour la nouvelle religion et aussi le grand nombre de saintes dans la primitive Église (plus nombreuses que les hommes !), car, encore une fois, elle les libère. Elle leur assure aussi une grande sécurité avec l’indissolubilité du mariage qui exclut le divorce qu’acceptait le droit romain.
On mesure ainsi le caractère novateur, révolutionnaire peut-on dire, et résolument moderne du christianisme. C’est à la même période et sous la même influence que va disparaître l’esclavage. L’esclave, lui aussi, va devenir une personne (sur cette vaste question, se reporter aux travaux de l’éminente médiéviste Régine Pernoud, notamment « La femme au temps des cathédrales », [Stock, Paris, 1995] ; et à ceux du doyen Gabriel Lebras, de la Faculté de droit de Strasbourg, pour ne citer qu’eux).
Une fois de plus, et en ce qui concerne le statut de la femme, le « Moyen âge » n’est pas cet « âge de ténèbres » qu’aimaient à décrire les farouches instituteurs « laïcs » de 1880. On le sait aujourd’hui. C’est tout le contraire…
Mais, dès le XIIè siècle en Italie, et plus tard dans le reste de l’Europe, on redécouvre le droit romain qu’on essaie de réintroduire dans les lois, avec les funestes conséquences qu’on imagine pour la femme… dont les droits vont être de plus en plus réduits à partir du XVè siècle en France. Elle redevient, au XVIè siècle et progressivement jusqu’au XIXè, juridiquement incapable. Les juristes de l’Ancien Régime, imbus de droit romain, ne feront que renforcer ses dispositions, consacrées en grande partie par Napoléon dans le Code civil de 1804. Retour (presque !) à « la case départ »… (autorisation parentale pour se marier, incapacité juridique…). Par ailleurs, l’esclavage (aux colonies) était réapparu !
Si l’on considère les lois de l’Islam, on constate que ses conceptions au sujet de la femme ne sont guère éloignées de celles du droit romain (mariage fixé sous la direction de la famille, droits de succession réduits…) et on ajoutera que l’esclavage ne fut (officiellement) supprimé en Arabie Séoudite qu’en… 1962.
Écrire, comme le fait Pierre Lance, que « l’effacement de la femme (…) est un obstacle infranchissable à l’intégration de la religion musulmane dans la société occidentale » est exact. Mais assurer que le catholicisme en serait le complice est, à coup sûr, une erreur, ainsi que je crois l’avoir démontré.
Quant au recours à la laïcité, comme « seul moyen de résister à l’expansion de l’islamisme » proposé par Pierre Lance, on l’admettra sans peine, mais à la condition que la notion de laïcité ne soit pas confondue avec l’athéisme d’État, comme c’est trop souvent le cas chez nous (elle fut introduite par Clovis en adoptant la religion de Clotilde et non l’hérésie arienne et qu’ainsi entendue, elle s’oppose à l’Islam qui confond les pouvoirs spirituels et temporels). On peut penser en définitive que c’est par les femmes que l’intégration des musulmans en France (s’ils ne sont pas trop nombreux…) pourra s’opérer. Les jeunes « beurettes » voudront de moins en moins vivre comme leurs mères. Au contact de notre civilisation (chrétienne dans ses racines), elle a quelque chance de s’effectuer, mais à la condition que les Français restent fidèles aux principes de la religion qui a façonné leur pays de manière indélébile.
Il faudrait aussi qu’ils en connaissent la véritable histoire. Là encore, lutter contre « l’historiquement correct » est à recommander…
Daniel Heck
Docteur en droit (Paris),
Master of Laws (Harvard), Notaire honoraire

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com