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Le problème corse, un reflet du mal français
Alain Dumait

L’arrestation d’Yvan Colonna, meurtrier présumé du Préfet de la Corse, Claude Érignac, après une cavale de plus de quatre années, démontre, s’il en était besoin, que la Corse n’est pas une région française comme les autres, car nulle part ailleurs, une telle situation n’eut été imaginable : ni le crime, ni la planque.
Finalement, dans cette affaire, la police et son chef, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, ont fait du bon travail. Mais de là à éradiquer la violence qui règne dans l’île, rien n’est moins sûr, surtout après le faux-pas du référendum institutionnel de dimanche dernier.
Même courte, la défaite du pouvoir est d’autant plus indiscutable que les observateurs, il y a encore quelques semaines, s’attendaient à une victoire confortable du « oui ». Aujourd’hui, rétroactivement, on ne peut que se demander ce que le Gouvernement est allé faire dans cette galère. Sauf à considérer qu’il y avait bel et bien un accord entre le ministre de l’Intérieur et les indépendantistes.
Dans la droite ligne de la politique suivie sur ce dossier par Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy, depuis plusieurs années, s’est converti à la thèse de l’autonomie corse. Le statut de collectivité territoriale unique proposé par la consultation du 6 juillet n’était rien d’autre que la première étape sur la voie de cette autonomie politique. Dans ces conditions, tous les leaders nationalistes corses ont appelé à un vote favorable. Et, pour leur donner satisfaction, le mode d’élection des futurs conseillers territoriaux était précisé dans le projet à savoir, un scrutin proportionnel garantissant la représentation des formations minoritaires, en particulier, celles des indépendantistes. Le projet du gouvernement était également soutenu par des personnalités susceptibles de briguer la présidence de cette nouvelle entité et aussi, mais plutôt mollement, par les représentants insulaires officiels de l’UMP et du Parti socialiste.
Le « non » au référendum était défendu, sur place, non seulement par les opposants déclarés au gouvernement Raffarin mais aussi par tous les notables dont la situation risquait d’être remise en cause par la disparition des deux départements, c’est-à-dire par la plupart des Conseillers régionaux.
En outre, la grogne liée à la réforme du financement des retraites a été particulièrement forte en Corse où le poids de la fonction publique est plus important qu’ailleurs…

La clarté
est une exigence démocratique

Le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, tout à son chantier de la décentralisation, accepta de suivre son ministre de l’Intérieur sur ce terrain glissant de l’autonomie territoriale, où la Corse ferait figure de pionnier. Il semble que Jacques Chirac ne se soit pas laissé convaincre, sans pour autant mettre son veto à la réforme, d’où son intervention modeste mais malencontreuse, prétendant qu’en votant « oui », les Corses feraient le choix du maintien de l’île dans la République française, alors que le nouveau statut proposé aurait eu inévitablement pour conséquence de souligner son particularisme, sa spécificité et aurait donc, sans aucun doute, favorisé son éloignement.
Le gouvernement paie sa maladresse et sa confusion. La Corse restera durablement avec son statut actuel qui fait de cette île de moins de 300 000 habitants, une région à part entière regroupant deux départements, ce qui aboutit à un nombre d’élus plus important que partout ailleurs.
Les conseillers du Premier Ministre ont aussitôt indiqué que les projets de décentralisation du gouvernement ne seraient pas remis en cause. On peut cependant en douter. D’abord, parce que plusieurs autres échéances urgentes l’attendent : par exemple, la réforme de l’assurance-maladie dont le déficit pour l’année en cours sera sans doute compris entre 15 et 20 milliards d’euros ; par exemple, le budget de l’État pour 2004 qui va nécessiter de douloureuses coupes sombres dans les dépenses pour limiter le déficit à un niveau jugé acceptable par les autorités de Bruxelles… Ensuite, parce que cet échec du référendum constitutionnel en Corse démontre, s’il en était besoin, qu’un gouvernement doit toujours se méfier des interférences entre les différentes réformes qu’il entreprend. On l’avait vu avec l’Éducation nationale (interférence entre la décentralisation de la gestion d’un certain nombre de personnels et la réforme du financement des retraites) ; on l’a vu encore en Corse (interférence entre la réforme institutionnelle, le statut des élus et la réforme des retraites).
Pour que des réformes importantes soient acceptées par l’opinion, y compris par ceux qui auront éventuellement à en souffrir, il vaut mieux que celles-ci aient été annoncées lors de la campagne électorale ayant abouti à la formation d’une nouvelle majorité. C’est même une exigence démocratique. Mais ni le nouveau statut de la Corse, ni la décentralisation à la mode Raffarin ne figuraient, sauf erreur, au programme du candidat Chirac

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com