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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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L’idéologie du chiraquo-bovisme
Alain Dumait


Il dépendait de Jacques Chirac et de lui seul que José Bové soit effectivement présent, ou non, du 8 au 10 août, pour animer le rassemblement altermondialiste « Larzac 2003 », imaginé quelques mois auparavant par un collectif d’organisations gauchistes.
Un simple rappel chronologique n’est pas inutile. José Bové était incarcéré depuis le 22 juin à la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone dans l’Hérault pour avoir arraché, sur la propriété d’autrui, des plans de maïs transgénique. Il y était pour purger une peine de quatorze mois de prison. Il y serait donc encore sans la volonté et l’action personnelle du Président de la République qui lui a d’abord accordé deux mois de grâce présidentielle, auxquels se sont ajoutés encore deux mois et demi au titre des mesures de grâces collectives du 14 juillet. C’est ce qui a ramené sa peine à neuf mois et demi de prison. Et ce qui a fait passer son régime sous le coup de l’article D136 du Code de procédure pénale qui permet à un détenu condamné à moins d’un an de travailler à l’extérieur. Seul le Parquet, à la demande du garde des Sceaux, pouvait s’opposer au bénéfice de cette procédure, et ce ne fut pas le cas. C’est donc bien le cumul des grâces présidentielles, qui a permis la libération, le 2 août, de José Bové.
Jacques Chirac, le 14 juillet dernier, se voulait ferme. Il disait : « Les militants syndicaux sont des Français comme les autres et ne doivent pas s’imaginer que cette vocation leur donne le droit d’enfreindre la loi ». Mais ce n’était qu’une apparence. Dans le même temps, il organisait bel et bien, par faveur spéciale, l’élargissement du moustachu violent. Comme il avait un an plus tôt, gracié le député communiste délinquant Maxime Gremetz.
Pour le Président de la République – sans doute candidat à son propre renouvellement en 2007 – l’élargissement du fossé entre, d’une part, un parti socialiste encore sonné par son élimination du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002, aujourd’hui dirigé par un premier secrétaire à l’allure et au charisme d’un chef de bureau de sous-préfecture, et d’autre part, un ensemble de groupuscules gauchistes peut paraître une bonne stratégie. Quel chef politique ne se réjouirait pas de la division de ses adversaires ?
Comme cela a déjà été observé, le parti socialiste, du temps de François Mitterrand, aurait soufflé autant qu’il le pouvait dans les voiles du Front National. Pour les mêmes raisons, aujourd’hui, l’Élysée apporterait un coup de pouce aux révolutionnaires post-marxistes.

Connivence

Cette thèse n’a que l’apparence du vrai. Elle fait fi de la complicité intellectuelle qu’il y a certainement entre Jacques Chirac et José Bové. D’ailleurs, dès le lendemain du rassemblement du Larzac, Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l’UMP, qui n’ouvre jamais la bouche sans demander auparavant la permission du Chef de l’État, déclarait « légitime » le combat de José Bové, même s’il ajoutait que les solutions avancées étaient « inapplicables ».
Or, qu’est-ce que le « bovisme », ce nouvel avatar de la contestation sociale permanente ?
L’ennemi désigné est l’OMC, Organisation mondiale du commerce (qui a succédé au GATT), dont la mission est d’organiser, notamment sous la forme de sessions intergouvernementales, la libéralisation du commerce international. C’est ainsi que, du 10 au 14 septembre prochain, les ministres du commerce de 146 pays du monde se retrouveront à Cancún, au Mexique, pour envisager de nouvelles mesures de libéralisation des échanges.
Pour José Bové et ses amis, derrière l’OMC, se cachent les intérêts des principales firmes multinationales, notamment, leurs bêtes noires, les semenciers, fournisseurs d’OGM. À partir de là, est échafaudé le scénario d’un complot mondial dont les victimes seraient l’ensemble des personnes et des intérêts s’opposant à ce projet. Les uns seraient motivés par des profits exorbitants. Les autres seraient de preux chevaliers, s’opposant à un libéralisme débridé, contestant l’ultra-capitalisme, dénonçant la marchandisation de tout. C’est sur cette ligne politique que les altermondialistes viennent d’être rejoints par les opposants à la réforme du régime des retraites, par les enseignants en lutte contre la moindre décentralisation… Le point commun entre toutes ces soi-disant luttes sociales, c’est leur conservatisme, la défense de situations acquises, leur caractère rétrograde.
À Paris, à Bruxelles ou à Cancún, Jacques Chirac ou ses représentants défendent une version modérée ou réaliste de ce « bovisme ». Ce réformisme s’incarne aussi bien sous la forme de notre chère « exception culturelle », de notre système de protection sociale ou de notre État-providence.
Entre un José Bové qui souhaite un échec à Cancún et un Jacques Chirac arc-bouté sur une politique agricole commune funeste et insupportable, la distance est moins grande qu’elle en a l’air.

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com