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Article du journal Les 4 vérités Hebdo ,
http://www.les4verites.com
Les rafistoleurs du socialisme à
la Française
Alain Dumait
Des esprits naïfs pourraient croire que, dans la situation où
elle se trouve, la Sécurité sociale à la Française
est forcément à un tournant, que l’heure de vérité
a sonné.
Ce serait évidemment le cas si nous avions affaire à une
entreprise normale et non pas à ce qu’elle est, c’est-à-dire
un monstre bureaucratique d’inspiration communiste. Ceci résulte
non seulement des conditions de sa mise en place, sous le gouvernement
provisoire du Général de Gaulle, avec participation de
ministres communistes, mais encore de son principe de fonctionnement
: « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins
». D’une entreprise à caractère communiste, la Sécu
a même les tares les plus caricaturales, avec son fonctionnement
à trois vitesses, la troisième étant strictement
réservée à tous les privilégiés du
régime, fonctionnaires, politiciens, employés des entreprises
publiques (voir page 2, l’article de Bernard Trémeau).
La Sécurité sociale, malgré le terme « d’assurance
» donné à sa branche maladie n’est pas une simple
entreprise de mutualisation des risques. C’est plutôt une entreprise
d’État sui generis. Ses recettes appelées cotisations
sont ni plus ni moins que des impôts. Elles sont d’ailleurs considérées
comme tels par tous les organismes internationaux. Des impôts
prélevés sur les salaires puis sur les revenus de l’épargne.
Des impôts proportionnels au revenu – avec abattements pour les
plus modestes – auxquels l’impôt sur le revenu des personnes physiques
ne fait que s’ajouter. Tous les observateurs lucides de notre système
fiscal savent qu’il y a chez nous deux impôts sur le revenu :
le premier est proportionnel, ce sont les cotisations sociales, tandis
que le second est très progressif, c’est l’IRPP. C’est l’addition
de ces deux impôts qu’il convient de comparer aux systèmes
fiscaux concurrents, en Europe et ailleurs dans le monde.
À partir du moment où les cotisations sociales sont regardées
pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des impôts, leur contrepartie
sous la forme de droit à prestations n’a plus de caractère
automatique. C’est ainsi que Jean-Pierre Raffarin et son ministre Jean-François
Mattéi, pour, soi-disant, équilibrer les comptes de la
Sécu, tout comme leurs prédécesseurs depuis vingt
ans, examinent toutes sortes d’économies possibles, qui toutes
reviennent à réduire les droits à prestations des
assurés, au moins pour certains d’entre eux, en particulier ceux
qui appartiennent à des catégories réputées
plus aisées. À partir du moment où la Sécu
rembourserait un accident de la circulation mais ne rembourserait plus
un accident de loisir, comme l’a suggéré, lundi dernier
le Premier ministre, elle n’aurait plus d’assurance que le nom.
Ce que l’on sait des réflexions des conseillers techniques de
Matignon, comme de celles des 53 membres du nouveau « Haut conseil
pour l’avenir de l’assurance maladie », qui vient d’être
installé, permet de pronostiquer que la réforme mise en
route de la Sécurité sociale par ce gouvernement supposé
être de droite ira dans le sens d’une collectivisation encore
plus grande. La couverture complémentaire santé, prise
en charge par la collectivité au profit des plus démunis
(y compris, les immigrés) va être encore élargie.
Le flicage des professionnels de santé, dénommé
désormais « pilotage » va être accru. La sélection
entre les traitements thérapeutiques officiels, normalement remboursés
et les autres, pas du tout ou peu remboursés (homéopathie)
va être accentuée. Et les organismes formellement extérieurs
à la Sécurité sociale, aussi bien les mutuelles
que les compagnies d’assurance privée, vont être regroupés
dans un vaste ensemble voué à la « santé
publique »…
En ce qui concerne les recettes, le Premier ministre n’a rien exclu,
pas même une nouvelle augmentation de la CSG. Mais celle-ci, en
toute hypothèse, ne serait pas annoncée avant juillet
prochain, pour cause d’élections générales au premier
semestre de 2004.
On sait que le Président de la République, à plusieurs
reprises, s’est dit très attaché aux principes de fonctionnement
de notre système de santé, et au-delà, à
l’ensemble de notre Sécurité sociale. Pour lui, c’est
un « bon système », il convient seulement de le moderniser,
c’est-à-dire le faire bénéficier de nouveaux apports
techniques. On pense à l’agriculture soviétique dont les
principes collectivistes étaient régulièrement
réaffirmés par les dirigeants de l’URSS qui considéraient
qu’il fallait simplement augmenter le nombre des tracteurs…
Comme la Sécu serait le bien de tous (malgré les inégalités
flagrantes sur lesquelles elle repose), Jacques Chirac, pour la sauver,
a cru pouvoir faire appel à la responsabilité de chacun.
Sous-entendu : que chaque assuré restreigne un peu sa consommation
de médicaments et de soins. Que chaque professionnel de santé
concourre à la diminution des gaspillages, et le système
pourrait retrouver son équilibre.
L’ennui, c’est que les tares du système – inégalités,
pénurie, gaspillages… – sont inhérentes à ses principes.
« Quand le système est irresponsable, les citoyens sont
irresponsables ».
Article du journal
Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com
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