SOMMAIRE du N°180:

 

 

L'échec de la droite est indissociable de l'accaparement du pouvoir politique par une caste issue de la haute fonction publique

L'ouvrage d'Éric Branca, «Le Roman de la droite» (1974-1998) - dont nous rendons compte en page 7 - fait d'autant mieux apparaître les raisons de son échec que l'auteur se contente presque toujours de laisser parler ses personnages, rapportant les faits, en limitant au minimum ses propres commentaires. Et ce constat, quasi-photographique, est saisissant. D'abord on a affaire à des personnes qui se détestent. C'est la véritable raison de leurs divisions suicidaires. Et ils se détestent non pas parce qu'ils sont intrinsèquement détestables, ils sont même souvent sympathiques, voire charismatiques (comme presque tous les hommes politiques), mais parce qu'aucune règle ne préside vraiment au fonctionnement des appareils dont ils se sont emparés, au gré des circonstances, comme leurs aînés s'étaient emparés des syndicats et des entreprises de presse à la Libération. De Gaulle avait une légitimité particulière, qu'il tenait d'ailleurs à confronter au suffrage populaire par la procédure du référendum. Pompidou, même en froid avec le Général, était son successeur élu sans conteste en 1969. Giscard comme Chirac se sont auto-désignés candidats et s'appuyaient sur des organisations sans réelle vie démocratique, ce qui n'empêche pas les querelles, et même sans doute les favorise !

L'auteur y voit la première raison de l'échec de la droite RPR-UDF La seconde étant d'avoir déserté le camp national pour adhérer au camp du mondialisme libre.échangiste.

 L'observation est juste : Giscard a été l'inventeur des sommets économiques mondiaux, tandis que Chirac, avant de se rallier à la construction européenne version Maastricht, n'osa pas aller jusqu'au bout de ses rodomontades,tour à tour adressées à Giscard puis à Mitterrand. Mais elle ne fournit pas l'explication ultime. Car plusieurs exemples contemporains attestent que l'ouverture économique peut être un puissant facteur de prospérité. Et qui peut douter que la droite était principalement attendue sur ses résultats économiques et en particulier sur le chômage ?

La droite a échoué sur le terrain où on attendait qu'elle réussisse,celui des réformes économiques libérales. Elle a échoué parce qu'elle a fait à cet égard une politique dirigiste, qu'on attendait plutôt de gouvernements de gauche.

Et il en fut ainsi parce que la caste de la haute fonction publique, interventionniste et sans culture de marché, s'était préalablement emparée des leviers de commande qui ouvraient les portes du pouvoir politique.

L'échec de la droite, c'est d'abord celui de cette confiscation.

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Pour une droite vraiment plurielle.

Par Jean Rouxel

Vous êtes nombreux, depuis un mois, à nous écrire pour nous dire «j'ai peur que vous ne vous soyez enthousiasmé un peu vite pour Charles Millon». Et vous êtes (presque) aussi nombreux à nous interpeller, depuis quinze jours, sur le thème contraire : «ne lâchez pas Millon ! ...

Charles Millon a créé un mouvement politique qui, à ce jour, n'est pas un parti politique, et dont il n'est pas sûr qu'il le deviendra, le 4 octobre prochain ou plus tard. Ce mouvement s'appelle «La Droite», Et l'engouement dont il a bénéficié depuis deux mois tient d'abord au choix de Charles Millon de se faire élire président de la région Rhône-Alpes en acceptant les voix des élus, du Front National, alors que Balladur et Léotard préféraient faire élire des socialistes. Il tient ensuite à la dénomination retenue, à cette référence sans complexe à la droite.

Comme plusieurs milliers d'autres Français, nous avons été sensibles à ces deux éléments : le courage personnel de l'homme, et sa volonté de concourir à rétablir clairement le seul clivage qui vaille dans une démocratie représentative, qui est le clivage droite gauche. Sa référence aux autres grands partis de droite en Europe nous paraît pertinente. La droite doit être accueillante aux différences quila traversent et qui font sa richesse,à la seule condition qu'ils s'inscrivent dans un clivage «supérieur».

Un tel projet, en effet nécessaire au bon fonctionnement démocratique de notre pays, ne peut se réaliser demain qu'en l'absence de toute exclusive à l'égard de personne, ni à l'égard d'aucune formation existante, en particulier le Front National. C'est pourquoi nous avons fait reproche à Charles Millon, quand il parle clairement du FN, de parler de droite «extrême», d'évoquer des propositions «inacceptables» ou de reprendre le leitmotiv du «racisme et de la xénophobie». La droite doit laisser à la gauche le privilège et l'exclusivité de l'anathème. Comme la gauche a toujours laissé le soin à la droite d'identifier et de peser «l'extrême gauche».

Il y a du vrai dans la remarque de François Léotard, notant que les partisans de Millon sont plutôt hostiles à Chirac, plutôt réticents à l'Europe et plutôt enclins à des accords avec Le Pen. C'est ce qui s'est vu le 6 juin dernier. C'est à dire des positions exactement contraires à celles de Millon. Ce qui ne constitue pas forcément un problème pour le succès de l'entreprise lancée par le président de la région Rhône-Alpes-A la seule condition qu'il communique désormais davantage sur la nécessaire et légitime diversité de la droite...

Un grand parti de droite devrait comporter des «européens» et des «anti-européens», des «libéraux» et des «dirigistes», des «jacobins» et des «girondins», des «làiques» et des «chrétiens»,,,, la réduction du poids des charges publiques, par la diminution des interventions essentielles des collectivités, étant, finalement, sans doute,le seul point commun partagé par toutes les familles de la droite.

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La fausse querelle de la définition de la droite

On finit presque toujours par avoir les mêmes opinions politiques que ses parents. C'est vrai partout et par tous les temps. Aux États-Unis, on est républicain ou démocrate de père en fils. En Grande Bretagne, on est travailliste ou conservateur de génération en génération. Et cela se vérifie à 95%! De même, chez nous, les Français se situent parfaitement sur l'échelle droite-gauche. Quand ils sont interrogés par les instituts de sondages, ils répondent sans hésiter à la question de savoir s'ils sont à droite ou à gauche ,très à droite ou très à gauche, plutôt à droite ou à gauche. Peu nombreux sont ceux qui s'inscrivent dans la colonne «N.S.P» (ne se prononcent pas). Et très peu nombreux sont ceux qui refusent vraiment ce clivage droite-gauche.

Tout se passe comme si les grandes familles politiques se survivaient durablement à travers les vicissitudes des formations qui les incarnent.

Et, de fait, de nombreux sociologues, dans de nombreuses régions, ont démontré que le clivage droite gauche, tel qu'il est aujourd'hui, ne fait souvent que recouvrir d'autres clivages, qui remontent à la période révolutionnaire, à celle qui précéda, voire aux guerres de religion ou aux distinctions sociales qui structuraient la société au Moyen-Âge.

C'est pourquoi les élections, quand la vie politique est organisée autour de ce clivage droite-gauche, se gagnent sous l'effet de déplacements de voix qui sont presque toujours marginaux. Qui résultent davantage de la capacité de chaque camp à mobiliser ses propres troupes plutôt que de transgressions aboutissant de la part des électeurs à un changement de camp.

C'est à l'intérieur de chaque camp que les courants d'idées ont alors vocation à s'affronter fortement et loyalement. Le parti républicain américain qui détient actuellement la majorité dans les deux chambres est une mosaique de chapelles, de groupes d'influence et même de lobbies.

lmpossible de définir ce parti par rapport à ses positions dans le domaine de la bioéthique, sur le terrain de la politique étrangère ou par rapport à l'organisation des systèmes de retraite et de santé. C'est ainsi que chaque nomination de candidat à un poste électif est actuellement l'occasion d'un affrontement farouche, au sein du même parti républicain, entre les «pro-life», les «pro-gun», les «anti-tax», et leurs adversaires.

Bien sûr une tradition existe, qui résulte d'une histoire. Dans le cas du parti républicain américain, elle remonte principalement à Abraham Lincoln, à qui on doit non seulement l'abolition de l'esclavage, mais aussi les discours les plus inspirés sur le caractère indissociable de la responsabilité individuelle et de la dignité de la personne humaine.

En France, le problème de la droite est moins de se définir que de se réunir, toute entière, sans exclusive. Non pas sur un programme, mais sur de simples et fortes valeurs. En accueillant sans exclusive tous ceux qui se reconnaissent à droite.

C'est exactement ce qu'attendent de Millon les troupes qui se sont déja mobilisées sur son nom.

Alain Foucart

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Convention "pour l'Entente à droite" du 6 juin 1998

Nous poursuivons la publication d'extraits significatif des interventions pronocées à la tribune, à l'occasion de notre Convention du 6 juin 1998 consacrée à l'adoption du «Manifeste pour l'Entente à droite».

Guy Millière, philosophe:

Oui à l'immigration Saine, non à l'immigration malsaine

Le point dont je vais parler maintenant me semble d'une importance peut être plus nette, plus décisive, sans doute parce qu'il est celui que la gauche utilise le plus volontiers pour proférer ses tabous et essayer de faire peur. Il s'agit de l'immigration.

La première chose que nous devons dire, ce me semble, est que l'immigration en soi n'est ni un bienfait ni une catastrophe, L'immigration est une donnée à prendre en compte, et c'est une donnée dont on peut lire le fonctionnement et les effets, de manière froide,sociologique. Des sociologues ont étudié les flux migratoires planétaires en tant que données et ils sont parvenus à une conclusion qu'on peut résumer de la façon suivante: les immigrants répondent aux incitations disséminées dans la Société d'accueil. Si la société d'accueil incite au travail, à l'assimilation, à l'épargne, elle recevra des immigrés qui veulent travailler, qui veulent s'assimiler et qui veulent épargner En ce cas, on pourra parler d'immigration saine et constructive.Si la société d'accueil incite à vivre en position d'assisté, à conserver sa culture d'origine et à se replier sur sa communauté, elle recevra des immigrés qui correspondront aux incitations, et l'on pourra parler d'immigration malsaine, et potentiellement destructrice.

Une droite libérale digne de ce nom est tout à fait à même de dire que sur le plan des principes, elle n'a rien a priori contre une immigration saine, mais que par contre elle s'oppose à une immigration malsaine.

Et cela permet de placer la question à un autre niveau: si nous voulons une immigration saine,il nous faut des incitations saines.

La France a eu dans le passé une immigration saine, une immigration de gens travailleurs et qui s'assimilaient, elle n'a plus cette immigration, elle a maintenant essentiellement une immigration malsaine de gens qui viennent vivre en position d'assistés, qui refusent de s'assimiler et qui s'imprègnent d'un discours de haine et de ressentiment. La faute à qui? La faute à ceux qui ont changé les incitations. La faute à ceux qui ont fait qu'il pouvait être plus intéressant en ce pays de vivre aux crochets des autres plutôt que de vivre en travaillant, la faute à ceux qui ont sciemment (car je pense que nous pouvons les accuser de l'avoir fait sciemment) multiplié les pauvres et les chômeurs pour augmenter leur clientèle électorale.

Replacer les choses de cette façon nous permet d'arracher les masques et de dire aux gens de gauche: assez d'imposture, vous avez multiplié les pauvres et les chômeurs,vous avez fait que des gens aient pu avoir l'idée de venir en France pour vivre d'assistance,vous les avez laissés rentrer et vous avez transformé l'immigration en immigration malsaine.Vous êtes responsables de la violence et de l'insécurité dans les banlieues-Vous êtes responsables de la dégradation de la situation dans tant de cités et tant d'établissements scolaires.

Nous ne nous trompons pas d'adversaire. Nous n'avons rien contre les immigrés qui sont venus à cause de vous: nous voulons changer les incitations, c'est tout. Nous voulons leur dire: nous remettons les règles à leur place. Désolé,le temps de l'assistance des uns sur le dos des autres est terminé,désormais pour vivre en France il faut travailler, il faut s'intégrer, ou bien il faut partir. Nous n'avons rien contre les immigrés venus à cause de la gauche, non:ils sont victimes eux-mêmes, on les a appelés, ils ont répondu, les coupables, ce sont ceux qui les ont appelés, ce sont les dirigeants socialistes et communistes. Et les dirigeants socialistes et communistes ont voulu l'immigration malsaine, nous devons le leur dire parce que nous le savons, pour multiplier le nombre d'assistés dépendants d'un gouvernement de gauche et prêts à tout pour que la gauche reste au pouvoir.lls ont voulu l'immigration pour naturaliser si possible, et à chaque fois que cela a été possible: des assistés naturalisés, cela fait des électeurs fidèles. Et c'est ainsi qu'on reste au pouvoir, c'est ainsi qu'on fausse la démocratie, c'est ainsi qu'on essaie de rendre toute alternance impossible. C'est ainsi qu'on prétend renouveler à l'infini son bail électoral. Dans les années 80, des dirigeants socialistes disaient : dans quelques années il n'y aura plus d'alternance qu'entre nous et nous.lls n'y sont pas encore tout à fait parvenus, mais ils y travaillent,soyez en sûr, et l'immigration malsaine est l'un de leurs instruments. Rien,strictement rien de ce qui est malsain ne leur est étranger

Notre tâche de droite libérale, et cela devrait être un thème essentiel de l'union à droite, devrait être de dire: oui à l'immigration saine, non à l'immigration malsaine.

Et parce que les règles du jeu ont été faussées ces dernières années, nous rétablissons les règles sans xénophobie. Les xénophobes ce ne sont pas les gens de droite qui ne veulent pas recevoir des gens qui vivent parasitairement, ce sont ceux qui font venir des gens qui vivent parasitairement et qui assimilent ces gens aux étrangers.

Honte à vous, messieurs et mesdames les socialistes, en faisant venir des paresseux des pays pauvres,voulez vous vraiment nous faire croire que tous les gens de ces pays sont des paresseux? Quelle France êtes-vous en train de créer? Nous vous accusons d'incitation à la xénophobie, nous vous accusons de ruiner la France en y multipliant les assistés,et nous vous accusons aussi de faire fuir ceux qui seraient prêts à entreprendre. Pendant que la France a une immigration malsaine et qui la ronge comme un cancer les immigrés prêts à travailler vont ailleurs.lls ne sont pas fous,ils savent que la France est un pays où il faudra bientôt être dérangé mentalement ou suicidaire pour oser entreprendre, et, malheur suprême, les Français prêts à travailler vont ailleurs eux aussi. Des pays à nos portes,la Grande Bretagne par exemple, reçoivent une immigration saine, et dans cette immigration les jeunes français désespérés par la situation française se font toujours plus nombreux.

Une droite libérale digne de ce nom a autre chose à dire sur ce plan: on nous parle sans cesse dans les discours officiels d'état de Droit, or (et c'est un point sur lequel il faut insister sans cesse) nous ne sommes pas dans un état de Droit.

L'une des tâches urgentes qui sont devant nous devrait être de restaurer l'état de Droit ou peut-être même de créer un état de Droit en France. Un état de Droit est une société où le Droit est placé au dessus des fluctuations des lois et où le Droit sert de garde-fou contre les dérives législatives. Un état de Droit empêche que certaines lois soient passées, si elles sont contraires au Droit Dans un état de Droit,la propriété est un droit fondamental, c'est même le droit fondamental et la tâche essentielle de l'État est de défendre la propriété.

Quand on voit que la police passe davantage de temps à racketter les automobilistes de diverses façons qu'à arrêter les voleurs et les délinquants il est clair qu'on n'est pas dans un état de Droit. Dans un état de Droit, les membres de l'état de Droit sont comme les membres d'un club: ils ont le droit de dire «désolé, l'entrée est réservée aux membres».Vous voulez devenir membres, ce sont les membres qui décident des conditions d'adhésion et qui détident d'accepter ou de ne pas accepter de nouveaux adhérents.

Les citoyens français devraient être considérés comme les membres de l'état de Droit que doit redevenir la France, et il devrait être possible de façon logique, sans honte aucune, de dire à ceux qui veulent immigrer «c'est nous qui décidons des conditions et nous avons le droit de décider des conditions,c'est nous qui décidons de qui nous acceptons et de qui nous n'acceptons pas».

Restaurer ou créer un état de Droit en France permettrait en soi de séparer le bon grain de l'ivraie, de poser les bases d'un discours sur l'immigration respectueux de la personne humaine et respectueux aussi de la souveraineté des individus composant la population française.

Cela implique la tâche essentielle qui est devant nous: nous donner, en bit, les moyens d'un réarmement intellectuel et moral. Si la gauthe avance, c'est parce que les valeurs de droite ne sont plus afirmées,c'est parce qu'intellectuellement les idées de droite ne sont plus en place.

Les hommes politiques de droite actuellement partagent le vocabulaire des hommes politiques de gauche et parfois leurs idées. Dés que nous aurons retrouvé nos idées le reste suivra.

Il est urgent que nous retrouvions nos idées, et, dirai-je, c'est sans doute le moment où jamais. La France est un pays gravement malade au sein d'une Europe déclinante. Le moment approche où la gauche une fois de plus laissera le pays exsangue, détraqué,sans repères, décervelé. Si nous ne sommes pas là pour oflrir les repères de l'avenir de la liberté et du dynamisme,toutes les aventures sont possibles, y compris les pires. Nous devons être là. Nous serons là,j'en suis sûr,si notre réunion de ce matin se prolonge. Son prolongement dépend de nous et uniquement de nous.

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Convention "pour l'Entente à droite" du 6 juin 1998

Yves-Marie Laulan, économiste :

Six mesures pour l'emploi:

Parler de façon originale de l'emploi en France, en l'an de grâce 1998, relève de la gageure. Un peu comme vanter les charmes de l'eau d'Evian à un alcoolique invétéré ou essayer d'expliquer les principes élémentaires d'économie à Martine Aubry. C'est un exploit, une directissime himalayenne , digne du Procureur Davenas.

C'est qu'en France, le problème de l'emploi n'est nullement, contrairement à ce qu'un vain peuple pourrait croire, un problème économique, mais un problème culturel. Voici bien des années, mon regretté ami Pierre de Calan avait publié un livre intitulé : " Chère inflation ". Il pourrait aujourd'hui le reprendre sous le titre de " Cher chômage ", ou, pour faire plus polisson, " Chômage chéri ". Car les Français aiment le chômage. Sauf naturellement ceux qui sont au chômage, et encore.

Mais venons-en aux faits. Le gouvernement célèbre comme une victoire olympique ces jours-ci, le fait pourtant banal, que la France vient de franchir, à la baisse, la barre des 13% de chômage, avec une croissance, s'il vous plaît, à 3%. Ouf.

Mais où en sera-t-on dans quelques années, quand les effets euphorisants de l'Euro seront épuisés, et que nous retomberons à une croissance zéro ou moins encore. Nous retrouverons, bien sûr, un chômage à 13%, voire davantage. Tout ceci pour dire que la France est affligée d'un chômage structurel de cet ordre là, depuis des années, en fait depuis que M. Mitterrand, et oui, proclamait majestueusement par voie d'affiche " qu'un million de chômeurs, moi François Mitterrand, je dis que cela est injuste ".A la fin de son règne, le chômage avait triplé.

Pendant ce temps-là, pendant que la France se vautre allègrement dans un chômage chronique à 13% les États-Unis ont créé 10 millions d'emplois en dix ans et ramené leur taux de chômage à moins de 5% et les Anglais à moins de 7%.

Tout ceci démontre clairement qu'il y a dans le monde d'aujourd'hui non pas trois, mais deux modèles économiques, pas un de plus. Pas le fameux modèle rhénan dont on nous a bassiné pendant des années les oreilles, mais tout simplement le modèle français fondé sur l'étatisme et la dépense publique et le modèle anglo-saxon fondé sur le libéralisme.

Le premier produit du chômage comme le pommier produit des pommes, et l'autre crée des emplois, comme l'eau de la rivière coule de la source.

Sur les causes du chômage structurel en France, je ne vous ferai pas un long exposé. Lisez plutôt les " 4Vérités " des dernières années, publicité gratuite-Tout y est : une réglementation imbécile et surannée, des transferts sociaux adipeux, des dépenses publiques gigantesques, obèses, des charges sociales gargantuesques ainsi qu'une immigration obsidionale. L'économie françaises est devenue, sous la vraie gauche comme sous la fausse droite, une merveilleuse machine à fabriquer du chômage. C'est là, hélas, la véritable exception française chère à M, Juppé. Je ne suis pas sûr que ce nom vous dise quelque chose. Enfin bon. Nos gouvernements pilotent l'économie en écrasant à la fois la pédale de l'emploi et du chômage.( n'est guère surprenant dans ces conditions que l'économie française progresse comme une vieille machine à vapeur en toussotant, crachotant et en haletant, pendant que nos jeunes décampent à qui mieux mieux à l'étranger pour trouver des emplois, précisément.

Alors que faire ? Eh bien, ne nous leurrons pas, le remède sera douloureux, voire quasi insupportable, après des décennies de lente et insidieuse auto-intoxication- Mais si l'on n'emploie pas une thérapeutique radicale, si on veut jouer au gradualisme cher au bon docteur Barre, Dieu ait son âge, le moment venu, le gradualisme donc ne marche jamais, en France comme ailleurs.

Certes, il faudra s'attendre à une levée de boucliers. Mais c'est toujours comme cela en France, dès que l'on veut changer quoique ce soit. Il faudra donc un gouvernement fort et résolu, pas comme celui de Juppé le bien-aimé, qui progressait à la manière des crabes, avec un pas en avant, deux pas en arrière, et trois pas de travers. Il faudra aussi mettre en oeuvre une fantastique campagne d'explication, ce qui ne sera pas facile dans un pays où, depuis des années, l'information est aussi claire et limpide qu'en Roumanie du temps du regretté Ceaucescu. Campagne d'explication donc pour apprendre aux Français ébahis que la terre est ronde, que deux et deux font quatre et qu'on ne fabrique pas de l'emploi avec des subventions et de la dépense publique, mais en faisant confiance à l'entreprise et au marché. Surprenant, non ? Les Français, matraqués par la propagande officielle, ont parfois l'impression qu'il n'y a pas de solutions. Et bien, si. Il y a des solutions, et voici lesquelles.

Je proposerais pour commencer six mesures radicales :

. l . Tout d'abord, cela va de soi, supprimer les 35 heures obligatoires que nous devons à l'obstination d'un ministre quasi-analphabète dont la vivacité d'esprit évoque celle d'une génisse de concours agricole.

. l .Supprimer l'inspection du Travail, ou plus précisément la ramener dans ses buts, c'est-à-dire au strict respect des conditions d'hygiène et de sécurité.

.3 . Supprimer définitivement, pour commencer les charges sociales pour les nouvelles entreprises de trois salariés, ou moins, les intéressés étant naturellement libres de s'assurer, s'ils le souhaitent, auprès de caisses privées.

.4 . Instituer un SMIC à deux vitesses, à savoir un SMIC normal pour le secteur public, et un SMIC à taux réduit pour le secteur privé.

.5 . Conditionner l'allocation chômage et le RMI, comme en Angleterre à l'acceptation d'un emploi proposé.

.6. Supprimez la plupart des aides à l'emploi.

Rien qu'avec la mise en oeuvre de ces six mesures, soyez-en sûr l'emploi en France refleurira et nos enfants et petits-enfants n'en seront peut-être pas réduits à aller mendier du travail en Inde ou au Pakistan, dans les usines d'armement nucléaire.

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Modes de scrutin: les manipulations se retournerons un jour contre leur auteurs!

Parmi les nombreux sujets de consensus entre la fausse droite étatiste et la gauche socialiste, il y a désormais la réforme du mode de scrutin.

En effet les socialistes semblent avoir renoncé à leur proposition, pourtant traditionnelle, de revenir pour les élections législatives au mode de scrutin proportionnel. Et même le «découpage Pasqua» de 1987 n'est pas remis en cause. Il est vrai que les prochaines élections législatives ne sont prévues que pour l'an 2002, sauf nouvelle dissolution intempestive...

Par contre, la réforme des modes de scrutin des prochaines élections européennes (mai 1999), et des futures élections régionales (mars 2004), est en cours d'examen par le Parlement. Non seulement Chirac ne s'y est pas opposé, mais il l'a approuvée. Peut-être pas dans toutes ses modalités, mais dans son esprit, qui est de réduire la représentation du FN pour les élections européennes, et, pour les élections régionales, d'aboutir à des majorités bien tenues en mains par les appareils de la gauche ou de la fausse droite, sans que le FN ne puisse se trouver en position d'arbitre.

S'agissant de la réforme du mode de scrutin des élections européennes, une directive de la Commission européenne devrait bientôt fixer des règles applicables dans les quinze pays constituant actuellement l'Union européenne. S'agissant de la réforme du mode de scrutin des élections régionales, la manipulation risque fort de se retourner contre ses auteurs. En effet, il n'est pas sûr que le Front National, avec demain d'éventuels alliés, ne soit pas capable, bientôt, dans plusieurs régions, de rafler la prime majoritaire qui va être instaurée. On peut même estimer que c'est une disposition tout à fait de nature à pousser à de telles alliances, soit au niveau régional, soit au niveau national...

Mais les critiques au projet de loi du gouvernement, de la part d'une opposition de droite qui serait digne de ce nom, devrait être d'un tout autre ordre.

Les grandes démocraties efficaces ont, depuis longtemps, adopté des lois électorales intangibles qui, de fait, font partie intégrante de leur corpus constitutionnel. La première qualité d'une loi électorale réside donc dans sa pérennité.

Sa seconde est la simplicité. Plus la loi est complexe, moins elle est démocratique. Or le prochain scrutin régional aura ceci de commun avec l'actuel scrutin municipal que ses subtilités échapperont au plus grand nombre. La répartition des postes à pourvoir, qui s'effectuera d'abord selon la règle majoritaire, avant que ne s'applique la règle proportionnelle, est en effet tout sauf claire, y compris pour les spécialistes...

Et il n'est certainement pas sain qu'un pays comme le nôtre mette en oeuvre des modalités différentes pour chaque type de scrutin. Et c'est pourtant ce qui se passe : municipales, cantonales, régionales, législatives, sénatoriales, européennes, c'est à chaque fois des règles différentes. Américains et Britanniques sont autrement plus pragmatiques : chez eux c'est le scrutin majoritaire à un seul tour à chaque fois !

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1974-1998: La chronique de l'échec de la fausse droite

Éric Branca consacre les 390 pages de son ouvrage intitulé «Le roman de la droite» à la chronique presque quotidienne des événements qui ont jalonné l'un des échecs les plus retentissants de l'histoire politique contemporaine.

Tout y est. Rien y manque. Et même les observateurs les plus pointilleux y retrouveront le détail de cette histoire récente, sans jamais prendre l'auteur, par ailleurs secrétaire général de la rédaction de (Valeurs Actuelles», en défaut d'erreur ou d'approximation. La droite dont il s'agit est la droite parlementaire, RPR et UDF, qu'on est fondé, après cette lecture, à appeler la fausse droite. Le Front National n'apparaît que dans la mesure où son émergence est un obstacle à l'exercice sans partage du pouvoir politique par cette pseudo-droite.

Le combat des chefs, qui se déclenche dés après la mort de Georges Pompidou, est relaté par le détail. [absence de projet politique de Jacques Chirac, comme son incapacité à aller au bout de ses intuitions, même appuyées par des déclarations péremptoires, jalonne toute la période.

L'opportunisme des dirigeants de cette droite, tous issus ou presque de la haute fonction publique ( ce que l'auteur ne souligne pas assez) est manifeste, à chaque instant décisif.

Mais ce qui apparaît encore plus aveuglant, c'est la haine qui anime tous ces dirigeants, l'exemple étant donné dés la fin de 1974 par Giscard et Chirac eux-mêmes, les Léotard ,Madelin, Bayrou, Seguin, Balladur, Debré, Tibéri ou Toubon n'étant à cet égard que de petits épigones.

En filigrane, car il s'efforce de toujours laisser parler les faits, et les citations, Éric Branca, qui a manifestement des faiblesses pour Marie-France Garaud, Philippe de Villiers et Charles Pasqua, suggère que la cause de l'échec de la droite RPR-UDF réside dans ce que le général de Gaulle aurait appelé son atlantisme, et qui aujourd'hui se nomme «Europe de Maastricht», «mondialisme» et «libre-échangisme».

Sans défendre cette thèse explicitement, l'auteur considère que le grand tort de cette droite républicaine a été de «laisser le champ libre au nationalisme comme au FN et à certains segments de la gauche».

Que Giscard ait été un émule obéissant du marchand jean Monnet est exact. Que Chirac, au-delà de ses rodomontades, ait permis, grâce à son abstention, l'adoption à 300 000 voix près, par référendum du traité de Maastricht est vrai. Que sa promesse de soumettre la monnaie unique à un autre référendum se soit transformée en l'adoption, sans consultation populaire, du traité d'Amsterdam est indiscutable. Mais ces «trahisons» de l'héritage gaulliste n'expliquent pas l'échec économique qui est seul à la base de la décomposition de cette droite.

Car d'autres pays, dans le même temps, ayant suivi la même politique d'ouverture des échanges, ont assuré la prospérité de leurs citoyens en réduisant progressivement la part des prélèvements publics dans les revenus des familles et des entreprises.

L'exception française ne tient pas, quoi qu'on en pense, à la mondialisation et à Maastricht. Elle tient à 25 ans d'étatisme frénétique. Poursuivi avec le même zèle inconscient par la gauche socialiste que par la fausse droite interventionniste.

Bernard Fiard

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La chronique de Claude Reichman: Le pain des Français

Quand on coule, on tente de s'accrocher à n'importe quoi. C'est ce que vient de faire M.Balladur en proposant de créer une commission chargée de réfléchir à la préférence nationale. Le fait qu'il suggère d'y associer le Front national ne suffit pas à en faire une bonne idée. Si M. Balladur souhaitait réintroduire cette formation politique dans le jeu démocratique normal, il lui suffisait d'être candidat à la présidence de la région Île-de-France et de s'y faire élire avec ses voix. Il a préféré abandonner la région à la gauche.

C'est dire si cet homme est sincère ! Pour ce qui est du fond, sa proposition est tout simplement ridicule, à moins qu'on ne l'assortisse de son corollaire inévitable : quitter l'Europe.

L'objectif de la construction communautaire était de créer un espace intérieur sans frontières où tout Européen pourrait circuler et s'installer librement. C'est chose faite depuis le Ier janvier 1993, date d'entrée en vigueur de l'Acte unique. Aucun parti politique français ne propose qu'on revienne sur ces dispositions. On a même vu au contraire, en 1996, le parti communiste monter au créneau contre le gouvernement de M.juppé qui voulait assujettir les travailleurs frontaliers à la CSG, au mépris des règlements européens.

Quant au Front national, il n'inclut manifestement pas l'Europe dans sa critique de ce qu'il appelle le «mondialisme», expression fourretout et largement dépourvue de sens quand on considère que les plus fervents militants du Front ne se privent ni d'aller acheter au supermarché les produits venus du monde entier, ni d'aller voir des films américains au cinéma.

Alors que reste-t-il de la préférence nationale ? Le problème de l'immigration non-européenne. Pour le régler, ce n'est certes pas d'une commission qu'on a besoin, mais de mesures concrètes, décidées par les hommes politiques A cet égard non plus, leur passé ne plaide pas pour M. Balladur et ses amis de la fausse droite. L'immigration est pour l'essentiel provoquée par l'existence en France d'un système social insensé, aggravé par l'extension du regroupement familial. M. Balladur et ses amis avaient une excellente occasion de renverser la vapeur, quand ils étaient au gouvernement, en appliquant les directives européennes qui suppriment le monopole de la sécurité sociale.lls les ont certes transposées encore qu'incomplètement - dans le droit national, pour ne pas s'exposer trop vite aux sanctions de Bruxelles, mais ils se sont bien gardé de les mettre en vigueur, obligeant les partisans de ces textes novateurs à un marathon judiciaire qui est aujourd'hui sur le point de s'achever, mais tout au long duquel des dizaines de milliers d'entreprises ont succombé par la faute de charges sociales écrasantes, détruisant des centaines de milliers d'emplois.

Or la liberté de la protection sociale, qui se traduira par la mise en concurrence des régimes légaux avec les mutuelles et les compagnies d'assurance, est la condition de l'inversion du flux migratoire. La sécurité sociale sera contrainte de s'équilibrer, et pour cela il lui faudra cesser de distribuer l'argent à pleines mains, car elle ne pourra plus compter sur les incessantes augmentations des cotisations obligatoires, qui les ont amenées à des taux confiscatoires. Il deviendra beaucoup moins intéressant d'immigrer en France quand on ne pourra plus compter sur «la Sécu et les allocs» pour vivre sans travailler.

Délestés d'une bonne partie des prélèvements sociaux, les salaires réels augmenteront fortement, ce qui relancera la consommation et l'investissement et réactivera l'emploi. Il ne sera plus nécessaire de songer à écarter «les étrangers qui viennent manger le pain des Français», comme disait Fernand Raynaud. Ceux qui viendront n'auront à manger, comme les Français, que le pain qu'ils auront gagné. Cela en réduira fortement le nombre.

Ce n'est pas de préférence nationale que M.Balladur aurait dû parler. Mais de sens des responsabilités.

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