Pour la droite, le probleme, c'est Chirac !
Jacques Chirac aurait confié récemment à un proche qu'il n'arrivait pas à se forger une vision personnelle de l'avenir. Sans doute pensait-il aussi bien à celui de sa personne qu'à celui de son pays. Peut-être ne s'agit-il d'ailleurs que d'un propos apocryphe, inventé par Christine Clerc («Le suicide, journal infime de Jacques Chirac, Albin Michel")...
Les actes, comme les propos officiels du même personnage, suffisent amplement à démontrer son désarroi. A Paris il s'instaure le gardien vigilant des «acquis sociaux», comme s'il entendait avoir une image plus à gauche que Lionel Jospin...Et, en Afrique, il croit pouvoir encore séduire avec des promesses d'aides publiques, dont l'accumulation depuis quarante ans a abouti à la faillite actuelle des régimes corrompus si chers à l'État Français, tout en dénigrant les investissements privés, les seuls pourtant qui constituent des actes concrets de développement...
La dissolution ratée de 1997 lui est aujourd'hui ouvertement reprochée par l'ensemble des responsables de l'ex-ensemble RPR-UDF Même le RPR, créé par lui en 1976, ne lui obéit plus. On chuchote que Sarkozy pourrait bientôt succéder à Seguin...Les militants de ces formations politiques continuent à renvoyer leurs cames par milliers. Ceux qui restent insultent leurs chefs dès qu'ils en ont l'occasion.
Charles Millon a suscité un grand espoir Mais,prétendant inscrire son action dans la conformité présidentielle, sans rompre avec Chirac, et donc sans dénoncer ses erreurs, il se limite à une mini-contestation, alors que ses supporters attendent un grand nettoyage, dans le cadre d'une stratégie parfaitement décomplexée, notamment à l'égard de la diabolisation dont le Front national est l'objet. Sous l'effet du succès du «manifeste pour l'entente à droite» lancé dans ces colonnes, la droite indépendante et libérale s'organise. Un regroupement est en préparation, avec le CNI comme pierre angulaire.
L'objectif retenu est de parvenir, un jour à l'entente de toute la droite. Ceux qui y ont des objections s'en excluront d'eux-mêmes. A la base, y compris dans les rangs de ce qui reste du RPR et de l'UDf l'idée progresse. Et elle progressera. Mais sans Chirac...
L'immigration : un problème qui mérite un référendum !
Le débat lancé par Édouard Balladur sur le thème de la préférence nationale est comme un petit cache-sexe hypocrite pour évoquer le débat dont la France est frustrée depuis de longues années : un vrai débat sur l'immigration.
Une nouvelle politique d'immigration a été mise en oeuvre, en France, à partir de 1974, subrepticement, avec la pratique du regroupement familial. On est passé d'une immigration de travailleurs à une immigration d'assistés. Jusque-là, les étrangers, du Maghreb et d'Afrique noire principalement, venaient chez nous pour travailler. Depuis 25 ans, ils viennent chez nous pour profiter d'un système de redistribution sociale qui permet à toute famille durablement installée de vivre aux crochets des citoyens actifs. Notre Etat-Providence joue le rôle d'un aimant.
Le Front National surfe, électoralement, sur les problèmes découlant de cette immigration malsaine (socialement, moralement et économiquement, parce qu'elle «coûte» à la collectivité, alors que l'immigration saine doit au contraire lui «rapporter»).
Mais le peuple, à aucun moment, n'a été consulté sur ce changement de politique qui nous vaut d'avoir accueilli plus de six millions d'immigrés depuis 25 ans, qui fait que dans 20% des écoles publiques les non-francophones imposent leur rythme aux enfants français, et qu'une centaine de cités sont devenues des zones dangereuses de non-droit. Peu de changements aussi graves se sont effectués chez nous sans que le peuple n'ait à se prononcer d'une façon ou d'une autre, sur leur adoption.
La libre immigration, sur une longue période, aboutit à modifier fortement les règles du contrat social. Il serait normal, dans un système démocratique, que les citoyens aient à se prononcer sur les lois qui y président.
Il ne s'agit pas d'interpeller les immigrés, mais au contraire les hommes politiques de la droite (en commençant par Giscard). Le Pen le dit lui-même, «Le Front National n'a jamais fait reposer la responsabilité de l'immigration sur les immigrés mais exclusivement sur les politiciens français de droite comme de gauche» (lettre du 5 juin 1998 au président de la Cour d'assises d'Aix-en-Provence).
Une politique «de droite» responsable commencerait par fermer le robinet de l'immigration malsaine que constitue le regroupement familial, qui permet à des familles très nombreuses de maghrébins ou d'Africains de s'installer sur notre sol sans avoir l'intention de s'y intégrer.
Elle s'efforcerait ensuite de réduire les robinets de l'aide sociale, non seulement pour les immigrés, mais aussi pour tous les résidents, Français compris. Car, comment ce qui est mauvais pour les immigrés pourrait-il être bon pour les nationaux français !
Elle aurait encore à trouver une solution durable et «républicaine» à la présence de cinq à six millions d'immigrés actuellement présents sur notre territoire, bien décidés à y rester, et pourtant inassimilables, pour une bonne part. Le retour à la tradition républicaine, qui veut que la France n'accueille que des personnes désireuses de s'intégrer à ses traditions, et à ses institutions, au point de souhaiter devenir citoyens français le plus, rapidement possible,pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, est souhaité par le plus grand nombre, à gauche comme à droite.
Qu'on consulte les Français si on l'ose !
Alain Foucart
La politique c'est le (changement de) pied !
la réflexion revient sans cesse dans les commentaires politiques : un tel ne fera jamais ça ! Chirac ne serrera jamais la main de Le Pen (alors que Mitterrand le prenait par l'épaule...) ;Toubon n'acceptera jamais l'autorité de Tiberi ; les communistes ne privatiseront jamais Air-France ; Jospin ne réduira jamais les impôts ; Millon ne fera jamais alliance avec le FN (?) ;Vge ne pardonnera jamais à Léotard ;Barre en voudra toujours aux gaullistes ...Et pourtant, s'il y a un enseignement que nous livre l'histoire politique de tous les temps, et de tous les pays, c'est justement la nécessité dans laquelle se sont trouvés tous les grands leaders d'avoir à faire ou à accepter l'inverse de ce qu'ils avaient longtemps proclamé.
On songe au général de Gaulle, non seulement à propos de l'Algérie, mais également s'agissant des relations de la France avec la Russie ou la Chine. On songe à Staline ou à Hitler. Mais c'étaient des dictateurs... La vérité est que toute l'histoire diplomatique est faite de retournements d'alliance, de réconciliations entre ennemis jurés (la France et l'Allemagne) et de ruptures entre alliés «historiques». Idem en politique intérieure. Le génie de Mitterrand aura été de rechercher l'association avec les communistes dès 1964, à un moment ou le bon sens à courte vue la déconseillait à tous ses amis.
Les élections présidentielles de 1969 et de 1974 ont été gagnées grâce au changement de pied de réserves centristes qui permirent à Pompidou puis à Giscard de faire la différence au deuxième tour. La politique est l'art de la rupture, du changement de pied, Y compris dans l'échec. Quand, en octobre 1995, Chirac vient expliquer à la télévision que l'orthodoxie budgétaire n'est pas l'ennemie de l'emploi, les Français interprètent son propos comme le coup de sifflet final des réformes mal engagées par Juppé. L'atmosphère politique devient lourde, irrespirable. L'idée de la dissolution, comme un poison, fait son chemin. Nouvelle rupture, nouvelle catastrophe...
Un homme politique digne de ce nom doit toujours être prêt à effectuer un «changement de pied».Au nom du principe de réalisme. Deux questions interpellent actuellement la droite conventionnelle qui justifierait sans doute un tel «changement de pied» : l'Europe, et l'attitude à l'égard du Front National. L'Europe est une réalité, bâtie autour de quatre traités depuis 1957, qui aujourd'hui apporte des libertés concrètes aux citoyens français encore en butte aux monopoles publics que les politiciens de la gauche comme de la droite voudraient maintenir en survie artificielle.Le Front National existe et l'ignorer fera perdre la droite pour longtemps. L'homme politique de droite crédible, qui tiendra compte de ces deux réalités, quitte à effectuer un «changement de pied», aura les foules avec lui. C'est exactement ce qu'Édouard Balladur n'a pas fait, en laissant la région Île-de-France à la gauche. Toutes ses déclarations sur la préférence nationale n'y changeront rien...
Alain Dumait
Convention "pour l'Entente à droite" du 6 juin 1998.
Michel Poniatowski, ancien Ministre d'Etat.
Il a trois ans, j'ai quitté le Sénat parce que je pensais que les hommes politiques, à un certain âge, doivent se séparer de leurs fonctions et laisser leur place aux jeunes. j'ai quitté le Sénat, et je pensais avoir quitté la politique. Et puis, ont eu lieu les élections régionales. je dois dire que j'ai été tellement surpris de la façon dont était traité le résultat de ces élections dans des régions qui étaient de droite que j'ai poussé un cri de stupéfaction, et que c'est la raison pour laquelle vous me voyez ici aujourd'hui.
La gauche se gausse de nous et répète indéfiniment son leitmotiv de "la droite la plus bête du monde". C'est faux pour le peuple de droite, qui est un peuple pétri de bon sens, d'honnêteté, lucide, et qui est accablé par ce qu'il voit. Mais en revanche, l'afirmation est vraie pour les chefs, qui présentent un spectacle combiné de la cour du roi Pétaud et de la cour du roi Ubu. C'est vrai aussi du grand Ubu, qui a dissous l'Assemblée, on ne sait pas très bien pourquoi, sauf que c'était le plus mauvais moment, celui où les sondages étaient les plus bas et où tout le monde avait pu constater qu'il avait trahi toutes ses promesses électorales. À ce moment-là, il l'a choisi.
Et puis il y a les petits Ubu, qui se sont livrés à un exercice intéressant, qui est celui de l'alliance, mais qui est l'alliance en réalité d'un boiteux et d'un comateux. Et cette alliance se vautre dans le front républicain. En agissant ainsi, elle se conduit comme la nouvelle gauche, comme le supplétif de la gauche ; et c'est ce qu'il nous faut absolument rejeter Ces petits Ubu sont des gens sans talent : ils ont perdu les législatives, qu'ils auraient dû gagner, et ils se sont dévoyés par cet acte incroyable de remettre la majorité de droite dans la plupart des régions à la gauche. C'était un acte stupéfiant, et d'ailleurs la France a regardé, stupéfiée.
je voudrais faire ici une petite digression, parce qu'on nous oppose constamment le "politiquement correct ", le " moralement correct ". Mais je ne sais pas si vous avez remarqué que ce sont les gens qui sont mis en examen, ou qui sont près d'être mis en examen,qui invoquent le plus aisément cette "correction". Je voudrais aussi savoir - autre digression - ce que sont ces démocrates qui insultent l5% des Français, qui traitent 4 millions de Français de racistes et de xénophobes. C'est stupide. Et d'ailleurs,l'homme qui dit cela et ceux qui répètent cela perdront les élections ;ils n'ont plus aucune chance d'être élus.
Merci à Alain Dumait pour cette réunion, et puis pour ce travail de longue haleine qu'il a entrepris pour rassembler la droite, parce que depuis des années, il répète la même chose : rassemblez-vous, unissez-vous. Et il a raison, parce que la droite ne reprendra pas le pouvoir si elle n'est pas relativement unie. Une démocratie suppose une majorité et une opposition, une droite et une gauche. Mais il faut que cette droite sache ce qu'elle est et ce qu'elle veut, et qu'elle soit rassemblée pour être une alternative de gouvernement, c'est-à-dire qu'il faut aussi que ce soit une droite qui pense sérieusement et non pas par coups de boutoir publicitaires ou médiatiques.
Notre problème n'est pas le Front national. Notre problème, c'est le Parti communiste et c'est de rassembler toute la droite. Et pour les élections, il y a un système tout simple, qui est de laisser aller les formations et les tendances de droite aux élections, si possible en limitant le nombre de candidats, mais ensuite de donner la préférence à celui qui est le mieux élu et de reporter ses voix sur lui. Toute la droite, sans céder à des invocations telles que nous les voyons.
Alain Griotteray, maire de Charenton-le-Pont.
«Si l'opposition a gagné en 1986, c'est parce que, dès 1981, elle a fait de l'opposition. Et tous les chefs dévoyés dont parlait tout à l'heure Michel Poniatowski, à l'époque, ces jeunes gens pleins de fougue, étaient les tenants d'une opposition permanente contre la gauche. Ils appliquaient la thèse de M. Mitterrand : quand on est dans l'opposition, on s'oppose-Aujourd'hui, nous avons devant nous quelque chose que j'ai appellé la "droite molle" , qui est en train de devenir une "droite folle", et qui fait tout sauf s'opposer. Et quand elle fait des passerelles - et on m'accuse de faire des passerelles entre la droite et le Front national -, elle, c'est avec le Front républicain, les passerelles avec la gauche. Ce n'est pas la droite, comme le disait tout à l'heure Michel Poniatowski, c'est la "nouvelle gauche » : une nouvelle gauche mollassonne, au centre,le marais...
Aujourd'hui, dans le mouvement créé autour de Charles Millon,il y a cette espèce d'enthousiasme de la base du peuple.Il a raison de s'adresse au peuple par-dessus les intermédiaires, par-dessus les députés, par-dessus les états-majors directement au peuple, de façon que le peuple réagisse comme réagissait le Rassemblement du peuple français.
II y a quelque chose dans l'enthousiasme qui accueille les propos de Charles Millon, qui me rappelle l'extraordinaire passion qui, dans les années 1946.47, accompagnait le démarrage du RPF Et je dirai une chose : j'ai été pour la première fois - et je dis ça pour ceux qui sont diabolisés, pour Charles tlillon qu'on voudrait diaboliser - traité de fasciste parce que j'étais RPF ! Car je n'ai pas oublié : les photos du général de Gaulle, les photos des candidats RPF où on nous mettait la petite moustache... On a tenté de nous diaboliser, on nous diabolisait : c'étaient les mêmes mots pour essayer de défendre les places récupérées par les apparentés, ces apparentés - le marais encore ! s'entendant entre la gauche, l'extrême gauche, le centre, enfin tout ce qui était destiné à être plus ou moins corrompu en France.
Nous avons là aussi commencé peu nombreux. En 1958, on était peu nombreux ; il y a eu quelques petites manifestations. En 1968, de la même façon, il y a eu quelques petites manifestations, et puis, tout à coup, il y a eu un million de personnes sur les Champs-Élysées. C'est toujours comme ça !
Alors, le PPL a eu cette vertu, comme un certain nombre de petites formations, c'est qu'ils ont été les initiateurs de la résistance. Pour cela, je les remercie, et pour cela, je suis ici. je pense que tous ces initiateurs de la résistance doivent se retrouver dans le grand mouvement - je dis " mouvement ", car " rassemblement " c'est un peu usé maintenant - des Français,des Français en dehors des partis, qui reprennent la parole.»
Michel Junot 1 vice-président du CNI
Lorsque Claude Reichman etAlain Dumait, il y a quelques mois, m'ont parlé de ce projet de réunion pour une entente à droite,je l'ai aussitôt approuvé, car l'union, Alain Dumait voulait bien le rappeler, est la chose la plus essentielle à mes yeux. C'est en 1983 que j'écrivais :"Pas d'ennemis à droite" , ce qui m'a valu beaucoup de critiques et puis quelques encouragements. je vois que ces encouragements étaient forts et solides puisqu'ils aboutissent aujourd'hui à cette réunion et à la convention que Charles Millon tient en ce moment deux étages en-dessous et que nous allons rejoindre tout à l'heure.
Alors, nous sommes ici, plusieurs mouvements et vous en avez entendu les porte-parole : des mouvements très vénérables et très anciens, comme le C.N.I., au sein duquel j'ai fait toute ma carrière politique depuis 1958 (carrière qui se termine : c'est probablement aujourd'hui une de mes dernières interventions en public) mais qui est un parti nouveau. Jean Perrin, notre nouveau président, vous l'a démontré tout à l'heure par sa fougue, son bon sens et son courage. Le PPL., qui est l'organisateur, autour de Claude Reichman et d'Alain Dumait de cette réunion, et dont Alain Griotteray a salué le courage. Et puis des personnalités, des partis divers, comme le parti de Jean.François Touzé qui est venu nous dire ici, avec son dynamisme, combien il souhaitait aussi s'intégrer. Bien entendu, des personnalités éminentes, courageuses, comme Michel Poniatowski et Alain Griotteray qui ont essayé ô tâche combien difficile, au sein de ces mouvements qui sont devenus le symbole de la droite molle de dégager de maintenir les vrais principes de la droite. Et c'est parce qu'ils y sont non seulement fidèles mais qu'ils en sont les figures de proue qu'ils sont ici aujourd'hui.
C'est ensemble, à la faveur d'une réunion au micro d'une radio courageuse autant que modeste que je tiens à saluer ici, "Radio Courtoisie " (qui est le seul média, quelque modeste qu'il soit, qui nous accueille ; et qui d'ailleurs, de ce fait, est gravement menacé dans son existence, il faut que vous le sachiez), au lendemain du 15 mars, que Michel Poniatowski, Alain Griotteray et moi-même, réunis, avons décidé et avons lancé aussitôt un communiqué pour soutenir en particulier Charles Millon dans le combat qu'il était en train de mener qui était dur, qui était dificile, tout comme celui que menait à Amiens Charles Baur et à Montpellier Jacques Blanc, et que hélas d'autres n'avaient pas eu le courage de mener de la même façon.
C'est pourquoi nous avons perdu Midi-Pyrénées, la Haute.Normandie, le Centre et même l'Aquitaine, dans lesquelles la droite était majoritaire si elle avait su s'unir.
Charles Millon, lui, a tenu. Il a tenu contre les plus vives,les plus dures attaques médiatiques, contre des menaces physiques, a tenu,il tient, et il tiendra. Nous l'avons dès le début encouragé et félicité. Et puis il a, mû par ce qu'il ressentait au tréfonds de lui-même pendant ce combat, senti la nécessité de lancer quelque chose. Et ça a été ce coup remarquable qu'a été l'annonce de la fondation de La Droite. La Droite : magnifique définition ; c'est toujours la chose la plus simple qui est la meilleure. Bravo, nous applaudissons à ce titre.
Alors, nous allons tous essayer de faire «L'Entente à droite». J'en suis sûr, j'en étais sûr hier, je le suis encore beaucoup plus en cette fin de matinée après avoir entendu tous ceux qui m'ont précédé à cette tribune : que ce soient nos vieux partis, que ce soient les jeunes mouvements, que ce soient les clubs ou associations qui, grâce à l'effort d'Alain Dumait et de Claude Reichman, se sont réunis ici aujourd'hui. La coincidence est magnifique, car il est vrai que c'est une coincidence. Au moment où nous essayons ici, une fois de plus, mais cette fois,compte tenu justement de la gravité de la situation, plus proches du but que jamais de nous réunir tous, eh bien c'est le jour qui coincide avec la première manifestation parisienne de La Droite !
L'exception culturelle contre la préférence nationale !
L'idée a déja été brillamment développée par Alain Peyrefitte dans un éditorial du «Figaro Magazine» : les plus chauds partisans de l'exception culturelle française sont également les plus hostiles à toute idée de préférence nationale. Or l'exception culturelle n'est rien d'autre qu'une forme, d'ailleurs particulièrement efficace (et perverse) de préférence nationale ! Nous y revenons. Ce qu'on appelle couramment l'exception culturelle française est d'abord un principe au nom duquel les artistes, les professionnels de la culture subventionnée, prétendent échapper à la concurrence mondiale,pour conserver leurs subsides et leurs privilèges.
Concrètement, par exemple, les producteurs de cinéma français exigent, et obtiennent, que le système d'avances sur recettes soit maintenu tel quel. Ce fonds est principalement financé par un prélèvement important sur chaque billet d'entrée dans les salles de cinéma. Il est donc alimenté, via les exploitants, par les spectateurs.Au seul bénéfice des producteurs français. Mais, pour l'essentiel, il provient de la distribution des films américains, qui représentent de l'ordre de 75% des recettes des salles-Tout se passe comme si la diffusion des films étrangers, surtout américains, finançait les films français, y compris les plus confidentiels. Comme ceux de l'ineffable Bernard-Henri Lévy... C'est très exactement l'application du principe de la préférence nationale dont les mêmes artistes ne veulent absolument pas entendre parler quand il s'agit d'en faire bénéficier d'autres catégories de citoyens, commerçants, artisans ou simples salariés !
L'argument souvent invoqué est que la culture, les biens culturels,sont d'une autre nature que les autres. «Diffuser des images, des sons, ou des livres ..., c'est autre chose que de vendre des polos ou des crèmes glacées», indique Hervé Bourges, président du CSA, dans son dernier rapport annuel. François Léotard disait déjà exactement la même chose quand il soutenait, et obtenait, en 1986 que l'édition d'ouvrages échappe à l'ordonnance instituant la liberté des prix. Mais on peut en dire autant de tous les biens et de tous les services. Chacun est différent. Et on peut facilement plaider qu'il mérite un traitement de faveur.
Les «polos et les crèmes glacées» cités avec mépris par le président Bourges peuvent très bien être considérés comme des biens de première nécessité. Se vêtir et se nourrir n'est-ce pas des fonctions vitales, qui mériteraient d'être «protégées», au moins au même titre que la production de films, qui ne sont pas tous, et de loin, à caractère éducatif, et même, souvent, franchement, à caractère licencieux voire carrément pornographique? L'idée de la «préférence nationale», même élargie à une «préférence européenne», renvoie à une conception protectrice et protectionniste de l'économie. On peut l'admettre ou la rejeter. Mais pourquoi serait-elle bonne et noble pour une classe privilégiée d'artistes et inepte et abjecte quand il s'agirait d'en faire application à d'autres ?
Bernard Piard
La VIeme République peut encore attendre !
Un thème se développe dans les cercles intellectuels de la droite non conformiste, et pas seulement du coté du Front National : celui d'un changement radical de nos institutions politiques, qui, pour simplifier donnerait naissance à une nouvelle constitution, celle de la Vlème République. Même Édouard Balladur a récemment osé présenter un projet de changement de plusieurs règles constitu-tionnelles. Et Raymond Barre a indiqué qu'il s'interrogeait, notamment sur le raccourcissement du mandat présidentiel, comme sur la mise en oeuvre de la responsabilité gouvernementale, étant entendu qu'à partir du moment où le gouvernement ne serait plus responsable devant l'Assemblée, nous basculerions dans un système présidentiel.
La pratique de quarante années de Cinquième République s'est traduite par de nombreuses évolutions et plusieurs dérives. La réforme de 1962, instaurant l'élection au suffrage universel du président de la République, a évidemment constitué un changement majeur. La pratique de la cohabitation s'inscrit en parfaite contradiction à celui-ci. L'équilibre des pouvoirs, en matière d'initiative législative, entre l'exécutif et le Parlement, d'abord rompu au profit du gouvernement, à qui l'on doit 95% des textes votés, a été ensuite, à partir de 1974, détourné par le Conseil constitutionnel, qui s'est proprement arrogé un pouvoir général d'appréciation sur la constitutionnalité des lois. Il y a là, en effet, deux champs de réformes propres à inspirer tous nos bons constitution-nalistes.
Mais, selon nous, ce sont deux autres sujets, extérieurs à la lettre de notre constitution, qui devraient plutôt retenir l'attention de nos réformateurs. Il s'agit des règles qui président aux modes de scrutins et au statut des élus. Dans toutes les démocraties qui fonctionnent sans à-coups, sans révolutions, dans un consensus démocratique même non dépourvu d'affrontements, les lois électorales sont stables, comme il se doit quand il s'agit de règles fondamentales de jeu.
Les mêmes règles s'appliquent à toutes les élections. Elles sont simples. Elles renvoient à un clivage bipolaire, à une dichotomie simplificatrice de type droite/gauche.
Un simple retour aux sources de la Vème République voudrait que l'on revienne aux intentions du Comité constitutionnel de 1958 et que l'on adopte le scrutin uninominal à un tour pour toutes les consultations électorales. Que l'on revienne sur cette concession faite par le général de Gaulle au secrétaire général de la SFIO qui s'appelait Guy Mollet. Sans laquelle nous aurions aujourd'hui une vie politique organisée par la force des choses autour de deux pôles, comme aux États-Unis ou en Grande Bretagne.
L'envahissement de la vie publique par la caste des hauts fonctionnaires est l'autre mal qui a rongé les institutions de la Vème République. Retirer aux fonctionnaires le privilège qui leur permet de poursuivre une double et profitable carrière est une nécessité. Fonctionnaire ou politicien il faut choisir.
Si l'on y ajoutait l'application de règles éthiques comme l'interdiction absolue du cumul des mandats et le non-renouvellement des mandats ad vitam aeternam, nous assisterions rapidement et automatiquement au renouvellement tant attendu du personnel politique français, qui a si peu changé depuis quarante ans.
Nos institutions doivent certainement être modifiées. En profondeur. Mais la Constitution de 1958, modèle 1962, n'a pas besoin d'être forcément complètement réécrite !
jean Rouxel
Le gouvernement doit appliquer la loi
Madame Aubry pensait couler des jours tranquilles à l'abri du plan Juppé, Bien protégée derrière les sanctions financières pesant sur les médecins en cas de dérapage des dépenses d'assurance maladie, elle croyait pouvoir amadouer les praticiens en multipliant les appels à la concertation. Dépenses de santé reparties à la hausse, convention médicale annulée par le Conseil d'Etat, elle vient de tomber de son petit nuage et s'est fait très mal en arrivant au sol. Le plan Juppé avait reçu l'approbation enthousiaste des socialistes, Normal : c'était un plan socialiste. Il a coûté son poste à son auteur et sa majorité à M.Chirac. Il était fondé sur le principe de ce que les médecins appellent «le traitement symptomatique» : on soigne les symptômes de la maladie, pas ses causes.
La guérison est rarement au bout de ce chemin, sauf lorsqu'elle survient spontanément, En matière de sécurité sociale, rien ne permettait d'espérer une telle issue.
Les dépenses de santé augmentent pour trois raisons essentielles : les techniques médicales progressent en permanence et leur coût aussi ; les Français vivent de plus en plus vieux ; les assurés sociaux n'ont aucune incitation à modérer leur demande de soins. Rendre les médecins responsables de cette situation est proprement scandaleux, à moins de considérer qu'ils devraient refuser de prodiguer les soins les plus éclairés à leurs patients ou les faire mourir quand ils se mettent à coûter trop cher Partout où ils sont au pouvoir, les marxistes ont organisé une médecine de pénurie, avec son inévitable corollaire, le marché noir des soins, c'est-à-dire la médecine à deux vitesses. Leur projet pour la France est exactement celui-là. Le corps médical français s'y refuse de toutes ses fibres. Héritier d'une grande tradition, fort des préceptes hippocratiques qu'il a réussi à préserver en dépit de l'extraordinaire avancée de ses techniques, il lutte le dos au mur. Il sait que s'il devait perdre son combat, c'est toute la société qui basculerait, Avant MM, Chirac et Juppé, M,Giscard d'Estaing avait tenté d'utiliser la trique collectiviste contre les médecins. Il y avait perdu l'Elysée. Ces personnages élevés à l'ENA et qui, selon la formule consacrée, «savent tout, à l'exception du reste», n'ont en réalité aucun respect pour les hommes. Ce ne sont pour eux que des éléments de comptabilité. A cet égard, ils rejoignent les marxistes, pour qui non plus il n'y a pas d'êtres humains, mais des éléments d'organisation de la société-Voilà la caste qui gouverne le pays. Elle fait froid dans le dos.
L'erreur des médecins a été de ne pas mettre les malades dans leur camp, c'est-à-dire finalement dans le leur propre. lls ont pendant trop longtemps considéré que la sécurité sociale pouvait être leur seul interlocuteur alors même que les individus, assurés de force, n'y ont jamais leur mot à dire. Or c'est l'individu qu'il faut réintroduire dans le système, en en faisant l'un des deux acteurs de ce que la grande tradition médicale appelle «le colloque singulier», celui que le praticien entretient avec son patient. Autrefois, celui-ci n'avait que cette qualité.
Aujourd'hui, il est en outre assuré contre la maladie. Cette seconde dimension n'est en rien incompatible avec la première, à condition que l'assuré soit libre de choisir son assurance. Depuis de longues années, dans un certain isolement, nous défendons cette thèse. Les médecins, portés par la facilité, s'imaginaient qu'ils pourraient concilier le collectivisme social avec leur humanisme.
Ils ont enfin compris qu'ils se trompaient et nous ont rejoint pour réclamer la mise en concurrence de la sécurité sociale avec les mutuelles et les assurances privées, c'est-à-dire la liberté pour leurs patients.
Comme les directives européennes qui stipulent cette concurrence ont été, pour l'essentiel, transposées dans le droit national, il ne reste pas d'autre choix à M.Jospin et Mme Aubry que d'appliquer la loi. Pour un gouvernement, c'est bien la moindre des choses.