Sommaire du N°185

 

Comme Juppé, Jospin doit s'expliquer sur son emploi fictif !

Alain Juppé a donc été mis en examen le 21 août par le juge Patrick Desmure : pour «détournement de fonds publics, complicité et recel d'abus de biens sociaux, abus de confiance aggravé, prise illégale d'intérêt, complicité et recel d'abus de confiance». Il lui est notamment reproché, alors qu'il était à la fois secrétaire général du RPR et adjoint au Maire de Paris, chargé des finances, d'avoir créé au bénéfice de sa formation politique (au moins) 26 emplois fictifs. Lintéressé se défend en faisant valoir d'abord qu'il n'y a pas eu, en l'espèce, d'enrichissement personnel, et, d'autre part, en disant que d'autres partis politiques en faisaient tout autant. Deux arguments qui méritent d'être examinés...

Personne ne soupçonne Alain Juppé d'avoir mis directement les mains dans les caisses de la ville de Paris. Mais force est de constater qu'Alain Juppé, comme la plupart des politiciens professionnels, s'est plutôt enrichi qu'appauvri au cours de ses vingt années de politique active. Son train de vie avec voitures, chauffeurs, frais remboursés - est celui d'un nabab. Et son patrimoine s'est bien arrondi : fils d'une famille de petite bourgeoisie des Landes est aujourd'hui propriétaire d'un grand appartement sur le Champs de Mars, à Paris (qui fut autrefois la résidence privée du maréchal Pétain... ).

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La hernie fiscale française

Le fiscalisme français relève de la pathologie, La volonté affichée par le gouvernement rose bonbon de taxer un peu plus les plus values boursières - après avoir donné un tour de vis à 1'[SF - l'aura une fois de plus montré. Il y a là comme une volonté panique de taxer tout ce qui peut avoir trait à l'enrichissement dans ce pauvre pays. Les bonnes performances de la bourse sanctionnent la bonne santé de l'économie privée en France, aidée en cela par la reprise de l'économie européenne, à tous points de vue plus libérale qu'en France.

La presse boursière avait rappelé récemment que les petits porteurs avaient gagné trois cents milliards en un semestre. Elle aurait mieux fait de se taire, puisque cette information a eu pour résultat de déchainer les technocrates fous qui nous dirigent. Vivement l'Europe, que l'on puisse placer notre argent, tout notre argent, sur des places financières plus sûres, dans des pays adultes...

En attendant, cette manne va être taxée en France plus que partout ailleurs.

Cette folie fiscale mérite toutefois que l'on se penche sur son cas.

Il y a là en effet comme l'expression d'une maladie particulière, et particulièrement française la hernie fiscale qui vient sanctionner systématiquement et impitoyablement ceux qui entreprennent, ceux qui investissent, ceux qui réussissent. On n'a pas le droit, en France, que d'être fonctionnaire ou, mieux encore, assisté par l'État-providence, l'État «pauvre évidence» et vide-gousset qui vient rôtir les pieds des mauvais payeurs comme pouvaient le faire jadis les dragons de Louvois.

La dérive fiscale a de profondes origines historiques. Mais, sans remonter trop loin, on peut dater de la Première Guerre Mondiale les premières incartades de l'État, dont la part de prélèvement sur la richesse nationale est passée de 8 à 20%, entre 1914 et 1918. Cette part a été augmentée au moment des nationalisations de 1945, qui ont soviétisé l'économie française toute entière. Et elle a explosé sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing : en sept ans, elle est passée de 35 à 42%. C'est le même premier ministre du susnommé, Raymond Barre, qui vient aujourd'hui - il n'est jamais trop tard - donner des leçons d'économie à la France , quand ce n'est pas à l'Europe ou à la planète toute entière...

Paradoxalement, les socialistes n'ont pas eu la main lourde par rapport aux gouvernements de la fausse droite. On se souvient du tour de main de Balladur, qui pour se faire élire, laissa glisser la dette publique à des niveaux abyssaux ; on se souvient aussi du tour de vis fiscal d'Alain Madelin, que d'aucuns - dont lui-même - prétendent libéral. Il n'y a que les socialistes qui, effrayés par le mur d'argent, puissent résister aux sirènes de l'égalitarisme jacobin, dont Cocteau disait qu'il désirait avant tout couper les têtes qui dépassent.

Seulement les têtes qui dépassent ont, comme nos footballeurs, pris le chemin de la Suisse ou des paradis fiscaux ; et c'est une nouvelle fois les têtes moyennes qui trinquent pour réaliser le rêve fou de l'exception française.

Nicolas Courteille

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Mariage civil des homosexuels Jospin a déja (un peu) reculé !

La proposition de loi socialiste, qui doit être examinée par l'Assemblée nationale le 9 octobre prochain, tendant à créer un «contrat d'union civil», maintenant dénommé «pacte civil de solidarité», ou PACS, n'est que le premier wagon d'un long train de réformes du droit de la famille, et de tous les domaines qui s'y rattachent, le social, le fiscal, le successoral...

Le gouvernement de Lionel Jospin veut en effet orienter le débat politique public vers de grands problèmes de société ( et pas seulement celui de l'immigration), terrain où la gauche pense pouvoir dominer, médiatiquement au moins, l'ensemble de ses adversaires.

Un peu comme François Mitterrand avait tenu, en 1982, à marquer le début de son septennat par l'abolition de la peine de mort, après un vaste débat au Parlement, qui avait au total été plutôt favorable à la gauche.

Personne ne peut nier que le développement de la pratique du concubinage, devenue générale, et qui l'emporte même sur le mariage dans l'ensemble des générations de moins de 50 ans, pose de nouveaux problèmes et rend obsolète des pans entiers de notre droit.

Personne ne peut ignorer que le concubinage concerne aussi bien des couples hétérosexuels qu'homosexuels.

Personne ne peut donc donner tort au gouvernement d'ouvrir ce grand chantier. A la condition qu'il indique d'emblée les limites qui ne devront pas être franchies. Celles-ci sont évidemment d'ordre moral. Elles portent clairement sur le mariage civil des couples homosexuels, dont l'instauration serait considéré par l'immense majorité des Français comme une atteinte à la famille en tant qu'élément naturel et fondamental de toute société.

Déjà, Lionel Jospin a un peu reculé. Le PACS serait enregistré au greffe des tribunaux d'instance et non pas dans les mairies, Mais la discussion parlementaire n'a pas encore commencé...

Cette première reculade (modeste, mais symbolique) est le fruit d'une forte mobilisation de l'opinion. Celle-ci a pris la forme d'une pétition, signée à ce jour par plus de 14 000 maires de France sur 36 000, et d'une campagne lancée par l'association «Avenir de la culture», qui s'est traduite par plus de 100 000 cartes postales envoyées à Lionel Jospin !

Il est à noter que ce ne sont pas les partis politiques de la fausse droite qui à ce jour se sont mobilisés contre le PACS, ce sont des organisations civiques non-partisanes, et elles ont fait déjà reculer Lionel Jospin !

Et il est aussi à remarquer que, face aux positions de la gauche laxiste, les points de vue conservateurs sont immédiatement caricaturés et diabolisés.

Une fois de plus ceux qui s'opposent au PACS sont immédiatement soupçonnés d'appartenir à une secte ! Comme Contribuables Associés fut un jour qualifié de secte à la tribune de l'assemblée nationale par un fidèle d'Alain Juppé.

Peut-on se permettre de rappeler que les sodomites aussi furent longtemps qualifiés d'hérétiques et traités comme tels ?...

Alain Foucart

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Abolition des privilèges des hauts fonctionnnaires

Présidente de Contribuables associés, Benoîte Taffin vient d'écrire à tous les adhérents de cette association, pour exiger des pouvoirs publics une mise au pas de la haute fonction publique française.

Nous reproduisons ci-dessous l'essentiel de ce document.

Vous pouvez participer à cette campagne en demandant à recevoir , des exemplaires des cartes de protestation. Ecrire à : Contribuables Associés, 41 rue des Jeûneurs 75001 Paris

 

Cher ami, Vous le savez, bien des «hauts» fonctionnaires sont rentrés dans le service public pour servir la France...

et ils se sont bien servis !

La liste impressionnante des priviléges que se sont fait attribuer les grands chefs de la bureaucratie s'allonge chaque année :

- Jusqu'à 50 % de leur salaire est payé sous forme de primes exonérées de charges : au Trésor Public, un directeur gagne au moins 600 000 francs net par an, alors que son salaire de base est moitié moindre !

- Primes d'assiduité» quand ils nous font le plaisir de venir travailler. .

- Pratique des «enveloppes» versées en liquide (donc nettes d'impôts et de cotisations...) à chaque membre d'un cabinet ministériel : jusqu'à 50 % de leur salaire, selon les mois et les ministères !

- Régimes de retraite taillés sur mesure : un fonctionnaire à la retraite touche jusqu'à 70% de son salaire. Dans le privé, c'est 40 % seulement !

Et croyez-vous qu'ils soient sanctionnés quand ils sabotent l'économie française avec des réglementations absurdes ou qu'ils mettent les fleurons de la banque française en faillite ? Non !

Au contraire, on leur offre des promotions et encore plus d'avantages.

Ces gens.là vivent dans un monde à part, à l'abri des règlements et tracasseries qu'ils nous font subir à nous, les contribuables et citoyens ordinaires.

Les fonctionnaires sont censés être à notre service ; en réalité, c'est nous les contribuables qui les servons.

Vous et moi, nous devons obliger les responsables politiques à intervenir et à rétablir l'ordre des choses.

Il n'est pas si loin le temps où on entrait dans la fonction publique pour être au service de ses concitoyens.

C'est pour ça que je vous écris aujourd'hui.

Je veux que vous et moi, et tous les contribuables, on submerge le bureau de Jacques Chirac et de Lionel Jospin de pétitions.

EXIGEONS QU'ILS METTENT UN TERME AUX PRIVILÈGES DES HAUTS FONCTIONNAIRES

Nous, les Français et contribuables, nous ne devons plus tolérer de nous saigner pour entretenir une caste de privilégiés qui nous coûte très cher et qui, en plus, a tout intérêt à voir l'administration et la bureaucratie gonfler toujours davantage.

Les responsables politiques savent bien que le système est immoral. Mais ils ne bougeront pas tout seuls. Leur souci c'est la tranquillité. Leur mot d'ordre : «Pas de vagues».

Aujourd'hui, c'est à nous de faire des vagues ! , Personne ne le fera à notre place. Si les citoyens français et les contribuables ne se révoltent pas, rien ne bougera.

Ensemble, exigeons que les responsables politiques remettent à sa place cette classe de priviléflés qui a usurpé le pouvoir Je vous demande de me renvoyer les pétitions signées dans l'enveloppe ci-jointe. Je les ferai parvenir avec des dizaines de milliers d'autres à Jacques Chirac et Lionel Jospin.

Ensuite, s'il vous plaît, joignez un don à Contribuables Associés pour soutenir ce combat.

Car nous, les contribuables, nous n'avons que notre énergie et notre généroùlté pour faire entendre notre voix.

Pour faire cesser ces inégalités révoltantes.

Car enfin, depuis des années,les journaux en parlent L'aflaire du Crédit Lyonnais, du Crédit Foncier et des dizaines d'autres sociétés publiques ruinées par des hauts fonctionnaires, défrayent la chronique.

Ca coûte des centaines de milliards aux contribuables, mais rien ne bouge. Les rangs des hauts fonctionnaires se resserrent. On protège les "copains".

Aucune mesure sérieuse n'est prise pour que ça ne se reproduise pas à l'avenir.

C'est révoltant ! Et avec le système d'augmentation automatique tous les ans, les salaires des fonctionnaires sont déjà en moyenne supérieurs de 10,7 % aux salaires du privé !

Mieux, beaucoup d'entre eux touchent désormais une indemnité pour.. compenser l'augmentation de la CSG à 7,5 %.

Encore un moyen de les mettre à l'abri des efforts qui nous sont imposés !

C'est pour ça que vous et moi, nous devons réagir aujourd'hui même. Pour que les responsables politiques remettent les hauts fonctionnaires à leur place.

Les hautes sphères de l'administration sont devenues des principautés autonomes, à l'abri derrière un maquis inextricable de textes que les bureaucrates sont seuls à comprendre. .

Imaginez ! Jean Arthuis, ancien ministre de l'Économie et des finances à dû se battre pendant six mois pour obtenir la liste des 250 plus hauts salaires de son ministère.

Et quand il l'a enfin obtenue, c'était sur papier spécial, non photocopiable,..

Voici comment les technocrates peuvent gaspiller notre argent et se faire attribuer toujours plus de priviléges sans rendre vraiment de compte à personne !

- Patrice Chevallier, un énarque de Bercy, fait perdre 2 milliards de francs au Çrédit Foncier : il est renvoyé avec un chèque de 2,14 millions de francs et se fait embaucher immédiatement par la Direction du Trésor à Bercy. Même grade, même salaire.

- jean-Michel Bloch-Lainé, ancien directeur des Impôts, fait perdre 15 milliards de francs à une filiale de l'UAP dont il est président : il est recasé avec une confortable indemnité à la présidence du Conseil de Surveillance de la Caisse française de développement.

- jean-Yves Haberer après son naufrage de plus de 100 milliards de francs au Crédit lyonnais : une grosse indemnité de licenciement et un mandat aux conseils d'administration de la Financière SOFRES, de Publicis et de la Compagnie bancaire.

Quand on compare ça à la façon dont un petit artisan est traité par le fisc ou l'URSSAF on est révolté. Un seul jour de retard dans le règlement URSSAF c'est 10 % d'augmentation automatique et sans appel.

Une seule erreur comptable, inévitable dans le maquis des règlements, et c'est parfois la clef sous la porte et ou même la prison.

Ce qu'il nous faut en France, c'est un bon coup de balai au sein de l'État.

On veut des responsables politiques qui rendent des comptes à leurs électeurs et qui tiennent en main leur administration.

Pas des technocrates lndéboulonnables qui travaillent dans l'ombre à demander toujours plus d'avantages.

Ne rien faire, c'est être complice.

C'est pourquoi,je vous demande de toute urgence, de faire ces deux choses :

1) Renvoyez-moi vos pétitions datées et signées à Jacques Chirac et Lioneljospin

dans l'enveloppe cijointe. Nous devons les submerger.

2) joignez votre don le plus généreux possible.

je vous garantis que,si tous ensemble nous réunissons les fonds nécessaires, on va faire du bruit et qu'on forcera les responsables politiques à s'attaquer aux hauts fonctionnaires.

S'il vous plaît, signez et renvoyez-moi aujourd'hui même la pétition «abolition des priviléges des hauts fonctionnaires».

C'est l'avenir de notre société qui est en jeu. , je suis sûre que je peux compter sur vous dans ce combat et je vous en remercie d'avance.

Amicalement,

Benoîte Taffin, Présidente

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Les sociodémocrates sont tous "de gauche"

Depuis longtemps déjà, les Français ne savent plus à quel saint se vouer. lls ne s'y retrouvent pas. Droite ou gauche, hommes de droite ou hommes de gauche, tous semblent faire la même politique (malgré quelques différentes apparences) et entraînent depuis 50 ans le pays dans la même direction, ou, devrait-on dire dans le même mur.

En réalité, c'est vrai. La gauche et ce qu'il faut bien appeler la " fausse " droite, jouent au même jeu d'illusions. C'est un genre de jeu du menteur où, par décision des joueurs, le perdant est toujours le même : le peuple.

A l'ENA ou ailleurs, ils ont appris à utiliser un merveilleux miroir aux alouettes : la sociale démocratie.

C'est social donc intouchable ; c'est démocrate donc irréprochable-A partir de là, plus de différence, ils utilisent le suffrage universel pour se faire élire après avoir été choisi par cooptation ; ensuite ils votent des lois qui leur donnent des priviléges et par échanges d'avantages (je te tiens-tu me tiens par la barbichette), ils s'entendent avec ceux qui tiennent les moyens d'information pour désinformer à satiété. lls redéfinissent les mots de la langue française et le tour est joué.

Prenons l'exemple droite-gauche. Le national-socialisme allemand est déclaré " extrême droite " et le socialisme national russe est dit " gauche " ! De qui se moque-t-on ? En 1944-45, il y a eu les " purges ", en fait, les FTP ont sur ordre de Moscou sans doute, assassiné des collaborateurs et un certain nombre de patriotes français qui auraient pu contrecarrer les accords de Gaulle-Thorez-Après cela,il était bien difficile d'entendre les hommes de droite s'exprimer librement. De plus,il ne faut pas oublier que c'est parmi eux que les premiers opposants à l'envahisseur,les patriotes se sont trouvés, à l'heure où les communistes étaient nombreux à aider leurs " cousins germains ".

Il faut dire haut et fort que le peuple de droite n'a rien à voir avec les idéologies nationales socialistes.

Ni avec aucune idéologie de dictature. En effet, qu'est-ce que la " droite ". Certainement pas l'attribut de tel ou tel politicard décadent et dépassé.

La droite, c'est le courant qui réuni les hommes assoiffés de liberté, de liberté individuelle, pour eux et bien sûr pour les autres. Cette liberté est intrinsèquement dépendante de la responsabilité de chacun. " Libre et responsable ", voilà un slogan de droite. Au pire on pourra prétendre que l'extrême droite, c'est " chacun pour soi ". On comprend bien alors que cela s'oppose en tout à la gauche qui n'existe que par le collectivisme. Où se situent, alors nos sociodémocrates ? lls oeuvrent pour toujours plus d'état, plus de fonctionnaires, plus d'impôts et moins de liberté (donnez-nous votre argent gagné par le travail, nous saurons mieux que vous comment le gaspiller). Ce sont tous des gens de gauche. Ceux qui se prétendre de droite ne sont qu'un peu plus imposteurs que leurs camarades.

Le jour où une majorité de français aura compris cela, il se pourrait bien que les choses changent.

Espérons que ce ne sera pas trop tard !

jean-Marie Vilain

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Du pain et des jeux

Donnez au peupe du pain et des jeux, disaient les empereurs à Rome au temps de la décadence. Au bout de quelques décennies, le peuple romain, repu de pain et rassasié de jeux, n'eut plus qu'à disparaître, et ce qui fut une grande civilisation n'eut plus qu'à glisser vers le révolu.

Comment ne pas penser à la Rome décadente en regardant la France en ce début d'été?

Un peuple divisé en deux: une minorité laborieuse et entreprenante de plus en plus exsangue et de plus en plus découragée, écrasée sous les taxes que lui inflige une majorité composite faite de clients de l'État et d'assistés divers, incapables même de comprendre qu'ils vivent au crochet des autres et de manière indigne.

Des politiciens de droite et de gauche qui vivent comme des patriciens antiques, bardés de prébendes et de privilèges, incapables de regarder les gens du peuple autrement que comme une plèbe en quête de ces os à ronger que, eux, les seigneurs des temps modernes, leur jetteront sous forme de Rmi ou d'allocations chômages avant d'aller dîner chez Maxims ou à la Tour d'Argent, en payant l'addition avec l'argent volé à ces entreprenants assez stupides ou suffisamment dociles pour n'avoir pas choisi l'exil. Des journalistes et des enseignants aux ordres prêts à reprendre, dès que l'occasion se présente, le vocabulaire de la justice sociale rebaptisée générosité ou de l'envie rebaptisée partage, pourvu que cela leur permette d'assurer leurs privilèges et leurs fins de mois. Une jeunesse qui parfois, pour les rescapés, choisit de s'installer à Londres ou à NewYork, mais plus souvent glisse vers les subsides et la culture de la servitude et de la haine vis à vis de quiconque réussit par l'entreprise.

Pour recoller les morceaux d'une société en lambeaux déjà, les quignons de pain, bien sûr, qui vont de pair avec les os à ronger, les aides ponctuelles et les petits boulots misérables, les Restaurants du coeur dès que l'hiver vient et que, pour asseoir leur popularité et les ventes de leurs albums, voire même - ce qui est plus grave - en pensant qu'ils font le bien, quelques artistes tendent leur sébile à la télévision en proposant de remédier aux effets de la misère, mais surtout pas à ses causes,

Les jeux surtout. Le loto ou le Millionnaire, qui font rêver qu'un jour peut être on aura de la chance. La vie des stars à la télévision ou celle des princes et des princesses. La richesse en fait, pourvu qu'elle apparaisse liée à la chance ou au hasard, parce qu'on peut se dire qu'un jour on aura peut-être de la chance ou parce qu'on peut songer que le hasard fera bien les choses. La richesse aimée et désirée si elle paraît aléatoire ou inaccessible, la richesse désirée si elle paraît ne rien devoir à la responsabilité personnelle, mais détestée bien sûr dès qu'il s'agit d'initiative responsable.

Le football aussi. Heureusement qu'il y a eu la Coupe du monde. Heureusement que l'équipe de France a gagné. Le Premier ministre a pu se comparer à un avant-centre et à un entraîneur, le Président à un gardien de but, quelques hommes qui tapent dans un ballon ont pu devenir les idoles de millions d'hommes et de femmes qui se sont dit, l'espace d'un instant, qu'ils étaient fiers d'être français et heureux de vivre en France, parce qu'il y a en France des footballeurs qui gagnent. La foule sur les Champs Elysées était, a-t-on dit, aussi nombreuse qu'à la Libération en 1945, des commentateurs sur une grande chaîne de télévision se sont même risqués à la comparaison.

En 1945, les Français fêtaient la liberté retrouvée, l'espoir de rebâtir peut-être. lls accueillaient des libérateurs. En 1998, la liberté n'est plus à l'ordre du jour, l'espoir non plus. Les idoles ne se battent plus pour des idéaux, pour libérer ou pour émanciper. Les idoles jouent comme les enfants jouent. Les idoles sont même grassement payées pour jouer. Lespoir de ceux et celles qui les acclament! jouer à leur tour! Non. Se dire peut être que la vie est un jeu, ou que le jeu permet d'oublier la réalité et de mieux l'accepter sans se poser de questions. Se dire que le rêve est plus agréable et plus beau que la vie.

Cela s'appelle l'anesthésie. Les peuples décadents ne savent pas qu'ils sont décadents.

C'est précisément pour cela que la décadence peut se poursuivre. Lorsque la décadence débouche sur l'effondrement, il est trop tard en général. Est.il déjà trop tard pour la France?

Il est bien tard en tous cas...

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Une nouvelle nuit du 4 août

Deux anciens chefs de gouvernement traduits en justice : cela ne s'était pas vu en France depuis la Libération.

C'est dire que l'événement est lourd de signification et marque un tournant capital. Les faits reprochés à Laurent Fabius et à Alain ]uppé ne sont pas de même nature, mais ils sont caractéristiques du comportement de la caste dirigeante française et peuvent se résumer par la formule suivante : quand on a le pouvoir, tout est permis. Les technocrates ont perdu toute trace de sens moral. L'État, c'est eux. Ce qui est bon pour l'État est bon pour eux.

Ce qui est bon pour eux est bon pour la France. Avec de tels raisonnements, on peut retarder les mesures de précaution dans les transfusions sanguines afin de favoriser l'entrée sur le marché d'un test produit par un laboratoire français et condamner à mort des centaines de malades. On peut se servir dans les finances municipales afin d'alimenter celles de son parti politique, mettant en quelque sorte à l'amende tous les contribuables parisiens, quelle que soit leur opinion politique. La justice dira si le comportement de M. Fabius et de M. Juppé a été réellement fautif. Mais si l'un et l'autre avaient été animés des principes moraux qui, seuls, permettent à une société de se maintenir, ils n'auraient jamais été mis en examen. Car le premier aurait décidé, aussitôt après avoir été informé du risque couru par les transfusés, que pas une seule personne ne devait dès lors recevoir la moindre goutte de sang contaminé. Et le second que pas un seul employé du RPR ne devait être payé par la ville de Paris.

Fabius et ]uppé : ils avaient la réputation d'être, l'un et l'autre, les plus brillants de leur camp. Un camp du reste interchangeable. Fabius, au moment d'entrer en politique, avait fait des offres de service à Giscard. Quant à ]Jppé, le clou de sa carrière - son plan de novembre 1995 de «sauvegarde» de la Sécurité sociale - était si socialiste que le gouvernement Jospin s'est bien gardé d'y apporter la moindre modification, jusqu'à ce qu'il lui explose entre les mains-Avec ces deux hommes si semblables dans leur arrogance - qu'elle soit affichée ou mal masquée - et, finalement, dans leur incompétence, c'est toute la technocratie qui se retrouve face à la justice.

Mais on aurait bien tort d'attendre de la justice qu'elle nous débarrasse de la caste de prédateurs qui s'est emparée de l'État.

Tout au plus stigmatisera-t-elle le comportement de quelques-uns d'entre eux, tandis que les autres poursuivront sans souci leurs dévastatrices menées. Au demeurant, la justice n'a aucune légitimité politique et rien ne serait plus dangereux pour la démocratie que de confier aux magistrats qui, après tout, ne sont que des fonctionnaires, le soin de retirer le pouvoir à certains et donc de le confier à d'autres. On a bien vu en ltalie que l'opération «mains propres» a épargné les communistes - pourtant aussi coupables de corruption que le reste de la classe politique - et que ceux-ci sont aujourd'hui au pouvoir dans ce pays.

C'est aux citoyens - et à eux seuls - de dire comment ils veulent être gouvernés.

Voilà bien longtemps que nous réclamons une loi simple qui, même si elle ne réglerait pas tout, mettrait un terme à la colonisation de la politique par la fonction publique : tout fonctionnaire élu doit démissionner de l'administration. Puisque M. Jospin, Mme Aubry et leurs amis, qui sont presque tous dans ce cas, passent leur temps à nous donner des leçons de vertu, qu'ils fassent donc voter un tel texte. M. Chirac, M. ]uppé et leurs amis, qui sont dans la même situation, ne pourront décemment pas s'y opposer.

Quand on en est à invoquer ainsi une nouvelle nuit du 4 août, c'est bien que la révolution est en marche...

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