Sommaire du N°189 3 octobre 1998
La fausse droite creuse toujours sa tombe !
Chacune des trois élections législatives partielles de dimanche dernier comporte une leçon simple :
-Dunkerque. La gauche aurait tort de se réjouir trop vite : la victoire, même quand elle lui est promise, peut lui échapper.
- Gardanne. Le parti communiste est toujours prêt à frauder. Tous les moyens sont bons pour garder le pouvoir et les avantages qu'il comporte.
- Toulon. Sarkozy, en se félicitant que l'Alliance n'ait pas pris parti pour le deuxième tour, a avoué qu'il se réjouissait en fait de la victoire de la candidate socialiste sur sa concurrente du FN. En ne donnant aucune consigne de vote, Madelin, Millon et de Villiers ont été ses complices.
Les élections sénatoriales démontrent, quant à elles, que la diabolisation médiatique du FN, loin de marcher toujours, peut fort bien se retourner contre les apprentis-sorciers dont Chirac est le symbole. Dans la plupart des départements soumis à renouvellement, les scores des candidats du FN "dépassent souvent très largement son collège électoral potentiel" ("Le Monde" dixit). Disposant de 48 grands électeurs ,le candidat FN des Alpes
Les élections européennes auront lieu en juin 1999. Comme lors des trois scrutins précédents, le résultat de chaque liste en présence dépendra au moins autant de son programme que de son positionnement politique, sur l'éventail droite/gauche.
La dernière fois, les listes Tapie et de Villiers ont permis aux électeurs de gauche comme de droite d'adresser un avertissement sans frais aux formations dominantes, PS d'une part, RPR-UDF d'autre part. Une liste d'extrême gauche est aujourd'hui en préparation. Un espace existe à droite, entre le FN et l'Alliance. Pour l'occuper, il sera moins important de se positionner par rapport à Maastricht ou Amsterdam que par rapport à Chirac et à Le Pen...
Au moins trois élections partielles auront lieu d'ici trois mois pour remplacer trois députés caciques qui ont préférer aller se mettre au chaud au Sénat pour neuf ans. Ce sera une nouvelle occasion, pour la droite :soit qu'elle continue à creuser sa tombe, soit qu'elle retrouve la raison, qui consisterait à accepter une bonne fois pour toutes, le clivage droite/gauche.
La soviétisation du système fiscal français continue!
Je gouvernement de Lionel Jospin a tenu à mettre dans le projet de budget pour 1999 plusieurs mesures destinées à lutter contre ce qu'il est convenu d'appeler "les délocalisations". Les capitaux expatriés feraient l'objet d'une taxation spécifique. Et, pour les chefs d'entreprise qui transfèrent à l'étranger tout ou partie de leurs actifs, ils seraient désormais imposés sur les plus values latentes des titres ou des biens transférés, mêmes si ces derniers n'ont fait l'objet d'aucune mutation.
De telles dispositions sont sans doute illégales, parce que contraires aux règles européennes qui président au Marché Unique, et fondent la liberté des mouvements des capitaux à l'intérieur de l'Union européenne.
Mais elles sont surtout révélatrices d'un état d'esprit.
Les excès de notre système fiscal, qui prétend prélever sa dîme à toute occasion, en particulier au moment d'une succession, a provoqué naturellement un mouvement général de fuite pour échapper à la rapine d'État.
Les fortunes françaises, depuis longtemps, ont trouvé refuge à l'étranger, qui en Suisse, qui aux Antilles néerlandaises. L'argent français expatrié se compte en milliers de milliards de E
L'instauration de l'impôt sur la fortune, chaque année plus lourd, avec la menace perpétuelle qu'il soit étendu à l'outil de travail, a engendré une nouvelle vague de fuyards, En outre, dans le même temps où la fiscalité continue à s'aggraver en France, elle ne cesse de s'alléger dans un pays comme la Grande Bretagne, où un résident non national ne paye aucun impôt sur ses avoirs étrangers, qui pourront le moment venu être transmis sans aucun droit de succession.
Du coup, depuis plusieurs années, ce qui restait encore en France de patrimoines financiers a été transféré, en particulier de l'autre côté de la Manche. 100 000 Français, souvent jeunes, vivent à Londres, Plus de 200 000 en Grande Bretagne. Près de 300 entreprises françaises sont installées à Ashford, à deux heures de la Gare du Nord par l'Eurostar. Les spécialistes londoniens de la gestion de fortune avouent être actuellement très sollicités...
Un gouvernement réaliste aurait pris des mesures efficaces pour stopper une telle hémorragie, en imitant Tony Blair, un socialiste qui continue à baisser l'impôt sur les sociétés.
Il inciterait les chefs d'entreprises expatriés à revenir, et les fortunes émigrées à rentrer. Ce qui suppose évidemment une politique budgétaire animée d'une ferme volonté de réduire la dépense publique... Mais c'est ce qui est sans doute beaucoup demander à un gouvernement socialo-communiste.
Tous les régimes totalitaires ont toujours agi de la même façon : les minorités indésirables ne sont autorisées à quitter le territoire qu'à la condition d'y abandonner tous leurs biens.
Avec le projet de loi de finances pour 1999, le système fiscal français devient un peu plus soviétiforme. Dans ce pays, les contrôles fiscaux tiennent déjà lieu de police politique. Avec ces nouvelles dispositions, la loi fiscale servira également de police des frontières !
jean Rouxel
La fausse repentance de Juppé
L'ancien Premier ministre Alain Juppé a profité, le samedi 19 septembre, de son passage à l'université d'été des jeunes gaullistes de l'UJP pour faire son mea culpa. Il aurait déclaré à ses interlocuteurs :')e n'ai pas été très bon en communication... j'ai sous-estimé l'impact psychologique auprès des Français de la hausse de la TVA . Ce qui a pu favoriser l'épargne de précaution..." (propos réitérés dans une interview au "Point" du 26 septembre).
Les problèmes de communication ont bon dos ! Les invoquer est une façon de ne pas reconnaître ses erreurs. C'est vrai aussi bien pour Alain Juppé que pour Serge Tchuruk, le penaud président d'Alcatel (qui a pour le moins tardé à dire la vérité à ses actionnaires sur les perspectives réelles de sa société ! ).
Car, avouer des faiblesses en communication, c'est prétendre, indirectement, avoir eu raison sur le fond. Ce qui est exactement l'inverse d'un mea culpa, d'un véritable repentir. Un peu comme un malfaiteur qui s'en veut de s'être fait prendre...
La politique d'Alain Juppé, quand il arrive à l'hôtel Matignon en 199S, consiste à augmenter brutalement les impôts, en privilégiant la TVA, qui augmente de deux points d'un seul coup, pour rapporter en principe 80 milliards de plus en année pleine. Il s'imagine que c'est ainsi qu'il va réduire les déficits publics et financer ses largesses sociales Et il fait le pari, 1) que cette politique produira des effets favorables,
2) qu'avec le temps les Français oublieront ce tour de vis, la TVA étant réputée "invisible".
Les résultats de cette politique ont été exactement inverses de ceux qui étaient attendus, parce qu'elle était totalement erronée. C'est par une forte diminution des dépenses publiques qu'il fallait amorcer le redressement de la France, pas en faisant l'inverse !
Ce n'est pas l'impact psychologique qui a été sous-estimé, c'est l'impact réel qui a été méconnu.
De bonne foi sans doute, Alain Juppé croyait à la supériorité de la dépense publique par rapport au libre usage des revenus des particuliers. Pour lui l'économie "s'administre" et les richesses se "redistribuent". C'est un dirigiste.
Il n'a jamais cru en l'économie de marché. Il ignore tout du fonctionnement non bureaucratique de l'économie réelle. Telle est la seule raison de son échec.
Quant à l'argument de "l'épargne de précaution", il fait tout d'abord appel à un jargon de pseudo économiste, qui signifie, dans l'esprit de son auteur que les Français ont encore une fois mal réagi. lls ont eu tort ! C'est de leur faute !
Juppé augmente les impôts de façon imbécile.
Les Français se disent :"avec un fou pareil on va à la catastrophe" ! Et, prudents ils mettent un peu plus d'argent de côté. Il n'y a qu'un énarque pour avoir l'inconscience de le leur reprocher. C'est l'histoire du gangster qui fait reproche à sa victime d'avoir tenté de se défendre...
Bernard Piard
Pour l'entente à droite: La relance
[es lois de l'arithmétique s'appliquent à la vie politique démocratique. [es modes de Î~ scrutin, au delà de leur diversité - et de leur inutile complexité - débouchent toujours sur une bipolarisation, qui peut paraître manichéenne, mais dont le simplisme n'est rien d'autre que le prix à payer pour la clarté du débat et la loyauté de la représentation populaire. Même les systèmes à la proportionnelle aboutissent à une simple dichotomie : le psychodrame des dernières élections des présidents de région est là pour nous le rappeler...
c'est ce que François Mitterrand avait parfaitement compris pour la gauche, et cela dès le lendemain du référendum constitutionnel de 1962.
Tous ses proches, ses intimes, témoignent qu'il était plutôt anticommuniste, et qu'il l'est resté jusqu'au bout. Mais il avait compris que la gauche, c'est-à-dire tout simplement, pour lui, l'opposition au général de Gaulle, ne reviendrait au pouvoir qu'avec le concours du parti communiste, en acceptant toutes les familles de la gauche, y compris celles réputées extrêmes et mêmes non-démocratiques.
De l'héritage mitterrandien il ne reste finalement aujourd'hui que le concept de "gauche plurielle". Mais elle est au pouvoir. Et peut-être pour longtemps...
La droite est confrontée, en tout cas depuis 1997, et la dissolution-suicide de chirac, à un problème d'une nature très comparable. à celui où se trouvait la gauche il y a 35 ans :
sans une entente à droite entre le Front National et l'essentiel de la droite parlementaire, les perspectives d'alternance sont faibles.
A gauche, bien sûr, mais aussi à droite, on met en avant la spécificité du FN, qualifié d'extrême droite Ile substantif "extrême" ayant pour seul jonction de déconsidérer la chose nommée...). il faut laisser ce genre d'argument la gauche. c'est le préalable à toute entente à droite !
[es chefs de la fausse droite (pour des raisons précises sur lesquelles nous reviendrons) ne veulent pas entendre parler de cette entente.
Même Madelin, même Millon en font encore un cas de rupture ou d'exclusion. ce qui ne les empêche pas d'être accusé de faiblesse par la gauche ("au sein de la droite, il existe un parti, Démocratie libérale, d'Alain Madelin - dont le fond est d'établir une passerelle entre le Front national et la droite". François Hollande, 1er secrétaire du PS)
Dans une démocratie bloquée, il appartient au peuple souverain de s'organiser pour faire prévaloir sa volonté. il appartient au peuple de droite d'imposer l'entente à droite aux dirigeants politiques issus de ses rangs !
Tel était l'objet du "Manifeste pour l'entente à droite" diffusé à plusieurs reprises dans ces colonnes depuis le 17 avril 1998 et de la convention "Pour l'entente à droite" qui s'est tenue le 6 juin dernier.
Un peu plus de 2 000 personnes à ce jour ont adhéré à ce texte en y apposant leur signature. La réunion du 6 juin dernier a réuni quelque 600 personnes.
Nous avons laissé passer la période estivale : pour réfléchir, enregistrer les propositions (et les réclamations) de nos correspondants. Et voici ce que nous avons décidé :
il Le Comité pour l'entente à droite va se transformer en Mouvement politique, doté de la personnalité morale. Un bureau provisoire est en cours de constitution.
2) Des sections départementales seront partout constituées.
3) Des réunions publiques seront organisées. Une convention sur "La préférence nationale" est en préparation.
4) Cette double page est désormais réservée à une tribune permanente "Pour l'entente à droite". Elle est libre de tout préjugé (y compris à l'égard des adversaires de cette ligne). Elle est ouverte à tous. A vous, amis lecteurs, de l'alimenter.
avec des faits (par exemple sur la chronique de la guerre civile française...), en nous relisant part de votre opinion, de vos propositions.
Nous vous informerons chaque semaine de l'actualité du Comité. A la semaine prochaine.
A. D.
Clinton l'a bien cherché !
On ne peut rien comprendre à l'affaire Clinton ~ si l'on ignore tout simplement que le président des États-Unis symbolise, avec son épouse Hillary, la frange la plus extrême et la plus sectaire de la gauche américaine, tout ce que peuvent détester les membres de la majorité républicaine conservatrice, qui contrôle à la fois la majorité du Sénat et celle de la Chambre des représentants.
Clinton n'est pas seulement un démocrate, comme avant lui Jimmy Carter ou Lyndon Johnson, mais c'est surtout un "libéral", au sens américain du terme, c'est à dire un socialiste, comme avant lui John Kennedy (un libéral, au sens français du terme, sera là-bas qualifié de "libertarian").
Non pas au plan économique, mais au plan culturel. Car, aux États-Unis, la page du débat idéologique économique est tournée : plus personne n'y défend quelque forme de collectivisation que ce soit, les règles du bon sens public élémentaire sont admises par tous, la modération budgétaire et l'équilibre des comptes publics font l'objet d'un consensus.
Le débat idéologique s'est déplacé sur le terrain culturel. Or la gauche "libérale", défaite sur le terrain économique, sur la défensive sur le terrain politique, reste largement dominante sur celui de la culture : c'est elle qui contrôle l'establishment éducatif, l'industrie des loisirs, les université et les médias. Exactement comme chez nous....
C'est par le lobby culturel gauchiste que Clinton a été porté au pouvoir. Enseignants et intellectuels progressistes, représentants de toutes les minorités, ethniques et sexuelles, sont les chouchous de la maison Blanche.
Avec son épouse, Bill Clinton a toujours été à la pointe de la révolution du politiquement correct.
Ce sont ses amis qui se sont mis en tête de débusquer toutes les formes de discriminations, en particulier s'agissant du harcèlement sexuel.
L'avocate Hillary Clinton s'en était même fait une spécialité : plaider le harcèlement sexuel pour tout licenciement mettant en cause un chef d'entreprise et l'une de ses collaboratrice. Nul doute que, s'il ne s'agissait de son mari, Hillary aurait poussé Monica à porter plainte contre Bill Clinton !
Conservateurs et libéraux sont donc dans une "guerre de la culture" (qualifiée de "nouvelle guerre froide" par Pat Buchanan). Et les conservateurs sont soutenus par une plus grande partie de l'opinion que les "libéraux". C'est d'ailleurs la seule raison qui explique que, malgré leurs connivences libérales, la plupart des médias américains n'ont pas pu minimiser l'affaire Monica : les lecteurs, qui sont les juges de paix d'un journal, auraient immédiatement sanctionné un tel comportement.
Ceux qui s'imaginent, en France, que les conservateurs vont laisser passer un telle occasion de victoire sur un clan abhorré ne connaissent rien à l'Amérique.
Ils disent : "l'opinion soutient Clinton". Voire...
Mais les législateurs républicains y seront d'autant moins sensibles que, dans un pays où l'abstention concerne plus de la moitié de la population en âge de voter, il y a loin entre l'opinion publique en général et celle des électeurs...
Alain Foucart
"La loi c'est la loi" mais pas l'excès de zélé !...
La loi, c'est la loi".
L'expression revient souvent, comme un leitmotiv, en particulier dans la bouche des représentants des administrations dont les décisions sont fréquemment contestées.
Quand ils ne veulent pas qu'on discute leurs actes...
Nul citoyen ne peut, en effet, se plaindre de se voir appliquer les rigueurs de la loi, même si beaucoup d'autres y échappent...
Un douanier ne contrôlera qu'une valise sur cinquante. Un gendarme n'arrêtera qu'un automobiliste sur dix n'ayant pas respecté la limitation de vitesse. L'inspecteur des impôts n'épluchera qu'un dossier sur cinq. C'est pas juste !
La loi est la même pour tous, mais beaucoup y échappent.
C'est inévitable : la loi a notamment pour but l'exemplarité. Tout fraudeur doit s'attendre à être pris, Même s'il ne l'est pas toujours : il n'a qu'une certaine probabilité de passer à la casserole !
Cependant, un autre principe général du droit ne doit pas être perdu de vue : c'est le principe de proportionnalité. Qui veut non seulement que la peine ou la sanction soit proportionnelle à la faute, mais aussi que la faute la plus grave soit sanctionnée en priorité, fasse l'objet d'une poursuite plus attentive que la faute plus vénielle.
Le principe de proportionnalité est bien connu des civilistes et des pénalistes : dans certaines circonstances une faute est évidemment moins grave que dans d'autres.
Il en va ainsi s'agissant du Code de la route. On conviendra qu'un excès de vitesse sur autoroute est moins grave, quand la voie est déserte et que le temps est clair que lorsqu'il y a affluence.
Cela s'applique tout spécialement dans le domaine du stationnement urbain. Bien sûr,
toute infraction justifie une contravention, que les personnels chargés du contrôle du stationnement payant distribuent, à Paris, avec une grande générosité, d'ailleurs... Mais en application du principe de proportionnalité, il conviendrait de réserver les foudres de la loi
d'abord à tous les contrevenants qui causent les plus grandes gênes.
Un automobiliste parisien qui se fait verbaliser parce que l'heure de son ticket de parcmètre est dépassée de quinze minutes ne pourra jamais admettre que dans le même temps un camion qui décharge en pleine voie ne soit pas dégagé, qu'une moto fasse irruption sur le trottoir au risque de renverser les piétons.
Pis : il peut sans doute comprendre qu'un défaut de paiement lui vaille une verbalisation ; il peut savoir que le stationnement relève d'un corps de fonctionnaires, tandis que la police des livraisons relève d'un autre. Mais il n'acceptera jamais que, dans un quartier encombré le jour et à peu près vide la nuit et le week-end (exemple du quartier du Sentier), il se fasse verbaliser à 3 heures du matin ou le dimanche après-midi, alors qu'il ne gêne personne, et tandis que les forces de l'ordre font si cruellement défaut quand on a besoin d'elles.
L'excès de zèle, dont sont souvent victimes les automobilistes à Paris et dans les grandes villes, n'est jamais de la bonne administration.
Deux pays gravement malades
Après la France l'an dernier, voilà l'Allemagne dotée d'un gouvernement socialiste. On peut invoquer, chez nous, l'incroyable maladresse du couple Chirac-Juppé et, outre-Rhin, l'usure d'Helmut Kohl, chancelier depuis seize ans, mais cela n'explique pas tout, loin de là. En vérité, les deux pays sont victimes du même phénomène, l'inadaptation de l'Etat providence au monde actuel, et s'accrochent désespérément à ses délices, qui sont devenus autant de poisons. Gerhard Schrôder passe pour un pragmatique, mais il lui faudra bien d'autres qualités pour réussir. Helmut Kohl avait commencé de dire la vérité aux Allemands lorsqu'il comparait leur pays à un "parc de loisirs".
Malheureusement, il n'avait plus l'autorité nécessaire pour remplacer les attractions gratuites par des unités de production.
Pour réussir, Gerhard Schrôder devra baisser fortement les impôts, introduire beaucoup de flexibilité dans les rapports sociaux et passer à la retraite par capitalisation. Il ne s'est engagé à rien de tout cela et ne pourra donc le faire. Tout au plus naviguera-t-il habilement entre les écueils, jusqu'à ce qu'une lame un peu forte ne l'y fracasse.
Nous ne sommes évidemment pas mieux lotis. Ni la majorité socialiste, ni l'opposition n'ont le courage de regarder la réalité en face. Il faudrait travailler plus, réduire fortement les dépenses publiques, élever l'âge de la retraite, remplacer résolument la répartition par la capitalisation, inverser les flux migratoires, libérer l'enseignement du carcan étatique et syndical. Or non seulement on ne le fait pas, mais on se refuse à en débattre. Ceux qui prônent ces solutions sont interdits de séjour dans les grands médias, en vertu d'un accord non écrit, mais scrupuleusement exécuté, entre les nomenklaturistes du pouvoir et leurs dévoués serviteurs de la presse.
Et ce sont ces deux pays gravement malades qui s'apprêtent à convoler en justes noces monétaires. Une monnaie n'est saine que si la contrée qui la bat l'est aussi, à tous égards. On peut donc nourrir les plus grandes craintes pour l'Euro, d'autant que l'Union européenne ne dispose pas des structures politiques indispensables pour traiter les crises qui naîtront inévitablement des divergences économiques et sociales dans les divers pays de la zone et qui se résolvaient jusqu'à présent par des ajustements de change.
La seule raison d'espérer réside dans la révolution des moyens de communication.
Les réformes à faire relèvent de la morale,
de la logique et du bon sens. Les citoyens n'ont nul besoin d'être philosophes ou économistes pour en comprendre la nécessité.
Il suffit d'ailleurs de vivre normalement,
c'est-à-dire de rencontrer quotidiennement des gens de toutes conditions et de leur parler - ce qui n'arrive jamais aux politiciens ni aux éditorialistes -, pour constater que la sagesse populaire est toute prête à admettre le nouveau cours du monde. Encore faut-il lui marquer les étapes du changement, la rassurer sur ses conséquences, et lui proposer des hommes et des femmes dignes de confiance pour diriger le navire. Ces personnes existent.
Elles vont pouvoir se faire connaître grâce au réseau d'information qui se crée sur internet et qui se développe à une vitesse vertigineuse. Dès la fin de cette année, une entreprise française sur deux y sera connectée. Les particuliers vont à leur tour entrer dans la danse, en commençant par les plus jeunes et les plus dynamiques, c'est-à-dire les moteurs de la société. La tyrannie des médias officiels vit ses derniers instants. Un peuple étouffé sous le poids de la dissimulation et du mensonge va enfin pouvoir respirer librement, retrouver le goût d'entreprendre et le bonheur d'être content de soi. C'est l'invention de l'imprimerie qui a donné naissance au monde moderne. Le mariage du téléphone et de l'ordinateur va permettre à l'humanité de faire un nouveau bond.