Le plus grand obstacle à une alternance de droite s'appelle Chirac et pas Le Pen !
Les Français,parce qu'ils sont bons et miséricordieux (et à force de les voir au journal de 20 heures), ont plutôt de la sympathie pour leurs dirigeants politiques;qui se retrouvent régulièrement dans les médias avec de fortes cotes dépopularité apparente. Ils sont deux fois plus nombreux à avoir une bonne plutôt qu'une mauvaise opinion de Jacques Chirac ou de Lionel Jospin. Mais, pour autant - et c'est le point principal - ils ne sont pas du tout satisfait de la façon dont ils sont gouvernés (57% de très mécontents ou de plutôt mécontents et seulement 38% de satisfaits, selon la dernière enquête de BVA pour"Paris-Match"), et ,s'ils étaient parlementaires, ils ne voteraient pas la confiance à Lionel Jospin (46% de non et 41% de oui).
C'est normal :l'opinion, réaliste, est avant tout sensible aux résultats économiques. Le pays est-il prospère ? Le corps électoral a tendance à approuver ses dirigeants. Et inversement. C'est la raison pour laquelle les électeurs français,depuis vingt ans, ont de bonnes raisons de ne pas renouveler leur confiance aux majorités législatives sortantes (voir page 7).
Rien n'indique que cette situation, qui désespère à juste titre les Français lucides, va changer Ce ne sont pas les nouveaux emplois-jeunes que s'apprête à créer le gouvernement (par exemple "incendiaire de voitures à Toulouse" ?...) qui vont renverser la vapeur La funeste cohabitation pousserait même au vice. Écoutez les commentateurs professionnels : Chirac pourrait être tenté, parait-il, de démissionner, pour se représenter avant la fin de l'an 2000 : à la condition que Lionel Jospin ait accumulé d'ici-là suffisamment de bêtises...
Apprécier les conséquences, pour la droite, de la crise du FN revient à évaluer ce que le succès du FN doit respectivement à Le Pen et à Mégret d'une part, et à la mauvaise gouvernance de la France d'autre part-Sans doute la guerre des chefs - on l'avait déjà vu au RPR...- n'est pas en soi un gage de succès électoral. Mais si, dans le même temps, on continue à décourager le peuple français, à l'empêcher de travailler, d'entreprendre, et même de vivre,à cause de l'insécurité généralisée,sila droite parle comme la gauche,et agit sur les seules injonctions du tribunal médiatique, les mêmes causes produiront les mêmes effets et les électeurs de la droite continueront à manquer au rendez-vous du deuxième tour des prochaines élections générales.
"L'entente à droite" n'est pas seulement un moyen de ramener le FN dans le giron national de la droite. Elle n'est pas seulement une méthode pour faire gagner la ' droite. C'est aussi, et surtout, un dispositif pour faire gagner la France !
L'Entente a droite: un bon programme pour 1999 !
la crise au Front national, qui va sans doute déboucher sur la partition en deux morceaux de ce mouvement politique, rend-elle plus ou moins nécessaire une stratégie d'Entente à droite, en vue de la reconquête du pouvoir par une force d'alternance à la gauche plurielle ?
Telle est la question qui nous est posée depuis le début de ce mois par beaucoup de nos correspondants, et à laquelle nous allons essayer d'apporter ici "notre" réponse.
Dans notre république, "les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage" (article 4 de la Constitution française). Seuls les organisations qui ne respecteraient pas les principes "de la souveraineté nationale et de la démocratie" en sont exclus.
D'autre part, la vie politique, en France, tend vers une bipolarisation droite-gauche. C'est d'ailleurs une situation quasiment universelle, qui relève probablement d'une nécessité dialectique, inhérente à tout débat, et pas seulement aux joutes politiques, même si quelques pays y font exception, comme l'Italie, et même si le fondateur de la Vème République a pu prétendre s'en abstraire.,.
Certaines assemblées délibérantes - comme le Parlement européen - fonctionnent certes sur la base de majorités d'idées circonstancielles.
Mais il s'agit de conseils élus au scrutin proportionnel plutôt que majoritaire, lequel, depuis quarante ans, a bel et bien modelé la vie politique française.
C'est dans ce contexte, pour s'opposer efficacement au général de Gaulle puis à ses successeurs, que François Mitterrand, dès 1962, a forgé le concept d'union de la gauche, auquel celui de gauche plurielle a aujourd'hui succédé, et qui a résisté à tous les désaccords sur le programme et à toutes les querelles personnelles : car, sans lui, la gauche, minoritaire dans le pays, n'a aucune chance d'arriver au pouvoir.
La structuration électorale de la gauche plurielle oblige la droite à dépasser ses querelles, à les tenir pour honorables et normales, plutôt que justifiant l'anathème, sauf à se placer dans une perspective de défaite électorale durable, avec des conséquences catastrophiques inévitables pour l'avenir de notre pays.
Tout parti politique qui n'est pas interdit s'inscrit forcément, aujourd'hui et demain, et même qu'il le veuille ou non, dans cette dichotomie droite gauche.
Les responsables des partis de la droite "républicaine" s'imaginent aujourd'hui que l'éclatement du FN va leur épargner de pénibles triangulaires. C'est peut-être exact. Mais encore faut-il pour être élu qu'un candidat RPR ou UDF rassemble au Ier ou au 2ème tour un plus grand nombre de suffrages que le candidat de la gauche. Or, le plus souvent, ce sont les abstentionnistes qui font perdre la droite...
Divisé ou non, et même qu'il plaise ou non, le Front National est à droite, (comme communiste et trotskistes sont à gauche). A la base, l'entente est possible et les divergences y sont supportables. C'est dans ce sens que le Comité pour l'Entente à droite, dans chaque circonscription, entend faire pression sur les dirigeants politique de la droite : du FN à ceux de la fausse droite inclus !
Jean Rouxel
Le socialisme est toujours synonyme de flicage généralisé
Le projet de budget pour 1999, qui vient de retourner au Sénat pour une dernière navette, comporte à la fois des augmentations substantielles des dépenses de l'Etat, et aussi des dispositions attentatoires aux libertés individuelles fondamentales. Certaines personnes de bonne foi pourraient approuver les premières et contester les secondes. Ce serait ne pas voir que les unes et les autres sont liées : il n'y a pas de socialisme réel, d'étatisme sous une forme ou sous une autre, et donc de collectivisation, sans restrictions graduelles aux droits des personnes, qu'elles soient insidieuses ou brutales.
Le flicage socialiste concerne d'abord, bien sûr, les contribuables les plus riches. .
A partir de l'année prochaine, on pourra donc être imposé sur des revenus présumés et non distribués, pour le seul motif qu'ils proviennent d'actifs détenus ou gérés par des structures ayant leur siège à l'étranger.
Et, s'agissant des entreprises qui cherchent à survivre et envisagent dans cette optique de se délocaliser, elles doivent savoir qu'elles devront acquitter l'impôt sur les plus values non plus sur la base de la différence constatée entre un prix de revient et un prix de cession, mais entre le premier et la valeur estimative au moment du transfert. Ce qui revient à empêcher tout transfert en le rendant financièrement impossible ou à obliger à vendre. Bercy va d'ailleurs constituer dans les semaines qui viennent un "Observatoire de la délocalisation fiscale".
D'autres mesures ont été prises à l'occasion du nouveau budget qui concernent tous les Français : obligation du paiement par chèque à partir de 50 000 F au lieu de l50 000 F (c'est Roland Dumas qui va être content...) ; renforcement des contrôles douaniers par des agents de la direction des impôts ; communication systématique à l'administration fiscale des résultats des contrôles opérés en matière de cotisations sociales ; utilisation par les administrations fiscales du NIR, numéro d'identification des personnes physiques (amendement Brard), qui permettra au fisc d'avoir en même temps connaissance des revenus des individus et de leur numéro d'identification.
Le flicage fiscal, renforcé chaque année, n'épargne personne, et certainement pas les plus pauvres, eux aussi rapidement soupçonnés de fraude. En 1997, un titulaire du RMI sur deux aurait fait l'objet d'un contrôle de la part des caisses d'allocation familiales.
Dans son rapport pour avis sur les crédits de la solidarité, le sénateur RPR jean Chérioux, comme son collègue député, l'ex-communiste Brard pour les riches, réclame pour les Rmistes de nouveaux croisements de fichiers informatiques : afin de repérer les allocataires qui ont repris une activité rémunérée...
Subventions, transferts pour les uns, impots taxes et cotisations pour les autres sont les deux faces de la même réalité. Pas de redistribution sans prélèvements. Et pas de prélèvements et de redistribution sans contrôles.
Le socialisme est antinomique de la liberté des personnes. Il les pousse à la famine. Laquelle génère immanquablement la dictature...
Par-dessus le marché: L'Etat ? par Alain Laurent
En pas moins de 500 Pages implacablement argumentées et informées au pays aux meilleurs sources, des libéraux Philippe Simonnot nous a proposé le " pavé " intellectuel de la rentrée sous titre hitchcockien de " Trente-neuf leçons d'économie contemporaine" - ni plus, ni moins (1) . Mais pas de panique : c'est un livre de poche (où il tient effectivement), un ouvrage de haute vulgarisation. Il y procède à une rigoureuse reconstruction de la logique de l'économie du libre marché qui, partant de la notion d'échange contractuel, aboutit à une récusation catégorique de l'intervention de l'Etat dans les actions humaines en revisitant tour à tour les stations obligées de l'économie politique sur le mode de la critique radicale :
causes réelles du chômage, arbitraire de l'impôt, la " main invisible "... Au passage sont dénoncés les " faux droits " tandis que sont exposées les bonnes raisons de privatiser la monnaie ou la police, d'assimiler les dirigeants de l'Etat à une mafia et de concevoir des biens collectifs qui ne soient pas pour autant des biens publics.
Se réclamant délibérément d'une approche a-morale (ce qui ne veut pas dire immorale !), ce plaidoyer subversif en faveur d'une privatisation généralisée pose naturellement quelques sérieux problèmes. En particulier du fait d'un certain impérialisme conféré à l'économie dans l'interprétation des phénomènes humains et d'une volonté de substituer le principe d'utilité à celui du Droit dans la régulation des échanges.
Faire spontanément émerger le droit de la liberté de ceux-ci, nest-ce pas courir au devant du reproche de piéger les relations interindividuelles dans de purs rapports de force, arbitraires et instables ? Et oublier qu'il n'y a d'échanges que de droits de propriété préalablement établis et sources de toute légitimité ?
D'autre part, affirmer que "tout Etat est un Etat de droit ", n'est-ce pas mettre à égalité les pires despotismes et les démocraties libérales (quelles que soient les immenses imperfections de celles-ci-), tout en cautionnant l'habituelle et très française confusion entre " état de droit " (" rule of law ") et " Etat de droit " (qui n'existe que si cet Etat respecte lui-même et fait respecter un Droit-naturel - qui lui est antérieur et supérieur) ? Sous le charme d'une écriture limpide et d'une plaisante construction dialoguée, le lecteur devra sans cesse avoir ces questions et quelques autres à l'esprit en apprenant pourquoi le marché peut se passer de l'Etat.
De quoi administrer une... quarantième leçon à l'anarcho-économiste plein de talent qu'est Philippe Simonnot !
Les perspectives sont toutes différentes dans trois autres ouvrages récemment parus et traitant eux aussi d'économie politique en revendiquant une approche libérale.
Dans L'Ambition de la Liberté (2), Christian Saint-Etienne prolonge une réflexion déjà engagée dans l'Automate et la Liberté - ce qui nous vaut quelques redondances. On ne peut que louer l'auteur de déployer tant de conviction à défendre Les valeurs et vertus oubliées de la " responsabilité individuelle " en rappelant l'ancrage de celle-ci dans un libre arbitre irréductible à tous les déterminismes tellement promus en idéologie dominante par les sectateurs de la sociologie bourdivine (ou bourdieusarde ?).
Mais on peut demeurer perplexe face au développement du thème annoncé par le sous-titre du livre " Manifeste pour un Etat Libéral ". Non que le vrai libéralisme classique refuse dogmatiquement la référence à un dispositif institutionnel étatique (rien à voir avec l'étatisme !), étant entendu qu'il s'agit toujours d'un Etat limité, voire minimal. Or l'auteur ne s'en tient pas à ce bornage draconien, en conférant à l'Etat fort un rôle central dans la société : celui de " stratège ".
N'est-ce pas là prendre le risque de refaire de l'Etat un guide omniscient bien peu compatible avec la ... responsabilité individuelle ? S'il peut y avoir un " Etat libéral ", ce ne peut-être qu'un Etat serviteur - et non maître de quoi que ce soit.
De son côté, Christian Gérondeau a choisi de tenir le rôle de... Candide au pays des libéraux (3), en établissant, preuves concrètes et données chiffrées à l'appui, que les pays anglo-saxons ne ressemblent en rien aux caticatures que médias et " intellectuels " en font en France. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, il y a moins d'impôts, de réglementations et d'interventions étatiques que chez nous - et il y a moins de chômeurs et de pauvres, autant de protection " sociale " et d'éducation : ceci entraînant naturellement cela. Les secteurs privatisés marchent et les nouveaux emplois ne sont majoritairement pas des " petits boulots ". On regrettera de voir l'auteur en tirer une conclusion des plus ambiguës : cette défalsification du modèle anglo-saxon prouverait qu'outre-Manche et outre-Atlantique règne non pas l'ultra-libéral mais un " libéralisme socialisé " peu différent du " socialisme libéralisé " assurant heureusement et contre les idées reçues " la redistribution à des fins collectives et sociales de la moitié au moins des richesses produites " ! C'est non seulement ignorer les évolutions tendancielles les et quelque peu travestir la réalité, mais pousser à se demander si ce " Candide" ne l'est pas encore plus qu'il ne le croit et s'il a bien compris de quoi il parlait...
Faut-il vraiment dire un mot de l'inévitable Sorman de l'année, La Nouvelle solution libérale (4) ? Si oui, il suffira de signaler qu'en exaltant cette nouvelle lubie bureaucratique spoliatrice et dèresponsabilisante qu'est le " revenu un universel minimum " ainsi qu'en souhaitant une simple stabilisation des prélévements obligatoires, on ne voit pas ce que cette " nouvelle solution " a de libéral. A cette aune, le libéral de gauche Tony Blair est en vérité un ultra-libéral et et Sorman le social-étatiste qui s'ignore !
L'auteur de ces lignes ne saurait conclusion sans se féliciter des étrennes inattendues insérées dans ces quatre ouvrages : tous se référent à Turgot, le père fondateur français du libéralisme (5). jusqu'à l'année dernière, plus personne n'en parlait. Comme quoi, il ne faut jamais Lléscspérer...
(l) Gallimard, collection Folio, 1998 (2) Economica, 1998 (3) Albin Michel, 1998 (4) Fayard, 1998 (5) '' Laissez faire ", Les Belles-Lettres, 1997.
Euro: attention danger !
L'entrée en vigueur de la première étape de l'Euro, dans quelques jours, nous incite, pour prendre date, à rappeler ici quelques considérations, sur cette question qui aura constitué l'un des débats majeurs de l'année qui s'achève.
Et qui fera certainement encore couler beaucoup d'encre en 1999...
L'Euro est en premier lieu une monnaie artificielle, " constructiviste ", c'est-à-dire construite de toutes pièces, à partir d'une vision a priori, au lieu d'être le résultat spontané de l'expérience accumulée par l'histoire, comme les monnaies, en tout cas en Occident, l'avaient toujours été jusqu'à présent.
Or, comme le rappelle l'adage, le temps ne respecte que ce qu'il a contribué à forger.
Dans ces conditions, les inventeurs de l'Euro feraient bien de s'inquiéter et de s'attendre, dès l'année prochaine, à essuyer quelques bourrasques. Sur le plan des techniques monétaires, le seul fait d'être utilisée comme monnaie de compte et de réserve par onze pays européens à la fois, va constituer non seulement un changement de dimension pour les monnaies transformées en Euro, mais également, un changement de nature. L'Euro va devenir la rivale du dollar et du yen. Les banques centrales extérieures au système européen vont en acheter et en conserver L'Euro sera l'une des trois monnaies de réserve du monde.
Nous allons partager avec nos partenaires dans l'Euro, non seulement un taux de change mais également des taux d'intérêt à court terme. Les opérateurs du commerce international choisiront l'Euro à la condition qu'il soit fort, c'est-àdire qu'il garantisse mieux la stabilité des valeurs que les autres monnaies, et que ses taux d'intérêt ne leur soient pas inférieurs, Dans un premier temps au moins, il faut s'attendre à avoir un Euro fort, donc un dollar relativement faible, Ce qui devrait favoriser la compétitivité des entreprises américaines plutôt que celle des entreprises européennes. Et qui n'est pas bon pour la croissance économique en Europe ou en France...
Désormais, les ajustements monétaires nous sont interdits. Pourtant, les inégalités concurrentielles demeurent. Il faut donc s'attendre, avec l'Euro, à une explosion des délocalisations, aussi bien celles des personnes et de leurs patrimoines, que des entreprises dont les dirigeants ont le devoir de s'installer où les meilleures conditions leur sont faites. Avec l'Euro, nous allons assister au cours des tous prochains moins à un énorme remue-ménage...
Un tel maelstrom pourrait même se traduire par des secousses, voire des crises politiques.
C'est là qu'on attend le tandem jospin-Chirac...
Les adversaires de l'Euro continuent à prétendre qu'il s'agit d'un abandon de souveraineté intolérable. Pour notre part, nous n'avons jamais considéré que l'inspecteur des finances nommé en Conseil des Ministres, pour présider aux destinées de la Banque de France, était plus légitime, par rapport au peuple français, que les gnomes de Francfort...
Comme toutes les constructions artificielles, l'Euro, même " fort ", sera forcément fragile.
Alain Foucart
La prospérité économique est le secret de la science politique !
Il y a un lien direct entre la prospérité et la liberté. Non seulement au niveau de chaque individu, qui ne donne le meilleur de lui même que dans des conditions propices à son épanouissement, mais aussi au niveau collectif.Y compris au plan politique et même électoral.
C'est l'intérêt des dirigeants des systèmes démocratiques que de libérer les forces de la création des richesses plutôt que de les brider.
Car leur réelection, ou l'élection d'un représentant de leur parti, en dépend. Un parti exercera d'autant plus durablement le pouvoir qu'il pourra se prévaloir de bons résultats économiques. Tel est l'enseignement majeur de la science politique.
Dans un régime démocratique, en effet, les dirigeants doivent craindre le sort des urnes quand la situation économique est source de plus de mécontentements que de satisfactions.
C'est ce que montrent les situations politiques respectives de la France et des États-Unis.
Là-bas, le président Clinton, au bout de six ans de mandat présidentiel, continue à jouir d'une grande confiance dans l'opinion publique. Non pas que les Américains approuvent ses frasques sexuelles ou contestent le fondement de la procédure désormais engagée de l'impeachment. C'est plutôt qu'ils sont simplement satisfaits des résultats économiques de la politique de l'administration démocrate, avec, à la fin de chaque année, quelque trois millions de nouveaux emplois créés.
Du coup, toutes les perspectives se présentent autrement. L'immigration clandestine est bien supportée parce qu'économiquement bien absorbée. La dégradation, sous l'effet de l'évolution démographique, des comptes de l'assurance maladie, pour les vieux et pour les pauvres, comme ceux de la retraite obligatoire, pour tout le monde, fait moins peur à partir du moment où les finances publiques ont été assainies, avec un budget exécuté en excédent.
LAmérique est optimiste. Les Américains ont confiance dans l'avenir. Malgré ses turpitudes, Clinton pourrait peut-être même prétendre se représenter, si la sagesse des constituants américains n'avait pas limité à deux le nombre des mandats auxquels un président peut prétendre.
Dans le même temps, ici, les majorités changent à chaque élection générale.Toute majorité parlementaire sortante a été régulièrement battue, cinq fois de suite, depuis 1978 (échéances de 1981, de 1986, 1988, 1993 et 1997). Car aucune, depuis vingt ans, n'a pu se prévaloir d'un résultat économique satisfaisant, au regard en particulier de la situation de l'emploi.
On glose souvent sur les différences de comportements qu'il y aurait entre les Français et les Américains. Les premiers étant plus frondeurs ou plus inconstants que les seconds. Mais ce n'est sans doute pas la bonne interprétation des faits observés. Avec de moins bons résultats économiques, Clinton aurait moins les faveurs de l'opinion publique. Et, inversement, avec de meilleurs résultats sur le terrain de l'emploi, les dirigeants français bénéficieraient d'une plus grande fidélité...
Pour le quinquennat
A quoi sert un ancien président de la la République ? Le seul à avoir dû se poser la question est M. Giscard d'Estaing - Le général de Gaulle mourut peu après avoir démissionné, à la suite du référendum perdu de 1969, et M. Pompidou était décédé en exercice. Depuis 1981, date à laquelle il a été battu par M. Mitterrand, M. Giscard d'Estaing a été animé par une volonté farouche de revenir à l'Élysée en vainqueur. Chacun de ses discours, chacune de ses propositions n'ont jamais visé qu'à favoriser ce dessein.
Rien ne dit qu'en dépit de son âge il y ait vraiment renoncé. L'odeur de l'élection lui est aussi nécessaire qu'à un vieux guerrier celle de la poudre. C'est à cette aune qu'il faut juger le reproche, adressé à M. Chirac, de n'avoir pas parlé, dans son discours de Rennes, du quinquennat. Mais ce n'est pas parce qu'on peut soupçonner M. Giscard d'Estaing de visées personnelles que ce qu'il dit est forcément faux. Le quinquennat est, depuis le début de la V éme République, un de ses principaux problèmes. Le régime fondé par le général de Gaulle fut, à la différence du précédent, doté d'un exécutif fort. Le Parlement n'y a plus guère de pouvoir. Il n'en a aucun sur le chef de l'État, et à peine plus sur les lois, sauf celui de les refuser éventuellement, puisque c'est le gouvernement qui maîtrise l'ordre du jour et que les propositions des parlementaires n'ont pratiquement aucune chance de se transformer en textes législatifs. Destinée à remédier à la faiblesse et à l'instabilité des gouvernements précédents, la nouvelle constitution a créé plus de problèmes qu'elle n'en a résolus. Son erreur fondamentale est d'avoir fait du président de la République un monarque gouvernant, à une époque où le monde change de plus en plus vite et exige de ceux qui exercent un pouvoir, quel qu'il soit, souplesse, adaptation et permanente remise en cause. Depuis 1958, nous n'avons eu que cinq présidents de la République, mais les crises se comptent par dizaines et aucune n'a malheureusement conduit aux grandes réformes dont notre pays a besoin. Bien au contraire, elles ont été en quelque sorte digérées par l'exécutif, dont l'unique souci était de se maintenir au pouvoir et qui préférait avaler son chapeau plutôt que de perdre son trône.
La quasi institutionnalisation de la cohabitation a rendu plus difficile encore la solution des problèmes, puisqu'elle naît de la volonté de changement du peuple, qui envoie à l'Assemblée une majorité hostile au président et voit celui-ci demeurer en fonctions et gêner autant qu'il peut le nouveau gouvernement, tandis que ce dernier ne songe qu'à préparer l'élection présidentielle suivante. Bref, le pouvoir est paralysé en France et il entrave l'indispensable adaptation du pays au monde moderne. C'est pourquoi, de temps à autre, l'idée du quinquennat refait surface.
Faut-il que nos monarques aiment le pouvoir ! Car aucune réforme n'est plus facile à faire. Le quinquennat a été voté dans les mêmes termes par les deux assemblées, en 1973, à l'initiative de M. Pompidou. Il suffit de réunir le parlement en congrès àversailles et d'y obtenir une majorité des trois cinquièmes, ce qui, sur une tel sujet, ne doit pas faire problème. M. Giscard d'Estaing vient d'en relancer l'idée, et il se pourrait que M.Chirac, qui n'y est a priori pas favorable, la saisisse au bond. En 2000, il aura accompli un quinquennat. Il fourrait faire voter la réforme, se l'appliquer à lui-même, obtenir un nouveau mandat de cinq ans, dissoudre l'assemblée nationale et bénéficier d'une longue période sans élection pour s'attaquer enfin aux grandes réformes. Il peut y être poussé par le sentiment - justifié - de n'avoir rien réussi au cours des cinq premières années de sa présidence, et la crainte de laisser une trace déplorable dans l'histoire. Cette simple réforme pourrait, à elle seule, l'y faire entrer, car elle signerait la réconciliation de la France avec son temps.
Les conditions économiques et sociales exigent le quinquennat. Les conditions politiques le permettent. Le Front national est durablement affaibli. Il risque d'avoir deux candidats à l'élection présidentielle, ce qui favorisera celui de l'Alliance, s'il est unique. je n'aspire personnellement pas à la réélection de M. Chirac. Mais si c'est la condition de la réforme, j'y suis prêt pour mon pays.