Sommaire du N°205

Sécurité: les socialistes sont handicapés !

Pourquoi donc les socialistes français - aujourd'hui avec Jospin comme il y a 18 ans avec Mauroy - ont ils toujours un tel problème avec les questions de sécurité !

Sans doute pas pour des raisons qui tiendraient à une maladresse politique congénitale, car tout indique, au contraire, qu'ils sont plutôt plus habiles que leurs adversaires de droite, et qu'ils arrivent en général au pouvoir en ayant réfléchi davantage qu'eux au programme et à la stratégie qu'il convient selon eux de mettre en oeuvre.

C'est plutôt pour des raisons d'ordre philosophique et idéologique.

Car comment serait-il possible pour eux de mettre la sécurité des biens et des personnes en tête de leurs priorités,tout en défendant une doctrine qui nie, ou pour le moins conteste le droit de propriété privée, qui le rabaisse en tout cas au rang d'un droit parmi d'autres,au même titre que les faux droits ("les droits à", de l'emploi au logement, à la santé, aux loisirs...), alors que, pour nos pères fondateurs de la démocratie française, il s'agissait du droit par excellence,dont les autres découlent,y compris la doctrine classique des responsabilités et des libertés des citoyens dans un système représentatif.

A partir du moment où la propriété n'est plus tenue pour le prolongement de la personne, et à ce titre tout aussi sacrée, la pente fatale commence. Quand une voiture n'est plus qu'une voiture,qu'elle soit assurée pour 10 000 ou 100 000 F , il vaut mieux, en effet, la laisser brûler, comme 8 000 autres chaque année, plutôt que de mettre en colère, dans une cité interdite à la loi et à ses représentants, une bande de traîne-savates et de tournepouces en mal de violences et de réjouissances.

Comment voulez-vous que les socialistes adoptent la politique dite de la "tolérance zéro", mise en oeuvre notamment à New-York ? Il faudrait pour cela que la moindre déviance sociale leur soit réellement intolérable.

Alors qu'ils n'éprouvent,sincèrement, que de l'indulgence pour tout délinquant,faisant porter la responsabilité sur la collectivité, plutôt que sur l'individu.

Et ils ne croient qu'au modèle administratif uniforme,avec gestion centralisée des personnels,cogérée entre le cabinet d'un ministre et une escouade de syndicalistes stipendiés.

Ils vénèrent les mammouths, même quand ils disent les préférer sans graisse ! Et le mammouth de la police n'est certainement pas plus efficace que celui de l'Éducation nationale.

Pour la sécurité des Français, de leurs personnes et de leurs biens,la solution ne réside certainement pas dans la construction d'une société policére cauchemardesque.

Mais plutôt dans le simple retour à l'état de droit,avec au sommet,le droit suprême,celui de la propriété,qui fonde la responsabilité et la liberté.

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Le courrier: de "L'Entente à droite":

Vous êtes nombreux - près de 5 000 à ce jour - à avoir signé le manifeste "pour l'entente à droite" proposé par Claude Reichman et Alain Dumait (exemplaires disponibles sur simple demande).

Ce document comporte quatre propositions susceptibles de constituer une plate-forme commune, à savoir :

- diminution vigoureuse des dépenses publiques et baisse concomitante des prélèvements obligatoires ;

- suppression des entraves administratives à la création d'emplois ;

- rétablissement de la sécurité ;

- forte réduction de l'immigration.

A quelques exceptions près,vous êtes d'accord avec ces propositions. Mais vous les trouvez souvent tout à fait insuffisantes !...Vous, considérez que, pour vraiment s'entendre,la droite doit accorder ses violons sur à peu près toutes les questions importantes qui se posent présentement à la société française :sur l'Europe, le financement des retraites,la décentralisation

administrative, le statut de la fonction publique et pourquoi pas les modes de scrutin électoraux ! Vous appelez de vos voeux un véritable programme commun de la droite !

Ces lettres - auxquelles nous ne pouvons pas toujours répondre individuellement, faute de temps - appellent de notre part les réflexions suivantes :

- c'est précisément au moment où la droite, telle qu'elle est représentée par les partis politiques installés, est au sommet de sa désunion

- avec l'éclatement du FN, l'avortement de l'Alliance, la cassure du RPR, l'éloignement des centristes, l'aventure de Millon, l'irrédentisme de de Villiers...- que vous réclamez d'aller le plus loin, possible dans l'entente à droite.

- ce qui veut dire qu'à la base des électeurs de la droite, l'attente est forte, qu'elle est même d'autant plus forte que les électeurs enragent du spectacle de la guerre des chefs.

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Clivage droite/gauche: ce qu'il est et ce qu'il n'est pas !

Nicolas Courteille (voir page 7) peut bien, par provocation, s'interroger (brillamment, d'ailleurs) sur le point de savoir si le capitalisme est "de droite" ou "de gauche". La vérité est sans doute que le capitalisme, c'est à dire le système de production fondé sur l'accumulation du capital et son appropriation privée, n'est ni de droite ni de gauche, même si l'anticapitalisme, sous la forme du socialisme et du marxisme, est clairement d'une certaine gauche. Car il s'agit d'un type d'organisation économique, qui a démontré sa supériorité sur tout autre, et qui, partout où il prospère, en particulier dans les pays anglo-saxons, n'a bien sur fait disparaître ni le clivage politique bi-partisan, ni le caractère droite/gauche de ce clivage.

En tout cas la droite, sans évidemment tomber dans l'anti-capitalisme, aurait en effet bien tort de se laisser enfermer dans la défense du capitalisme et des capitalistes.

La droite doit défendre des valeurs et non pas des intérêts et encore moins des personnes.

Et, contrairement à une idée reçue, la liberté d'entreprendre ne pousse pas à la concentration mais au contraire à la multiplication des centres de profit et des entreprises petites et moyennes. Quand le capitalisme fonctionne bien, la taille des entreprises a tendance à diminuer, les super-capitalistes deviennent l'exception.

A l'inverse, pour dominer un secteur d'activité, ou constituer des monopoles, les capitalistes qui, individuellement n'ont pas de raison d'être des saints - ont besoin de la complicité des hommes de l'Etat et de leur propension à se laisser corrompre. Ce qui est particulièrement vrai dans le secteur des médias (où Nicolas Courteille prend précisément ses exemples).

Le libéralisme n'est pas la défense du capitalisme et ce dernier ne doit jamais devenir un système de défense de privilèges ou d'intérêts acquis !

Mais en outre, le libéralisme n'est pas non plus "la droite".

D'abord pour des raisons sémantiques. A partir du moment où Cohn-Bendit se dit libéral, sans doute au sens anglo-saxon du terme, qui signifie "socialiste, le mot libéralisme, en tout cas en France, ne peut servir de base au clivage politique.

Pour des raisons politiques. Si les libéraux étaient seuls à droite, celle-ci n'auraient que peu de chances d'être bientôt majoritaires !...

Il suffit de considérer l'histoire récente : la gauche comme la droite ont toujours connus des clivages à l'intérieur même de leurs camps respectifs. C'était vrai en 40 comme en 58, comme c'est le cas aujourd'hui par exemple sur l'Europe. Qui peut soutenir - à part Jospin - que la gauche ou la droite était toute entière dans tel camp ?

Pourtant, au-delà de ces fortes divisions, le clivage droite/gauche existait, comme il existe aujourd'hui comme il a toujours existé,au dessus de toutes les autres querelles, supérieur à elles. parce qu'il est de l'ordre dialectique, inhérent au débat démocratique. Sans lui, pas de démocratie !

Alain Foucart

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"Pour l'entente à droite", reunion du 23 janvier 1999

Avec ce numéro nous commençons la publication d'extraits significatifs des interventions prononcées par les orateurs qui se sont exprimés à la tribune à l'occasion de notre deuxiéme Convention, samedi dernier 23 janvier. Le théme général était: "La préférence nationale, oui ou non ?" suite au prochain numéro.

Préférence et identité nationale: le modèle suisse

.Par Serge-William Collette

Depuis longtemps, la Suisse est en tête - et de loin - des pays à forte proportion d'étrangers résidants. Ainsi, en valeurs absolue et relative (entre parenthèse les valeurs françaises homologues). A une population de 6,8 millions de Suisses métropolitains (60), il faut ajouter un million d'étrangers en règle (4), soit 16% (7), Parmi ceux-ci, 65% sont originaires de l'Union Européenne (35) et 35 % du reste du monde (65). Si l'on classe les colonies étrangères par ordre décroissant en les cumulant, il faut parvenir à 90,8 % (en premier) pour enregistrer un pays africain. Citons au passage qu'un mariage sur trois est mixte, et que les hors-la-loi avoisineraient 0,1 million (0,3 à 1,2 ?).

Le séjour est encore strictement réglementé, contrôlé par les communes de résidence et subordonné aux moyens d'existence, la retraite ou la rente, d'une part, le travail, d'autre part ; les touristes mis à part, le séjour est soumis à permis et à certaines contraintes, dont le retour au bercail en cas d'inactivité ou d'impécuniosité.

Les frontaliers ont l'obligation du retour hebdomadaire au domicile hors frontière, cette obligation étant annuelle dans les cas des saisonniers ; ceux-ci font l'objet d'un contingentement.

Le permis annuel renouvelable est consenti mais s'il autorise le séjour, il proscrit l'établissement, soit le droit de fonder une activité commerciale en nom propre.

Le permis d'établissement est concédé sur demande après plusieurs renouvellement du précédent ; il comporte le droit d'établissement et aussi d'acquisition de biens fonciers et immobiliers.

La majorité des étrangers est professionnellement qualifiée ; on la rencontre en particulier dans les branches du bâtiment, de l'hôtellerie, des hôpitaux.

Cependant, et dans le cas des frontaliers, on constate une spécialisation régionale : en région bâloise, dans l'industrie chimique et pharmaceutique ; en région genevoise, dans les services ; dans le Jura, dans l'horlogerie, la mécanique de précision, la plasturgie...

Dans un pays où le taux de syndicalisation est faible, celui des étrangers est nul- Tout d'abord parce que les confédérés aiment être entre eux pour se concerter sur leurs affaires. Mais aussi car les salariés étrangers ont beaucoup de considération pour qui les emploie et les paie.

Aussi, n'est il pas étonnant que dans ce pays de démocratie directe, où, de surcroît, le chômage est combattu comme un fléau, la loi soit celle de la préférence nationale régulée par le contingentement, d'une part, et le retour au foyer, d'autre part. Il est utile de relever ici que la gendarmerie et la police sont cantonales - et non fédérales - et donc soumises à la volonté d'une exécutif de proximité pour y appliquer la loi.

Mais le statut des étrangers est sur le point d'être modifié. En effet, la Suisse réalise les deux tiers de son commerce extérieur avec l'U.E., zone dont sont originaires les deux tiers des étrangers résidants. De surcroît, ses principaux partenaires sont les pays limitrophes :

France, Allemagne, Autriche et ltalie.

Aussi, et depuis 1973, la Suisse a-t-elle mené une politique de présence active auprès des institutions européennes.

Ainsi, cette action a été confiée à un bureau d'intégration créé en commun par les départements (ministères) fédéraux des Affaires Étrangères et de l'Economie Publique. Ce service s'est appliqué à préparer l'alignement de la Suisse sur les normes et règlements, levant les obstacles aux échanges. Sept secteurs n'ont pu être soumis ipso facto à cette démarche : les transports aériens et terrestres, la recherche, l'agriculture,les" obstacles au commerce " (alias ententes professionnelles) et, in fine,la libre circulation. Sept accords ont été négociés qui vont entrer dans la phase législative de ratification.

En matière de circulation des personnes, le programme est étalé sur douze ans, Dans les deux premières années, le statut de saisonnier est aboli et l'égalité de traitement des permis longs et court est constituée, dont le regroupement familial.

Dès la deuxième année, la préférence nationale est abolie mais le contingentement est maintenu.

Dès la cinquième année, le contingentement des ressortissants de l'U,E. est aboli ; les zones frontalières sont supprimées.

Dès la douzième année,la libre circulation est appliquée-Toutefois, une clause de sauvegarde est maintenue et il dépend d'un comité mixte que des contingents soient rétablis,fut-ce à titre temporaire.

Un référendum concernant l'application intégrale dès la septième année est envisagé.

Par delà le permis de séjour, ne devient pas Suisse qui veut. On l'est par filiation.

Si un des deux parents est Suisse ; aussi par adoption si le couple adoptant est Suisse. On peut le devenir par mariage, sous réserve d'une sérieuse enquête légitimant l'intention. La naturalisation est envisageable sous une première condition de douze ans de séjour au moins, dont trois dans les cinq dernières années, La commune de résidence construit le dossier : bonne vie et moeurs, qualité de l'intégration, statut professionnel, revenus, etc.

Au delà, le requérant doit passer un examen de langue, de législation et d'histoire suisse. Dans le cas favorable, la commune transmettra le dossier au canton pour décision de citoyenneté. In fine, le département de l'intérieur fédéral procède à l'octroi définitif. Un délai d'au moins un an, et le paiement d'un droit élevé sont nécessaires.

A ce point, il convient de révéler que la Suisse dispose pour se protéger d'un atout, celui de son régime de retraite, reposant sur trois " piliers ".

- Le régime obligatoire dit AVS (Assurance Vieillesse et Survivant) est comparable à celui de la sécurité sociale française avec des différences notables. La cotisation salariale est égale à celle de l'employeur (de l'ordre de 5 % du brut) ; elle n'est pas plafonnée. En valeur, la retraite est du même ordre que son homologue française, mais on ne peut la percevoir qu'à 65 ans et 62 ans suivant qu'on est homme ou femme, encore que l'allongement soit envisagé. C'est une retraite par répartition.

- Le régime professionnel de retraite complémentaire a été négocié par branche entre représentants des employeurs et des employés. C'est une retraite par capitalisation dans un fonds de pension. Dans tous les cas, la responsabilité sociale est paritaire.

Certaines entreprises recourent à des professionnels de la gestion. D'autres inscrivent le fonds au passif des capitaux permanents, ce qui est une forme pertinente de la participation.

- Le régime personnel qui recourt aux organismes de crédit et aux produits financiers spécifiques.

A certaines époques grosses de malaises sociaux latents, la Suisse a pu alléger le poids de la présence étrangère, tout en conservant l'estime que les partants lui ont conservée.

Il a été offert un échange : la résignation du permis de séjour contre le transfert à la banque étrangère désignée par l'ayant droit de l'avoir constitué par les cotisations et les plus values. Donnant, donnant, cela valant pour les deux premier piliers.

Tout ce qui précède vaut dans la concorde, en conséquence d'un accord tacite mais fort entre les Suisses et leur pouvoir fédéral sur les missions de celui-ci :

. protéger l'indépendance du peuple et l'intégrité du territoire,

. maintenir une monnaie forte associée d'une fiscalité légère,

. améliorer, sans cesse et dans la paix, la condition des confédérés,

. respecter et protéger sans faillir les particularismes locaux des peuples,

. réunis en confédération ( ohé ! Bruxelles !)

Ainsi va ce peuple qui n'est pas suffisamment savant pour penser de travers !

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Homo democraticus

the Truman Show* est le film destiné à ouvrir les yeux à tout le monde et qui ne le fera sans doute pas.

Truman Show est une série télé sur un personnage qui ignore qu'il est filmé et pour qui on a créé un studio gigantesque visible de la lune ; tous les hommes qui l'entourent sont des acteurs du plus grand show du monde, regardé par deux milliards de téléspectateurs, comme les autres grandes séries américaines.

On a voulu y voir une dénonciation du pouvoir des médias. C'est de bien autre chose qu'il s'agit. D'une part le Truman Show reprend la tradition baroque du monde comme théâtre ; celui évoqué par Calderon, par Shakespeare, par Corneille et tant d'autres ; celui évoqué aussi par des mythes hindous sur les cités des automates. Il y a là une réflexion ontologique sur l'existence et l'illusion. Qu'y a-t-il au-delà du spectacle?

Truman va chercher à le savoir. Suite à de petits incidents, il se rend compte que tout est faux, que tout est un montage, une manipulation. Comme l'élection de Miss France (c'est dans ces parodiques dénonciations des manipulations que l'on juge le mieux de l'extraordinaire habileté de notre société). Alors Truman veut s'en aller et il prend son bateau.

Personne ne l'a remarqué, mais son bateau s'appelle la Santa Maria. Comme celui de Christophe Colomb. Avec ce bateau, Truman va arriver au bout du monde, au bout du studio, qui est aussi plat que la terre à l'époque de Christophe Colomb. On peut voir le film de deux manières à ce moment : une parabole sur la fuite par rapport à notre société.

Comme beaucoup de héros américains, Truman veut échapper au système ; il est un nouveau Christophe Colomb. Mais Truman veut aussi échapper à son créateur. Ce dernier s'appelle Christof. L'allusion au christianisme paraît claire :Truman - l'homme vrai, en anglais - veut échapper à son créateur et découvrir comme l'autre à l'époque des temps modernes, l'Amérique. Christof a beau lui expliquer qu'il n'y a pas plus de vérité de l'autre côté du studio que dans le studio, Truman s'échappe quand même. Comme Adam et comme l'homme occidental depuis qu'il a fui la société chrétienne pour créer la science, l'État moderne et la société de consommation-A lui le Nouveau Monde.

Parabole antichrétienne, le Truman Show peut être lu aussi comme une réflexion sur notre monde et ses créatures. Car on a l'impression de regarder Truman mais c'est lui qui nous regarde. Nous sommes Truman, nous vivons comme lui, nous consommons comme lui, nous regardons la télé comme lui, nous rêvons de voyages comme lui, d'enfants comme lui, nous sommes conditionnés comme lui, et comme lui nous sommes victimes des embouteillages (qu'il met sur le compte d'une conspiration). Bref il n'y a pas un Truman qui est vu par deux milliards de personnes, mais il y a deux milliards de personnes qui sontTruman. Et c'est l'épouvante : sommes-nous tous devenus dans le cadre de la société planétaire, consumériste et spectaculaire le même homme ? L'unique producteur-consommateur-électeur-téléspectateur dont rêvent les édificateurs de la monnaie unique, et tant d'autres avec eux.

Nicolas Courteille

* film américain de Peter Weir

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Le capitalisme est-il de gauche ?

Alors que notre économie est théoriquement "de droite", les médias sont tous "de gauche". On peut toujours dire qu'aux uns échoit la culture, aux autres le capital. Mais c'est une approche superficielle : c'est Bouygues qui possède TFI, Messier qui tient Canal +, Lagardère qui possède l'Événement du jeudi ou Elle, Pinault qui possède le Point..., ce sont de grands groupes qui possèdent la presse dans le monde entier et qui distillent la même idéologie de gauche qui a tant contribué à défaire nos sociétés dans le sens où le voulait la gauche.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a une certaine communauté d'intérêts entre "gauche" et "capitalisme", contrairement à ce que l'on pensait sous la Guerre Froide. Mais dès cette époque le communisme lui-même n'était plus considéré "de gauche" : on parle aujourd'hui des conservateurs communistes, des nostalgiques communistes et on diabolise les récalcitrants : à bien des égards le communisme fut une machine (déplorable) à ralentir le temps, mais qui préservait par exemple le patriotisme, l'armée, la vie dans les campagnes, bref tout un univers mental idéaliste finalement assez "à droite".

Non, la vraie gauche est capitaliste et je crois qu'elle l'a toujours été.!... Les protestants contestataires étaient des capitalistes, les bourgeois révolutionnaires étaient des capitalistes. Marx célèbre dans le Manifeste le rôle royal et révolutionnaire de la bourgeoisie qui a noyé l'héroïsme chevaleresque et l'extase monacale dans les eaux glaciales du calcul égoïste. Les penseurs anglo-saxons comme Locke qui ont mis en place la société moderne étaient aussi des hommes "de gauche", sur les critères du XVIIème siècle.

L'économisme est un avatar du matérialisme, et le matérialisme a toujours eu le même but : la destruction des civilisations traditionnelles et qualitatives, et l'avènement d'un règne de la quantité, fondé sur la consommation et l'apologie des besoins conditionnés. Marx avait compris que le capitalisme était destructeur des cultures et des identités nationales et régionales : bref qu'il réalisait le programme internationaliste de la gauche ; plus sûrement que le communisme dans un seul pays façon Staline qui a préservé toutes les identités locales (en URSS ou en Yougoslavie...) lesquelles se sont empressées de se manifester sous la forme de nations. Le communisme a préservé les nations que le capitalisme s'empresse de détruire. C'est aujourd'hui une évidence historique.

Il y a eu une alliance de fait historique entre le capitalisme et la gauche : lors des années soixante-soixante-dix, les décennies de la libération de la femme, de la liberté sexuelle et du libre consumérisme. Sous le gaullisme, toute la culture était de gauche parce c'est celle qui se prêtait le mieux à l'interprétation du monde capitaliste en marche, devenu capable de traiter l'insatisfaction comme une marchandise, disait Debord. Michel Houellebecq dans son livre justement célébré "Les particules élémentaires" note que :"s'ils se situaient en principe dans une perspective de contestation du capitalisme, les périodiques libertaires s'accordaient avec l'industrie du divertissement sur l'essentiel : destruction des valeurs morales judéo-chrétiennes, apologie de la jeunesse et de la liberté individuelle

La logique du gauchisme et du capitalisme est la même : elle est une logique de subversion ; c'est celle de Hefner ou de Larry Flint aux États-Unis, celle des magazines féminins des grands groupes qui ont bien mieux imposé sur leur papier glacé les idéaux gauchistes que les groupuscules féministes. C'est pourquoi l'on assiste aujourd'hui à une alliance de fait entre des gens comme Pinault et Cohn-Bendit dont on aurait dit sans trop réfléchir que tout les séparait ; et qui se retrouvent par exemple dans leur combat contre le Front national et la défense de l'Europe des cabris.

Nicolas Courteille

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La révolution de l'école

Il n'est bruit chez les enseignants que de "préparer l'école du XXlème siècle". Or ce qu'on lit ou qu'on entend ressemble plus à la préparation de celle du XIXème siècle. A ceci près qu'il n'est pas question de revenir à la rigueur et à la discipline qui étaient la "marque de fabrique" des hussards noirs de la République, cette génération d'instituteurs qui ont appris à lire, à compter et à réfléchir à tout un peuple. Depuis 1968, le laxisme règne en maître sur l'école et l'université et a emporté toutes les redoutes que les familles désemparées tentaient de dresser sur le chemin de la décadence. Quand on écrira l'histoire de cette deuxième moitié du XXème siècle, la responsabilité du corps enseignant apparaîtra grande, mais accablante sera celle des politiciens qui ont permis et encouragé cela. Bien des professeurs sont désolés de la décadence de l'enseignement français. Nombre d'entre eux sont favorables à la discipline et au travail.

Mais ils sont représentés par des syndicats politisés à l'extrême et dont le voeu profond est de déstabiliser la société pour y faire régner un désordre qu'ils voudraient créateur, alors que sa seule conséquence est la "chienlit", fort justement stigmatisée par le général de Gaulle.

Plus grave encore, la principale force de gauche, le parti socialiste, est sous l'emprise sociologique et culturelle du monde syndical enseignant. Ce qui rend comique la prétention de M. Allègre de "dégraisser le mammouth". Depuis qu'il est ministre, ce scientifique rond et avenant a fait plus de bruit que de mal. Et surtout que de bien. Car pour faire du bien au pays, il faudrait faire un peu de mal et de peine au système français d'enseignement, qui craque par toutes les coutures et qui, si l'on n'y prend garde, va bientôt ressembler à un camp retranché où l'on n'entrera que sous protection policière, après fouille et passage au portique électronique.

Quel échec ! Et dire que c'est le héraut de mai 68, M. Cohn-Bendit, qui, revenu sur le terrain de ses exploits, parade sous l'oeil fasciné des caméras et occupe le devant de la scène politique nationale. Pauvre France, qui n'a à s'offrir que des modèles de ce genre !

Pourtant, le changement et en marche. Et il ne sera pas celui qu'espèrent les collectivistes. Dans ce domaine aussi, le mariage de l'ordinateur et du téléphone va tout bouleverser. Le modèle pluri-séculaire comportant une classe, un maître et trente élèves va disparaître. Désormais, un maître pourra avoir un seul élève ou un milliard. Et ni lui ni eux n'auront à sortir de chez eux pour prodiguer ou recevoir l'enseignement.

C'en sera fini de ces sinistres bâtisses où l'on enferme toute une jeunesse dans la folle prétention de lui donner science et culture, alors qu'on ne lui apprend que la meilleure manière de se comporter en sauvage. On vient même d'inventer un logiciel de correction automatique des copies, fiable à 80 %, c'est-à-dire beaucoup plus que les examinateurs débordés de notre baccalauréat, et qui va enfin délivrer nos malheureux enseignants de ce calvaire qui les empêche de jouir de leur repos bien mérité.

Les professeurs disparaîtront-ils pour autant ? Certes pas. Mais ils ne seront plus des gardes-chiourme désarmés. Tout le domaine de la conception des meilleurs programmes possibles, du suivi personnalisé des élèves et de la véritable recherche va s'ouvrir à eux. Les meilleurs y excelleront, ceux qui sont moins bons devront se contenter de tâches d'accompagnement pédagogique, quant aux mauvais, ils iront se faire voir ailleurs et nul ne les regrettera.

Il n'a pas fallu un demi-siècle pour que l'invention de l'imprimerie bouleverse le monde occidental. Et l'on voudrait qu'à une époque de communication instantanée, le fabuleux développement de l'informatique n'ait pas de conséquence rapides et intenses sur notre mode de vie ?

L'enfant va être enfin rendu à sa famille.

Mais celle-ci est-elle prête à l'accueillir ? Là aussi, le bouleversement sera immense. Par bonheur, le télétravail va permettre bien des accommodements, qui en font rêver plus d'un et plus d'une, coincés dans un embouteillage ou serrés contre des gens qu'ils ne connaissent pas dans un wagon de métro. Oui, la révolution est en marche. Et pour une fois, elle se fera au profit du peuple.

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