Sommaire du N°210 Samedi 6 mars 1999
Pour la France comme pour l'Europe le problème c'est la démocratie !
La démocratie est la forme de gouvernement constituée de règles qui permettent de résoudre les confits sociaux sons avoir besoin de recourir à la violence» (Norberto Bobbio, un parfait homme "de gauche"). Force est de constater que non seulement nous ne sommes pas en démocratie, mais que nous nous en éloignons même chaque jour davantage, et à grands pas !
La violence est devenue permanente. C'est dans la violence, et par la violence, que se règlent aujourd'hui, si l'on peut dire, les conflits, d'ailleurs inévitables, inhérents à toute vie en société. Squats, manifestations d'agriculteurs, occupations d'usines et de sièges sociaux, reculades des pouvoirs publics, réintégration de syndicalistes violents et amnistie de délinquants sociaux... chaque jour amène son lot de vainqueurs par la force, et contre le droit.
Tels sont les bits, plus têtus que les raisonnements, même les plus subtils !
Nous sommes sans doute nombreux à vouloir croire que le processus européen peut aboutir un jour à plus de libertés individuelles et à plus de prospérité pour tous. Mais comment cela serait-il possible si cet élargissement de souveraineté échappe lui-même à tout débat démocratique ?...
À supposer que Chirac soit fondé à engager la France plus avant encore dans une construction européenne incertaine et chaotique, comment peut-il le faire légitimement sans y associer le peuple français directement?
Amsterdam va être ratifié. Le moins que l'on puisse dire est que l'opinion est divisée. 85 % des parlementaires sont favorables à la ratification et les médias, comme c'était déjà le cas pour Maastricht, font campagne à 95 % pour le traité. Est-ce bien démocratique ?...
Tel Janus, Europe a deux visages : celui de la libre concurrence et de,la traque aux monopoles publics, qui nous plaît et qui nous sauve de l'étatisme français; et celui de l'harmonisation généralisée, qui rabote et qui socialise.
C'est un risque. Il est inhérent à la démocratie. Mais il est acceptable. À la condition qu'il soit réversible, que l'on puisse demain revenir en arrière, pour changer ' de chemin. ) Le problème n'est donc pas tant que l'Europe soit présentement socialiste, c'est plutôt qu'elle ne soit pas démocratique. Mais comment faire reproche à l'Europe politique d'être finalement à l'image des institutions de la France elle-même ? C'est vrai pour la PAC, pour son interventionnisme, son constructivisme, son fiscalisme, son laxisme...
Chez nous, comme pour la construction européenne, aujourd'hui comme hier, le problème, c'est toujours la démocratie et la place du peuple souverain !
Parité: une folie, mais logique !
Mener la politique d'un peuple fut long temps un métier, comme être laboureur, orfèvre, musicien, marchand ou tout autre actif utile à la collectivité. C'était le métier du roi, et, comme la plupart des métiers, il se transmettait de père en fils. L'intérêt de tous étant en cause, des assemblées pouvaient intervenir dans certains cas,convoquées lorsqu'elles étaient nécessaires et pour le temps nécessaire. Les États généraux - on les appelait ainsi représentaient en effet les différents "états" groupés par régions, métiers,familles et autres sociétés de base réellement, naturellement, concrètement et démocratiquement constituées.
Vint "La" Révolution. Le roi étant évincé,la politique tomba aux mains de "représentants" d'abord bénévoles, dont la vocation résultait de leur intérêt pour la "chose publique" (res publica) et des ressources personnelles qui leur donnaient le loisir de s'y adonner.
Les assemblées étant devenues permanentes, la fonction politique devint un métier à temps plein excluant toute autre activité concrète et pratique pour ceux qui le pratiquaient.
Afin d'en ouvrir l'accès à tous, il fallut bien les payer. Dès lors, le métier de politicien devint d'autant plus lucratif qu'on s'y attribue soimême ses ressources. En outre, et dans la plupart des cas, plus prestigieux que fondamentalement utile, il assure aux intéressés le comble du bonheur.
II n'y a aucune raison d'éliminer de ce pactole les femmes, puisque l'interchangeabilité égalitaire ayant remplacé dans notre société la complémentarité utile, elles pratiquent la plupart des métiers au même titre que les hommes; enseignement, médecine, magistrature, barreau, police,..
Si par une étrange novation, la parité devient légalement obligatoire dans la fonction publique, il devient sans doute urgent aussi d'assurer par une loi la parité pour les hommes dans nombre de ces activités où les femmes sont actuellement plus nombreuses qu'eux.
Quand la logique devient folle, il faut que la folie devienne logique.
Cette parité universelle résorbera une partie du chômage masculin et permettra à un certain nombre de femmes de redevenir ii maîtresses de maison », de s'occuper elles-mêmes de leurs enfants sans être obligées de les confier à des mercenaires, de suivre leurs études, de rendre de ce fait la rue et les lieux publics beaucoup plus sûrs, la délinquance ordinaire s'en trouvant sans doute notablement amenuisée. Leur éminent mérite en ces domaines étant enfin socialement reconnu, rien ne s'opposerait à ce qu'elles reçoivent à ce titre un salaire confortable et généreux qui coûterait moins cher à la société que les emplâtres sur une jambe de bois inventés par une Martine Aubry pour compenser leur absence de la maison.
Francis Schelstraete
L'Europe constructiviste: un artifice déja obsolète.
Sur les billets de banque qui seront en circulation d'ici à trois ans, en ce territoire d'Europe qu'on appelle çà et là l'Euroland, figureront d'un côté des personnages qui ne se retrouvent dans aucun livre d'histoire, et de l'autre côté des monuments esquissés qui ne peuvent être vus ou photographiés nulle part.
Les uns et les autres sont nés de la réalité virtuelle et des ordinateurs.
On peut voir en cela, bien sûr, simplement la dimension technique des choses. Derrière, d'autres aspects néanmoins se dissimulent : si les personnages tracés n'existent pas, c'est que si l'on avait pris des personnages réels appartenant au passé de tel ou tel pays européen, il aurait fallu expliquer, justifier les hiérarchies.
Pourquoi, par exemple, aurait-on mis un Allemand sur un billet de cinquante et un Français sur un billet de cent? Si l'on avait pris des paysages réels dans tel ou tel pays, les mêmes questions se seraient trouvées posées.
Pour éviter tout conflit, on a choisi l'esquive.
Cela pourrait être anecdotique. Cela ne l'est pas-Toutes les monnaies dans l'histoire ont renvoyé, dès qu'il y eut monnaie frappée ou imprimée, à une culture, à une société. La monnaie européenne renvoie, elle, à l'absence d'une culture et d'une société européennes. Elle renvoie à l'essence même de la construction européenne telle qu'elle s'opère...
L'Europe, depuis le départ, est une idée de technocrate et de technicien. Des gens sortis des meilleures écoles d'administration se sont dit qu'il fallait éviter le retour à la guerre en Europe et que le meilleur moyen était l'union.
Ils ont constaté, avec un peu de jalousie, que les États-Unis étaient devenus le pays le plus puissant du monde occidental et ont songé que si l'Europe s'unissait, elle pourrait faire jeu égal avec les États-Unis. Sur ces bases, le projet a été mis en route. Des traités et des accords sont venus entériner son avancée.
D'abord, il a été question, surtout, d'ouverture des frontières et de libre échange commercial.
Et puis très vite d'autres dimensions se sont ajoutées : politique agricole commune, création d'une commission chargée d'édicter des réglementations à l'infini, substitution à l'idée de monnaie commune de l'idée de monnaie unique gérée par une seule banque centrale indépendante, bientôt peut-être harmonisation fiscale ou sociale. Les populations d'Europe, d'abord intéressées, se sont peu à peu détournées et ont fini par ne plus se reconnaître dans le grand jeu de construction qu'on édifiait au-dessus de leurs têtes.
Les sondages réalisés partout en Europe ces dernières semaines le montrent : de moins en moins d'« Européens » croient que la construction européenne va déboucher sur davantage d'emplois et de prospérité, les réponses vis-à vis de la monnaie unique vont du scepticisme poli au refus outré. Les Allemands se sentent allemands d'abord, et citoyens du monde ensuite. Il en va de même des Français, des Anglais, des ltaliens, des Néerlandais, des Espagnols, des Portugais...
L'échec est déjà dans l'atmosphère : l'Europe est vécue comme un leurre, une structure inutile ou une entrave. Entre la nation, chargée de l'histoire des peuples, et la planète entière, à laquelle ouvrent des moyens de transport de plus en plus efficaces et des réseaux informatiques accessibles à tous,il n'y a guère de place pour ce qui ressemble chaque jour davantage à un artifice coûteux et déjà obsolète.
Guy Millière
La constitutionnalité de la Préférence nationale - c'est-à-dire, selon moi, la priorité accordée aux nationaux dans les emplois, dans les logements, pour certaines prestations - ne fait problème qu'en France.
Le Front national est pour la préférence nationale. La gauche est contre. La droite parlementaire est divisée. Monsieur Balladur a paru souhaiter un débat. Monsieur Mazeaud, du RPR, avec lequel je m'en suis entretenu publiquement au conseil régional Rhône-Alpes, est résolument contre. Il l'estime même contraire à la Constitution.
Je dis tout de suite que si la Constitution française, seule au monde dans ce cas, prohibait qu'en France, les Français soient prioritaires dans leur propre pays, soient préférés aux autres,il me semble qu'il faudrait d'urgence réviser la Constitution. Et c'est plus facile qu'il n'y paraît puisque cela s'est déjà fait une dizaine de fois !
Cela étant dit,je pense personnellement que rien dans la Constitution française ne prohibe la préférence nationale. Et s'il est vrai que monsieur Favoreu, à l'appui de sa thèse, produit une décision du Conseil constitutionnel,il cite surtout le préambule de la Constitution de 1958 qui renvoie luimême à la déclaration de 1789 et au préambule de la Constitution de 1945. Cela fait beaucoup de tiroirs. On ne trouve en réalité dans la Constitution aucun article qui prohibe la préférence nationale.
Or,j'observerai - et c'est l'avis presque unanime de tous les constitutionnalistes -, que les préambules ne fixent pas tant des règles :ils sont des déclarations d'intention plus ou moins précises.
Ensuite,la déclaration des droits de 1789, dont je dis tout de suite qu'elle n'est pas l'horizon insurpassable de mes références politiques et morales, s'intitulait "déclaration des droits de l'homme et du citoyen" , et ses auteurs,lors même qu'ils proclamaient l'existence de droits qu'ils considéraient comme universels,considéraient naturellement que chacun devait en trouver l'expression et la garantie dans le droit de son propre pays.
Attachons.nous, si vous le voulez bien, à la lettre même de la Constitution actuelle à présent. Non plus au préambule, mais aux articles.
L'article 1 er de la Constitution nous dit que la France, je cite : "assure l'ègalité de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion ".
Eh bien, là encore, si la France assure l'égalité de tous les citoyens,c'est donc qu'elle ne la garantit pas au non-citoyens. Or, que je sache, pour être citoyen, il faut être national. je ne connais pas d'exemple dans notre droit actuel, de citoyens qui ne soient pas des nationaux-j'ajoute que selon l'article 2 de notre Constitution, le principe de la souveraineté est, je cite : "le gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple " -Jusqu'à preuve du contraire,ce peuple,ce n'est pas l'humanité tout entière, c'est le peuple français. C'est l'ensemble des nationaux auxquels, l'article 3 réserve le droit de vote.
Alors, je sais bien qu'un certain nombre d'auteurs invoquent des textes de loi de certains États européens. Ces textes relèvent de leur souveraineté. Ils ne nous concernent pas directement. lls sont en droit des textes qui ne sauraient nous être opposables.
Je m'en tiendrai donc, après cet exposé très bref de la constitutionnalité, aux règles du droit international. Que dit le droit international public,celui qui est sensé régir les relations de tous les États sur la planète en matière de traitement des étrangers? Il distingue trois régimes :
Le premier,le seul qui soit universellement imposé, c'est ce que l'on appelle le traitement minimum standard. C'est celui que chaque État est tenu d'accorder aux étrangers qui se trouvent sur son territoire : l'International Standard of Treatment.
L'étranger ne doit pas être molesté dans sa personne. Il ne doit pas être spolié dans ses biens légitimement acquis. Il doit faire l'objet d'un traitement équitable de la part de la police et des tribunaux de l'État dans lequelil réside. Un point c'est tout. Il faut que vous le sachiez, c'est tout ce qu'impose le droit international.
Deuxièmement, au-delà de ce minimum, garanti par toutes les nations civilisées, un deuxième niveau possible, et non plus obligatoire, est constitué par l'application de la règle de la réciprocité. C'était le système de notre Code civil. Et comment le Code civil pourrait-il être contraire à la Constitution? Je ne sache pas qu'elle ait abrogé son article Il que je vous cite : "l'étranger jouira en Fronce des mêmes droits civils que ceux qui sont et seront accordés aux Français par les traités de la nation à laquelle l'étranger appartiendra". C'est une formule, d'ailleurs un peu curieuse. On devrait plutôt dire eles traités passés avec la France par la nation, par l'État en fait, dont cet étranger est le ressortissant. Ce qui montre bien - et il ne s'agit encore là que des droits civils,à l'exclusion du droit politique et de la plupart des droits sociaux - que le régime qui s'applique est celui de la réciprocité. Et quand il s'agit des droits sociaux, la plupart du temps, il a fallu des conventions particulières, ce qui montre bien que cela n'avait aucun caractère automatique-Je tire de ces deux niveaux de protection des étrangers,la conclusion évidente qu'en droit, c'est à titre tout à fait exceptionnel, et non pas de façon automatique comme on voudrait nous le faire croire,ou de façon obligatoire, que l'étranger est assimilé au national.
Il y faut des conventions particulières comme le traité de Rome fondant la Communauté européenne. L'assimilation de l'étranger au national fut très laborieuse. Même dans le dispositif européen, s'agissant des droits professionnels et sociaux, et elle n'est même pas encore terminée.Si tant de textes internationaux à l'intérieur ou à l'extérieur de l'Europe communautaire ont été nécessaires pour assimiler, toujours sous réserve de réciprocité, les droits sociaux des étrangers à ceux des nationaux, c'est donc évidemment que la chose ne va pas de soi. Ni en droit international ni en droit constitutionnel Français.
J'en tire la conclusion qu'injustement diabolisée,la préférence nationale n'en est pas moins juridiquement valide et de surcroît moralement légitime.
Car l'idée de préférence, qui ne connote aucune agressivité à l'égard de qui que ce soit, est à la base de toute société, depuis la société conjugale, préférence d'un homme et d'une femme - enfin,jusqu'à présent et pour encore un peu de temps - jusqu'à la société familiale, professionnelle...
La préférence est inhérente à notre finitude. Dieu peut n'avoir aucune préférence. Parce qu'il est infini. La refuser par principe, c'est faire comme ces idéologues qui font profession d'aimer l'univers parce qu'en réalité,ils méprisent leur prochain.
La préférence nationale prend en compte la solidarité de destin inhérente à la communauté nationale etle legs des générations passées dont les sacrifices énormes confèrent à tous Français des droits auxquels ne saurait prétendre d'emblée le nouvel arrivant.
Si je devais demander la nationalité japonaise, bien que catholique romain et de race blanche, naturellement, je reconnùtrais que la nation japonaise est essentiellement une race asiatique, ou partiellement d'origine polynésienne. Bien que catholique romain, je reconnaîtrais tout ce que la civilisation japonaise doit à son polythéisme primitif, qui a influencé son esthétique, ce qu'il doit au bouddhisme, à la philosophie confucéenne, ce qu'il doit politiquement et historiquement à l'institution impériale.
Eh bien je crois qu'il en va de même pour ceux, d'où qu'ils viennent et quoi qu'ils pensent, qui de bonne foi souhaitent devenir français et qui, n'ayant pas hérité de la nationalité française, souhaitent la mériter. Qu'ils reconnaissent tout ce que doit, en effet, la civilisation française à la civilisation chrétienne, qu'ils reconnaissent que la nation française est essentiellement, pas exclusivement, celtique, latine, germanique, elle est même la fusion de ces trois branches, qu'ils reconnaissent tout ce qu'elle doit à la cohorte des gens obscurs et laborieux qui se sont sacrifiés, mais aussi des marins, des paysans, des soldats, des savants, des pionniers, des héros, des saints qui l'ont constituée et qui en font une communauté qui a toujours été ouverte à ceux qui, individuellement, sont venus, et sur la base d'une démarche libre, volontaire, ont travaillé honnêtement, ont épousé une Française ou un Français, se sont sacrifiés pour leur pays d'accueil et que nous continuerons d'accueillir s'ils se montrent dignes de la communauté nationale et si celle-ci a intérêt à les accepter dans son sein.
Ce que nous n'acceptons pas, c'est l'implantation de communautés étrangères à notre culture et à notre nation qui veulent s'y implanter en tant que tels.
La formation politique dont je suis le secrétaire général,le Front national, n'a jamais demandé que les étrangers se trouvant en France, et y travaillant de façon régulière soient privés de tous droits. Certes, nous entendons réserver en priorité l'accès à l'emploi et au logement aux nationaux. Comme le font l'immense majorité des États du monde. Certes, nous considérons que les allocations familiales ont été conçues pour encourager la natalité française, et non pas pour encourager la natalité étrangère en France. Certes, nous souhaitons inverser dans l'ordre et dans la dignité, mais fermement,le courant de l'immigration. Nous acceptons les accords favorables aux ressortissants de l'Europe communautaire, mais à l'égard des autres étrangers, qui continueaient de travailler en France,dans des conditions de nombre,de qualité,et de durée très différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui, cela va de soi, nous proposons par exemple d'affecter à l'avenir leurs cotisations à un plan épargne-retour qui servirait à leur réinsertion dans leur pays d'origine plutôt qu'à l'indemnisation indéfinie de leur chômage en France.
Cette politique réaliste qui n'a rien d'infamant ni d'immoral, procède essentiellement de deux considérations :
- la première,c'est qu'il ne sert à rien de tiers-mondiser la France pour résoudre les problèmes du tiers-monde.
- la deuxième, c'est que le refus de la préférence nationale aboutit dans de nombreux cas à l'instauration de facto d'une véritable préférence étrangère dont nos compatriotes démunis sont les premières victimes.
Nombreux sont ceux - des élus socialistes aux cinéastes branchés, en passant par les pétitionnaires professionnels, et un bon nombre d'évêques de France - qui gagneraient,je pense, à se pencher sur cette exclusion de nos compatriotes les plus démunis, qu'ils ne paraissent pas connaître et dont ils ne parlent jamais!
Paroles de Tondus
Des millions de Poilus ont affronté la première guerre mondiale dans des conditions inhumaines, dotés de moyens notoirement inadaptés, que gérait à l'arrière une bureaucratie protégée et incompétente. La France, qui subissait les privations de la guerre, était intoxiquée par une presse propagandiste et servile qui lui faisait croire à une victoire qui n'a été accomplie que grâce au soutien américain, lequel a pris le temps de s'organiser pendant que les alliés européens résistaient héroïquement dans la boue, la vermine et le froid.
Les politiciens étaient les complices d'un étatmajor insensible aux souffrances du peuple qui payait lourdement l'impôt du sang, livré sans compter en sacrifice pour la Liberté et la Patrie. On tentait d'endiguer les désertions et les mutineries par des exécutions exemplaires.
Les millions de morts et les générations qui n'ont pas vu le jour ont constitué le passif qu'il a fallu des années à résorber non sans rechute mortelle pour la République.
Aujourd'hui, des millions de Tondus affrontent la guerre économique mondiale avec des poids aux pieds, sanglés dans une réglementation délirante appliquée par la même bureaucratie protégée et incompétente. La France du chômage, de l'exclusion et de la jeunesse délinquante (victimes et mutins de cette guerre moderne) demeure intoxiquée par les médias qui lui font croire aux triomphes de l'exception française, pendant que "l'ennemi américain" emporte sans discontinuer depuis 10 ans victoire sur victoire contre le chômage. Nos politiciens, obsédés par leurs querelles intestines abandonnent à la haute fonction publique le pouvoir de gouverner notre pays et de sacrifier le peuple à l'impôt destructeur de richesse au nom de l'Égalitarisme et de l'Europe fédérale.
Les contrôles fiscaux et administratifs tentent d'endiguer la désertion fiscale et la mutinerie sociale en pourchassant les contrevenants à un système législatif incohérent. La France s'épuise dans les déficits et nos enfants paieront pendant des décennies les milliers de milliards de la dette publique et des retraites de demain.
Pendant ce temps-là, après l'accord salarial de février 1999, l'État spoliateur organise un accord sur les 35 heures à EDF qui se soldera par des surcoûts qu'assumeront les contribuables tondus, et inéluctablement (mais chez l'ennemi capitaliste de l'intérieur, cause officielle de tous nos maux) par de nouveaux licenciements économiques.
M, Jospin devrait se méfier de ses révisions historiques : en réhabilitant les mutins fusillés de Craonne et le droit à la désobéissance face à des ordres inacceptables, il risque, non seulement de légitimer la révolte d'une « jeunesse » désespérée, mais aussi la mutinerie des contribuables tondus qui n'en pourront plus de se battre au front dans les pires difficultés pour entretenir une fonction publique égoïste en son sommet et impuissante à sa base.
C'est la République qui risque de mourir à nouveau dans cette guerre d'usure : faudra-t-il compter sur les Américains pour nous sauver une nouvelle fois ?
Benjamin Norbecourt
*Inspirées par une lecture édifiante de "Paroles de Poilus" (collectif, Librio, 10 F) et ii L'argent des fonctionnaires » (Thierry Jean-Pierre, Fixot, 99 F).
La force du système; par Nicolas Mériadoc
Canal + est un résumé du capitalisme à la française. Chaîne socialiste et gauchiste montée par le piston mitterrandien, elle occupe depuis plus de dix ans une place à part dans le paysage audiovisuel français. Elle représente l'impertinence et l'audace.
Mais Canal + est plus que cela : c'est une juteuse affaire qui a pu prospérer grâce à ses appuis politiques; et qui rapporte aujourd'hui beaucoup. L'action a beaucoup monté, le nombre d'abonnés aussi. Canal + aujourd'hui est incontournable puisqu'elle finance (enfin, ses abonnés mis eux aussi à contribution comme les téléspectateurs d'Antenne 2) le foot et le cinéma français en perdition.
Canal + est comme le menhir d'obélix. On la regarde pour une question d'image et de prestige. C'est la chaîne "marketée", la chaîne in.
En plus, c'est la chine irrespectueuse, la chaîne qui ose. En fait, c'est la chaîne de la gauche caviar. Il n'y a pas de mal à cela :TF1 est la chaîne de la droite-camembert et elle est cent fois moins regardable. Les émoluments et les stock-options des cadres de Canal sont plus ou moins connus et recensés par les médias : ils sont tous millionnaires. En imposant leur choix politique.
Une émission qui a beaucoup fait pour le prestige de Canal + est bien sûr les Guignols de l'Info. À bien des égards, les Guignols apparaissent comme les défouloirs de l'extrême gauche : diabolisation du FN, crétinisation de la Droite, incitation à la gauche à mieux faire. Les guignols attaquent beaucoup les États-Unis, les banquiers, la World Company et la mondialisation. La semaine dernière, ils s'en sont pris comme tout le monde à Davos.
À Davos, des grands dirigeants d'entreprise et des dirigeants politiques, des syndicalistes même comme Marc Blondel, vont et discutent. S'ils ne le faisaient pas là, s'ils ne médiatisaient pas leurs entrevues, on crierait au complot. Et ce serait parti pour une nouvelle séance de table tournante qui dénoncerait la Trilatérale ou les Bidelberg de jadis.
Les Guignols s'en sont donc pris à Davos, sans faire de l'humour (ils ne sont d'ailleurs jamais bien drôles, à part deux ou trois trouvailles verbales d'un scénariste payé 70000 francs net par mois pour cracher dans la soupe et sur Christine Boutin) : Davos, c'était les deux cents familles, le comité des forges, la finance anonyme et vagabonde.
Mais le plus amusant est que le grand patron de Canal +, qui dirige Vivendi, qui dirige Havas, qui dirige Canal + et ses cinquante filiales, était présent à Davos. jean-Marie Messier, l'un des patrons (s'agissant de ce technocrate, on aura du mal à parler d'entrepreneur...) les plus puissants et les mieux payés de France est intervenu plusieurs fois dans la station suisse.
Il y a, dans 11 1984 ii, un fameux passage où le résistant se rend compte qu'il a été manipulé depuis le début II voulait suivre le contestataire du système, Goldstein. Et O'Brien, le grand patron qui le retient lui déclare tout de go : " Goldstein, c'est nous qui l'avons inventé" . C'est à des détails comme les Guignols que l'on voit le perfectionnement d'un système économicomédiatique intégré.
Clivage droite-gauche: la preuve par Madelin et Cohn-Bendit !
Dimanche dernier, interrogé par Michel Field sur TF1, Alain Madelin était en net progrès : il y a cinq ans, il n'était pas question pour lui de toucher à la vache sacrée de la sécurité sociale; il y a trois ans il n'envisageait encore que de mettre en concurrence les caisses publiques entre elles; aujourd'hui il semble favorable à une mise en concurrence générale et même à une remise en cause, pour les générations à venir, de la retraite par répartition...
Madelin - sans doute le seul politicien français " intellectuel " (j'appelle " intellectuel " quelqu'un qui lit ou simplement parcourt au moins dix livres par semaine...)
- exprime avec fougue ses convictions libérales, tout en utilisant fort bien les ficelles du métier de politicien (quand il refuse obstinément, par exemple, de répondre à la question qui l'amènerait à désavouer son ami Jacques Blanc, président de la région Languedoc-Roussillon, élu avec les voix du Front National...) Mais il demeure toujours aussi braqué sur ce que nous appelons, dans ces colonnes, "l'Entente à droite".
Non pas qu'il ait tort d'opposer "les libéraux" à la droite autoritaire, qui privilégie l'ordre par rapport à la liberté individuelle.
Cette distinction existe, et elle a un fondement. Mais elle ne structure par le champs politique aussi bien que le clivage droitegauche, auquel il me semble que Madelin ne se réfère à peu près jamais...
Il dit " nous, les libéraux". L'ennui c'est que trois heures plus tard, sur France 3, à son tour, Cohn-Bendit se proclame lui aussi "libéral" et qualifie de "néo-libéraux", les autres libéraux, dont Madelin (le préfixe néo ayant pour fonction sémantique, ou plutôt dialectique, de déconsidérer l'adversaire..,) Certes on voit tout de suite à quoi ressemble le libéralisme "de gauche" : on y accepte le marché, et même sans doute le capitalisme, mais à condition qu'ils soient passés à la moulinette de l'égalitarisme, qui, dans le débat européen actuel, par exemple, s'appelle " harmonisation sociale ", " harmonisation fiscale " ou "politiques structurelles" .
À la limite, libéraux ou pas, Madelin comme Cohn-Bendit, pourtant venus l'un comme ou l'autre des bords extrêmes, sont aujourd'hui représentatifs du centre modéré, défendant deux conceptions du même primat de la liberté, version individualiste pour l'un (même si l'intéressé le contesterait) version libertaire et égalitariste pour le second.
L'inconvénient d'un tel clivage, tentation permanente, mais qui n'a iamais durablement prospéré, c'est qu'il empêche le bon fonctionnement durable de la vie démocratique...
Avec le philosophe italien Norberto Bobbio, nous pensons, nous, que le critère qui permet le mieux, et à toute époque, de distinguer la droite et la gauche n'est pas celui de la liberté mais celui de l'égalité. La gauche, en France comme ailleurs, est égalitariste ; la droite tient l'inégalité des situations pour naturelle, la société ne pouvant en corriger que marginalement les effets.
Bien sûr, on constate aussi des attitudes différentes à l'égard de la liberté, mais il ne s'agit là que d'un clivage à l'intérieur de chaque camp, où les extrêmes (autoritaires) des deux camps se retrouvent, comme les modérés (les libéraux), se rapprochent parallèlement.
C'est parce que nous pensons que la restauration du clivage droite-gauche est un préalable au rétablissement, en France, de la démocratie, qui suppose des perspectives de véritable alternance, que nous multiplions les initiatives, et que nous parcourons la France entière, au nom du " Comité pour l'entente à droite ".
Nous sommes le vendredi Il mars à Orléans. Le 19 à Grenoble. Le 23, à Paris, nous avons un débat avec Alain Griotteray.
Le 25 nous serons à Nice. Le 9 avril nous serons à Tours et le 30 à Autun. Inscrivez-vous pour l'une ou l'autre de ces manifestations! Venez débattre avec nous de l'entente à droite !