Sommaire du N°216 samedi 17 avril 1999
Un funeste engrenage
Le projet d'accord de Rambouillet comportait, pour les dirigeants serbes, un élément inacceptable, et un seul. Ce n'était ni le retour à un régime d'autonomie de la région du Kosovo, ni même le retrait des troupes yougoslaves, deux exigences occidentales acceptées par Milosevic, mais uniquement l'occupation par des troupes de l'OTAN du Kosovo, territoire sur lequel la souveraineté de la Serbie n'avait été, jusque-là, oflciellement contesté par personne, et même pas par l'Albanie...
Le déclenchement des bombardements, le 24 mars, par une coalition des 19 pays réputés parmi les plus puissants du monde, contre un pays pauvre de dix millions de d'habitants, selon les géniaux stratèges du Pentagone, ne devait durer que quelques jours, Milosevic ne pouvant évidemment pas faire autrement que de renvoyer immédiatement ses plénipotentiaires à la table de négociation... Au lieu de quoi, au bout de trois semaines, on s'enfonce dans la guerre, on bombarde les objectifs civils dans toute la Serbie, on double la,capacité de feu et on rappelle des réservistes aux Etats-Unis. Ce sont maintenant tous les Balkans qui sont embrasés.
Pourtant, les leçons de l'Irak comme du Vietnam nous enseignent que les bombardements, même massifs, n'ont jamais fait plier aucune dictature nationaliste. Et il n'est pas sûr que même une guerre totale, sur le terrain, résultant d'un engagement massif des troupes de blindés et de fantassins des pays de l'OTAN, à la hauteur de ce qu'exigent à l'unisson les ex-pacifistes défenseurs des "droits de l'homme" ou de l'écologie (tel Daniel Cohn-Bendit), devenus jusqu'au-boutistes, n'obtienne ni le départ de Milosevic, ni le retour des Kosovars albanais.
On fait reproche à Milosevic d'avoir pris le "prétexte" des bombardements pour se retourner contre les populations albanophones du Kosovo. C'était pourtant parfaitement prévisible. On a vu des terroristes de l'UCK commander sur leurs téléphones portables des ; bombardements de l'OTAN sur des ponts pour empêcher la progression des troupes serbes lancées à leur poursuite. Cette "armée de libération", de type marxiste-léniniste, selon la formule maoiste, est "comme un poisson dans l'eau" au sein des populations civiles. Quel expert pouvait s'imaginer que les choses se passeraient autrement?
Surtout que les Serbes ont déjà chez eux quelque 700 000 réfugiés orthodoxes, chassés eux aussi de Croatie et de Slovènie, après la sécession de ces deux territoires. Parfois, les intellectuels ont intérêt à se taire. Souvent, les politiciens feraient mieux de s'abstenir d'agir. Ils ne savent répandre que des malheurs. Et là où il y a déjà de la haine, ils l'attisent. Et le même Chirac qui, en politique intérieure,a déclaré ouverte la guerre civile, a, en politique extérieure, poussé à l'engagement militaire de la France...
Jean Rouxel
Pour le meilleur et pour le pire, Serbes et Albanais se valent !
Une publication comme la nôtre se devait de prendre parti par rapport à la guerre de l'OTAN au Kosovo : nous sommes clairement contre l'intervention de la France aux côtés des 18 autres puissances de l'OTAN, et nous considérons que nos forces n'avaient rien à faire d'utile pour la paix dans les Balkans. Nos organisations humanitaires pouvaient se déployer partout où la détresse humaine les appelait, sans faire le tri entre les bons et les mauvais,et sans avoir besoin d'être précédées par nos avions bombardiers. La France avait dans ses mains les faibles cartes de la paix.
Nous respecterons le pluralisme des opinions de nos abonnés, non seulement dans le courrier des lecteurs mais également dans les articles que nous publierons au cours des prochaines semaines.
Nous récusons néanmoins l'accusation (plusieurs fois prononcée par nos correspondants) selon laquelle nous aurions pris parti "pour les Serbes" et "contre les Albanais", pour un camp et contre l'autre.
Les individus se valent tous, lls ne sont ni meilleurs ni pires, mais tous différents. Dire que les Serbes sont "ceci" et les Albanais "cela" est non seulement faux mais inepte, lls ne sont "ceci" ou "cela" que dans un certain contexte, qui d'ailleurs les dépasse et auquel ils ne sont directement pour rien. lls ne le sont pas génétiquement. Mais ils peuvent l'être culturellement, et encore plus étatiquement.
Hors de leur contexte national, un Serbe ou un Albanais, par exemple transplanté à Wall Street, éloigné du Kosovo, se conduira certainement comme tout bon New-Yorkais. Mais à Belgrade, à Pristina ou à Tirana, les mêmes personnes participeront à la violence ambiante.
Mais cela étant dit,les cultures et les religions ne se valent certainement pas et sont plus ou moins proches ou éloignées des nôtres.
Est-ce contestable que les Serbes orthodoxes nous sont plus proches que les Albanaismusulmans !
Certains nous font remarquer qu'il s'agit dans les deux camps de deux variétés d'archéo-communistes.
C'est vrai. Mais, d'une part, le communisme serbe était devenu minoritaire dans l'opinion. Que Clinton n'a-t-il encouragé les démocrates de ce pays!
D'autre part, le clivage pour l'annexion du Kosovo est bien antérieur au communisme. Il lui a survécu, sans rien perdre de son acuité, et relève bel et bien du religieux. C'est si vrai que parmi les Kosovars albanais beaucoup sont des Serbes islamisés par la force par lesTurcs, tout comme les musulmans bosniaques.
D'autres nous font remarquer que l'islam albanais est traditionnellement modéré, car "souri ". Peut-être.
L'islam des beurs de nos banlieues, plus souvent agnostiques que pratiquants, devrait aussi être tenu pour "modéré"... Mais qui peut nier que ce clivage dure et qu'il peut dériver sur l'affrontement !
L'intervention extérieure dans les conflits d'ordre religieux comporte toujours plus de risques que de chances de succès. C'est vrai partout : au Moyen-Orient, en lrlande ou enAsie centrale. Les Balkans ne font pas exception.
Alain Foucart
La BNP prétend inventer la fusion sans licenciement !
Les observateurs financiers des pays anglo-saxons sont très surpris de l'offre publique d'échange de la BNP sur Paribas et la Société générale. Non seulement par son caractère franco-français mais surtout des engagements immédiatement pris par Michel Pébereau, le président de la BNP Constituer une méga-banque française n'est pas forcément la meilleure réponse à la mondialisation. Une banque transnationale serait sans doute mieux adaptée. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit dans le secteur de l'assurance...
Mais ce qui étonne le plus ces analystes, c'est la promesse qu'a cru devoir prendre le patron de la BNP de ne procéder avant cinq ans à aucun licenciement, se limitant à jouer sur l'évolution "naturelle" de l'emploi (en ne renouvelant que partiellement les départs à la retraite).
Partout ailleurs, les fusions acquisitions se financent par des gains de productivité et par des licenciements massifs.
C'est même la raison d'être des méga fusions-acquisitions : améliorer la rentabilité du capital (et créer de la valeur pour les actionnaires) en procédant à des réorganisations et des restructurations ayant toutes pour objectif d'améliorer les résultats.
S'agissant de banques de dépôts, une fusion est l'occasion, normalement, de passer au peigne fin l'activité et la rentabilité de chaque agence. Pour fermer les moins rentables. Or, en France, une bonne organisation des réseaux bancaires se traduirait sans doute par la fermeture de la moitié des agences! Il y a donc du grain à moudre...
Passe encore que la Génerale et la BNP se fassent bêtement concurrence l'un en face de l'autre. Mais pas s'ils font partie du même groupe et si c'est pour perdre de l'argent !
Pourtant, comme Michel Pébereau, ancien directeur du Trésor, sait mieux que personne qu'en France un banquier ne peut pas annoncer des licenciements massifs, ni même le
moindre plan social, sans avoir sur le dos aussi bien les syndicats que le patronat, il a préféré, contre toute vraisemblance, expliquer qu'il n'y avait lieu à aucune restructuration...
Du coup, on voit mal les gains de productivité qui résulteraient de l'opération. D'où le scepticisme des marchés boursiers...
Ailleurs, dans des économies saines et prospères, les licenciements ne font pas peur. lls sont le propre des grandes organisations qui, comme des personnes d'un certain âge, ne peuvent rester en forme qu'en faisant régime sur régime.
Aux États-Unis les grands groupes non seulement ne recrutent pas, mais encore licencient à tout va. Pas grave ! Les entreprises petites et moyennes sont là pour prendre le relais, et, à la fin de chaque mois, depuis dix ans, permettre à l'économie américaine d'afficher un taux de chômage de l'ordre de 4 % de la population active, soit, en réalité, un plein emploi au bord de la surchauffe !
L'OPE de la BNP sur Paribas et la Société générale ressemble à du capitalisme sauvage. Mais elle n'en a aucun des avantages...
Bernard Piard
Trois points de vue sur la guerre au Kosovo
Cette semaine nous avons reçu plus de cinquante lettres sur la guerre engagée par l'OTAN au Kosovo. Vous êtes parfois d'accord avec nous et parfois en désaccord. La plupart de vos lettres sont documentées et argumentées. Nous avons choisi d'en publier trois, représentatives de la diversité du courrier, qui comportent des éléments d'information intéressants.
1. Lettre ouverte à Hubert Védrines
Comment en sommes-nous arrivés là! Par un enchaînement de facteurs totalement négatifs dont la diplomatie, ou devrait-on dire le manque cruel d'icelle, porte une éminemment lourde responsabilité, à savoir :
- la méconnaissance de l'histoire,
- la supranationalité et la mondialisation,
- l'absence de psychologie,
- le déficit de démocratie,
- la carence d'anticipation.
Méconnaissance de l'histoire :
Cette histoire recouvre celle d'un peuple (serbe), d'une civilisation (chrétienne), d'une fédération (yougoslave), et d'une région Iles Balkans.
les Serbes etla Chrétienté Peuple slave du sud,profondément chrétien,il s'est toujours distingué par sa fierté et sa bravoure. Son amitié pour la France remonte au XIII'siède,lors du mariage de Jeanne-Marie d'Anjou et de Stephen Uros 1° roi de Serbie.
À l'instar du peuple espagnol,lui aussi fier et brave,il a subir l'occupation musulmane pendant plusieurs siècles, et s'est libéré lui-même de son joug.
le Kosovo,son berceau, il y est,tout naturellement, viscéralement attaché, contre vents et marées-Vouloir lui enlever,c'es à proprement parler l'étriper!
la République fédérative yougoslave regroupant les républiques de Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie (dont deux provinces, la Voivodine du nord et le Kosovo du sud,deviennent autonomes) et Slovénie,a été créée à la fin de la Seconde Guerre mondiale,et ce,sur l'initiative deTito,de son vrai nom josip Broz, croate peut-être (il parle mal le serbo-croate), mais avant tout élevé au sein du communisme assurément.
Élément de stabilité, celle-ci a volé en éclats, lorsque tant la Croatie que la Slovénie ont fait sécession en 1991. L'Allemagne a reconnu unilatéralement, sans états d'âme et sans concertation aucune avec son soi-disant partenaire privilégié, en l'occurrence la France, l'indépendance de ces deux anciens États.
La Macédoine proclame, elle aussi, son indépendance en 1992, apparemment sans conflit inter-ethnique.
À la suite de combats meurtriers entre Serbes et Croates, d'une part, Musulmans et Croates d'autre part, et à l'instigation de l'ONU, appuyée militairement (déjà) par les États-Unis et ses principaux vassaux, Allemagne, France , Grande-Bretagne, ltalie, sous la forme d'une force d'interposition (FORPRONU), la Bosnie-Herzégovine, après un découpage décidé en novembre 1995 à Dayton (Ohio) en deux entités, respectivement la Fédération croato-bosniaque et la République bosnoserbe, est à son tour soustraite à la Fédération yougoslave.
Celle-ci se réduit ainsi progressivement, telle une peau de chagrin, au Monténégro et à la Serbie, encore que le Kosovo, peuplé pour partie d'immigrés albanais, mais partie intégrante de la Serbie, ces derniers continuent à prétendre à une autonomie accordée par Tito à cette province, et non à leur seul bénéfice, lors de la création de la République fédérative populaire en 1945-1946.
Il est à noter qu'à l'époque, les Serbes y étaient majoritaires id l'article de François Lebrette intitulé « Kosovo, six siècles de guerre », publié dans Le figaro Magazine du 27 écoulé), et qu'au début de cette année, les immigrés albanais ne représentaient que 60 % de la population, et non 90 % tel que les médias l'ont gratuitement affirmé.
En 1989, M. Milosevic met le statut d'autonomie du Kosovo en conformité avec la constitution fédérale. En 1990, les immigrés albanais proclament l'indépendance. Les Balkans lls constituent une véritable poudrière, dont l'instabilité est, hélas,légendaire. À part les Turcs, beaucoup d'empires se sont essayés, mais en vain, à les dominer, tels, dans le passé encore proche,l'Empire austro-hongrois, l'Empire de Prusse,le IIIeme Reich et ses alliés albanais,bulgares, croates,italiens, roumains et autres, enfin l'Union soviétique.
Aujourd'hui, l'hyperpuissance américaine et ses vassaux, sous le couvert de l'OTAN pour l'occasion dévoyée de la mission qui lui a jusqu'ici été impartie, à savoir uniquement défensive, sans mandat précis de l'ONU, contournant délibérément le Conseil de sécurité, y mettent le feu. Elle s'y cassera, elle aussi, à terme, à la fois la tête et les dents.
Supranationalité et mondialisation
Nous nous berçons de l'illusion qu'à 15, tous membres confondus, plutôt que seuls, il est à la fois plus aisé et plus sûr de résoudre un réel problème, tel que celui auquel nous sommes aujourd'hui confrontés. C'est un leurre, car au-delà d'un accord de façade entre les là, chacun des membres songe prioritairement à ses intérêts propres, voire moins propres, dans les Balkans, à l'exemple de l'Allemagne, qui a toujours voulu jouer un rôle prépondérant dans la région.
Pour traiter du problème serbe, un pays et un seul, à savoir la France,compte tenu de ses rapports privilégiés avec ce peuple, disposait d'un atout majeur Or comme le disait Charles Pasqua à Antenne 2 au cours de l'émission "Les 4Vérités", cette carte a été mal jouée, voire pas du tout utilisée.
.Absence de psychologie
Elle est, bien évidemment, induite, tant par la méconnaissance de l'histoire, ancienne et contemporaine, plus ou moins récente,que par la supranationalité et la mondialisation...
. Le déficit de démocratie
... Curieux,tout de même, qu'au temps de la "guerre froide" ,l'OTAN n'ait pas décidé de mettre "au pied du mur" ,voire "à genoux" les apparatchiks qui sévissaient en Union soviétique...
Bizarre aussi que lesAméricains ne soient pas militairement intervenus à Cuba contre Fidel Castro, cet autre apparatchik, pourtant géographiquement si près d'eux--Que d'occasions ainsi perdues, et beaucoup d'autres encore un peu partout dans le monde, en Turquie par exemple où les Kurdes sont aussi durement réprimés, voire tués qu'en Irak...
Alors oui, l'OTAN devait se rattraper au Kosovo, et vite! Quelle monstrueuse hypocrisie!...
. La carence d'anticipation
... Dans sa précipitation et sa hâte d'intervenir enfin, l'OTAN, comptant sur une rapide victoire par le seul emploi massif des frappes aériennes, n'avait rien prévu de ce qui ne manquerait pas d'arriver lorsque confrontée à un peuple fier et vaillant... Quelle que soit l'issue de son intervention,l'OTAN, ses pays membres, et au premier rang ses chefs,petits et grands,ne sortiront pas grandis de cette sinistre comédie.
Pour ce qui est de l'Europe supranationale,elle aura fait preuve de son incapacité à gérer efficacement et dignement les problèmes auxquels elle est susceptible d'être confrontée-Si nous ne voulons pas en revoir sa conception même, et faire d'elle l'Europe des nations, alors nous aurons l'Europe de la guerre.
J'ose espérer, Monsieur le ministre,que vous tirerez une leçon de vos échecs personnels à cette occasion, et qu'ayant sur la conscience, en supposant que vous en ayez une, cette horrible boucherie, vous démissionnerez sans tarder.
Jacques H. Lemaire, Chatou - 78
2. Histoire commune
Pour commencer, les Albanais, d'Albanie ou d'ailleurs, ne peuvent être traités d'islamistes que par quelqu'un qui ignore tout de ces pays : l'islam albanais est parfaitement discret,neutre et très éloigné de toute velléité conquérante-Il provient d'une secte souri dissidente de l'Empire turc, et est considéré par les islamistes séoudiens ou iraniens comme beaucoup trop laxiste pour être un vrais islam.
Que les Serbes aient des églises ou des cimetières dans les régions qu'ils ont occasionnellement occupées,avant d'être eux-mêmes occupés après leur déconfiture de 1389, ne constitue pas un titre particulier de possession,sinon nous devrions, nous aussi, revendiquer les nombreux monastères, églises et châteaux que nous avons bâtis en Terre Sainte. Les Turcs ont laissé fonctionner les lieux de culte des peuples qu'ils ont tonquis, quelles que soient les religions installées,dans la totalité de leur immense empire;du moment que l'impôt était payé et que la paix régnait entre tributaires,ils n'en demandaient pas plus.
Quant aux souvenirs « des lots d'ormes immenses et prodigieux » que nous aurions en commun avec les Serbes,je pense que vous faites allusion à la désastreuse expédition des Dardanelles,destinée à « frapper le ventre mou de l'homme malade », selon la superbe formule du maréchal Franchet d'Esperay... Les Alliés s'y sont plantés en 1915, et ont battu en retraite àThessalonique en 1916, après avoir perdu près d'un demi-million de soldats sans résultats.
Je ne connais pas de source permettant d'affirmer que les « Serbes ont eu à souffrir pendant des décennies des Albanais», sinon des sources nationalistes serbes.
Je m'étonne aussi que vous souteniez que nous n'avons strictement aucune histoire commune avec les Albanais : vous oubliez le grand Skanderbeg (Georges Kastrioti) qui a reconquis l'Albanie sur les Ottomans après la défaiite des Serbes en 1398 au Kosovo puis celle des Hongrois en 1448 au même endroit-jusqu'en l506,les Albanais ont verrouillé le sud de l'Illyrie avec l'aide de toute chrétienté,empêchant lesTurcs d'attaquer l'Europe occidentale par le sud. Notre grand Ronsard qui a d'ailleurs célébré Skanderbeg comme ille méritait aurait été choqué de vos propos.
C. Enlart - 75
3 . La fable de Milodevic
... Faire remonter l'origine de la Serbie à 1359 où la chevalerie moyenâgeuse serbe s'est fait battre par lesTurcs au Kosovo n'est pas très glorieux-Les Serbes de l'époque n'en tinrent d'ailleurs pas rigueur à leurs vainqueurs puisque, quelques années plus tard,ils aidèrent les Turcs à battre la fine fleur de la chevalerie européenne en 1396 à Nikopolis (maintenant Nikopol). Il en résulta plusieurs siècles de domination turque surla plus grande partie de l'Europe du sud-est.
Quant à jouer au premier occupant, il hudrait pour cela remonter à la Préhistoire et même à l'époque mésolithique.
Au nord de la mer Noire et du Caucase, dans les steppes eurasiatiques vivaient-des peuplades indo-européennes dont les rameaux devinrent les peuples italique,celte,germain, slave, grec,illyrien qui se répandirent en Europe et dont nous sommes tous les descendants.
Alors que les autres restaient dans les plaines au nord des Carpates et des Alpes,les Grecs et les lllyriens occupèrent la péninsule balkanique. Les Grecs,là où nous les connaissons et les Illyriens à l'ouest de la Grèce, en Albanie actuelle et sur le territoire de l'ex-Yougoslavie.
À cette époque,qui se situait plusieurs milliers d'années avant jésus-Christ, ceux qui ne parlaient pas encore le slavon, d'où émergèrent les différents langages slaves,se tenaient approximativement dans les plaines d'Ukraine. C'était les protoslaves,dont un groupe,bien plus tard,au début de l'ère chrétienne, franchit les Carpates, se répandit et se fixa dans les Balkans en s'infiltrant parmi les populations existantes. Ces Slaves se disant Slaves du sud (Bulgares, Serbes, Slovènes, Croates) coexistèrent avec les premiers arrivants et plus particulièrement les Serbes avec les Illyriens, ancêtres des Albanais actuels.
La péninsule balkanique étant partie intégrante de l'Empire romain d'orient, ils embrassèrentla foi chrétienne orthodoxe de l'église byzantine, d'où la construction de ces monastères et églises qui parsèment le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro.
Mais,l'empire byzantin se désagrégeant lentement pour finir par s'écrouler au Moyen Âge sous la pression des Turcs ottomans,guerriers nomades qui arrivaient des hauts plateaux de l'Asie centrale après s'être répandus en Anatolie.
Ces Turcs, qui avaient constitué la meilleure armée du moment, continuèrent leur marche vers l'ouest à travers les Balkans où ils se mesurèrent victorieusement avec les Serbes du Kosovo.
Nous avons vu plus haut, qu'après avoir remporté la victoire, grâce aux Serbes,à Nikopolis,ils occupèrent les Balkans pendant cinq siècles et demi.
Les Turcs,remarquables guerriers mais aussi bons administrateurs, ne peuplèrent pas les pays occupés, ils se contentèrent de les administrer et d'en tirer profit. En bons anciens nomades, ils n'étaient pas attachés au sol qui n'était que le support nourricier du moment. La notion de patrie leur était étrangère, c'est d'ailleurs un mot qui n'existe même pas dans la langue turque.
Les peuples occupés ne perdirent donc pas leur identité,ce qui leur permit plus tard de se débarrasser de la tutelle turque, lorsque l'Empire ottoman se mit à vaciller au XIXe siècle.
Les Turcs ne firent pas spécialement de prosélytisme pour imposer leur religion. Eux-mêmes n'embrassèrent la religion islamique que pour mieux infiltrer et conquérir les royaumes arabes du Moyen-Orient. Le culte orthodoxe ne fut pas aboli.
Si des mosquées furent construites, les églises ne furent pas détruites. Dans les villes de cette partie de l'Europe émergent les clochers et les minarets.
Si une partie de la population a embrassé la religion de l'occupant, c'est peut-être par conviction, mais c'est souvent par facilité ou opportunisme. Pour entrer dans l'armée ou l'administration turque, il était préférable d'être musulman. Les musulmans de Bosnie ne sont pas desTurcs, mais des Serbes ou des Croates dont les ancêtres se sont convertis à l'islam,
de même que les Albanais dont certains sont catholiques (mére-Térésa), d'autres orthodoxes.
Ceci pour démontrer que la fable historico-nationaliste de Milosevic n'a pas de base solide. Que se servir de la religion et du nationalisme - le comble pour un communisme - n'est qu'un prétexte pour maintenir le pouvoir dictatorial militaro-communiste sur la Serbie pour le malheur de ses habitants.
J. Châtelain, Le Beausset - 83
Lu pour vous
Affaire Papon: la contre-enquête*
Chacun se souvient du procès de Maurice Papon.Voici un an, et pendant plus de six mois, ce procès a fait la une de l'actualité.
Avant même qu'il ne commence, l'accusé était déjà condamné par l'opinion, puisque les médias s'étaient chargés depuis plus de 15 ans, avec l'aide de certains lobbies, d'asséner leur vérité. Dans l'esprit des Français, il ne s'agissait plus que de régulariser.
Chacun sait que Mitterrand ne souhaitait pas ce procès. Il le considérait comme un "règlement de comptes politique" et, selon lui, des procédures aussi longues étaient "attentatoire à la démocratie " Mais, il devenait indispensable qu'il ait lieu. Car Jacques Chirac s'était exprimé en 1995 sur les responsabilités de l'État l'occupation. La presse renouvelait jour ses attentes, certains accusateurs, l'un, et non des moindres, sera confondu du procès, marquaient leur impatience, les Klasfeld voulaient en découdre. Le procès a eu lieu.
On a jugé un homme, et à travers lui un régime, comme s'il était seul responsable de cette époque. D'autres hommes l'ont jugé qui n'étaient pas nés au moment des faits, qui n'ont pas vécu cette époque. Le procès ignore la guerre, fait l'impasse sur les contraintes, écarte les injonctions et menaces de l'occupant. Les pièces du dossier, souvent incomplètes, mais surtout les seules affirmations des avocats des parties civiles ainsi que la déferlante médiatique partisane ont été le seul support des jurés pour se faire une opinion en conscience.
Tout au fil du procès, des faits nouveaux, des éclairages inédits sont apparus, Malgré la pression permanente de la rue devant le tribunal de Bordeaux, malgré la mainmise médiatique et les manoeuvres des parties civiles, une nouvelle vérité commençait à poindre. Cela n'a pas suffi : Maurice Papon était condamné. La France semblait satisfaite, puisque sa justice avait parlé.
Plusieurs ouvrages ont été consacrés à cette affaire. La plupart relayaient les thèses de l'accusation. En voilà un autre qui tente de rétablir quelques vérités premières. " Affaire Papon, la Contre-enquête"*.
Écrit par Hubert de Beaufort, fils du futur chef du cabinet militaire du général de Gaulle, il contient des documents et témoignages tout à fait passionnants donnant une nouvelle vision, bien différente de celle qui nous fut assénée des mois durant. Outre une préface de Léon Boutbien, président d'honneur des médaillés de la Résistance, le lecteur pourra se faire une opinion nouvelle à partir d'une véritable contre-enquête sur les faits, d'un témoignage de Maurice Papon et de grands témoins. Il se termine par un long entretien avec Michel Bergès, professeur à l'Institut d'études politiques de Bordeaux. Il faut rappeler que c'est à partir de ses premiers travaux que l'affaire Papon a commencé.
Pour finir, deux citations qui illustrent parfaitement l'atmosphère de ce procès.
« Quand les règles judiciaires ne me paraissent pas fondées, c'est vrai, je les refuse ou j'essaie de les détourner. je reste un militant avant tout » (Arno Klarsfeld).
« Ai-je besoin de vous dire que j'ai suivi toutes les épreuves que vous avez traversées avec la plus grande tristesse. Vous avez été un bouc émissaire. Et à travers vous, c'est la France qu'on entend salir » (Raymond Barre).
Chacun appréciera! Surtout après avoir lu ce livre !
Michel Rondepierre
Éditions François-Xavier de Guibert 3, rue jean-François Gerbillon 75006 Paris
Kosovo: l'immigration en question
Cette affaire du Kosovo se présente au regard comme le radis : rouge dehors, blanc au dedans.
Pour la partie visible, l'aspect humanitaire, le cas est limpide. Car il faudrait avoir le coeur bien endurci pour ne pas être profondément ému par le spectacle, déversé à loisir sur les écrans, de ces petits enfants blonds et ces femmes épuisées lancées sur la route de l'exode par une soldatesque brutale.
Cependant, pour la partie invisible ou occulte, remarquons en premier lieu qu'il est rare dans l'histoire que des guerres soient engagées pour de bons sentiments...
Par ailleurs, l'attaque, sauvage et brutale à souhait, de la Serbie sur la communauté Kosovar revient à affirmer que la souveraineté d'un pays existe, et qu'elle est légitime, quelles que soient les aspirations, fondées ou non des communautés immigrées que se sont installées sur son territoire national.
Au Kosovo, on sait que 10 % seulement de la population était serbe, le reste, fortement majoritaire, étant composé d'Albanais installés depuis la dernière guerre par les soins attentifs de Tito, tel Cromwell installant des colons écossais en Ulster, avec les résultats que l'on sait.
Le problème de nos dirigeants est qu'ils sont, les uns et les autres, confrontés dans leurs pays respectifs avec l'implantation de fortes communautés immigrées, aujourd'hui minoritaires, demain majoritaires, hispaniques aux ÉtatsUnis, africaines et nord-africaines en Europe.
Leur installation sur le sol national ne va pas sans soulever des difficultés. Il importe donc de démontrer aux yeux du monde qu'une politique de "purification ethnique", mot horrible s'il en est, consistant à expulser par la force ou par la terreur du territoire national, des communautés qui s'y étaient installées, non seulement est moralement condamnable, mais encore n'a aucune chance de réussir car elle ne sera pas tolérée par la communauté internationale. De façon à ne pas constituer un exemple fâcheux qui pourrait un jour constituer un modèle applicable en d'autres temps et en d'autres lieux.
Car le postulat sur lequel sont fondées les politiques d'immigration poursuivie en Occident depuis un quart de siècle est que l'immigration est, en soi une bonne chose, qu'elle ne saurait produire que des effets heureux, sur le plan économique et culturel, et que les communautés ainsi installées vont coexister pacifiquement pour le plus grand bien de tous. Enfin, l'immigration est une fatalité contre laquelle on ne saurait lutter. Il est donc juste que l'appareil d'État soit mobilisé pour l'imposer à ceux qui n'en voudraient pas.
Il est évidemment un peu fâcheux, pour la beauté de la démonstration, que les exemples de coexistences ratées abondent sur la planète, qu'il s'agisse de l'Afrique du Sud où les colons blancs installés les premiers se sont trouvés supplantés par les migrants zoulous, au Liban, en Ulster, en Indonésie ces jours-ci, en Ouganda, en Bosnie, au Soudan aussi, etc.
L'xemple de l'histoire est là pour démontrer que les communautés refusent parfois énergiquement de coexister pacifiquement. Mais chacun sait que ce qui se passe ailleurs ne peut se passer chez nous...
Yves-Marie Laulan
Les conséquences de la guerre
On peut avoir de bonnes raisons d'être hostile aux bombardements massifs de l'OTAN : ils sont meurtriers et non seulement inutiles, mais encore contre-performants, au regard de l'objectif affiché qui est officiellement de permettre aux populations du Kosovo d'origine albanaise de vivre en paix chez elles.
Au lieu de quoi, pour tous les Kosovars, c'est l'exil. Ce que ni les provocations irresponsables de l'UCK, ni la répression sauvage des milices serbes n'avaient réussi en un an, l'OTAN l'a réalisé, en trois jours! (Depuis, elle persiste dans l'erreur, et élargit le désastre...) On n'est pas obligé pour autant d'être un admirateur de Milosevic, rejeté par plus de la moitié des Serbes, qui ne s'est maintenu au pouvoir après les dernières élections générales municipales que grâce à des tricheries. C'est l'OTAN qui le conforte, qui se conduit comme son allié objectif!
Et, en disant cela, on n'est pas pour autant "anti-américain". Les leçons que nous enseigne l'histoire des États-Unis sont à la fois celles de la résistance à l'oppression, de la supériorité des systèmes démocratiques fondés sur les libertés individuelles, et du pragmatisme. On ne peut pas dire que les terroristes de l'UCK soient les meilleurs symboles de ces valeurs...
Nous essayons, ici, de savoir raison garder. Nous regardons les images déversées à la télévision avec circonspection. Quand nous voyons un enfant albanais brandir une pancarte ou il est écrit « Help » en caractères d'imprimerie, nous nous doutons que quelqu'un s'est chargé de la lui mettre dans les mains. Il a bien dû en coûter cinquante dollars au photographe qui a réussi ce scoop !
Il ne s'agit pas de nier l'exode de la population du Kosovo, mais, en effet, comme nous l'avons écrit dès le 3 avril (et plusieurs correspondants nous l'ont reproché) de "relativiser" : car les déplacements de populations, toujours inhumains, ont concerné aussi les Serbes, et il est manifeste, la chronologie le prouve, que le phénomène s'est produit dans la foulée immédiate des frappes de l'OTAN.