Sommaire du N°221 Samedi 29 mai 1999

Nous sommes bien fliqués, mais trés mal gouvernés !

L'enquête sur l'assassinat du préfet Erignac, qui semble avoir abouti, après quinze mois d'enquêtes (officielles et parallèles...), prouve au moins deux choses : l'État français est encore en mesure, dans certaines circonstances, pour certaines causes, de mobiliser des moyens très importants, puisqu'on peut estimer à une moyenne de cent fonctionnaires, de la police judiciaire, de la gendarmerie et de la justice, les effectifs permanents mobilisés dans cette procédure. Soit un coût de l'ordre de 30 millions de F; et la police scientifique, à l'ère des téléphones portables, qui servent de balises de repérage, est en effet de plus en plus efficace. Nous sommes de mieux en mieux fliqués.

Dans le même temps, nous sommes de moins en moins bien gouvernés. Évidemment, au prix que coûte la recherche des assassins d'Erignac, il n'est tout simplement pas possible, matériellement, d'offrir le même service aux victimes lambda de l'insécurité grandissante dans nos banlieues multi-ethniques...

Le gouvernement, par la voix de son Premier ministre, en arrive à plaider son irresponsabilité générale sur son administration pléthorique et souvent autogérée. Sauf consigne explicite. Et hors affaire du sang contaminé...

Néanmoins il ne cesse d'élargir son champ d'interventions néfastes. Contraint et forcé, depuis quinze ans, souvent péniblement, il s'est bien dégagé de l'industrie étatisée. Mais c'était pour mieux se mêler des relations sociales et de l'affectation de notre épargne, deux terrains sur lesquels il n'a pourtant strictement rien à faire !

Au moins l'État pourrait-il, après avoir refilé toutes sortes d'obligations aux autres collectivités territoriales, maîtriser son budget propre. Il ne le fait même pas !

Malgré une croissance économique plus forte que prévue en 1998, la dette publique de la France a continué d'augmenter encore plus vite : elle représente officiellement (selon l'Insee) 47,9 % du PIB, contre 46,8 % en 1997. Et l'État, chaque année, dépense de plus en plus pour ses fonctionnaires. La Cour des comptes parle d'un emballement sur la période 1994.1998 (on est passé de 39 % à 41,5 des dépenses du budget général).

Plus de déficit public du tout, et moins de naires. Telles devraient être les deux majeures d'un gouvernement sérieux, de comme de droite. Grâce à l'épargne alors vers l'investissement productif, en particulier au fice des nouvelles technologies, le chômage rapidement amené en dessous de 10 %, la prospérité profiterait au plus grand nombre. Même la sécurité progressivement reviendrait, sans doute.

Jean Rouxel

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Le fossé se creuse entre le public et le privé

Responsabilité: fonctionnaire et politiciens prétendent y échapper.

A l'occasion du débat sur la motion de censure, mardi dernier 25 mai, le Premier ministre Lionel Jospin a défendu une nouvelle conception de la responsabilité des gouvernants. Il n'entend être personnellement responsable que des ordres ou directives qu'il a personnellement donnés, que ses ministres ont signé, ou que ses collaborateurs ont explicitement transmis.

Au-delà de l'hypocrisie d'un Un tel propos - car les "notes verbales" ont toujours existé dans les cabinets ministériels... - il s'agit d'une nouvelle restriction apportée au champ de la responsabilité des hommes politiques.

Comme cela a été tragiquement illustré à l'occasion de l'affaire du sang contaminé, La ligne "responsable mais pas coupable" est à l'oeuvre. L'idéal étant de n'être ni responsable ni coupable...

Dans le même temps, les hauts fonctionnaires, à leur tour, prétendent de plus en plus souvent s'exonérer de toute responsabilité personnelle-Y compris ces messieurs qui ont su décrocher la timbale, l'un ou l'autre de ces fromages de la République que constituent les présidences des sociétés à capitaux publics, C'est ce qu'on a vu il y a quelques semaines avec l'incendie du tunnel sous le Mont Blanc, Le Président de la société, Rémy Chardon, 52 ans, doit cette sinécure au fait qu'il a été, à la Mairie de Paris, le dernier directeur du cabinet de Jacques Chirac. En récompense, ce préfet d'origine, a obtenu cette présidence dorée.

Comme avant lui en avaient bénéficié, en application de la même procédure discrétionnaire, Édouard Balladur et neuf autres technocrates de haute volée.

Sans doute, Rémy Chardon n'est-il pas personnellement responsable de ce drame, encore que le compte rendu d'activité de la société qu'il préside accorde une place vraiment infime aux questions de sécurité...

Mais, dans la sphère des entreprises privées, dans le même temps, la responsabilité des patrons est de plus en plus souvent et facilement engagée. Un fabricant de fromage se retrouve au trou du jour au lendemain parce qu'un prélèvement laisse . craindre une présence de sal, monellose. Le moindre entrepreneur de transport passe au tribunal correctionnel à chaque infraction grave de ses chauffeurs.

L'lnspection du travail tient les chefs d'entreprises, et surtout les PME, sous une étroite surveillance. Les nouveaux juges rouges ne font aucun quartier aux « capitalistes ».

La justice et la décence voudraient que, parallèlement, la sphère de la responsabilité des politiciens et des technocrates ne soit pas réduite mais au contraire augmentée.

Car un patron, un chef, n'est pas seulement responsable des ordres explicitement donnés.

Il est aussi responsable du bon fonctionnement général de l'organisation qu'il dirige. Si cela est vrai pour la moindre coopérative agricole, pourquoi cela ne le serait pas pour l'Étatmamouth !

Bernard Piard

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Charges sociales sur les bas salaires: un débat tout à fait secondaire

Pour faire passer la pilule du passage des 39 heures aux 35 heures, et même pour essayer de favoriser, à cette occasion, la création de nouveaux emplois, le gouvernement emmené sur ce point par Martine Aubry, s'apprête à promulguer un nouveau dispositif qui, au-delà de son aspect "usine à gaz" aura pour conséquences d'alléger les charges sociales sur les bas salaires, ceux-ci étant défini comme égaux ou supérieur à 1,7 ou 1,8 fois le Smic.

Sur ce point là comme sur beaucoup d'autres, les socialistes n'innovent pas. Valéry Giscard d'Estaing, dès 1994, avait beaucoup théorisé sur la baisse des charges sociales. Alain Juppé, en 1995, avait pris un certain nombre de mesures dans ce sens. Et des dégrèvements sectoriels de charges sociales avaient été mis en place, qui intéressaient en particulier l'industrie textile.

Depuis plusieurs années, cette politique a été confortée par plusieurs rapports issus d'organismes internationaux, aussi bien l'OCDE que le FMI.

À gauche comme à droite, la cause semble entendue : la réduction des charges sociales sur les bas salaires serait créatrice d'emplois.

Pourtant, en vérité, rien n'est moins sûr !

Car, soit on raisonne à charges sociales globales constantes. Et alors, les prélèvements qui ne sont pas effectués sur les bas salaires doivent être effectués sur les autres. Et il n'est pas sûr qu'une économie qui favoriserait les bas salaires en même temps qu'elle découragerait les autres, serait au total, au bout de quelques années, une économie plus prospère ou même simplement plus créatrice d'emplois.

Reporter le poids des charges sociales sur des impôts, anciens ou nouveaux, ne constitue pas non plus une solution.

Michel Rocard a créé la CSG il y a huit ans.

Aujourd'hui, la CSG rapporte à l'État davantage que l'impôt sur le revenu. La CSG est payée non seulement par les salariés mais également par les autres titulaires de revenus. Pour autant, la situation de l'emploi s'est globalement dégradée.

On connaît d'ailleurs en Europe au moins un pays où les charges sociales, salariales ou patronales, sont quasiment inexistantes. C'est le Danemark. Il se trouve que ce pays a le même taux de chômage que nous : compris entre 12 et 13 %.

Tout simplement parce que le poids des dépenses publiques est également identique : de l'ordre de 55 % du PIB.

Qu'importe que l'État providence se nourrisse de cotisations ou d'impôts. Le résultat est toujours le même : trop de dépenses publiques, c'est moins d'emplois productifs. Et que les charges, cotisations ou impôts, pèsent sur une catégorie ou une autre de citoyen n'est sans doute pas indifférent, au plan social comme au plan politique, Mais au plan économique, c'est secondaire...

Jean Foucart

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L'Etat dilapide aussi l'épargne des Français

l'iFRAP*, Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques, consacre le dernier numéro de ses "dossiers" (Mars-Avril 1999) à une étude intitulée "L'État dilapide l'épargne des Français".

Il s'agit d'une enquête très originale puisque, à notre connaissance, ce sujet n'a jamais été jusqu'à présent, une seule fois abordé L'équipe de recherche, rassemblée par Bernard Zimmern, s'est efforcée de répondre à la question suivante : "comment se fait-il que les Américains qui épargnent beaucoup moins que les Français aient une économie où l'investissement productif est proportionnellement plus important, ce qui leur permet de s'enrichir beaucoup plus vite ?"

Il s'agit, en effet, d'un des mystères les plus profonds de la science économique contemporaine. Les ménages français épargnent près de 15 % de leur revenu disponible (moyenne observée sur la période des vingt dernières années). Dans le même temps, les Américains n'épargnent que 6 % de leurs revenus.

Proportion qui a même tendance à se dégrader On en était à 2,1 % seulement en 1997.

Pourtant, au niveau individuel, les Américains s'enrichissent quatre fois plus vite que les Français.Tandis qu'au niveau collectif, la France connût un chômage à 13 % et les États-Unis le plein emploi. L'iFRAP avec cette étude signée Sandrine Gorreri a trouvé enfin la raison de cette situation : alors que l'épargne des citoyens américains s'investit normalement dans les entreprises, celle des Français est investie dans les déficits publics. On conçoit, dans ces conditions, que le rendement de l'épargne investie ne soit pas tout à fait le même là-bas ou ici !

Autrement dit, pour accroître son patrimoine, un Américain n'a pas besoin d'épargner grand chose. Il lui suffit de capitaliser les plus-values de son portefeuille boursier. À l'inverse, pour simplement maintenir leur patrimoine, les citoyens français doivent se saigner aux quatre veines et continuer à épargner massivement. Quand les ménages américains désinvestissent en titres publics pour mettre de plus " en plus d'argent en bourse, les ménages français orientent 50 % de leurs placements vers l'État et ses satellites.

Et cela ne résulte pas d'un comportement naturellement différent. Les Français investissent dans l'État parce qu'ils y sont contraints au travers de la fiscalité. En avantageant telle ou telle forme d'épargne, l'État opère une véritable captation. C'est ainsi que les 3000 milliards de F d'actifs gérés par l'assurance vie étaient investis au 31 décembre dernier à 70 % en obligations, lesquels sont actuellement émis par l'État ou des établissements publics dans la proportion de 78 %. Tous les placements réglementés (livrets d'épargne) ont pour but de détourner l'épargne des emplois productifs pour les orienter vers les besoins stériles de l'État, La conclusion de l'iFRAP est terrible : " Une centaine de hauts fonctionnaires, à Bercy et à la Caisse des dépôts font ainsi disparaître la moitié de l'épargne financière des Français chaque année". C'est un hold-up !

*iFRAf 8, rue d'Uzès, 75002 Paris Tél. : 01 42 33 29 15

Fax:0140264719

Abonnement annuel: 600 fr

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La tribune de l'Entente à droite

Le "programme commun pour l'entente à droite" proposé par Bernard Trémeau dans le numéro 219 a retenu mon attention notamment par la notion de "Plus Petit Commun Dénominateur (PPCD)" que je trouve intéressant.

Tout en respectant le point de vue de l'auteur, il me semble que le PPCD proposé, orienté par une vision de l'homme réduite à sa vie économique aurait certainement pour effet de corriger les excès de la mécanique infernale "prélèvement/redistributions" ou "racket fiscal/assistanat" mais n'en constituerait pas pour autant la plate forme d'une authentique politique de droite.

Pour comprendre cela, il faut remonter aux sources du concept de "droite" qui, avant d'être réutilisé comme enseigne commerciale par les formations gaullistes ou issues de celuici, a correspondu entre 1790 et 1944 à un système de valeurs morales de références.

La référence à ces valeurs morales, héritées du fonds judéo-chrétien, fut précisément pendant toute cette période le PPCD des différents courants classés à droite bien en deçà de leurs divergences de surface : les monarchistes, l'Église catholique, l'Action Française, etc.

Ces formations ayant soit disparu d'elles mêmes, soit rejoint la gauche, soit été liquidées et privées de moyens d'influence sur la société, depuis la Libération, le terme "droite" n'est plus utilisé que pour désigner une vision libérale de l'organisation économique.

Ce dernier clivage a fini par disparaître au cours des années Mitterrand après que toutes les formations eussent mis fin au débat phare "nationalisations/dénationalisations". Depuis, le concept de "droite" ne désigne plus que des équipes prêtes comme elles l'ont déjà démontré au cours des précédentes « alternances » à faire la même politique économique, sociale, fiscale, culturelle, etc. que la gauche (souvenez-vous de la CSG !).

Le système de valeurs de référence de la vraie droite s'inspirant du message judéo-chrétien interdit à l'authentique homme de droite le mensonge.

Il n'est donc pas possible de classer à droite des hommes qui n'appliquent pas les programmes sur lesquels ils se font élire.

Cette pratique renvoie au système de valeurs de référence de la gauche qui, entre autres principes premiers, divise l'humanité en deux catégories : la masse de profanes qui a vocation à obéir et l'élite des initiés qui a vocation à gouverner De cette distinction raciste fondamentale découle toute l'approche de la gauche et de sa supériorité sur la droite en matière de conquête et de conservation du pouvoir.

Notre histoire est là pour le démontrer puisque des équipes de droite authentique n'ont jusqu'à présent jamais été portées au pouvoir par la séduction préalable d'un programme mais à l'occasion du rejet massif des équipes en place sanctionnant les désastres que furent les trois occupations étrangères de 1815,1871 et 1940.

C'est bien sûr une bonne idée de rechercher un PPCD pour une entente à droite mais je crains qu'un changement d'équipe sans changement du système de valeurs morales qui inspire chaque Français en cette ère de prospérité et d'individualisme forcené ne laisse à la comédie parlementaire à laquelle nous nous sommes malheureusement habitués encore de beaux jours devant elle.

Jean-Luc Escoffier Ecully . 69

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Quand la droite supportera sa propre diversité ....

La droite parlementaire RPR-UDF n'a certainement pas eu tort de déposer une motion de censure contre le gouvernement sur le dossier corse. Car comme l'a dit excellemment François Bayrou, " la manière dont les affaires ont été conduites en Corse est le symptôme du mal-gouvernement de la France ".

Le problème, une fois de plus, est que, sur ce dossier, rien ne distingue vraiment la gestion socialiste de ce qui fut celle de la fausse droite. Déjà, sous Giscard, il y a 25 ans, le dossier corse appartenait au domaine ii réservé ii, appellation qui autorisait tous les coups tordus, l'État a en horreur toute diversité culturelle, Ses serviteurs ont été formés à les mater Quant aux citoyens de cette île, comme les autres, tendre la main est une seconde nature. La Corse nous donnait hier des fonctionnaires.

Aujourd'hui elle aligne les assistés...

L'opposition aurait mieux fait de mettre en demeure le gouvernement sur les 35 heures, sur sa gestion de l'assurancemaladie ou sur le dossier du financement des retraites. Mais, là encore, le même argument utilisé par Lionel Jospin mardi dernier pourrait être à nouveau retourné contre la droite : "votre bilan est-il donc si merveilleux ? ".

L'opposition n'a pas seulement pour fonction de critiquer et de censurer, elle est là pour s'opposer réellement et franchement, pas seulement sur les modalités mais aussi sur les projets, sur des visions de la société et de son avenir Sauf à accréditer l'idée que l'opposition partage avec la gauche l'essentiel de ses valeurs, ce qui est le cas pour un Bayrou. Sauf à confirmer que, même si on était d'accord sur rien avec la gauche, il n'apparàtrait pas convenable de le dire trop carrément, parce que ce ne serait pas correct. Ce Qui est le comportement de Sarkozy, dont les critiques à l'égard de la gauche, pour sévères qu'elles soient, relèvent davantage de l'ordre sémantique et humoristique que de l'ordre politique et philosophique.

Vopposition de conviction doit s'opposer, et la droite des valeurs doit combattre la gauche.

Ce qui n'a aucun rapport avec la guerre civile, au contraire1 C'est même l'inverse qui pousse à la guerre civile, et c'est ce que l'on voit bien en ce moment en France ! L'unanimisme de façade, bâti sur le politiquement correct, qui tend à exclure toute expression musclée d'une pensée structurée débouche forcément sur des politiques molles et des expressions fades, sans doute susceptibles de rassembler les faibles et les peureux des deux camps, mais certainement pas en mesure d'animer la vie publique démocratique, de faire avancer la réflexion, par le débat, et d'éclairer l'opinion, y compris par la controverse.

On le constate partout : c'est au contraire l'opposition ferme entre la gauche et la droite qui est le meilleur garant de la démocratie.

En politique, les choix sur le programme ne sont jamais séparables des choix sur les alliances, comme on disait du temps de l'Union de la gauche, sur les positionnements comme on dirait plutôt aujourd'hui.

La droite, si elle veut s'opposer sérieusement à la gauche, doit non seulement se radicaliser - non pas tant au niveau de son expression, ce qu'elle sait faire, plutôt à celui de sa pensée; ce qu'elle a perdu l'habitude de faire - mais aussi avoir la force de supporter sa propre diversité, qui, de Le Pen à Sarkozy, est grande, en effet... .

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