Sommaire du N° 233 samedi 12 juin 1999

 

Les dépenses publiques trop lourdes rendent l'euro trop léger !

L'euro a donc perdu plus de 15 % de sa valeur en moins de six mois par rapport au dollar, principale monnaie mondiale.

On dira que la banque centrale européenne n'est pas là pour défendre un taux de change mais un pouvoir d'achat, avec des taux d'intérêt aussi bas que possibles.

Mais toute dévaluation forte par rapport au dollar doit s'analyser comme une dévalorisation des actifs détenus par les individus.

Certes, en terme de parité de pouvoir d'achat, pour le même panier de marchandises, le rapport d'un euro pour un dollar est plutôt équilibré. Mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'aucun des facteurs qui devaient jouer en faveur de la hausse de l'euro ne semble avoir marché.

Par contre, les perspectives d'évolution à long terme, résultant des politiques économiques respectives, ajoutées à la visibilité procurée par l'euro ont eu des conséquences ravageuses.

Même les économistes socialistes le reconnaissent :

l'Europe souffre d'un excès de dépenses publiques, traîne une dette publique trop importante, et des marchés encore trop réglementés. L'épargne ne s'investit pas suffisamment dans les secteurs dynamiques et trop dans les emplois publics stériles.

L'Allemagne et la France connaissent désormais une situation très voisine : ni l'une ni l'autre ne parvient à mùtriser ses dépenses publiques, dont l'excès nuit gravement à leur santé économique.

Seule une forte volonté politique - celle qui a dramatiquement manqué à Jacques Chirac en 1995...- peut permettre d'inverser la tendance.

Pour ramener la dépense publique en dix ans de 54 à 45 % du produit intérieur brut il faut en effet, chaque année, faire quelque 100 milliards de francs de nouvelles économies. Et cela ne ferait que nous ramener, de ce point de vue, à la situation que nous connaissions en 1974, quand Giscard d'Estaing est devenu président de la République!

54 % de dépenses publiques signifie que les Français consacrent en moyenne 54 % de leur temps à travailer pour l'État ou la collectivité. soit 365. En moyenne, le 16 juillet au soir, les Français cesseront de travailler pour l'État et commenceront à travailler pour eux-mêmes. C'est pourquoi, ce jour-là, Contribuables associés célébrera la journée de la libération fiscale du contribuable français. En espérant que dès l'an 2000 il sera possible d'avancer un peu cette cérémonie... (la "libération fiscale des contribuables" a eu lieu le 27 avril aux États.Unis, le 13 mai au japon, le 25 mai en Grande.Bretagne et le ler juin au Canada...) .

Jean Rouxel

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Financement politique il faut privatiser !

Les partis politiques français se sont partagé à la fin du mois d'avril dernier la somme de 526,5 millions de francs.

Il s'agit des seuls partis reconnus "d'utilité électorale", c'est-à-dire des formations ou groupement politiques qui ont présenté au moins 50 candidats ( "rattachés" ) aux élections legislatives de 1997 - 25 en Métropole - et à la condition d'avoir présenté des comptes, au titre de l'année 1997, acceptés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, la CCFP La moitié de cette somme va aux partis et groupements politiques représentés au Parlement Comme il y a en France 898 parlementaires, 577 députés et 321 sénateurs, on peut dire que chaque parlementaire "rapporte" à sa formation quelque 293 000 fr D'où d'ailleurs des petits trafics sordides, certains parlementaires négociant leur rattachement en contrepartie de certaines restitutions, sous différentes formes. ..

Si l'on ne considère que les formations touchant de l'État plus d'un million de francs, on en compte 17, y compris le Parti communiste réunionnais, mais six seulement dépassent les 10 millions de francs

- l'association Parti socialiste, Radicaux-socialistes et apparentés : 169 millions,

- le RPR : 1 12,9 millions,

- l'UDF : 105 millions,

- le FN : 41,1 millions,

- le PCF : 40, 6 millions,

- et les Verts : 1 1, 7 millions.

On est loin des subventions symboliques que touchent par exemple le PNR, 159000 francs , le PPL, 142000 francs, le Parti de la loi naturelle, 123 000 francs, ou encore le Parti humaniste, 38000 francs. Dans ce dernier cas la subvention permet tout juste de payer les notes d'honoraires présentées par les deux commissaires aux comptes qui doivent obligatoirement viser les documents présentés à la CCFP...

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En 1998 les socialistes ont parlé pendant 18 heures sur France 2 !

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) enregistre et archive tous les programmes des chaînes de TV hertziennes et dans le cadre de sa mission de surveillance de leur objectivité, calcule en particulier les temps d'intervention des personnalités politiques à la télévision.

Le tableau publié il y a déjà quelques semaines sur le bilan de l'année 1998 est très instructif TF1, en 1998, dans ses journaux, a accordé quatre fois plus de temps d'antenne au gouvernement et à ses membres qu'au président de la République, et France 2 cinq fois plus. Dans l'année, dans ses journaux, ses magazines d'information et ses Serf autres émissions de programme, France 2 a consacré plus de 21 heures d'antenne à des prises de parole de représentants du gouvernement. À lui seul, Jacques Chirac s'est exprimé pendant un peu plus de cinq heures.

- S'agissant des principaux partis politiques, le RPR est nettement mieux traité par TF1 que le parti socialiste, alors que c'est l'inverse, mais de peu, sur France 2.

- À gauche tous les partis ont la parole sur les trois grandes chaînes, y compris les Verts et le MDC, alors qu'à droite, le CNIP n'a jamais eu une seule fois la parole, pas plus que Chasse, Pêche, Nature et Tradition, d'ailleurs.

- Le Parti communiste continue à avoir droit à un traitement de faveur : trois heures d'antenne sur France 2 et deux heures sur TF1, alors que Démocratie libérale n'a eu droit qu'à quinze minutes sur TF1 !

- En temps d'antenne, le FN n'est pas maltraité : trois heures et demi surTF1, quatre heures et quart sur France 2, deux heures vingt sur France 3, plus d'une heure sur Canal + et 45 minutes sur M6. Mais il ne s'agit là que d'une mesure quantitative... À noter : le FN a obtenu 2 heures 26 dans les journaux de France 2 et 1 h 36 seulement sur TF1...

- Charles Millon, et son mouvement La Droite, a eu droit à une bonne couverture :

35 minutes sur TF1 et 1 h 05 sur France 2. Sans doute les commentaires qui accompagnaient ces prises de parole étaient-ils moins favorables...

- Le RPR est nettement mieux traité que l'ensemble UDF + Démocratie libérale, surtout à TF1.

- L'extrême gauche est toujours très présente sur France 2 (plus d'une demie heure) comme sur Canal + (26 minutes).

- Les verts sont mieux traités sur France 2 que partout ailleurs. lls y ont obtenu près de 2 heures d'antenne-TF1 ne leur a accordé qu'un peu moins de la moitié dans l'année. Toutes tendances confondues les autres écologistes sont à peu près ignorés...

Au seul plan quantitatif, les chronométrages du CSA font clairement apparàtre que seuls un petit nombre de personnalités, toujours les mêmes, et représentatives d'une poignée de formations politiques, monopolisent les temps d'antenne des journaux et des magazines.

Globalement, les formations de la fausse droite n'ont pas à se plaindre. Même si le PS est le chouchou manifeste de France 2, qui lui a consacré plus de 18 heures d'antenne en 1998, en ne comptabilisant que les interventions de ses leaders stricto sensu !

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Les libéraux contre l'euro et le fédéralisme. Par Jean-Christophe Mounicq

Pour justifier l'actuelle construction européenne et ses derniers développements (Maastricht, Amsterdam et l'euro) certains insistent sur "le grand vent de liberté" qui soufflerait de Bruxelles-Ainsi, le mercredi 26 mai, lors du premier colloque de l'association pour l'indépendance monétaire de la France, Edmond Alphandéry a réexpliqué ce raisonnement pour défendre l'euro. L'ancien ministre des Finances du gouvernement d'Édouard Balladur, fait un double constat : 1° la France est bloquée; 2° les hommes politiques français ont échoué. Il en tire une conclusion : seule l'Europe peut nous obliger à la réforme. L'euro sera l'un des instruments de notre libération et de notre redressement.

Les économistes réunis par Jean-Jacques Rosa à l'université Paris-Dauphine, dont Alain Cotta et Jean-Pierre Vesperini, sont d'un avis inverse. Ils constatent les ravages déjà causés par la rigidité monétaire, notamment en terme de chômage. Ils restent persuadés que jamais les avantages de la monnaie unique ne couvriront les inconvénients. L'euro a été présenté comme un remède miracle. Sa seule mise en place allait être sufisante.Vaclav Klaus, ancien Premier ministre de Tchécoslovaquie s'inscrit en faux contre cette vision simpliste. Il n'est pas possible d'obtenir quelque chose en échange de rien. On ne peut supprimer une variable sans qu'il y ait un coût La fixité d'un taux de change doit se payer par davantage de souplesse pour d'autres éléments. Or cette souplesse n'existe pas sur le territoire européen. La mobilité des travailleurs ne joue qu'à la marge en raison des différences linguistiques. L'élasticité des salaires est quasi nulle à la baisse en raison des rigidités sociales. Seuls demeurent envisageables des transferts financiers massifs d'un pays à l'autre.

Or cette solution qui supposerait une bien plus grande harmonisation fiscale et politique de l'Union est rejetée par les principaux membres. Les lrlandais et les Espagnols, qui connaissent une cmissance forte actuellement, ne sont pas prêts à payer pour des pays en panne comme l'Allemagne ou l'Italie. Ne reste alors plus qu'une seule variable d'ajustement :

le chômage. Pour Vaclav Klaus, comme pour les professeurs d'économie présents, le coût de l'euro est notre fort chômage. Aussi préconisent-ils de sortir du processus qui nous conduit vers la monnaie unique.

Pour d'authentiques libéraux, l'euro n'est pas une construction d'inspiration libérale mais au contraire la résultante d'un volontarisme politique des hommes de l'État Comme toute entreprise artificielle et imposée, elle est condamnée à l'échec. Cette réflexion doit être étendue à l'ensemble de la construction européenne. La constitution du Super-État fédérai avec de super-fonctionnaires, de super-règlements et de super-impôts ne correspond à aucune logique libérale.

Tel était l'objet du deuxième colloque également dirigé par le pmfesseur Jean-Jacques Rasa sur "les libéraux et l'État-nation". Cette réunion est née de discussions diverses et cmisées entre différentes personnalités - dont Alain Griotteray, Christian Saint-Étienne, Guy Millière - qui, tout comme une partie de l'entourage de Charles Pasqua, se sentent à la fois attachées à la France et à la liberté.

Là encore, il s'agissait de s'inscrire en faux contre l'idée du ii grand vent libéral » qui soufflerait de Bruxelles. Certes, il y a eu l'Europe du traité de Rome, de la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux qui a effectivement joué en faveur de la liberté et du bien-être de nos concitoyens. Mais nous sommes entrés dans une deuxième phase de la construction européenne. Aujourd'hui, l'Europe de Maastricht et d'Amsterdam est devenue l'Europe du super-État La bureaucratie européenne progresse au même rythme que les dépenses publiques et les impôts eumpéens. Il n'existe nul mouvement inverse au sein des États nationaux. La France n'a pas supprimé un seul poste de fonctionnaire national ou territorial. Elle n'a pas diminué d'un franc ses dépenses publiques ou ses impôts. Les libéraux ne peuvent donc que s'opposer à l'Europe fédérale.

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Les libéraux dialoguent avec Pasqua

Tradition libérale et indépendance des nations. Par Jean-Jacques Rosa, professeur d'économie

Le XX siècle a été sévère pour les libéraux. Il a vu l'épanouissement des grands États, des totalitarismes et des conflits mondiaux. À l'intérieur des nations, les tendances dominantes ont été celles du dirigisme, de l'interventionnisme, de la bureaucratisation, de la fiscalisation.

À l'extérieur la prépondérance des grands États s'est traduite par l'impérialisme, le protectionnisme qui a atteint son apogée dans les années trente et quarante, et le fractionnement de l'économie mondiale par les fascismes et les communismes.

Le libéralisme, dominant au XIX siècle, n'a cessé de reculer devant l'emprise de l'étatisme, ce qui explique la méfiance profonde des libéraux d'aujourd'hui à l'égard des États-nations dont l'afirmation agressive sur la scène mondiale a conduit à la confrontation permanente par la guerre et le protectionnisme, puis à l'appauvrissement et souvent à la servitude.

Cependant le panorama planétaire subit depuis quelques années une profonde mutation en forme de révolution, au sens strict de retour aux conditions antérieures, aux conditions originales de milieu du XIX siècle. Le mouvement est amorcé depuis les années cinquante, mais il n'est devenu véritablement perceptible que depuis la fin des années soixante-dix.

On observe ainsi en premier lieu un retour au libre-échange mondial, aux marchés locaux, à une économie intemationale intégrée sous l'impulsion du GATT ainsi que des marchés communs régionaux. on note également un renouveau des idées libérales et parfois même des politiques économiques et fiscales libérales aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Europe centrale depuis la disparition de l'union soviétique. Mais surtout on constate partout dans le monde l'échec des grandes bureaucraties et l'explosion des grands États ou des États les plus hétérogènes ( les États plurinationaux).

Dans le même temps, les petits États-nations se multiplient au détriment des grands États supranationaux, tandis que les empires ont été rayés de la carte depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : nous avons été témoins de la disparition successive des empires allemand, français, britannique, puis russe. Et l'Amérique peine aujourd'hui à imposer sa loi, même à de petits pays.

C'est à nouveau l'heure des libéraux. C'est aussi celle des États-nations petits et moyens. Leur nombre n'a cessé d'augmenter dans le monde depuis quarante ans. Leur multiplication témoigne du succès et de la vitalité de cette forme d'organisation des sociétés.

C'est ce double mouvement, de multiplication des États indépendants dans le monde et simultanément de remise en cause de la lourdeur des appareils d'États à l'intérieur de chaque nation, qui provoque aujourd'hui un vaste malentendu politique.

D'un côté, les partisans des États-nations indépendants (contre les États supranationaux et les empires) souhaitent réaffirmer l'autorité de ces États et s'inquiètent de l'affaiblissement de leur emprise sur l'économie nationale en raison de l'ouverture, du libre-échange et de la mondialisation.

Modernes dans leur combat pour l'indépendance des nations et leur droit à disposer d'un État autonome, ils sont restés conservateurs dans leur vision de l'économie et de la politique économique. Parce que les grands États du vingtième siècle ont adopté une politique dirigiste et enserré l'économie dans un réseau étroit de contraintes, ils croient que la gestion bureaucratique est inséparable de la grandeur de l'État, confondant fiscalisme, dimension géographique et indépendance, État lourd et État fort Pourtant, personne ne contestera que les États "légers" du XIXeme siècle, la France, l'Angleterre, l'Autriche, les États-Unis, dont l'appareil bureaucratique se nourrissait de peu d'impôts, ont été des grandes nations indépendantes et souvemines, alors même que régnaient le libéralisme et le libre-échange. Les souverainistes dirigistes se trompent par conséquent lorsqu'ils font d'une politique économique étatiste et protectionniste la condition indispensable de l'indépendance nationale et de la souveraineté des États. C'est au contraire, l'existence de marchés mondiaux qui permet aujourd'hui aux États de plus petite dimension d'exister en se développant économiquement par l'exportation et l'importation. Le libre-échange est la condition de survie des petits et moyens États. Un grand marché national n'est plus la condition indispensable de la souveraineté. .

2. Les libéraux de leur côté pensent que tout ce qui affaiblit l'État (nécessairement interventionniste et fiscaliste selon eux) est bon pour l'économie et les libertés individuelles. Ils en viennent à souhaiter la quasi-dissolution du pouvoir des États. dans de grands marchés planétaires, et par suite, la disparition de la politique.

Moyennant quoi, beaucoup d'entre eux adoptent sans s'en rendre compte la politique de Gribouille : ils favorisent la construction d'un Très Gand État supranational dans l'espoir d'abolir l'État-nation. Ils tombent de Charybde en Scylla ! Et cela parce qu'ils désespèrent d'obtenir une réforme libérale de la société française, la plus fonctionnarisée et la plus fiscalisée de toutes les sociétés occidentales développées.

Mais, ils ont tort : le super-État européen viendra s'ajouter à l'État national sans réduire son importance, tout comme la réforme régionale a ajouté un échelon politico-administratif à ceux déià en place sans en abolir aucun. D'autre part la réforme libérale a commencé en France, avec les privatisations. Elle est insuffisante, beaucoup trop lente, mais elle s'accélérera demain si les libéraux expliquent qu'un État plus léger sera plus fort et font - logiquement - alliance avec les souverainistes.

La nouveauté profonde que nous vivons auiourd'hui, c'est le retour aux conditions qui prévalaient dans le monde entre 1820 et 1860.

L'ordre économique mondial était libéral tandis que s'affirmait le mouvement des nationalités, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et à se doter d'un État indépendant et souverain. Et, à l'intérieur de ces nations, l'heure était à la réforme démocratique.

C'était l'époque où libéralisme, aussi bien politique qu'économique, démocratie et souveraineté nationale allaient de pair. Nous y sommes à nouveau. La réforme libérale : l'allégement de la fiscalité, le recentrage des activités des États sur leurs tâches fondamentales, sont des nécessités qu'imposent la compétition mondiale des États et des économies comme la recherche de l'efficacité des organisations dans la plus petite dimension. L'ère des entreprises géantes et des administrations géantes est dépassée. Les entreprises et les États s'allègent pour mieux servir les consommateurs et les citoyens.

Comme en 1848, le combat libéral et démocratique rejoint celui des souverainistes.

En conclusion, cette stratégie nouvelle sur l'échiquier politique répond aux conditions contemporaines de l'organisation économique et sociale : indépendance des nations moyennes et petites, allégement des appareils bureaucratiques et ouverture des échanges économiques.

Elle n'a pas encore trouvé son expression. Il faut la lui donner.

C'est pourquoi, nous avons décidé, avec quelques amis, de créer un "groupement d'intérêt politique" (comme il existe des "groupements d'intérêt économique") pour prolonger les réflexions du présent colloque et coordonner associations et adhérents individuels soucieux de s'inscrire dans cette ligne d'action.

Font ainsi partie des associations fondatrices "France Stratégie" de Christian Saint.Étienne et "l'Association pour l'indépendance monétaire de la France" que je viens de créer avec Jacques Myard, Alain Cotta et quelques autres.

Nos objectifs se définissent par deux priorités :

1. Le bon cadre de la décision politique démocratique, c'est la France et non l'Europe.

En effet, si l'on estime que la République tchèque et la République slovaque sont mieux à même de servir leurs citoyens que la Tchécoslovaquie, si l'on pense que les Slovènes et les Croates, voire demain les Kosovars, sont mieux défendus par la sécession et la plus petite dimension que par l'ex-Yougoslavie fédérale, et de même pour les États membres de la communauté des États indépendants sortis de l'Union soviétique, pourquoi la France, bien plus importante et plus puissante, devrait-elle se fondre pour survivre dans un vaste État continental ?

2. Il faut aller résolument vers une société de libertés, seule capable d'assurer la prospérité du pays. La réalité d'une telle réforme, au-delà des voeux pieux, se traduit nécessairement par une réduction des impôts et une diminution du nombre des fonctionnaires.

C'est le programme que l'association France-Libertés * propose aux libéraux en économie et en politique, comme aux souverainistes.

* Rassemblement France-Libertés c/o Jean-Jacques Rosa, 174, bd Saint Germain, 75006 Paris.

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Les socialistes français en marge de la nouvelle Internationale

Mardi dernier, à Londres, Tony Blair et Gerhard Schröder ont publié un manifeste sur « la voie à suivre pour les sociaux-démocrûtes européens ».

Fin avril, à Washington les deux mêmes étaient à la tribune du Democratic Leadership Council, aux côtés de Bill Clinton, du Hollandais Wim Kok et de l'Italien Massimo D'Alema. Ce qui s'appelle outre-Atlantique la "troisième voie", s'appelle ici "social-démocratie".

L'objectif des leaders de cette nouvelle internationale est de conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Le moyen est d'accepter des limites raisonnables à l'État-providence en revenant sur un certain nombre de mythes chers à la gauche archaïque, Finie la propriété collective! Remise en cause l'assistance à vie des plus défavorisés! Foin du tout-État et des réglementations tatillonnes du travail ! Laggiornamento de cette nouvelle génération de socialistes passe par la réduction des dépenses publiques, avec sans doute un objectif de plafond de 40 % du produit intérieur brut. Et avec des limites, par exemple : aucun prélèvement supérieur à 50 % de la matière taxable, Les nouveaux socialistes se veulent fiscalement et socialement raisonnables, À cet égard ils se séparent des socialistes français qui demeurent attachés à leurs vieilles lunes comme les 35 heures, l'ISF et les monopoles des services publics, D'un côté, bien sûr les nouveaux socialistes - dont Clinton et Blair sont les symboles représentent une version plus attractive que les archéo-socialistes français type Jospin ou Aubry.

Comme le soulignent à juste titre Madelin et Sarkozy, à l'échelle de la vie politique française une politique économique comme celle de Tony Blair apparaitrait comme ultra-libérale. Et même plus libérale que celle de l'époque Balladur ou ]uppé. Mais Margaret Thatcher était passé auparavant et était restée au pouvoir avec les conservateurs, pendant 18 ans...

Mais d'un autre côté l'évolution vers le centre des leaders socialistes des pays développés, à laquelle se rallieront probablement mais avec retard les socialistes français, devrait obliger les partis de droite à une sérieuse réflexion.

La troisième voie, si elle répudie le mot même de socialisme (jamais employé par Bill Clinton, et à peu près jamais par Tony Blair), usé par un siècle de totalitarismes, et incompatible avec son ralliement au capitalisme, demeure très attachée aux termes de "collectivisme", de "communauté" ou de "solidarité".

Elle propose aux individus de se reposer toujours sur l'État pour réduire les inégalités et faire face aux incertitudes de la vie.

La troisième voie n'est pas une synthèse mais un relookage des idées fondatrices de la gauche, toujours collectivistes et constructivistes.

Elle devrait obliger la droite, dans tous les pays du monde, y compris en France bien sûr, à retrouver ses fondements philosophiques, qui peut-être, pour une part, sont ceux auxquels la nouvelle gauche se rallie - capitalisme, décentralisation, modération fiscale et bureaucratique

- mais, pour une autre part, demeurent diamétralement opposés à ceux de la gauche, en particulier du point de vue de la primauté de la souveraineté de l'individu, par rapport à toute autre, concept qui fonde la liberté de toute personne, en même temps que sa responsabilité.

Bemard Piard

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Kosovo: quelques réfléxions

Admettons, au moment où ces lignes sont écrites, qu'un cessez-le-feu durable soit instauré au Kosovo et en Serbie entre les 19 pays coalisés de l'OTAN et la Yougoslavie post-communiste de Milosevic.

Faisons même l'hypothèse que la force d'interposition de 50000 hommes incluant la Russie puisse en effet se déployer sur les 10000 kilomètres carrés de la province de Kosovo, Que, dans ces conditions, 500000 réfugiés d'origine albanaise soient en mesure de rentrer chez eux. Que la réparation des dommages de guerre, pris en charge par l'Europe, soit aussi rapide que possible. Quel jugement pourra-t-on alors porter, aussi objectivement que possible sur cette guerre, la première de ce genre en Europe, menée au nom du devoir d'ingérence humanitaire par une Alliance atlantique jusquelà à finalité défensive ?

- Ce bilan ne pourra être établi que dans un temps relativement long, Il n'y a pas d'exemple dans l'histoire contemporaine de réfugiés qui aient pu regagner leur territoire d'origine aussi vite qu'ils l'avaient quitté, Ni en Afrique, ni en Asie, ni au Proche-Orient,.. Sur le seul plan humanitaire il faudra au moins entre trois et cinq ans pour faire un bilan honnête. En attendant, les réfugiés du Kosovo seront à la charge de l'Union européenne.

- Déjà, alors que les armes ne se sont pas encore tues, se profile à l'horizon le drame des réfugiés serbes du Kosovo.

On songe à la situation de la Palestine en 1947, Les Arabes de Palestine, ayant souvent une partie de leur famille qui au Liban, qui en Syrie, qui en Jordanie, furent nombreux à quitter le futur État d'lsraël avant la proclamation de l'indépendance pour éviter d'avoir à vivre les affres de l'événement annoncé. Ils partaient pour revenir. Mais le plus grand nombre est demeuré établi ailleurs. Ainsi en sera-t-il des musulmans kosovars. Et encore plus sûrement des orthodoxes serbes. Le point final de l'affaire est loin d'être écrit...

- Lionel Jospin a juré aux députés, mardi dernier, qu'il n'était pas question de laisser les commandos de l'UÇK entrer au Kosovo dans les wagons de la force d'interposition de l'OTAN. Mais il faudra en juger sur pièces. Car, dans la population réfugiée des Albanais du Kosovo, l'armée de libération est comme un poisson dans l'eau..

- Le mouvement vers la démocratie sera-t-il favorisé ou au contraire contrarié en Serbie?

Les exemples historiques ne permettent pas de faire des pronostics. Mais, d'une façon générale l'humiliation n'est pas bonne conseillère des peuples...

- Fallait.il intervenir ou pas ? Dans les conditions unilatérales où cette intervention a été décidée? C'est la question fondamentale.

Notre opinion est que l'intervention de l'OTAN a causé davantage de malheurs aux populations exposées qu'elle n'en a soulagés.

D'ailleurs, si l'on observe les interventions des grandes puissances occidentales depuis dix ou quinze ans, on s'aperçoit qu'elles ont presque toujours abouti à l'exaspération des conflits plutôt qu'à leur solution, laquelle, dans des affrontements séculaires à la fois ethniques et religieux, ne peut résulter que d'une volonté réciproque d'apaisement. Les grandes puissances peuvent y contribuer, comme au Proche-Orient ou en lrlande.Y compris, en faisant pression. Mais à la condition de ne pas envoyer leurs bombardiers sur les zones disputées.

A. D.

Pourquoi je vais voter Pasqua

Alain Dumait

Trois listes de droite, indiscutablement, se présentent à nos suffrages aux élections pour le renouvellement du Parlement européen du 13 juin :
celles de Charles Pasqua, Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret (notre chronique du 5 juin).
D'autres choix sont possibles, y compris l'abstention ou le vote banc ou nul, qui va sans doute être d'ailleurs l'un des grands vainqueurs de la consultation.
Certains de nos lecteurs accorderont leurs suffrages à des listes de circonstances, en particulier celles qu'animent le docteur Maudrux ou l'éditeur Nicolas Miguet, dont les programmes sont sans doute les meilleurs de tous ceux qui nous sont présentés. Mais leur défaut majeur, au-delà du score modeste qu'elles s'apprêtent à faire, c'est que ces listes n'ont pas vocation à demeurer durablement dans le paysage politique.
Les élections européennes ont toujours constitué des moments éphémères dans la vie politique française. Même les coups
de tonnerre de 1984 (l'irruption du FN), de 1989 (le score des Verts) et de 1994 (les succès de Tapie et de Villiers) n'ont pas été à eux seuls fondateurs d'une transformation politique, ni pour la gauche ni pour la droite.
Je ne crois pas que le succès de la liste Chasse Pêche Nature et Tradition, qui a toute ma sympathie, dans le cas où elle dépasserait même la barre des 5 %, puisse constituer un phénomène politique majeur, en tout cas susceptible de favoriser la reconstruction de la droite de
conviction, seule susceptible de conduire à une véritable alternance.
Si l'on se place sur un plan fonctionnel
- l'élection des meilleurs députés possibles pour défendre au Parlement la meilleure politique possible pour les citoyens Français - même le choix de la liste Bayrou est tout à fait défendable :
jusqu'à présent l'Europe, malgré sa bureaucratie envahissante, nous a en effet, plutôt protégés des griffes de notre État-mammouth. . .

Mais je me place résolument au plan de la politique intérieure et de la stratégie, souvent exposée dans ces colonnes, de l'Entente à droite, sans exclusive à l'égard de personne et en particulier pas à l'égard de ceux qui sont les victimes de cet ostracisme suicidaire, à savoir les électeurs du FN.
([entente à droite vise à la réunion de toute la droite, définie comme l'ensemble
de ceux qui se disent eux-mêmes de droite, y compris Sarkozy et Bayrou quand ils veulent bien se dire de droite.
Avec une stratégie consistant à commencer par l'entente avec la droite diabolisée, pour contraindre ensuite, par exemple au deuxième tour d'élections municipales ou législatives, la droite molle à choisir son camp, en application du clivage droite gauche.) Je cherche à déterminer le résultat susceptible d'infliger une nouvelle et salutaire leçon au grand responsable du déclin de la France, à savoir Jacques Chirac. Sans pour autant donner des voix à la gauche.
Je m'interroge sur celui qui est le mieux à même de réduire le score du duo Sarkozy-Madelin. Et j'arrive immanquablement au choix de la liste Pasqua.
Pasqua peut très bien dépasser Sarkozy!
En tout cas, pour ma part je ferai l'addition Pasqua +'Le Pen + Mégret; que je comparerai à la somme Sarkozy + Bayrou. Et je crois que cela va être instructif!...
Bien sûr, j'aurais apprécié que Millon soit également sur cette liste. J'aurais préféré que Pasqua ne s'égare pas dans ses rêves droite/gauche et qu'il cesse de diaboliser qui que ce soit à droite. Mais je crois, tout compte fait, qu'il constitue le meilleur choix. Et que les électeurs qui se porteront sur sa liste sont pour la plupart acquis, eux, pour la France, à la stratégie d'Entente à droite.

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