Sommaire du N°224 samedi 19 juin 1999
La leçon donnée par les Français au président Jacques Chirac
Dimanche dernier les électeurs français ont donc prononcé un triple « non » : à Chirac, à l'Europe telle qu'elle fonctionne, et aux médias, qui biaisent et qui désinforment l'opinion.
Les 2 263 476 électeurs qui se sont déplacés pour mettre un bulletin Sarkozy-Madelin dans l'urne représentent 12,82 % des suffrages exprimés, mais seulement 5,63 % des électeurs inscrits.
Le RPR et DL, le parti du président - piloté par l'Élysée, dont la liste a été élaborée, poste par poste et ligne par ligne, de chaque texte, par les proches conseillers de Jacques Chirac - n'a jamais été aussi ridicule.
L'Europe, en tout cas telle qu'elle fonctionne, n'intéresse que 23 % des Français, ceux qui ont voté soit pour la liste Cohn-Bendit, soit pour celle de François Hollande, de François Bayrou ou de Nicolas Sarkozy. 77 % des électeurs inscrits sont soit abstentionnistes, soit souverainistes, soit préfèrent voter blanc ou pour des listes thématiques.
Les médias, hyper-conformistes, sont les grands perdants de cette consultation, Personne, à la télé ou dans la presse, n'avait vu venir ni le succès de Pasqua, ni l'irruption de la liste Chasse Pêche
Nature Tradition (CPNT). Sarkozy a eu droit à autant de temps d'antenne que Hollande. Et le Parti communiste a bénéficié d'une couverture vingt fois supérieure à celle de CPNT.
L'inégalité a été encore plus patente pour les petites listes thématiques. La liste de Larrouturou a bénéficié d'un traitement de faveur mais ne fait que 57 % des voix de Nicolas Miguet! Lequel rassemble un nombre de suffrages égal à 53 % de celui de Bruno Mégret!
Voilà Chirac réduit à remettre en avant Alain Juppé, son éternel joker apocalyptique, et JeanLouis Debré, fidèle mais borné!
En 1986 comme en 1993, en application des institutions bâtardes de lave République, Mitterrand a présidé à deux reprises à des périodes de tation de deux ans. Chirac va nous offrir cohabitation de cinq années. Tout ça parce son vrai programme, c'est Jospin1 Et parce son seul projet est de se représenter en 2002 !
Comme la plupart de mes concitoyens je suis gé. Et révolté.
Jean Rouxel
Abstention: une façon de plus de dire non !
Le parti des abstentionnistes patentés, contrairement à une idée reçue, est très faible en France.
Selon un sondage réalisé dimanche dernier par la SOFRES par téléphone seuls 7 % des abstentionnistes déclarent ne jamais voter. Les autres abstentionnistes du 13 juin avaient des raisons bien précises de s'abstenir : pour manifester leur mécontentement à l'égard des partis politiques,toutes organisations confondues (45 %); parce que ces élections ne les intéressaient pas (25 %); parce qu'aucune liste ne leur convenait (24 %); ou pour manifester leur mécontentement à l'égard de l'euro-qui-glisse (11 %).
C'est si vrai que, depuis onze ans, l'abstention a , varié de 15 % (deuxième tour des élections présidentielles de 1988) à 63 % (référendum sur la Nouvelle-Calédonie en 1988).
Les Français votent et aiment aller voter :
quand le débat les concerne et les intéresse, et quand le choix proposé est clair. C'est pourquoi l'élection présidentielle au suffrage universel connàt toujours le plus fort taux de participation.
Et, contrairement à une autre idée reçue, les élections à la proportionnelle, qui permettent pourtant, en théorie, une représentation plus exacte de l'opinion, connaissent une abstention plus forte que les élections au scrutin majoritaire. Il y a eu moins d'abstentions aux élections cantonales de 1998 qui avaient lieu au scrutin majoritaire qu'aux élections régionales à la proportionnelle, le même jour de 1998.
Les Britanniques, qui ont l'habitude du scrutin majoritaire à un tour, sont réputés plutôt civiques. Mais ils s'abstiennent à 77 % dans un scrutin à la proportionnelle, même régionalisé.
Car ce n'est pas la diversité des choix que les électeurs apprécient le plus, c'est la clarté et la simplicité, C'est pourquoi ils sont plus nombreux à aller voter au second tour d'une présidentielle ou d'une élection législative qu'au tour, où le nombre candidats en présence pourtant plus élevé.
La solution autoritaire consiterait à rendre le vote Ce qui obligerait, décence, à comptabiliser votes blancs ou nuls. Mais mesure serait de d'effet, à en juger par les enregistrés en où la non participation est punie d'une amende, en ltalie, où elle entraîne inscription sur le casier judiciaire.
La solution démocratique consiste pour les gouvernants à présenter un choix clair. Et à le présenter sous la forme binaire du clivage droite-gauche qui préside au fonctionnement de toutes les démocraties véritables.
Le consensus, ou le rassemblement de la droite à la gauche, au-delà des clivages, si cher aux néo-gaullistes qui entourent Charles Pasqua, ne convient qu'aux périodes de crise, quand la patrie est en danger. L'opposition droite-gauche est le mode de fonctionnement normal des institutions représentatives.
Si le Parlement européen fonctionnait sur ce modèle, indépendamment de toute autre considération, les Français seraient peut-être allés voter plus nombreux le 13 juin...
Alain Foucart
Européenes: les médias ont tout faux !
Même Hervé Bourges, président très socialiste du Conseil supérieur de l'audiovisuel, considère que le traitement des élections européennes par les médias, en particulier audiovisuels, n'a pas été équitable. Les quatre partis médiatiquement dominants, qui ont monopolisé 90 % des colonnes et des temps d'antenne, le PCF le PS, le RPR-DL et l'UDF ne rassemblent que 50 % des suffrages exprimés et 25 % par rapport aux électeurs inscrits.
Certes, pendant les derniers quinze jours, ils ont respecté la parité PS/RPR-DL. Mais ils ne pouvaient ignorer la poussée des Verts et celle de Pasqua. À gauche, leur complaisance à la fois pour la liste du PC soutenue par le parti la famille Mitterrand, et pour celle de l'extrême gauche ne s'est jamais démentie.
Concernant la liste de Cohn-Bendit, il faut dire qu'ils avaient déjà beaucoup donné dans la première partie de la campagne.
Mais ils se sont obstinés à traiter jusqu'au bout la liste Pasqua-Villiers en marginal, alors qu'il était clair qu'elle talonnait la liste officielle de l'Élysée au cours de la dernière semaine.
La liste UDF a été le chouchou de tous les médias, en particulier du journal "Le Monde".
Quant aux listes du Front national de JeanMarie Le Pen et celle du Mouvement national de Bruno Mégret, elles n'ont disposé d'un temps d'antenne non négligeable qu'à la condition de procéder à une comptabilisation quantitative, en incluant dans la même addition des reportages objectifs et ceux, beaucoup plus importants, ayant pour but de les diaboliser...
Le traitement accordé aux petites listes est encore beaucoup plus intéressant à observer.
D'un bout à l'autre de la campagne, la liste CPNT a été marginalisée et souvent ridiculisée. À l'arrivée son score talonne celui du Parti communiste...
Si l'on considère les listes qui n'ont pas dépassé la barre fatidique de 5 %, une seule est parvenue à se faire entendre, celle de Larrouturou, prônant la semaine de travail de quatre jours. À l'arrivée elle faisait moins que celle de Nicolas Miguet (312 478 voix).
Moralité : les médias jouent avec l'opinion. Mais ils ne sont pas pour autant tout puissants.
Sinon Pasqua ne serait pas passé devant Sarkozy. Le CPNT n'aurait pas six élus et Miguet n'aurait pas fait son score.
Une disposition diabolique, contraire à l'esprit du scrutin à la proportionnelle, encourage les médias dans leur discrimination : c'est la barre des 5 %.
Sans celle-ci, Waechter serait député européen, comme Nicolas Miguet et comme Mégret, qui aurait eu trois élus (le troisième à la plus forte moyenne). Inversement, François Hollande en aurait eu deux de moins, Arlette Laguiller, Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua chacun un de moins.
Largent, les moyens matériels sont souvent accusés d'être tout-puissants et d'empêcher des candidatures de se concrétiser. C'est vrai.
Mais ce n'est pas l'argent qui a manqué à Sarkozy. Ce ne sont pas les moyens matériels et les médias qui ont manqué à Robert Hue.
Ce sont les propositions claires, les convictions, les bonnes réponses crédibles aux attentes des Français.
J. R.
Courrier des lecteurs:
Chien : plaidoyer
Meilleur ami de l'homme, c'est ce que le mot "chien" évoque chez nous en général et chez ceux qui les aiment en particulier. Et pourtant, le dit mot revêt, à quelques rares exceptions prés, dans nos paroles et nos écrits, une connotation entièrement négative se situant exactement à l'inverse de nos sentiments à son égard. Que l'on en juge, expressions et citations à l'appui !
Malade comme un chien, coup de chien, chien (chienne) de..., le chien! nom d'un chien!, chien battu pelé, galeux; traiter quelqu'un comme un chien; bon à jeter aux chiens (cf. François Mitterrand, 1916-1996, dans "On a jeté l'honneur d'un homme aux chiens").
Affame ton chien, il te suivra (Abou ]afar AlMansour, calife de Bagdad, mort en 775). La lune se soucie-t-elle de l'aboiement d'un chien ? (Robert Burton, essayiste anglais, 1622-1673). jusqu'au chien du logis, il s'efforce de plaire! (Molière, 1622-1673, « Le Bourgeois gentilhomme »). Qui veut noyer son chien, l'accuse de la mge (ibidem).
À l'évidence, si l'on devait juger du chien, au travers de ces seules pamles et/ou écrits, l'on voudrait immédiatement le noyer, sans réfléchir un seul instant que, comme le chien de Pavlov, nous sommes conditionnés.
Quelle monstrueuse injustice!
C'est par cette vile méthode, à savoir le conditionnement de l'opinion,la désinformation totale, à laquelle se sont livrées au départ deux sociétés américaines de relations publiques (citées tant par le général Gallois que par Vladimirvolkoff),dûment relayées par les images et les commentaires de la presse télévisée, que les Serbes ont été désignés comme méprisables et coupables.
À qui profite le crime ?
À tous les producteurs/vendeurs d'armes (cf. l'article paru dans "La Tribune" du 2 juin, page 5,sous le titre "La guerre au Kosovo" ...) et dans un deuxième stade, lors de la reconstruction de ce qui reste de la fédération yougoslave, les entreprises de construction, de dépollution et bien évidemment les banques, prioritairement allemandes, américaines et britanniques.
Qui paiera ? Le contribuable !
Jacques H. Lemaire, Chatou (78)
Reponse a un article de Guy Milliére non disponible sur ce site
Réfléxion sur le L21 ( Lobby islamique international )
Il est peut-être intéressant de répondre à l'argumentation de Guy Millière, car elle est paradigmatique du discours fallacieux :
1."L'islam existe, vous ne changerez rien au fait. "
" II est parmi nous, et nous ne pourrons rien y changer. "
2. Il y aurait peut-être une solution qui impliquerait :
, de se "débarrasser du socialisme" , d'inverser le processus de dénatalité.
Cela bien évidemment ne peut se faire du jour au lendemain, mais en attendant, les "va-de-la-gueule", les "pantins agitant des sabres de boi", et les "petits Blancs d'extrême droite" (s'agit-t-il des 4 millions d'électeurs du FN ?) devront se taire sous peine d'être méprisés (par qui ?) et balayés ; ou mieux, ils devront se battre aux côtés des musulmans du Kosovo (en rejoignant éventuellement la branche armée de la mafia albanaise, l'UCK), contre les chrétiens de Serbie, au nom "d'une conception universelle de l'être humain".., Voici donc ce que nous propose M. Millière.
Se débarrasser du socialisme ?
Que voulez-vous dire M. Millière? Vous n'imaginez pas, j'espère, que l'idéologie socialiste puisse s'effondrer comme le mur de Berlin? Vous parlez probablement du gouvernement socialo-communiste, que l'on pourrait peut-être ii supplanter ii aux prochaines élections législatives - il faudrait pour cela que se manifeste très rapidement une personnalité politique plus charismatique que Charles Millon, capable de susciter un grand rassemblement de la droite (de toutes les droites), ce qu'Alain Dumait appelle "l'Entente à droite".
Quant à l'inversion du processus de dénatalité, c'est là un "vaste programme" qui devra comprendre des mesures bien plus drastiques que des "manifs" contre le PACS, ou la lecture de la Bible à l'Assemblée nationale.
Mais revenons à l'islam, ou plutôt l'islamisme, auquel « on ne peut rien changer »...
Le problème est délibérément mal posé !
Bien évidemment que l'islam existe... et personne (même au sein de ce que certains appellent l'extrême droite) ne suggère de lui nier le droit à l'existence _ La véritable question est de savoir si une coexistence est possible, dans les pays membres de l'Union européenne, tels que la France, le Royaume-Uni ou la République fédérale allemande, entre d'importantes communautés islamiques (Maghrébins de France, Pakistanais de Grande-Bretagne, Turcs d'Allemagne), et la communauté autochtone, de culture chrétienne.
De nombreux exemples tels que le Cachemire, le Soudan, l'Indonésie - pour ne citer que des conflits « actuels ii - ne semblent pas indiquer que l'islam puisse accepter de cohabiter avec des communautés de culture non islamique, M. Millière nous parle d'islam modéré, mais l'islam est toujours modéré tant qu'il est minoritaire... Lorsque les proportions s'inversent, alors les choses se gâtent!
Est-ce tomber dans la paranoïa que de craindre pour les trois pays européens précités, l'apparition d'un "syndrome du Kosovo" (rappelons qu'en un siècle, la proportion "80 % de Serbes, contre 20 % d'Albanais", s'est transformée en "80 % d'Albanais et 20 % de Serbes") ?
Il est indéniable que, dans le monde entier l'islam a le vent en poupe : les mosquées poussent comme des champignons (même à Rome), et de nombreux régimes, comme la Turquie ou l'Algérie, peuvent dans un avenir relativement proche devenir islamiques, et, au nom de la charia, commencer à lapider les femmes adultères et à couper la main aux voleurs.
Personne, ni le "diabolique" (en tout cas "diabolisé") Jean-Marie Le Pen, ni son ancien lieutenant Bruno Mégret, ne parle de "ratonnades, d'épuration" et encore moins de "chambres à gaz".
Par contre, cela ne signifie pas qu'on ne puisse rien y changer, et surtout qu'il ne faille rien faire (faute de pouvoir se débarrasser des socialistes...) Est-ce que dénoncer l'influence du L21, en faisant par exemple remarquer que les pays de l'OTAN les plus "acharnés" - et ayant préconisé une intervention terrestre - sont ceux qui accueillent les communautés islamiques les plus importantes, constitue, M. Millière, un "ignoble crime contre l'humanité" ( et contre notre pays, la France) !
Est-ce que résister au matraquage des médias "aux ordres" du gouvernement socialo-communiste, - et probablement "intimidés" par d'éventuelles fatwas, et considérer la situation des chrétiens orthodoxes de Serbie, comme le signe avant-coureur d'un processus déjà bien avancé, "déshonore" ceux qui préconisent une telle attitude !
En déclarant, M.Millière, que l'on ne peut rien y faire, vous vous rapprochez très dangereusement de la position de ceux qui affirment qu'on ne doit rien faire.
Jean-Pierre Pagès-Schweitzer ex-responsable de La Droite, pour le II arrondissement de Paris
Attention: écrire au journal, c'est courir le risque d'être publié.
Croissance: ceux qui la poussent et ceux qui la freinent !
L'année 1998 a été une bonne année pour la consommation des ménages français :
+ 3,4 % en volume, le meilleur résultat depuis 1986.
Beaucoup de secteurs en ont profité. + 2,8 % pour l'électroménager +5,2 % pour l'équipement de la maison et +14,4 % pour les achats d'automobile, (sans "balladurette" ni "jupette") !
Mais les secteurs qui en ont le plus bénéficié sont les secteurs issus des techniques nouvelle communication : les ventes de micro-ordinateur ont augmenté de 50 % (quintuplement des ventes en quatre ans),les ventes de mobiles ont abouti à un doublement du parc, qui est aujourd'hui de 11,2 millions de postes, et les dépenses liées à la télése sont accrues de 50 %, sous l'effet en particulier du boom des abonnements à des programmes diffusés par satellite, chiffres sont autant de faits, estampillés par l'INSEE.
Cet institut officiel, temple de pensée unique gauche, qui prétend à la fois faire de la statistique et aussi des études, c'est-à-dire rassembler des faits et les interpréter, suggère que explication de ces bons résultats est à trouver côté de la politique géniale du gouverne: selon lui, la demande a été forte, parce la situation de l'emploi s'est améliorée, l'effet des emplois jeunes et des heures. Du coup le pouvoir d'achat a augEt comme les prix ont été stables 0,9 %, meilleur résultat depuis 1953), les ont été incités à consommer.
C'est le raisonnement keynésien classique : de la croissance par la manipulade la demande.
Plusieurs objections viennent pourtant immédiatement à l'esprit. Dans un système d'économie mixte à la française, où certains secteurs sont en libre concurrence alors que d'autres continuent à être administrés, il y a, comme pour le cholestérol, de la bonne consommation et de la mauvaise consommation. La consommation de biens privés est bénéfique mais la consommation de biens publics ou sous tutelle est mauvaise.Ainsi la consommation de biens et de services de santé. L'INSEE déplore une augmentation de 3,1 % des dépenses de santé et de 5,2 % des dépenses de médicaments. Mais il s'en réjouirait évidemment s'il s'agissait de dépenses non remboursées, partiellement, par la Sécu...
Les tenants marxistes de la croissance par la stimulation de la demande méconnaissent le dynamisme de l'offre, ils font comme si le contenu de l'offre était indifférent. Pour eux la croissance, qui tire la consommation, serait à peu près la même avec sur le marché des produits ringards ou au contraire des produits nouveaux.
Mais il n'en est rien : c'est évidemment l'appétit des consommateurs pour le multimédia et les téléphones mobiles qui explique le développement de la consommation.
C'est pourquoi une économie est toujours tirée par son innovation. Les investissements d'aujourd'hui, notamment dans les technologies nouvelles, sont les seuls vraiment créateurs
d'emplois durables et rentables.
Loin de créer de vrais emplois, les 35 heures et les emplois-jeunes, financés par l'impôt, en détruiront à coup sûr !
Bernard Piard
Pourquoi il ne faut pas enterrer le Front National
La somme des voix recueillies le 13 juin par Le Front national et ses dissidents du Mouvement national est de l'ordre de 9 % des suffrages exprimés. Ce qui, compte tenu des circonstances, de la scission, des procédures judiciaires, et surtout de la concurrence de la liste Pasqua-Villiers, constitue un score somme toute assez bon. En langage boursier on pourrait parler de résistance à la baisse...
Les médias, qui prennent souvent leurs désirs pour des réalités, s'imaginent que ce résultat est le début d'une longue glissade. lls rêvent de voir le FN disparaître du paysage politique, comme par miracle.
Mais cela a peu de chance de se produire.
D'abord, il faut se souvenir qu'un phénomène identique s'est produit en 1994 : recul du FN et piratage de son potentiel électoral par VilliersGoldsmith, Ce qui n'a pas empêché Le Pen de faire 15 % des voix à la présidentielle de l'année suivante.. .
Ensuite, pour que le FN disparaisse, ou baisse sensiblement et durablement, il faudrait que des réponses plus satisfaisantes soient apportées aux questions que se posent la plupart de ceux qui votent pour lui.
Comme le dit un spécialiste anti-FN (chercheur dans un truc subventionné qui s'appelle le CEVIPOF..,) « Les raisons de la percée du FN sont toujours là : le rejet de l'immigration, la peur du chômage, la peur de l'Europe et de la mondialisation, ainsi qu'un rejet des élites, » C'est pas si mal vu ! Quelle sera la KFOR qui viendra demain rétablir l'ordre dans nos banlieues avant que ne s'y déroulent des scènes de nettoyage ethnique! Qui va fournir des vrais emplois à des jeunes inassimilés! Madame Aubry ou les patrons "mis en examen social" par la gauche plurielle unanime! Sera-ce la nouvelle bureaucratie européenne, soutenue à la fois à par les socialistes et les centristes du PPE ! Quand le monde évolue plus vite que ne peut le supporter un système sclérosé, n'est-il pas normal d'avoir peur! Nos élites toutes sorties de l'ÉNA ont-elles amélioré leur image le 13 juin au soir!
Seul, hélas, le FN répond à ces questions avec une idéologie cohérente. D'autres réponses sont évidemment possibles, basées sur la promotion de l'initiative individuelle, de la liberté d'entreprendre et sur le droit de chacun à disposer des fruits de son travail comme de son épargne. C'est le vrai libéralisme populaire.
Nullement en contradiction avec la nécessité de l'ordre public et du droit de chacun de bénéficier d'une justice et d'une police efficaces et rapides.
Après 1994, Philippe de Villiers a échoué dans sa tentative de faire durablement concurrence au FN sur le terrain de la seule défense des idées d'ordre et de souveraineté nationale.
Pasqua peut-il faire mieux !
Oui, peut être, à la condition qu'il sache tirer toutes les conséquences de sa rupture avec le RPR, survenue sur l'argument de la souveraineté nationale, mais qui doit maintenant déboucher, sauf à tourner court, sur une contestation de la politique suivie ou prônée par la droite depuis quinze ans, aussi bien sur le terrain de l'économie que sur celui de la sécurité, sans éviter le contrôle de l'immigration, politique qu'il a jusqu'à présent globalement approuvée.
Certainement pas s'il s'imagine qu'il va demain, aux municipales, renforcer l'alliance RPR-UDFDL en lui apportant une composante souverainiste contribuant elle aussi à la diabolisation de la droite nationale. Et sûrement pas s'il persiste dans sa stratégie "droite-gauche".
Henri Lepape, Paris (75)
Charles Pasqua n'a pas encore complétement franchi le Rubicon
Au niveau européen, la grande surprise de ce scrutin européen est la victoire de la droite modérée, qui ravit aux socialistes le rôle de groupe dominant au sein du Parlement de Strasbourg.
Pour reprendre, à la virgule près, les formules employées lundi après-midi par le journal "Le Monde", peut suspect de faiblesse à l'égard de la droite, en Allemagne « Gerhard Schrôder subit une déroute face aux chrétiens démocrates », « Les Verts allemands évitent la catastrophe », c'est un « fiasco pour les travaillistes de Tony Blair », « Forza ltalia, le parti de Silvio Berlusconi, arrive largement en tête avec un score de l'ordre de 25 % », en Espagne c'est un « satisfecit adressé au gouvernement Àznar » et en Grèce « la Nouvelle Démocrafie (droite) devance le Pasok au pouvoir »...
Heureusement que de temps en temps le peuple est consulté car sinon on pourrait croire, en lisant les journaux et en écoutant la radio ou la télé, que tout va pour le mieux en Europe dans le meilleur des mondes socialistes. Et dire que nous nous imaginions que Tony Blair et le chancelier allemand avaient trouvé la potion magique de la prospérité et de l'éternité politique!
Rien de tel qu'un scrutin pour retomber sur terre, avec des faits sur l'opinion publique, et non plus du jus de crânes de bavasseurs!
Donc, après une éphémère vague rose,la droite aurait partout le vent en poupe. Sauf en France, où les socialistes croient aux 35 heures et aux emplois-jeunes, et où - c'est évidemment le plus grave - un chef de l'État élu par une majorité de droite s'est installé, dans la bonne humeur,dans une cohabitation de longue durée avec ses supposés adversaires politiques.
Il y a bien une exception française. Elle n'est ni génétique ([es Français ne constituent ni une race supérieure,ni une race inférieure,ni même une race tout court d'ailleurs) ni culturelle (Mary Higgins Clark vient d'être invitée par Bernard Pivot et tous nos enfants jouent à la Playstation) ni économique (nous savons faire aussi bien que les autres), elle est politique, et elle réside dans l'accaparement des mandats électifs grassement indemnisés par une caste issue essentiellement de la fonction publique envahissante.
Jacques Chirac est le protocype du fruit de cette exception française,tout à la fois négatrice du simple bon sens économique et de la souveraineté du peuple, qui aboutit aussi bien à contester les mécanismes du marché que ceux de la démocratie.
La droite française,toutes nuances confondues, du Front national jusqu'à ce qui reste du RPR (sans doute moins de 20000 adhérents, même les élus locaux n'ayant pas tous renouvelé leur carte...) attendait la démission du président de la République. C'était la seule sortie digne et honorable d'un fiasco aussi complet que celui qui a résulté de la politique calamiteuse déployée entre 1995 et 1997, avec,in fine,cette dissolution-suicide inoubliable. C'est ainsi que les choses se passent partout dans le monde, et en tout cas dans toutes les démocraties (en Belgique, en Grande-Bretagne, en Allemagne) :
les chefs assument leurs échecs et s'en vont la tête haute.
Se contentera-il d'annoncer qu'il ne se représentera pas en 2002, qu'il se satisfera d'un seul mandat de sept ans, même si ce sont autant d'années perdues pour notre pays, que les dégâts seraient encore limités. Mais sa volonté d'éliminer tout rival à droite, d'empêcher toute reconstruction à partir d'un renouvellement des propositions, toute organisation de l'alternance normale droite/gauche est dramatique pour notre pays.
Aujourd'hui, Charles Pasqua est porteur d'espoir pour ceux qui aiment la France et qui veulent participer à son redressement.
Si sa rupture avec Chirac ne porte que sur la non organisation d'un référendum pour l'adoption du traité d'Amsterdam. Et si elle ne s'élargit pas à l'ensemble de la gestion calamiteuse des affaires publiques. Si, pour garder son fief des Hauts-de-Seine, comme de Villiers veut défendre celui de sa Vendée, il est amené à se rabibocher avec la fausse droite, ou pire encore à se compromettre avec la gauche, que ce soit sur la fiscalité, les dépense publiques ou la régularisation des sans-papiers, alors il est à craindre que lui non plus ne soit pas le Messie que la droite attend pour la France.
On le saura très vite.