N°228 -17 juillet 1999
le monde change, la France aussi. Souvent c'est tant mieux!
Et il arrive que les changements les plus radicaux passent presque inaperçus.
Il a fallu attendre décembre 1986 pour être débarrassé d'une réglementation adaptée au temps de guerre sur le contrôle des prix. Mais on en est sorti, grâce au gouvernement de Jacques Chirac, dont Édouard Balladur était alors le ministre des Finances, et dont ce fut le principal mérite (avec la suppression de l'autorisation administrative de licenciement). Que n'a-t-il été davantage réformateur, aussi bien au plan économique que sur le terrain de la législation sociale...
Grâce à l'Europe du marché unique et de la concurrence loyale, le démantèlement des monopoles publics est bien avancé, même si la France peureuse, de la gauche comme de la busse droite, a traîné les pieds plus qu'aucun autre pays de la Communauté. Demain la Poste, l'électricité et les transports publics seront soumis aux lois toujours bénéfiques pour les consommateurs de la concurrence. Cela nous aura été imposé, mais qui s'en plaindra ?
Une autre spécialité française était celle des établissements financiers à statut spécial. On se souvient qu'il s'agissait, selon la terminologie convenue, d'une partie de l'héritage sacro-saint des nationalisations de
1945, fruits du funeste compromis historique entre nos syndicats révolutionnaires et la nouvelle technocratie issue de la
résistance. Grignoté morceau par morceau, le secteur public de la banque et des assurances a aujourd'hui disparu. Et de nos établissements à statut publics spéciaux il ne reste plus que la Caisse des dépôts et la Banque de France, parfaits modèles de piètre gestion.
Même le gouvernement n'a pas encore pris toute la mesure de cette révolution. Il s'est imaginé qu'il allait pouvoir jouer les arbitres, ( comme autrefois, dans la bagarre entre la BN?
Paribas et la Société générale. Il n'a réussi qu'à ~ provoquer en Bourse, en deux séances, une perte de 4Ù milliards de francs pour les actionnaires...
La France aurait pu être le meilleur élève de la classe mondiale pour la bonne
"gouvemance" de ses politiques publiques. Nous avions les hommes, les moyens financiers et une tradition administrative qui, mieux orientée, aurait pu devenir un élément de guide du
changement. Au lieu de quoi nos dirigeants politiques sont à la traîne ou à contre
sens. Aussi longtemps que les conditions du renouveau politique ne seront pas réunies
- et elles ne pourront l'être, sans violence, qu'à l'occasion d'une prochaine élection présidentielle - ce n'est que de l'extérieur que peut venir notre salut. C'est de l'Europe, avec toutes ses imperfections et ses contradictions, que viendra la libération des citoyens français.
On vit mieux avec le RMI qu'avec le SMIC !
Gaston Portefaix, chef d'entreprise et conseiller général (divers droite) du département des Côtes-d'Armor, a établi un petit tableau comparatif des revenus d'un
Rmiste et d'un smicard.
Le premier touchera en principe, s'il est célibataire en région parisienne, 26424 F par an, tandis que le second encaissera 63817 E Soit un net avantage pour le premier.
Mais il ne s'agit que d'une apparence. Car le premier touchera une allocation de logement de 18924,96 [ ne paiera ni taxe d'habitation ni carte de transport, ni mutuelle de santé, ni redevance de télévision, ni impôt sur le revenu, alors que le second ne touchera pas d'allocation logement et devra au contraire payer ce dont le premier est dispensé. La comparaison des revenus est alors ramenée à 45 349,32 F
d'une part et 51 399 F d'autre part, soit une différence minime de 6049 F ou encore 504 F par mois, Mais il faut aussi tenir compte de ce que le
Rmiste pourra toucher une aide du conseil général, une autre du centre d'action social, pourra accéder aux Restos du
cœur, fréquenter des cantines à 15 F le repas, se faire habiller à la Croix-rouge et se meubler auprès d'autres associations...
Il pourra même légalement arrondir son budget avec des travaux d'artisanat, sans parler du travail au noir qui, pour être illégal, n'en est pas moins pratiqué par beaucoup de
Rmistes.
Finalement, comptablement, la situation matérielle d'un Rmiste est plutôt plus avantageuse que celle d'un smicard qui travaille Ce dernier, on l'a dit, recevra 5 318 F par mois.
Mais, avec les charges et les cotisations, après avoir payé la CSG et la CRDS, son salaire aura coûté 8313 F à l'entreprise. Et celle-ci quand elle facturera à un client le temps passé par son employé, devra ajouter une TVA à 20,6 %, soit un coût minimum de 10025 F par mois, avant tout amortissement ou profit.
Un smicard, qui coûte quatre fois plus cher à son patron que ce que touche un
Rmiste, aura finalement un pouvoir d'achat moindre !...
Il s'agit d'une situation très malsaine puisqu'elle incite plutôt à se déclarer inapte au travail qu'à en chercher pour en trouver. Elle incite plutôt les titulaires du RMI à le demeurer le plus rapidement possible plutôt qu'à s'en sortir rapidement.
D'où les énormes difficultés qu'éprouvent toutes les collectivités locales, en tête des-
quelles les départements, pour " réinsérer" les Rmistes, et les sommes d'argent de plus en plus importantes dépensées pour financer ces actions de plus en plus difficiles.
Si l'on veut remettre au travail une partie au moins du million de Rmistes qui vivent aux crochets de la collectivité il faut au moins qu'ils ne soient pas incités financièrement à le rester.
La réduction des charges sociales sur le travail, celui de tous les salariés sans exception, devrait constituer une priorité nationale absolue,
le démantèlement généralisé en Europe des monopoles publics doit beaucoup à la volonté, inébranlable sur ce point, de la Commission de Bruxelles et en particulier du commissaire en charge de la Direction générale de la concurrence, le Flamand Karel Van Miert. Celui-ci, avant de plier bagages en septembre, parle plus librement qu'il ne l'a encore jamais fait : l'objectif de la Commission est de supprimer, ni plus ni moins, les aides publiques aux entreprises, que celles-ci soient publiques ou privées, qu'elles soient prospères ou en difficulté.
Au moment où Romano Prodi met en place son gouvernement, il est intéressant de prêter attention à ses propos publics.
Ils sont parfaitement clairs. Si les années 80 ont été pour l'Europe celles du marché unique, et les années 90 celles de l'euro, la prochaine décennie devrait être celle de la réforme de l'État-
providence!
Et le nouveau président de la Commission européenne précise sa pensée : pour réduire les trop nombreuses poches d'inefficacité, il faut favoriser la mobilité sociale et libéraliser le
marché du travail.
Si l'Europe, en effet, veut relancer durablement la croissance économique pour créer davantage d'emplois et résorber le chômage qui la mine, il est nécessaire d'avoir des structures sociales plus efficaces. Ce qui signifie fermer le rideau de l'État-providence, aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers abonnés à l'aide publique.
Bien sûr, en Grande-Bretagne, un Premier
ministre comme Margaret Thatcher n'a pas attendu M. Prodi pour s'attaquer au lobby syndical, pour rétablir la liberté du travail et le droit des usagers à un service public permanent. Elle l'a fait parce qu'elle a eu le courage de le faire, en s'appuyant sur l'opinion publique.
Mais chez nous, trois gouvernements de droite - ceux de Chirac en 1986, de Balladur en
1993 et de Juppé en 1995 - ont préféré composer avec le lobby syndical étroitement lié au lobby de la haute fonction publique dont ils étaient tous trois les éminents représentants.
Du coup, les réformes nécessaires n'ont pas été effectuées. Même l'alignement du régime des retraites de la fonction publique sur celui du privé a été si mal géré qu'il a échoué lamentablement dans la grève générale.
Aussi, depuis quinze ans, la plupart des réformes bénéfiques pour les consommateurs français viennent d'initiatives européennes.
C'est un fait dont on ne peut que se réjouir.
On pense ce que l'on veut de la construction européenne qui se poursuit sans légitimité, sans contrôle de la souveraineté populaire, au gré des décisions d'une oligarchie non démocratique. Mais un arbre doit aussi se juger sur ses fruits.
Demain, qui reviendra sur les emplois-jeunes, les 35 heures, le rationnement du travail pour les cadres ? Qui d'autre que l'Europe, puisqu'on sait bien que notre opposition républicaine de droite, qui disait s'y opposer, s'y ralliera, comme elle l'a fait pour la CSG, les 39 heures ou la retraite à 60 ans...
Professeur Christian Cabrol
"Ma première greffe du coeur"
Nous publions un extrait d'Une histoire de coeur », un livre d'entretiens
du Pr Christian Cabrol
avec Claude Reichman, qui vient de paraitre chez Les Belles Lettres *.
Au début du mois de décembre 1967, Chris Barnard avait réalisé la première greffe cardiaque humaine. Je l'avais connu en 1957, chez Lillehei où il était comme moi, venu se former,
avant de retourner au Cap, en Afrique du Sud.
En 1967, il était revenu aux États-Unis pour voir où en était la chirurgie cardiaque et, ayant vu que les chiens opérés de Shumway vivaient encore, il était retourné chez lui convaincu
que l'opération pouvait marcher. Son grand mérite est d'avoir franchi le pas. Shumway était mieux placé que lui pour le tenter, mais le contexte américain rendait la chose difficile.
Ce fut un événement mondial qui ne nous surprit pas, Guiraudon et moi. Dès qu'il était arrivé dans le service, Guiraudon avait été passionné par la chirurgie que je pratiquais et avait décidé qu'il serait mon assistant. Les événements en ont ainsi décidé, puisque Maurice
Mercadier le tolérait, mais n'en voulait pas. Il a été mon assistant et mon aide permanent pendant les trois années qui ont suivi la mort de
M.Cordier.
J'avais quelques atouts, et notamment mon petit laboratoire expérimental qui marchait très bien. Nous nous étions beaucoup entraînés, si bien que lorsque Barnard, puis Shumway, eurent fait leurs greffes, Gérard m'a dit : « Maintenant c'est à nous. » « Holà ! dans les
conditions où nous sommes? je ne sais pas si Mercadier acceptera. » « je m'en
fiche, on va voir cela"i II avait un patron en cardiologie, à la Salpêtrière, M. Faquet, qui faisait confiance aux
jeunes et au progrès, et qu'il avait convaincu. M. Faquet lui avait dit : « C'est entendu, , lorsqu'un de mes malades
sera mourrant je vous l'enverrai pour une greffe cardiaque. » Il a tenu parole, mais les malades qu'il nous a présentés mouraient dans les heures suivantes et nous n'avons jamais eu la possibilité d'obtenir un greffon à temps. Nous avions à la Pitié deux services de neurochirurgie, qui
accueillaient de graves traumatisés crâniens présentant des morts cérébrales et donc des possibilités de prélèvement. Gérard s'était lié d'amitié avec un chirurgien, José Aboulker, qui avait été un grand résistant et qui
était lié avec le général de Gaulle. Malgré ses réticences "éthiques",
comme on dirait aujourd'hui, Aboulker avait accepté d'en parler aux familles. Deux mois se passent, il y avait des donneurs potentiels, mais les familles refusaient leur accord. Un jour, Gérard
vient me voir et me dit : « Voilà, il y a un homme d'une trentaine d'années qui vient d'avoir un très grave accident Son cerveau est détrut José Aboulker a demandé à la famille, qui a accepté, qu'on prélève les reins et le coeur » Nous étions allés voir M. Faquet cinq ou six jours auparavant et il nous avait présenté un malade, M. Clovis Roblain, qui se trouvait dans un état catastrophique. M. Roblain avait hésité à accepter notre proposition de greffe, puis rappelé le lendemain pour me dire : « je ne peux plus vivre comme cela, il faut me faire la greffe du
cœur Si je meurs, au moins on aura tout tenté. je ne peux plus continuer comme cela. » Nous avions deux éléments favorables : un
donneur et un receveur. Le troisième était l'absence de Maurice Mercadier, qui se trouvait en Algérie pour un congrès. « Il faut
l'autorisation du patron, dis-je à Gérard, tu ne te rends pas compte! » Et Gérard de me répondre du tac au tac : «Au contraire, c'est une chance, on ne
peut pas demander l'autorisation puisqu'il n'est pas là. » J'ai demandé à Gérard de le joindre en Algérie et je ne sais pas s'il y est parvenu.
Nous avons donc tout préparé, et ce fut la fameuse nuit du 27 avril 1968. Gérard Guiraudon s'était occupé de toutes les formalités avec les neurochirurgiens et la famille, et moi, je me vois encore dans le couloir qui
traversait l'hôpital en sous-sol, me dirigeant vers le pavillon Rambuteau de la Salpêtrière et arrivant auprès de M. Roblain. « Ça y est ? » m'a-til demandé. « Oui. » On a eu, tous les deux, le
sentiment de faire quelque chose d'historique.
Mais, d'un autre côté, je n'avais pas peur. Nous nous étions bien préparés, j'étais avec Gérard Guiraudon, un très bon chirurgien, bien formé, et je pensais qu'on allait y arriver Nous avons, bien entendu, appelé toute l'équipe et nous nous sommes mis au travail vers 6 ou
7 heures du soin Nous avions la chance d'avoir
deux salles d'opération contiguës, une grande et une petite. Dans la grande salle, Gérard Guiraudon a commencé à opérer M. Roblain, tandis que dans la petite, je prélevais le coeur de l'homme dont la famille nous avait
autorisés à faire le prélèvement. Nous prenions beaucoup de précautions et cela a été très long. Je me souviens fort bien des différentes phases de cette opération, mais surtout du
moment où, tout étant prêt, on a enlevé le coeur de M. Roblain. C'était un coeur énorme,
qui ne battait presque pas. C'était terrible à voir. Quand on a placé le coeur que je venais de prélever un coeur normal, qui n'était pas plus gros que mes deux poings réunis, dans cette très grande cavité péricardique qui avait contenu le coeur de M. Roblain, on s'est dit
qu'on n'allait jamais y arriver, que c'était trop disproportionné. Quand tout fut en place, les
sutures faites, et que tout semblait parfait, est venu le moment de faire repartir le coeur Nous avons pris le défibrillateur, lancé le choc électrique et le coeur est reparti. Je dois dire que ce fut un moment particulièrement émouvant. Léon
Schwarzenberg se trouvait là, parce que nous avions besoin d'un traitement anti-rejet. En ayant l'habitude avec les greffes du rein, il avait accepté de nous donner des tuyaux-Tout le monde était secoué. Je me suis alors souvenu de la réflexion de Barnard, après sa première greffe : « Ce n'est pas possible, ça marche! »
La tension fut d'emblée normale : 12-8, le coeur parfaitement régulier, la circulation excellente, tout allait très bien, il n'y avait pas de problèmes. Nous étions sidérés par notre réussite.
Malheureusement les choses n'ont pas bien tourné. Quelques heures plus tard, le coeur est entré en défaillance et ce fut
d'emblée dramatique. Pendant plus de quarante huit heures, nous nous sommes battus jour et
nuit pour essayer de maintenir le coeur en marche. Finalement, il s'est arrêté et il n'y a
rien eu à faire. Nous avons eu l'explication après : M. Roblain était mort d'une embolie pulmonaire. Allongé depuis des mois, il avait des caillots dans toutes les veines des
membres inférieurs. Quand le coeur neuf a rétabli une circulation énergique, un courant sanguin important, des caillots ont été délogés de la paroi des veines et charriés jusqu'au coeur et aux poumons, provoquant une embolie. Si on avait fait aussitôt le diagnostic, on aurait pu tenter de réopérer et d'ouvrir l'artère pulmonaire, le tirant peut-être d'affaire.
Nous avions décidé d'agir dans la plus grande discrétion, ne ressentant pas le besoin de
claironner notre opération et voulant nous assurer du résultat. Comme celui-ci s'était vite
avéré aléatoire, nous n'avons rien dit. J'étais chez moi le lendemain ou le surlendemain
quand un journaliste m'appelle : « Nous avons appris que vous avez fait une greffe du coeur à La Pitié. » « À quel Cabrol voulez-vous parler? » « Au docteur Christian
Cabrol. » «Écoutez, je suis son frère et je ne sais rien. » « Ce genre de choses ne prend pas. je vous préviens que si vous me mentez, cela ira mal. » « Non, je vous dis ce qu'il en est » II raccroche, mais au petit matin, les journaux paraissent avec d'énormes titres :
"Première greffe du coeur à La Pitié".
Mercadier était rentré. Il nous convoque immédiatement, Guiraudon et moi.
" Mes gaillards, qu'est-ce que vous avez fabriqué là ?
Vous me foutez dans le pétrin! " À ce moment, le directeur général de l'Assistance publique téléphone : « Monsieur Mercadier pourriez-vous prier M.
Cabrol et M. Guiraudon de venir avec vous immédiatement me voir » En partant, Guiraudon m'a dit : « Tu sais, on a
l'impression d'être des malfaiteurs. » Nous avons pris un de ces savons ! «
Comment misérables !Vous avez tenté cela sans l'autorisation de votre chef de service, c'est scandaleux. Ban,
maintenant il faut prendre des dispositions. Pmfesseur Mercadier excusez-moi, mais c'est vous qui allez être obligé de réparer les pots cassés-
IL faut que vous fassiez une conférence de presse, vous ne pouvez pas vous en tirer sans cela. Publiez des bulletins de
santé, et on verra bien. » « On a de la chance, m'a dit Guiraudon en quittant le bureau du directeur on ne sort pas avec des menottes. »
En France nous sommes de grands philanthropes. C'est bien connu.
La preuve : nous insistons pour financer les retraites des Américains (et d'autres) sans rien demander en échange!
C'est une des conséquences paradoxales du maintien de la retraite par répartition comme unique système en France, au contraire de ce qui se pratique chez la quasi-totalité de nos voisins, y compris en Angleterre où le socialisme n'est pas assorti du dogmatisme psychorigide qui sévit chez nous.
Pour le comprendre, il faut regarder où va l'argent que gagnent les entreprises. Il y a les coûts directs liés à la production : matière, machines, énergie, frais généraux (impôts compris)... le reste est principalement constitué par les salaires, les charges salariales, et le résultat, autrement dit les profits. Où vont ces derniers?
Ils rémunèrent les actionnaires, que ce soit par le biais des dividendes ou de l'augmentation du prix des actions, c'est-à-dire la plus-value. Et qui sont les actionnaires qui en bénéficient? Eh bien, principalement, au moins en ce qui concerne les entreprises rentables, ce sont in fine les fonds de pension, anglosaxons et autres, qui payent les retraites d'anciens salariés étrangers.
Les communistes font depuis longtemps leur fonds de commerce de l'argument suivant lequel ce qui va en profits n'est pas payé aux salariés. Le constat est rustique, et donc irréfutable! Mais, contrairement à ce que les communistes voudraient nous faire croire, ces profits ne sont pas, dans leur écrasante majorité, versés à des capitalistes individuels richissimes qui attendent sur leur yacht en fumant le cigare que leur rente leur soit versée.
Non.
Aujourd'hui, cet argent, qui n'est pas versé aux salariés des entreprises françaises, est en fait versé aux retraités étrangers par l'intermédiaire de leurs fonds de pension, qui sont de plus en plus les propriétaires réels de nos entreprises. Ne dit-on pas que les gestionnaires de portefeuille de ces fonds de pension « font la cote », de la place de Paris comme des autres ?
Le drame, dans cette affaire, c'est que nous payons deux fois : les retraites des Français par le biais des charges sociales, et celle des étrangers par le biais de leurs fonds de pension. Il ne
faut donc pas s'étonner si ce pays court à sa ruine, si le taux de chômage y est un des plus élevés du monde industrialisé, et si sa compétitivité s'essouffle inexorablement. L'étonnant
est que nous ayons tenu si longtemps en payant pour tout le monde alors que personne ne paye pour nous !
Cela fait maintenant un bon nombre d'années
qu'il est urgent de nous ressaisir, et de réformer un système qui prépare la misère noire des Français âgés de l'an 2015 et au-delà...
Notre pays s'appauvrit : l'argent que nous gagnons est dépensé au jour le jour, alors que celui que gagnent les étrangers est investi, par le biais de leurs fonds de pensions, dans l'achat progressif des entreprises du monde. Et les entreprises dites françaises, parce que leurs dirigeants - nous en avons de qualité - sont eux-mêmes Français, appartiennent tout autant aux capitalistes internationaux que les autres.
À l'exception des entreprises encore nationalisées, en général non rentables, qu'on nous laisse sans regrets ni remords...
Aujourd'hui, il est déjà trop tard pour que cette nécessaire évolution se fasse sans
douleur. Aura-t-on le courage de la faire, en en payant le prix, avant que seule soit possible une révolution aux conséquences économiques et humaines difficilement calculables ?- Il est permis d'en douter, tant que les préoccupations de nos dirigeants se limiteront à la planification de leur réélection, et que l'invective contre l'extrême droite leur tiendra lieu de preuve de
courage.
Mais cela peut changer. Il n'est pas interdit d'espérer. Et ce jour-là, la réforme de notre système de retraite devra faire partie des priorités absolues de ceux qui veulent que ce pays continue d'exister...
Notre éditorial du 5 juin faisait état ~ d'une rumeur sur une élection présidentielle anticipée, qui pourrait être organisée dès le mois de mai de l'an prochain. Le raisonnement était notamment basé sur le fait qu'il pourrait être dans l'intérêt de Chirac de ne pas attendre le résultat des prochaines élections générales, qui seront les élections municipales de mars 2001, qui risquent d'être plus catastrophiques encore pour la fausse droite que les élections législatives anticipées de 1997, les élections régionales de mars 1998 et même les élections européennes de juin 1999.
Mais, justement, ces dernières changent les données triviales du problème. Même Valéry Giscard d'Estaing sait très bien que Jacques Chirac n'agira qu'en fonction de ce qu'il croit être ses intérêts personnels. Il n'avait d'ailleurs dissous l'Assemblée nationale en 1997 que parce qu'il s'était laissé convaincre qu'elles étaient imperdables. C'est par inconscience qu'il a pris un tel risque et pas du
tout par goût-Aujourd'hui, son intérêt lui dicte de rester à l'Élysée jusqu'en 2002.
car mieux vaut de son point de vue tenir encore trois ans que de courir après un nouveau mandat ramené à cinq ans.
Cette hypothèse comporte plusieurs conséquences, bien analysées dans l'entretien accordé par l'ancien président de la République et publié par ii Le Monde » du
11 juillet.
La première est que la droite dite républicaine doit apprendre à vraiment se passer du leadership présidentiel. Et, comme toutes ses composantes souffrent d'une absence dramatique de démocratie interne, c'est à la base de
s'organiser pour désigner les meilleurs candidats, surtout pour des élections locales.
Seules des consultations primaires, à la base, peuvent désormais légitimer à droite le nécessaire renouvellement des
hommes, conduire au rapprochement entre l'opinion des électeurs et ceux qui prétendent les diriger, aboutir à départager, honorablement, les projets et les ambitions.
VGE se demande si ces primaires à droite - dont le mode de réalisation reste à
déterminer... - doivent intégrer la " droite nationale populaire" de Charles Pasqua. Mais il n'envisage pas d'aller plus loin que la conception d'Adenauer (sic) qui consisterait à rassembler « tout ce qui se situe entre l'extrême
limite et le socialisme ».
Plus l'espace encore occupé par la droite molle se réduit, moins elle peut se passer des voix de la droite de conviction, MN et FN compris. Il y a des cas où une seule voix peut faire la différence.., Le FN, du fait de sa division, a subi un grave revers. Mais les politiciens de la fausse droite auraient tort de prendre leurs désirs pour des réalités.
L'organisation de primaires n'est possible qu'à la condition de n'exclure personne à droite, c'est-à-dire de rompre avec l'interdit imposé par Chirac et par les médias, entre 1983 et 1986, tendant à
diaboliser et à ghettoïser toute considération incorrecte sur le sujet tabou de l'immigration.
Sous cette condition, l'organisation de primaires à droite serait tout à fait possible, même spontanément.
C'est même très exactement ce que de nombreux hommes politiques ont en tête, à Paris, à Lyon ou ailleurs. Mais ils doivent préalablement, et sans restriction, s'inscrire dans le clivage droite/gauche. Quitte à considérer que celui-ci pourrait très bien être une machine à intégrer les votes extrêmes.
À la condition d'avoir une réponse à apporter à tous ceux qui souffrent des conséquences d'une immigration sans contrôle. m
Le 14 juillet étant férié, cette chronique a été exceptionnellement écrite mardi après-midi.