Sommaire des 4 vérités N°250 samedi 5 février 2000

L'ostracisme anti-droite, nouvelle loi européenne !

Depuis quatre mois l'Autriche n'a pas de gouvernement. Le parti arrivé en tête lors des élections législatives d'octobre est dans l'incapacité d'obtenir une majorité de gouvernement à l'Assemblée Nationale. C'est dans ce contexte que le parti conservateur, devenu la troisième force politique du pays aprés avoir envisagé de s'entendre avec la gauche, a pris la décision de négocier avec le parti de la Liberté qui vient de lui ravir la deuxième place.

C'est la solution raisonnable, politiquement rationnelle, attendue par l'opinion publique et approuvée par avance par une majorité d'Autrichiens. , Le problème est que le parti de la Liberté en question, le FPÖ, est présidé par un brillant dirigeant de moins de 50 ans, Jörg Haider qui est qualifié «d'extrême droite» et de « populiste ». D'abord par ses concurrents qui ont cogéré le pays pendant cinquante ans. Personne ne poussa pourtant de hauts cris d'indignation lorsque l'ancien social-démocrate et juif Bruno Kreisky fit appel à plusieurs membres du FPÖ, dont un ancien officier SS, pour participer à un de ses gouvemements... Période d'ailleurs plutôt bonne sur le plan économique-Mais qui a eu le don de mécontenter les électeurs de droite, de plus en plus furieux de porter au pouvoir des représentants faisant une politique de gauche.

Il est vrai que Jörg Hader s'est laissé aller à déclarer qu'il y avait du bon dans la politique sociale du IIIéme Reich! Il aurait mieux bien effet d'ajouter que le pain communiste d'URSS n'avait pas son pareil, de son temps, pour supprimer le chômage.Va pour "l'extrême droite", puisqu'il faut bien un jour ou l'autre assumer la façon dont on vous affuble...

À ce moment-là, Chirac en tête, il semble que les politiciens européens aient dans un bel ensemble, tous dérapé. En partant en guerre ouverte contre Jörg Haider, qui pourtant n'a pas l'intention de faire partie du nouveau gouvernement.

Immanquablement, la popularité intérieure de Jörg Haider s'en trouve encore amb liorée, au point que des élections législatives anticipées risqueraient de lui donner une majorité absolue. Beau travail!

Alors que la participation de ministres communistes au gouvernement s'est banalisée, aussi bien en France qu'ailleurs en Europe, l'arrivée au pouvoir, dans des conditions démocratiques, dans un contexte de paix civile, d'élus du peuple ayant des propositions certes diffèrentes de celles de la classe parlante locale, justifierat une rnobilisation européenne générale...

La guerre civile française s'étend à l'Europe tout entiére. Le peuple est menacé de dissolution par les tenants de la pensée unique social-démocrate. Le mal est fait: d'autres Jörg Haider vont certainement apparaître un peu partout, qui sauront parler au peuple. Le politiquement correct vacille.

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Rémunérations des agents de la fonction publique de L'Etat: Contribuable Associés porte plainte contre X

A la suite de la publication du rapport spécial de la Cour des comptes sur la fonction publique de l'État, qui fait apparaître de nombreux dysfonctionnement dans sa gestion, un certain nombre de faits sont apparus au grand jour, qui constituent pour certains autant d'infractions fiscales et même pénales. C'est la raison pour laquelle l'association Contribuables Associés a saisi le procureur de la République puis le Tribunal de Grande Instance de Paris pour qu'au nom de l'intérêt général le ministère public saisisse la juridiction d'instruction.

La plainte - rédigée par le cabinet Fischer, Tandeau de Marsac, Sur & associés, société d'avocats au barreau de Paris - relève quatre chefs d'infractions pénales :

- La prise illégale d'intérêts, qui est définie à l'article 432-12 du Code pénal : « Le fait, pour une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public ou par une personne investie d'un mandat électif public de prendre ou recevoir directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l'acte, en tout ou partie, la charge d'assurer la surveillance, l'administration la liquidation ou le paiement, est puni de 5 ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende»,

Or, jusqu'en 1999, le ministère des Finances a servi des rémunérations accessoires au personnel des directions de la comptabilité publique et des impôts en les finançant sur des ressources extrabudgétaires qu'il avait pour mission de répartir entre les différentes administrations.

- Abus de confiance aggravé, qui est défini à l'article 314-1 du Code pénal : "L'abus de confiance est le fait par une personne de détourner au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé. Il est puni de trois ans d'emprisonnement et de 2 500 000 F d'amende".

Dès lors que le ministère des Finances a recours à un mode de financement parallèle, tiré du système de l'épargne mis en place par la Caisse des dépôts, il abuse de la confiance des usagers en ne leur reversant pas l'intégralité des sommes versées, mais en prélevant une partie pour alimenter certaines primes et avantages occultes distribués aux agents publics.

- Concussion, telle que définie à l'article 432-10, à savoir « le fait pour des agents publics ou des personnes dépositaires de l'autorité publique d'accorder sous une forme quelconque et pour quelque motif que ce soit une exonération ou franchise de droits, contribution, impôt ou taxe publique en violation des textes légaux ou réglementaires ».

Or, au moyen de textes non publiés,le ministère des finances accorde à certains de ses agents des exonérations fiscales censées correspondre à des frais exposés alors que cette justification est mise en doute par la Cour des comptes...

- Faux et usage de faux, en application des articles 441-1 et 441-4, qui stipule que « constitue un faux l'altération frauduleuse de la vérité de nature à causer un préjudice et accompli par quelque moyen que ce soit dons un écrit ou tout outre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui, peur avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques».

Or le ministère des Finances est allé jusqu'à procéder à des nominations rétroactives de trésoriers payeurs généraux à seule fin de les faire bénéficier d'une retraite calculée selon un indice supérieur à celui de leurs états de service véritables...

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L'euro a raté sa première année d'existance

En un an l'Euro a donc perdu plus de 20 % de sa valeur par rapport au dollar. Les journalistes économiques français, toujours prêts à effectuer un changement de pied, se réjouissent plutôt de cette évolution, tout comme ils annonçaient douze mois plus tôt que l'euro ne manquerait pas d'être bientôt une autre monnaie de réserve...

Aujourd'hui la baisse de l'Euro est "bonne pour nos exportateurs", tandis qu'hier sa hausse devait nous enrichir...

Pour les investisseurs étrangers, le placement en Euro, que beaucoup présentaient comme la bonne affaire de l'année 1999 à ne pas manquer, a été catastrophique.

Ceux qui ont vendu des dollars pour acheter de l'Euro en cash ont perdu plus de 20 %, et même 40% s'ils ont acheté des obligations.

Pour ceux qui ont acheté de l'euro avec des yens, la perte a été de quelque 55 %...

Certains investisseurs étrangers, il est vrai, ont acheté des actions européennes. On nous a assez répété que les fonds de pensions anglo-saxons font la pluie et le beau temps, qu'ils détiennent la majorité du capital de beaucoup d'affaires cotées. Et bien, pour eux, compte tenu des pertes de change, la forte hausse des marchés boursiers européens en 1999 aboutit à une "faible progression" pour les investisseurs en dollars, et une baisse, pour ceux dont les comptes sont libellés en yens.

Pour une première année d'expérience de l'Euro, on peut dire qu'elle aura été très douloureuse pour tous les investisseurs internationaux. Et il est probable qu'ils s'en souviendront. Car perdre autant d'argent sur une si courte période, sur une nouvelle monnaie portée aux nues par ses thuriféraires ne peut que laisser des traces durables dans l'esprit des investisseurs.

L'Euro a été inventé pour deux grandes raisons : cimenter l'Union des peuples de l'Europe et faire contrepoids à l'hégémonie monétaire américaine.

Sur le premier point, il est trop tôt pour juger. Il faudra attendre la première crise économique qui ne manquera pas un jour de se produire et que l'existence de l'Euro risque non pas de reculer mais plutôt de rapprocher, car les parités monétaires fixes sont des éléments de rigidité, là où il peut être nécessaire d'avoir de la souplesse...

Sur le second, l'échec est déjà total. La dégringolade de l'Euro a plutôt renforcé la domination du dollar qu'elle ne l'a sapée. Vous avez de l'argent à placer à moyen ou long terme, vous préférez l'Euro ou le dollar?

Certes, si les fondamentaux structurels étaient à l'avantage de l'Europe, l'Euro serait susceptible de se redresser. Mais il est clair au contraire que l'Amérique s'adapte plus vite à la mondialisation que la zone Euro, qui demeure la championne de l'Etat-providence et des politiques de redistribution.

L'Europe s'adapte aux nouvelles règles du jeu, mais elle le fait moins rapidement que les États-Unis. Et la France socialiste la tire autant qu'elle le peut vers la queue du peloton.

L'Euro n'est pas une bonne monnaie : parce que l'Europe politicienne ne prend le chemin de la nouvelle économie qu'à contre coeur. .

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L'inégalité entre riches et pauvres aux Etats-Unis

Les médias se sont récemment déchaînés pour dénoncer les inégalités croissantes entre riches et pauvres dont souffriraient les États-Unis. « Le fossé s'accroit entre pauvres et fiches américains » titre par exemple le Figaro du 7 septembre 1999, et l'on retrouve des titres analogues dans la plupart des médias.

A vrai dire, ce n'est pas une coïncidence mais une campagne systématiquement orchestrée par des organisations américaines telles que L" 'Institute for Policy Studie" et le think.tank « United for a Fair Economy », qui sont des think-tanks de tendance étatiste.

Au premier examen, l'étude des chiffres semble donner raison aux think-tanks étatistes. Si l'on examine la répartition du revenu américain en quintile, c'est-à-dire en divisant la population en 5 groupes de familles contenant chacun un même nombre de familles (mais pas forcément un même nombre d'individus), le quintile le plus élevé reçoit 40,9 % des revenus en 1970 mais 46,8 en 1996 et le quintile recevant les revenus les plus bas passe de 5,4 % à 4,2 % dans la même période, Le rapport entre les revenus moyens du premier quintile et du dernier passe donc de 7,6 à11,1.

Mais ce sont les revenus bruts qui ne tiennent pas compte, pour le quintile supérieur, des impôts sur le revenu, et pour le quintile inférieur, de l'aide sociale qui, aux USA, est assez développée.

En effet après ces corrections, le revenu du quintile le plus bas passe à 9,4 % et celui du plus haut à 39,7 % soit un rapport entre riches et pauvres de 4,22. Il est intéressant de remarquer qu'en France, d'après un rapport du Conseil d'Analyse Économique auprès du Premier Ministre, les chiffres correspondant sont de 9,9 % et 38 %, soit un rapport de 3,83, valeur pratiquement identique au chiffre US et indiquant que la société française est aussi inégalitaire - ou égalitaire - que la société américaine.

L'iFRAP n'a pas l'évolution des revenus après redistribution, des quintiles dans le temps aux USA mais l'on peut penser que les aides et les impositions n'ayant pas fondamentalement changé, l'écart entre les quintiles extrêmes s'est accru.

La société américaine paraît donc de plus en plus inégalitaire et hostile aux pauvres. Mais est-ce la réalité ?

l. Une première remarque est qu'il est possible que les inégalités s'accroissent mais que les pauvres deviennent plus riches, et donc que le nombre de pauvres diminue.

En 1993, un économiste de l'Université du Texas, Daniel Slesnick, a recalculé le pourcentage de pauvres dans la population en prenant comme pauvres ceux dont la consommation totale est inférieure à 3 fois le coût d'une alimentation satisfaisante pour tous les membres du foyer.

Le pourcentage de pauvres ainsi définis,est tombé régulièrement de 31% en 1949 à 13 % en 1965 et 2 % à la fin des années quatre-vingt.

2. Une deuxième remarque est que l'écart entre le premier quintile et les autres s'est accru mécaniquement par l'augmentation des familles monoparentales. Alors que le revenu moyen par famille était en 1996 de 35 492 $, ce revenu est de 16 398 lorsqu'il s'agit d'une famille monoparentale avec une femme à sa tête. Plus il y a de familles monoparentales, plus elles viennent se substituer dans le quintile le plus pauvre à des familles normales à revenu plus élevé, ce qui entraîne une diminution du revenu total du quintile en question.

Plus généralement, une explication des inégalités se trouve dans le nombre d'adultes dans le foyer, les foyers avec deux conjoints mariés se retrouvant avec un revenu moyen nettement supérieur (49 858 $) à la moyenne générale (35492 $).

3. Mais l'explication la plus sérieuse de l'aggravation des écarts de revenus est tout simplement que ces écarts ne traduisent pas des écarts entre des populations figées tout au long de leur vie mais au contraire l'écart entre âges.

Une première étude a été menée par le Département du Trésor en 1992 qui a analysé les déclarations d'impôt remplies par 14000 contribuables pour toutes les années entre 1979 et 1988. Pour chaque année, ils ont déterminé la distribution des revenus entre ces 14000 foyers en les répartissant par quintile du plus bas revenu au plus haut et ils ont comparé les années extrêmes.

Seuls 14,2 % des ménages les plus pauvres figuraient encore dans cette catégorie en 1988 mais 14,7 % étaient passés dans le cinquième quintile (aux revenus les plus élevés), les autres se répartissant entre les quintiles intermédiaires. Aux États-unis, l'inégalité n'est pas un phénomène permanent mais transitoire.

Mais encore plus impressionnante est une étude réalisée par l'Urban Institute (un think-tank étatiste) en prenant un groupe de familles en 1977, en les répartissant par quintile, en regardant le revenu moyen par quintile en 1977 et en recalculant le revenu moyen de chacun de ces quintiles en 1986 (voir tableau ci-dessous).

Comme l'ont écrit les auteurs, Sawhill et Condon, cette période que les démocrates ont qualifié de période de rapine ("greed") et qui correspond pour moitié à la présidence de Reagan a vu les riches devenir plus riches mais les plus pauvres encore beaucoup plus riches, En fait, moins de 9 % des familles dans le quintile du bas comprenaient une personne entre 45 et 54 ans, qui est l'âge où le revenu est maximum; en vieillissant, ils ont vu leurs revenus croître beaucoup plus vite que la moyenne et sont passés dans les quintiles supérieurs, Ce qui conduit à conclure que le facteur majeur des inégalités est l'âge : les revenus les plus bas sont les revenus de jeunes en début de carrière et ce sont les mêmes que l'on retrouve quelques années plus tard, ayant grimpé l'échelle sociale.

L'Amérique n'est pas un pays en voie de stratification entre deux camps séparés de façon permanente, l'un celui des riches, l'autre celui des pauvres. Au contraire, c'est un pays qui offre aux jeunes et aux immigrants des chances de succès financiers sans précédents.

Si le riche et le pauvre sont, en grande part, la même personne à différents stades de sa vie, on peut se demander s'il y a quelque chose à objecter à l'inégalité qui résulte du fait qu'un travailleur expérimenté peut gagner plus qu'un individu à un âge plus précoce de sa carrière.

Ceci explique aussi pourquoi le taux d'inégalité s'est accru avec le temps.

En 1950, les individus dans leurs années de revenu maximum, soit 35-44 ans, gagnaient 50 % de plus que les jeunes entre 20 et 24 ans.

Aujourd'hui, le revenu maximum se situe entre 45 et 54 ans et est trois fois celui des 20-24 ans. C'est le reflet du changement de l'économie qui privilégie de moins en moins la force physique au profit du savoir et de l'expérience ; ou, si l'on préfère, pour reprendre une expression courante, le passage d'une économie industrielle à une économie de l'information.

4. L'on peut alors se demander pourquoi cette campagne pour dénoncer les inégalités de revenus aux USA a été lancée ?

Il faut remonter à leur sources qui sont d'abord le CBO, le Congress Budget Office, dont les affinités avec le parti Démocrate sont connues (son directeur a été récemment nommé président de l'Urban Institute, l'une des plus grands thinktank étatiste).

Partant des données du Census Bureau, en 1987, et à la demande du sénateur George Mitchel, le CBO s'est livré à toute une série de manipulations sur les chiffres pour arriver à prouver que le revenu de la famille moyenne avait baissé pendant la période Reagan et que seuls le 1% supérieur des revenus avaient bénéficié de l'expansion.

L'examen de ces manipulations dépasse le cadre de cet article mais les résultats étaient tellement contraires à la réalité visible qu'ils ont provoqué un tollé et, in fine, une rétractation du CBO.

La raison de ce biais se trouve en politique : comment faire élire un président démocrate lorsque l'Amérique est en pleine prospérité?

Le thème est d'abord de clamer qu'il y a chômage, puis lorsque celui-ci se résorbe, de prétendre que le plein emploi n'est réalisé qu'avec des "petits boulots". Lorsqu'il apparaît que ceci est manifestement faux, il faut bien inventer quelque chose et ce quelque chose, c'est l'inégalité croissante entre riches et pauvres pour laquelle, il est vrai, les chiffres paraissent au départ accablants. Ce thème est d'autant plus important pour les étatistes américains (et les français) que cette inégalité est indispensable pour justifier la continuation d'un État redistributeur et la survivance de la bureaucratie et des hommes politiques qui y ont attaché leur sort. Dire que l'inégalité est le fruit de l'âge signerait leur disparition.

*Institut français de recherche sur les admirlistratiorls publiques, directeur Bernard Zimmerrl, 8 rue d'Uzès, 75002 Paris Abonnement d'un an : 400 F

L'évolution du revenu moyen des familles américaines par "quintile"

( 1977-1986)

Quintile

1

2

3

4

5

Tous

Revenu en 1977

15.853

31.340

43.297

57.486

92.531

48.101

Revenu en 1986

27.998

43.041

51.796

63.314

97.140

56.658

% d'augmentation

77

37

20

10

5

18

Comme on le voit, les plus pauvres ont vu leurs revenus croître de 77% contre 5% pour les plus riches
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De L'Etat ou du marché, qui a la vue plus courte ?

Bernard Piard

Un des leitmotivs des partisans de l'intervention de l'État consiste à dire que le marché recherche le profit à court terme, qu'il est incapable d'avoir des vues à long terme et qu'il faut donc quelqu'un qui sache prévoir et faire des investissements pour les générations futures. Les exemples les plus variés viennent immédiatement à la bouche des étatistes, de droite comme de gauche : cela va de la santé, à l'éducation en passant par les centrales nucléaires ou les réserves foncières pour construire des équipements publics ou des logements sociaux...

Certes le marché des capitaux exige une rentabilité pour s'engager dans le financement de projets.

Mais cette rentabilité peut être fort lointaine et plus qu'hypothétique.

On l'a bien vu avec la réalisation du Tunnel sous la Manche. Mais on le voit actuellement avec le financement d'entreprises vouées au développement de l'Intemet qui lèvent, et plutôt facilement, des capitaux pour des projets qui n'auront aucune rentabilité avant plusieurs années mais dont les perspectives sont néanmoins promeneuses.

Et cela ne vaut pas seulement pour de petites start-up : un groupe comme celui de Canal + continue une belle carrière boursière tout en perdant de l'argent !

Le marché financier capitaliste est donc tout à fait capable de s'intéresser à des entreprises dont la rentabilité est lointaine ou incertaine.

Un autre argument des étatistes est que l'État, avec la garantie qu'il offre, pourrait emprunter dans de meilleures conditions et sur plus longtemps. Ce fut vrai pendant longtemps mais ce ne l'est plus.

Pour les conditions d'emprunt les meilleures sociétés privées obtiennent des taux aussi favorables que les états réputés les plus solvables.

Mais un nombre de plus en plus grand d'États sont considérés comme de mauvais risques... Et des groupes comme IBM ont trouvé de l'argent à emprunter sur cent ans, avec des intérêts payables in fine, à la fin de la période d'emprunt. Quel État aurait trouvé mieux? Qui prêterait aujourd'hui sur cent ans à l'État français avec un paiement des intérêts en 2100 ? , Le marché peut donc tout financer, à la seule condition que le produit ou le service qui résultera de l'investissement trouve sa place sur le marché concurrentiel. Ce qui n'est évidemment pas le cas, chez nous de la santé, de l'éducation, de la justice ou de la sécurité.

Mais il faut d'abord remarquer que les frontières entre ces monopoles publics et le marché concurrentiel sont variables d'un pays à l'autre. Des systèmes de soins aux personnes sont cotés à la bourse de New York. La Sécurité sociale française peut disparaître un jour, comme hier France Telecom, ou demain EDF...

Il faut ensuite noter que loin d'être le voyant extra-lucide qu'il s'imagine, l'État est bien plus souvent le roi des gaspillages et des erreurs colossales. Les petites entreprises font souvent des petites erreurs. Les monopoles publics se réservent les erreurs monumentales. Et présentent la facture aux contribuables...

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Le mépris et le mensonge régnent

Guy Millière

Regardez les livres qui paraissent en librairie.

Cherchez les ouvrages défendant des thèses libérales en économie ou en politique. Vous n'en trouverez pas. En fouillant bien peut-être parviendrez-vous à en dénicher un ou deux... Ce n'est pas qu'il n'y a pas d'auteurs libéraux en France, non : c'est plutôt que, à de rares exceptions près, les éditeurs à qui on proposerait des livres libéraux les refusent. Cela ne se vend pas, disent-ils. Et ils ont raison effectivement : cela ne se vend pas ou mal. Ce qui se vend ce sont les livres critiquant le libéralisme, les livres traquant son "omniprésence", sa "dictature sournoise".

Critiquer le libéralisme est dans la France intellectuelle d'aujourd'hui prendre la pose avantageuse du résistant et la prendre sans risque : l'ennemi qu'on prétend débusquer partout est en fait réduit au silence et à la marginalité.

Vous me direz peut-être que ces procédés rappellent ceux des pays totalitaires et vous n'aurez pas tort.

Sous Lénine et sous Hitler, il était de bon ton chez ceux qui pensaient bien de s'acharner contre un ennemi qui, pour l'essentiel, avait déjà été exterminé ou réduit au silence.

La différence avec Lénine et Hitler, bien sûr, est qu'il n'y a pas de camps de concentrations en France, pas d'extermination de masse. Les totalitaires d'aujourd'hui ont tiré les leçons du passé. Ils ne veulent pas être pris avec du sang sur les mains. Ils veulent rester propres sur eux. Ils ne censurent pas et ne mettent pas les mal pensants en prison. La captation de pouvoir n'est ni brutale ni violente :elle est insidieuse, douce, presque suave...

Vous pouvez penser autrement-Vous pouvez parler autrement. On ne vous frappera pas. On se contentera de vous ignorer. Si vous insistez, on vous fera comprendre que vous n'avez décidément aucun sens des convenances.

Ce qui se passe pour les livres et l'édition se retrouve pour la presse. Cherchez les magazines de large diffusion vecteurs d'idées libérales. Ce qui se retrouve pour la presse se retrouve pour la radio, pour la télévision, pour le cinéma, pour la politique. Un an et demi à l'avance, on sait déjà que les prochaines campagnes électorales en France opposeront sociaux-démocrates et démocrates-sociaux, à moins que ce ne soit l'inverse. Dans les sondages Démocratie Libérale est crédité de 3 % d'intentions de vote, deux fois moins environ que Lutte Ouvrière. Il est vrai, comme disent les journaux, qu'Arlette est si sympathique, alors qu'Alain Madelin, lui...

Étrange pays que la France d'aujourd'hui où défendre la liberté individuelle vous vaut presque de vous voir traité de fasciste dangereux et où prôner la destruction de toute forme de liberté devient brevet de générosité. Étrange pays.

Comment imaginer qu'à l'heure où les informations circulent de plus en plus vite sur la planète entière, un pays développé tel que la France puisse stagner à ce point dans la désinformation et s'auto étouffer dans la redondance d'une propagande de bas étage. Pauvre pays aussi...

A l'heure où, ailleurs sur la planète, les entreprises se créent par centaines chaque jour, chez nous les entreprises se créent au compte-gouttes et avec les pires difficultés. À l'heure où, ailleurs se créent des emplois producteurs de richesse, chez nous on crée des emplois de fonctionnaires et des emplois jeunes. La natalité se dégrade doucement, la population vieillit, les institutions éducatives forment une future génération de citoyens soumis, ceux qui entendent créer s'exilent, désespèrent ou pratiquent le cynisme. Ceux qui entendent vivre parasitairement du vol et du pillage se multiplient et on leur donne l'exemple au plus haut niveau. Le mépris et le mensonge règnent.

Rarement les forces menant au déclin auront été si visibles.

Rarement il aura été si difficile de les dénoncer. Ce qui se passe est un crime. Mais les criminels tiennent des discours aux allures bienveillantes et les victimes sont sous hypnose.

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Le clivage droite-gauche conditionne bel et bien la gouvernabilité de la France !

L' affaire de la mobilisation générale européenne contre la formation d'un gouvernement d'entente à droite en Autriche, exemple unique d'ingérence dans les affaires politiques intérieures d'un État paisible, démocratique, membre de l'Union, aura certainement, forcément, des conséquences sur la vie politique de tous les États membres. Espérons que les Chirac, les Prodi et autres eurocrates n'auront pas joué les apprentis sorciers...

La manoeuvre, grossièrement résumée, est assez claire : la droite conservatrice est majoritaire partout en Europe au niveau de l'opinion. C'est la conséquence logique principalement de l'effondrement des expériences collectivistes et accessoirement du vieillissement rapide des populations.

Les citoyens d'expérience privilégient les solutions qui marchent. Et ils ont raison !

Mais la droite est diverse. Réunie,comme l'est la gauche, dite plurielle, elle serait à peu près partout dominante. Pour l'emporter, la gauche doit donc impérativement la diviser, la morceler et dresser une fraction contre l'autre. D'où la construction du mythe du danger contemporain de l'extrême droite.

Non pas qu'il n'y ait pas eu, dans l'histoire, un totalitarisme de droite, tristement incarné en Allemagne par le parti national socialiste. Mais celui-ci a été militairement défait et détruit, d'ailleurs non sans mal, il y a déjà 55 ans. Il avait provoqué plusieurs millions de morts.

La gauche est l'ennemie du peuple

Son totalitarisme jumeau, qui l'avait précédé, et qui lui a survécu, a fait 10 ou 20 fois plus de morts. Et pourtant l'opprobre qu'il doit aujourd'hui subir est ultra léger.

Il n'y a aucune raison de choisir entre l'un et l'autre de ces deux totalitarismes du XXe siècle.

Comme disait Marcel Camus « le nazisme est le crime organisé contre l'espèce humaine divisée en races, tandis que le communisme c'est le crime organisé contre la société humaine divisée en classes»

Mais force est de constater que le nazisme est mort, que personne ne se réclame de lui, tandis que les partis communistes, criminogènes, continuent à prospérer, financés qu'ils sont par l'argent public...

D'où la construction artificielle et sans fondement du concept de l'extrême droite, désormais labellisé par l'UE : car si la droite n'était pas artificiellement, du point de vue de ses électeurs, coupée en deux, la gauche partout serait ultra-minoritaire et durablement éloignée du pouvoir. Mais c'est le contraire qui se passe...

À partir du moment où une moitié de la droite est mise hors jeu par un procès médiatique permanent, les tenants de la pensée unique ont alors beau jeu de plaider eux-mêmes pour la restauration d'un clivage droite-gauche.

L'intellectuel anti-FN Pierre-André Taguieff peut même déclarer à l'Express "le clivage droite-gauche doit être défendu, si affaibli soit-il, pour sa valeur fonctionnelle : il conditionne la gouvernabilité de la France". Pour la gauche, si la droite est coupée en deux, en effet, vive le clivage droite-gauche (c'est-à-dire fausse droite et vraie gauche) !

Symétriquement François Bayrou a dit : "les grandes réformes ne se réalisent que lorsque l'on dépasse le clivage droite-gauche". Car la fausse droite ne sait pas comment se sortir de la confusion dans laquelle elle s'enferme elle-même...

Pense-t-on à la CSG, au RMI ou à la politique de la ville ? L'ennui est que les grandes réformes en question sont toujours de gauche...

Car la fausse droite, pour tirer profit de la confusion dans laquelle elle s'enferme elle-même, se retrouve dans l'obligation de pencher toujours du côté de ses adversaires...

Aujourd'hui en Autriche, demain en France, le peuple retrouve la parole. Car c'est lui le souverain. Sauf si les partisans du politiquement correct et de la pensée unique se révèlent être ce qu'ils sont vraiment et qu'ils ont toujours été : des ennemis farouches de la démocratie !

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