Sommaire des 4 vérités N°253 Samedi 4mars 2000
Cohabitation: un piège dans lequel Chirac est tombé trois fois !
La cohabitation-partage des pouvoirs est un système hybride qui n'existe nulle part ailleurs qu'en France. Partout l'exécutif est un. Soit que la séparation des pouvoirs se trouve fermement posée par la Constitution, soit qu'un régime d'assemblée donne à la fois les pouvoirs législatif et exécutif à une même majorité. C'est le bon sens et le minimum qu'exige l'efficacité démocratique.
Dans la Constitution taillée sur mesure pour le général de Gaulle, le Premier ministre, qui dispose seul de l'administration, tient sa nomination du président de la République et sa légitimité d'une majorité qulil contrôle au Parlement, La divergence de la durée des mandats devait un jour ou l'autre aboutir à la situation surréaliste de la cohabitation.
Au moins, avec la pratique mitterrandienne de la dissolution dans la foulée des élections présidentielles, les périodes de cohabitation n'ont-elles duré que deux années, en fin de chacun des deux septennats concernés.
Avec la dissolution-suicide de 1997, la France s'est engagée dans une cohabitation de longue durée, synonyme de paralysie du pouvoir.
Pendant que les socialistes attendent la deuxième phase des réformes de Lionel Jospin, la fausse droite demeure tétanisée par les ambitions intactes de Jacques Chirac.
Depuis 1997, toute la vie politique intérieure tourne autour de la prochaine élection présidentielle de 2002. Même la politique extérieure de la France en subit maintenant les contrecoups. Car le dérapage verbal du Premier Ministre en lsraël ne s'explique que par des considérations électoralistes.
Or Jacques Chirac est clairement sur une pente de perdant.
Après avoir perdu les législatives anticipées, puis les élections régicnales et les Européennes, il va entraîner avec lui la défaite de son camp aux municipales,puisa nouveau aux législatives. Qu'elle chance a-t-il de gagner la présidentielle après avoir perdu une deuxième législative, programmée six semaines avant la prochaine présidentielle?
La démocratie exige le respect des règles qui seules permettent l'atemance. La cohabtafion de longue durée est la négation de ces règles. Et Jacques Chirac sera le fossoyeur des institutions qu'il avait le devoir de défendre ; et le tueur de la droite dont il a prétendu être le champion.
Après avoir procédé en 1997, avec le succès que l'on sait, à la dissolution de l'Assemblée Nationale en France, Jacques Chirac vient de mettre en marche la dissolution de l'Union Européenne.
Caracolant à la tête des sociaux démocrates de tous les pays, notre Président a condamné sans retenue et sans nuance les électeurs autrichiens qui ont eu l'insolence de porter au pouvoir une majorité de droite sous la direction d'un chancelier démocrate-chrétien.
Coupable "d'aucune ingérence" (ses yeux) dans les affaires intérieures d'un pays jusqu'alors ami, Chirac n'a pas cessé de fulminer des excommunications contre une alliance électorale qui comporte le grave inconvénient de renverser le pouvoir des socialistes.
Ailleurs que dans les médias français, on ne considère pas cette attitude comme normale ni convenable. Du Danemark à la Grande-Bretagne, en passant par l'Italie, la position adoptée par le Président français apparaît lourde de menaces pour le fonctionnement de l'Union Européenne. Chirac, non seulement a cassé ii l'axe franco-allemand », mais il a mis aussi à mal la conception de la construction européenne qdun de ses illustres prédécesseurs avait appelé "l'Europe des nations", à laquelle presque tout le monde s'est rallié, y compris Jacques Delors récemment.
À la manière de Brejnev, le Président français a proclamé "la souveraineté limitée" des états membres de l'Union Européenne, et, comme il s'agit de démocraties, le droit de contrôle par lui-même sur les opinions des électeurs des autres pays et sur les intentions de leurs gouvernants.
Mais, surtout, qu'on ne lui parle pas « d'ingérence » ! Le mot fait certainement horreur à ce champion de « l'indépendance nationale ».
Les Autrichiens sont condamnés au nom de suppositions étalées à longueur de pages dans « Le Monde ». Ce sont des nazis génétiques. On les presse d'expier des crimes commis soixante-deux ans plus tôt le pire de tous étant ce plébiscite de 1938 par lequel ils demandèrent l'annexion de leur pays au Reich à une majorité de 99,72 %. Et ce chiffre que Goebels avait claironné, après que l'Autriche eut été envahie, quadrillée parla police et obligée de voter sous le contrôle nazi, comme ailleurs sous le contrôle communiste, ce chiffre qu'un enfant de dix ans suspecterait d'être truqué, sert inlassablement d'argument aux supporters gauchistes de la pensée élyséenne...
Comment l'Union Européenne, telle qu'elle a été conçue jusqu'ici, pourrait résister à de telles manoeuvres ? Comment les états de l'Europe de l'Est qui ont subi les effets de la souveraineté limitée pendant cinquante ans auraientils envie d'entrer dans une telle pdson des peuples ?
On parle beaucoup, en préparation à la présidence française de l'Europe, « d'élargissement ».
Ne faudrait-il pas prendre ce mot dans son sens carcéral ?
1. Qu'est-ce qv'une démocratie ?
C'est un système politique fondé sur « 4 Vérités ».
Première Vérité : Le pouvoir exécutif est exercé parles représentants des citoyens élus pour diriger l'État et ses fonctionnaires.
Deuxième Vérité : Le pouvoir législatif est exercé par les représentants des citoyens élus pour voter les lois, contrôler le pouvoir exécutif et accorder à l'État les moyens financiers de son fonctionnement.
Troisième vérité : Les représentants élus par les citoyens s'assurent que les fonctionnaires sont bien au service de l'État et que l'État soit bien au service des citoyens et non pas l'inverse.
Quatrième vérité : Le pouvoir judiciaire est exercé par des magistrats indépendants qui rendent la justice au nom, et en faveur des citoyens.
2. Qu'est devenue la Ve République ?
Première vérité : Le pouvoir exécutif est exercé par de hauts fonctionnaires qui occupent la Présidence de la République et 95 % des Postes de Ministres.
Deuxième vérité : Le pouvoir législatif est exercé par d'autres fonctionnaires qui détiennent près des 4/5e des sièges de députés et ne peuvent évidemment pas contrôler leurs chefs installés à la tête des ministères.
Troisième vérité :
L'indépendance du pouvoir judiciaire est très relative car les Magistrats dépendent en partie du pouvoir exécutif lui-même exercé par les hauts fonctionnaires.
Quatrième vérité : La conséquence logique de cette situation est que les Français, redevenus des « sujets », ont été mis au service de l'État, qui luimême, se trouve en grande partie au service des
fonctionnaires. L'illustration la plus frappante de cette situation est le terme employé par les médias lorsque nos fonctionnaires envisagent une baisse de l'impôt : on parle alors de « cadeau » octroyé aux Français.
Conclusion
Pour que la France redevienne une démocratie, il est indispensable que soit adoptée la règle d'or en vigueur en Angleterre et aux États-unis, bien sûr, mais aussi dans d'autres pays d'Europe, selon laquelle un fonctionnaire peut se présenter aux élections mais lorsqu'il est élu, doit faire le choix :
- soit se lancer dans la carrière politique, et dans ce cas, donner sa démission de fonctionnaire,
- soit demeurer fonctionnaire, et dans ce cas, renoncer à son mandat électoral.
Dans une démocratie, nul ne peut être serviteur de l'État et prétendre en même temps le diriger ou le contrôler au nom des citoyens.
Alexis de Tocqueville l'avait compris il y a plus de 160 ans.
A la Une du « Monde » du 22 février 2000, un a gros titre « L'ultralibéralisme n'est pas une fatalité». Sous ce titre, on présente sous la mention « Bonnes Feuilles » de larges extraits du nouveau livre de Viviane Forrester (« Une étrange dictature » chez Fayard).
Pour « Le Monde » : le Forrester nouveau est arrivé, précipitons-nous donc tous sur le zinc pour en déguster toutes les saveurs. Et ces saveurs sont grandes, si nous nous référons au succès du précédent cru, « L'horreur économique » a été tiré à 350 000 exemplaires.
Par toute cette mise en scène « Le Monde » pousse tout homme un peu cultivé à acheter ce nouveau livre. Avant d'acheter analysons cette présentation « mondiale » du livre.
D'abord, dans le titre du journal, le néologisme « ultralibéralisme » a été préféré au mot normal « libéralisme ». De plus, quand le mot « libéralisme » est utilisé, il l'est pratiquement toujours avec le qualificatif de « sauvage ». On aimerait connaître la différence existant entre le libéralisme et l'ultralibéralisme. Mais, y a-t-il vraiment une différence ?
En associant au mot « libéralisme » le préfixe « ultra » ou le qualificatif « sauvage », on lui associe systématiquement une connotation négative. On ne cherche plus à nous informer avec objectivité, en nous laissant libres de nos choix. On nous indique en permanence ce qui est mauvais. Le procédé est parfaitement connu. On n'essaye plus de démontrer qu'on a raison, on affirme « sa » vérité. Le libéral, celui qui ne pense pas comme nous, a nécessairement tort, il ne peut être qu'ultra, donc excessif (ou sauvage,donc inculte).
Le procédé a un nom : la propagande. La propagande sous toutes ses formes est vieille comme le monde. Elle a toujours été utilisée par les dictatures : les communistes ou les nationaux-socialistes ont dépensé des énergies folles pour détruire ainsi leurs adversaires.
Ce détail sémantique a un intérêt, essentiel pour nous, pauvre lecteur. Il nous permet immédiatement de savoir qu'on ne cherche plus à nous informer objectivement, mais qu'on a l'intention de nous désinformer.
Pour Saint Bernard, il y avait deux façons de communiquer, deux dialectiques. La dialectique du diable, où chacun essaye d'imposer à l'autre sa part de vérité : la recherche de la vérité piétine. Et la dialectique de Dieu, où chacun apportant à l'autre sa part de vérité, tous progressent dans la connaissance de la vérité. Nous pensons que la vérité finit toujours par triompher : nationalsocialisme et communisme se sont effondrés, malgré leurs propagandes.
Malheureusement, la propagande retarde toujours l'évolution d'un peuple vers la vérité.
Pour conclure, nous pensons que la lecture de Saint Bernard risque d'être plus utile que celle de Viviane Forrester.
Peut-on être catholique et libéral ?
Voici quelques mois, notre ami Patrick Simon a publié un ouvrage qui n'a jusqu'ici pas reçu l'accueil qu'il mérite, J'espère qu'après avoir lu les lignes qui vont suivre, les lecteurs des Quatre vérités vont se précipiter nombreux chez leur libraire pour commander l'ouvrage en question. J'espère aussi que ce sera pour les lecteurs l'occasion de s'intéresser de plus près aux publications de l'éditeur de l'ouvrage : François-Xavier de Guibert.
François-Xavier de Guibert est un homme de droite et de droiture, chacun des ouvrages qu'il publie est une pierre ajoutée à notre combat commun vers le retour à la liberté, à l'éthique et à la dignité. C'est aussi un homme d'une haute qualité intellectuelle et d'un grand courage: sans lui un ouvrage aussi essentiel que "Les nations suicidaires" de Yves Marie Laulan n'aura pu voir le jour.
Sans lui aussi nul n'aurait, voici dix ans, au cœur des bacchanales républicaines organisées pour commémorer la sanglante, funeste et si peu libératrice révolution de 89,pu entendre encore la voix de Louis XVI, dernier roi de France, homme digne, homme éthique et dernier souverain d'une ère où la France fut pleinement grande et digne.
Dans son livre, "Peut-on être catholique et libéral"?, Patrick Simon ne se contente pas de répondre par l'affirmative, démonstrations à l'appui, ce qui n'est déjà pas rien dans un pays encore essentiellement catholique et où trop de catholiques, lobotomisés par le martèlement médiatique, croient encore que le libéralisme est porteur d'égoïsme et donc incompatible avec les valeurs du catholicisme ; il nous offre l'une des meilleures et des plus synthétiques analyses en langue française des racines chrétiennes des idées de droits de l'homme et de liberté telles qu'elles remontent à Saint Thomas et aux membres de la trop méconnue école de Salamanque, II nous montre aussi, en une analyse jamais menée de manière aussi fine jusqu'à ce jour, la parenté étroite entre l'école de Salamanque et le courant économique autrichien qui ne cesse d'irriguer la pensée contemporaine.
Cette analyse le conduit à souligner la dimension effectivement éthique du libéralisme. "II faut que l'homme soit libre, parce qu'il est juste et naturel qu'il le soit, indépendamment des conséquences collectives heureuses pour la société et même si ces conséquences n'existaient pas", Elle le mène, en une approche pénétrante de George Gilder, à expliquer que le capitalisme libéral accomplit ce qu'il y a de plus grand en l'être humain en lui permettant de comprendre que "l'esprit précède et transcende la matière".
Elle le mène enfin à discerner que la différence essentielle entre socialistes et libéraux est bien plus grave et bien plus profonde qu'une simple divergence politique et a à voir avec la vérité au sens le plus essentiel du terme et avec la dignité même de l'être humain.
Un socialiste n'est pas quelqu'un qui se trompe, c'est quelqu'un qui viole délibérément la vérité et qui se dirige vers l'irrespect de l'être humain même. Un libéral est quelqu'un qui a en commun avec un catholique un infini respect de la vérité et un respect tout aussi infini de l'être humain. Comme l'être humain par définition est responsable et capable de choisir, libéralisme et catholicisme, ajoute Simon, impliquent un marché libre porteur par définition de la responsabilité et de la capacité de choisir. La restriction à la liberté du marché, inhérente à tout socialisme, implique, elle, négation de la responsabilité et de la capacité de choisir, donc négaton de l'être humain par définition...
Peut-on mieux dire, et de façon plus précise et plus concise, que le socialisme est par définition porteur de l'essence de tout crime contre l'humanité ?
Peut-on mieux dire que le combat libéral est un combat où il en va de la conception chrétienne et catholique de l'homme, un combat pour cette droiture matricielle qui fait d'un homme un homme?
Patrick Simon, « Peut-on être catholique et libéral ? », FX.de Guibert, 1999, 120 FF
Les partis de la fausse droite ont d'abord un problème de légitimité !
A Paris,les milieux politiques comme les a médias se délectent depuis plusieurs semaines de l'affrontement entre Bertrand Delanoë et Jack Lang pour obtenir l'investiture des 3 500 militants du PS et ainsi le leadership pour la prcP chaine campagne municipale dans la capitale. Les coups bas pleuvent et les perfidies se multiplient. Certes. Mais personne ne doute qu'à la fin du mois de mars l'un des deux postulants l'aura emporté sur l'autre,que ce dernier acceptera le verdict des électeurs du PS et que le parti tout entier fera campagne pour gagner et battre, si c'est possible, les adversaires de la droite. À gauche, au PS, les rivalités et les conflits existent, mais il y a aussi des procédures qui permettent de les surmonter et d'aboutir à un front uni le jouroù tous les électeurs sont convoqués aux urnes. C'est d'ailleurs de cette matière que Lionel Jospin a été désigné comme candidat de son parti à l'élection présidentielle de 1995, devenant de ce fait le numéro un de son parti.
Il n'en est pas du tout de même à droite. Ni pour celle-ci en général, ni même au sein de chacune de ses formations politiques.
Prenons le cas du RPR. Le maire de Paris sortant, Jean Tiberi, fidèle d'entre les fidèles de Jacques Chiraç a annoncé qu'il était candidat à sa propre succession.
Ce qui ne devrait étonner personne : c'est en effet un des usages les mieux établis de la vie politique française, à droite comme à gauche, que les élus sortants ont priorité sur tout autre pour briguer un nouveau mandat. Ce qui n'est à peu près ja mais contesté, en tout cas au sein d'une même formation
politique.
MaisJeanTiberi souffre d'une notoriété moindre que celle de son prédécesseur et il se retrouve impliqué dans plusieurs enquêtes ou procédures judiciaires qui ternissent son image. Des sondages ont été publiés qui donne à penser que plusieurs personnalités de son parti seraient susceptibles de rassembler un plus grand nombre de suffrages. Mais il est vrai qu'un sondage réalisé plus d'un an avant l'échéance ne peut donner que des indications très sujettes à caution...
On se demande pour qu'elle raison l'assemblée des militants RPR de Paris n'est pas tout simplement appelée àtrancherce conflit.
Surtout que ce parti compterait quelque 4 500 militants, davantage que le PS.C'est d'ailleurs ce qui a été proposé parJeanTiberi.Mais oette solution n'a à peu près aucune chance d'être retenue : car ses compétiteurs le soupçonnent fortement d'avoir recruté à tour de bras des militants qui lui sont dévoués, souvent, sans doute parmi les 38000 salariés de la municipalité...
Se pose alors la question de la légitimité. Quand ce n'est pas les militants qui sont appelés à trancher de tels conflits, qui peut l'être ? La présidente Michèle Alliot-Marie ? Jacques Chirac luimême ? Mais l'une comme l'autre ne prendront certainement pas le risque de s'entendre rétorquer par l'intéressé qu'il se maintient quand même.
Aujourd'hui, les partis politiques ne peuvent fonctionner, en particulier pour la désignation de leurs candidats, que sur la base de procédures internes à caractère indiscutablement démocratique.
La fausse droite, dans l'état où elle est a un problème général avec la démocratie et avec son souverain le peuple. Ses chefs prétendent s'autodésigner sous les applaudissements des médias.Et,quand ils accèdent au pouvoir, trouvent normal de faire une autre politique que celle attendue par les électeurs qui ont voté pour eux. Au besoin, pour les décisions les plus importantes - politique étrangère, construction européenne,immigration... - le peuple ne sera jamais consulté.
Dans une de ses pièces, Bertold Brecht avait imaginé qu'au lieu d'être renvoyés par le peuple, des dirigeants politiques renvoyaient le peuple, et que ce dernier,comme souverain,était dissout.A droite,nous y sommes !