Sommaire des 4 verites N°266 Samedi 10 juin 2000
Lundi dernier,face aux deux journalistes qu'il avait convoqués dans son bureau de travail, à l'Elysée, pour expliquer aux Français, par leur intermédiaire, les raisons de sa conversion au quinquennat,Jacques Chirac a été si peu convaincant que beaucoup d'observateurs se sont demandés si ce n'est pas délibérément que le Président de la République avait mis si peu de force et de flamme pour s'adresser à ses compatriotes.
Il ne s'agit pas seulement de la forme des propos présidentiels, plutôt médiocre, mais bien plutôt du fond, et même peut être de la doctrine qui soustend finalement le comportement du chefde l'Etat.
Il a dit par exemple : « si la réponse est oui, c'est bien ; si elle est non, c'est bien »... On peut difficilement prendre davantage de distance par rapport à un projet dont on insiste par ailleurs pour dire que c'est le Premier Ministre, Lionel
Jospin, qui en a pris l'initiative.
Après l'avoir longtemps refusé - il faut, en effet, remonter à 1993 pour retrouver une déclaration de Jacques Chirac favorable au quinquennat, mais, à l'époque, tout était bon pour affaiblir François Mitterrand... - il ne l'accepte donc que pour la raison que cela ne devrait avoir que des conséquences très limitées sur la pratique constitutionnelle. C'est toujours une drôle de façon de vendre une réforme que d'expliquer qu'elle sera sans grande importance...
Ce comportement a un nom: il s'appelle opportunisme;cet art d'agir selon les circonstances, érigé en doctrine au début de la Troisième République par un certain Léon Gambetta ! On le croyait adepte du radicalisme illustré en Corrèze par le Père Queuille. Il faut, en fait, remonter plusieurs dizaines d'années en arrière pour retrouver un homme d'Etat non pas irrésolu, mais à ce point dépourvu de projets, comme de convictions idéologiques.
Chacun sait que la philosophie sociale marxiste dénonce le scandale de l'appropriation par les « capitalistes » des moyens réunis au service du couple production/distribution. L'idée d'exploitation, si chère à la propagande socialiste, lourde d'une connotation immorale, est la source même du dit « scandale » et a, depuis plus de deux siècles, dominé, directement ou non, l'ensemble des thèses économiques.
La justice suprême ne pouvait donc être atteinte que par la restitution intégrale de l'outil de production/distribution au prolétariat, lequel, en conséquence, était destiné à s'emparer des commandes du système politique, annonçant l'harmonie définitive à travers la « dictature du prolétariat ». Ainsi, l'appropriation des outils économiques par l'Etat prolétarien a constitué la perspective traditionnelle du marxisme-léninisme, noyau d'une propagande intense propre à séduire les masses toujours sensibles à la primarité du sentiment de justice. L'histoire, détentrice de la vérité dernière, par l'effondrement dramatique de l'utopie marxiste, en a révélé l'irrationalité foncière...
Conséquence: la « dictature du prolétariat » avec son contexte fascisant a été offciellement larguée - sur le plan du principe du moins.
Quant au slogan sacro-saint « la Révolution ou la mort », il a laissé la place à une réalité inéluctable, celle du « libéralisme ou la mort ».
Effectivement, les buttes témoins du paléo-communisme que sont Cuba, la Corée du Nord et le Vietnam auraient depuis longtemps sombré si l'Occident, tolérant et étourdi, ne les avait maintenues la tête hors de l'eau.
Se trouve ainsi réglée la question de la production, et la gauche a, en gros, compris finalement qu'en condamnant l'économie de marché, elle se condamnait elle-même.
Reste alors la distribution, son dernier bastion. De sorte que les vociférations stéréotypées du type « libéralisme sauvage », en fait, portent moins sur les principes de la production capitaliste que sur les modalités de la distribution inscrites dans le chapitre traditionnel de la « justice distributive » qui pourrait s'appeler, ici, la « distribution par la justice ».
De sorte que le repli idéologique sur la redistribution des richesses est en voie de constituer le socle d'une idéologie hybride et paradoxique qui devrait s'appeler « capitalisme marxiste » (ou marxisme capitaliste), édifié sur un nouvel axiome implicite.
En effet, la production abondante de biens étant assurée par le système privé (n'assiste-t-on pas à travers le monde à la multiplication des privatisations?), la justice marxo-capitaliste se charge d'en assurer la répartition selon les exigences toujours plus pressantes d'une morale dite « humanitaire » le mot est à la mode). L'axiome en question consiste à affirmer l'indépendance des deux termes, production et distribution. « Vous, les capitalistes, produisez, nous socialistes, nous nous chargerons du reste ».
Telle serait la réconciliation historique enfin réalisée entre économie et justice. Les riches, désormais, ne sont plus voués à la Géhenne et passant à travers le chas des aiguilles, ils pourront, par la porte entrouverte, accéder au Paradis (qu'ils soient de droite ou de gauche)...
Malheureusement pour les âmes généreuses, la dure réalité des choses, ignorant la morale, avec le temps, finit par triompher.
En effet, à y regarder de plus prés, les services sont une autre forme de production, ce qu'a ignoré Marx et ses émules. Il faut donc considérer l'activité commerciale comme productrice de biens, au même titre que l'agroalimentaire ou l'industrie automobile. Or, à toutes les époques et sous toutes les latitudes, l'incitation à produire s'appelle le profit et lorsque ce dernier n'est plus en rapport avec l'effort dépensé pour le produire, l'incitation normalement stimulée par liberté d'entreprendre s'effondre et laisse la place aux formes variées de la coercition collectiviste. C'est on s'en doute - le même phénomène qui s'applique au prélèvement de l'impôt dont le principe préside à la redistribution dont on peut dégager la règle selon laquelle propension au travail et impôt varient en raison inverse l'un et l'autre.
Se trouve ainsi mis en brèche l'axiome cité plus haut, qui fonde discrètement la nouvelle économie socialiste : celui de l'indépendance mutuelle de la production et de la distribution. « Les faits sont têtus » répétait Lénine, après bien d'autres d'ailleurs.
Cependant, la logique de la nature finit toujours par triompher. Il suffit d'attendre.
Impôts: on est les champions », titrait récemment un hebdomadaire,en reprenant un article d'un magazine américain,qui place la France en tête du classement mondial du harcèlement fiscal : médaille d'or de "l'exception française" que nul ne nous envie...
C'est hélas un constat.
Avec un taux de prélèvements obligatoires de 45,7 % du P.I.B., nous arrivons en ème position derrière les pays scandinaves.
Mais, en intégrant les déficits des budgets de l'État et des organismes publics, nous les laissons sur place dans le sprint final pour nous propulser au plus haut niveau sur le podium !... La dette publique s'élève à 5500 milliards de Fr.., soit plus de 70 % du P.I.B. annuel... C'est délirant. Avec 7 millions de fonctionnaires et d'agents à statut équivalent, soit 25 % de sa population active, la France détient de loin la médaille d'or.
Sommes-nous pour autant mieux administrés? Au niveau des résultats - taux d'analphabétisation record produit par le système scolaire, insécurité, record mondial des journées de grève, système de santé en dégradation constante...
- la perplexité s'impose.
Le magazine citait J.B. Colbert qui disait à son souverain: "L'art de lever l'impôt consiste à plumer l'oie sans la faire criailler".
Question: Pourquoi l'oie... le contribuable et/ou le cotisant social) "ne criaille-t-elle pas"?
Tout simplement parce qu'elle souhaite être gavée et qu'elle est anesthésiée.
Elle souhaite être gavée de redistribution. Elle est persuadée que ce qu'elle obtient n'est pas payé avec son argent.., puisqu'il est public!... Anesthésiée... elle ne se rend pas compte que pour la gaver.., on la plume!... Quel est donc l'anesthésique ? Il tient au système indolore de prélèvement savamment institué avec un recours massif, unique au monde, aux intermédiaires collecteurs d'impôts.
sur un total de prélèvements obligatoires collectés de 4000 milliards de Francs, à peine 15 % tout au plus ont la vertu paradoxale d'être... douloureux, tels par exemple l'impôt sur le revenu pour la moitié des foyers fiscaux (l'autre moitié en étant exonérée !...) Prenons le cas des taxes sur l'essence : taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), TVA, droits de douane, redevance I.F.P. etc, lorsque l'automobiliste paie au pompiste 7,50 F par litre, il supporte 5,14 F de taxes. Pas plus l'automobiliste en faisant le plein de son réservoir que le pompiste en réglant la société de pétrole et que le trésorier de ladite société en réglant le receveur des douanes n'ont ressenti de douleur fiscale particulière. En serait-il de même si l'automobiliste avait dû établir deux chèques et deux bordereaux de cartes de crédit, l'un au profit du pompiste: 2,36 F, l'autre au profit du Trésor Public : 5,14 F ?
Certains prélèvements obligatoires s'avèrent douloureux, donc vertueux pour certains, et indolores pour d'autres.Tel est le cas de la CSG et de la CRDS. Auraient-elles été multipliées par 3 en 8 ans si les salariés et les retraités avaient eu à la régler eux-mêmes ? Les cortèges Nation-Bastille ou vice versa en auraient eu raison...
L'impôt sur les sociétés n'est pas ressenti avec la même douleur vertueuse selon la taille de l'entreprise.
Cette analyse fiscalo-animalière fournit la trame de là réforme logique du système.
Pour réduire l'incitation au gavage,il faut réduire l'anesthésie, accentuer la douleur des prélèvementsobligatoires donc transférer le plus possible les prélèvements directement sur les individus cotisants contribuables et.,. électeurs.
Par exemple: immédiatement collecter les charges sociales patronales et salariales, les CSG et CRDS, sur les salariés et pensionnés, les employeurs et caisses de retraite leur versant bien entendu les salaires et pensions bruts, majorés de toutes les cotisations.
Les règlements périodiques mensuels ou trimestriels seraient à la charge des salariés et pensionnés par prélèvements d'acomptes sur leurs comptes bancaires ou postaux et basés sur les revenus de l'année précédente. La régularisation serait opérée d'après les déclarations des revenus, rubrique, salaires et pensions de l'année en cours.
Les cotisants contribuables prendraient rapidement conscience du coût pharaonique de leur système de protection sociale et imposeraient les réformes indispensables. D'un seul coup plus de la moitié des prélèvements obligatoires auraient acquis cette vertu paradoxale de devenir douloureux.
L'inversion du comportement des cotisants-contribuables-électeurs est le préalable indispensable à la réduction des dépenses publiques. Toute autre démarche se heurtera aux corporatismes des droits acquis et échouera en laissant l'opinion publique indifférente.
L'oie est un animal redoutable s'il souffre !
La publication de l'ouvrage « Libéralisme », de Pascal Salin, est l'un des événements les plus importants dans l'histoire de la pensée libérale française au cours de ce demi-siècle. Il s'agit en fait, et sans exagération aucune, du premier traité théorique fondamental de la pensée libérale française depuis le temps de Jean-Baptiste Say. Et il nous semble important de lui accorder en ces colonnes la place qu'il mérite.
Commençons par dire que, malgré la limpidité et la lumineuse précision de l'écriture (Salin est un maître de la démonstration), ce livre n'est pas d'un accès aisé.
Tant nous avons été habitués au prêt-à-penser indigent,que nous trouver confrontés à un ouvrage de qualité intellectuelle élevée peut nous surprendre. Continuons en disant que Salin a choisi de se situer dans la perspective de la durée plutôt que dans celle du succès éphémère. Proposer un ouvrage de plus de cinq cent pages alors que le lecteur moyen est habitué à des textes de la taille d'un confetti dénote une haute ambition.Terminons en disant qu'outre la dimension, le prix pourra paraître un obstacle à certains de ceux qui serons tentés de le lire...
Il faut absolument surmonter cet obstacle, comme tous les autres d'ailleurs. Il est des livres qu'on lit et qu'on délaisse une fois lus. Le livre de Pascal Salin est de ceux dont on a envie d'annoter chaque page tant sa richesse foisonne, de ceux vers lesquels on vient et on revient sans cesse, de ceux qui vous hantent et imprègnent votre esprit longtemps après qu'on les ait rangé dans sa bibliothèque. Je serais presque tenté de dire qu'il s'agit là, d'emblée, d'un classique: dans lequel on se plongera encore dans dix ou dans cent ans pour s'abreuver de paroles nécessaires et de lucidités indispensables.
Page après page, chapitre après chapitre, Salin redéfinit, pose une à une les pierres d'un édifice virtuel qui nous concerne au plus haut degré: celui susceptible de permettre la restauration de notre liberté, notre souveraineté, notre futur.
Nous sommes tombés très bas, nous dit Salin. Nous ne sommes pas dans le règne du capitalisme libéral énoncé par Francis Fukuyama voici quelques années. Nous sommes dans l'ère du triomphe de la social-démocratie (« combinaison de l'omnipotence d'une minorité élue et de l'économie mixte »). Nous ne sommes pas dans une ère de connaissance, mais d'endoctrinement et de falsifications multiples où les mots eux-mêmes ont perdu leur sens. « Ce qui nous guette n'est pas l'ennui mais l'arbitraire et la violence ».
Le socialisme ne dit plus son nom et le libéralisme lui-même n'est plus dans ce que les journaux appellent libéralisme dès lors que les journaux, et nombre d'économistes, même parmi ceux qui se disent libéraux, oublient cette dimension essentielle: le libéralisme n'est pas une doctrine économique, non, c'est un humanisme, une éthique, la seule éthique digne de ce nom en ces temps interlopes.
Pour expliquer l'essence éthique et humaniste du libéralisme (pour expliquer en fait, que le libéralisme est la forme contemporaine de l'humanisme et de l'éthique), Salin réexpose ce qui doit l'être. La propriété n'est pas une notion parmi d'autres, elle est l'origine et le fondement de toute liberté, l'essence du respect de la nature de l'homme dès lorsque l'homme vit en société (et l'homme est par définition un être vivant en société). Le seul droit digne de ce nom est le droit naturel (faire de l'état la source du droit, explique Salin, équivaudrait à annihiler l'idée même de droit). La logique fondamentale, dans les relations entre êtres humains dès lors qu'il y a civilisation au sens propre du terme, est celle de l'échange libre, vecteur de satisfaction mutuelle et catalyseur de responsabilité ("être responsable" , note Salin, "c'est décider soi-même"). L'échange libre est l'essence même de la liberté, ajoute Salin, et il importerait d'en finir avec cette exaltation de la démocratie faisant de celle-ci l'équivalent du respect de la liberté individuelle:
la démocratie est toujours moins respectueuse de la liberté et de l'individu que l'échange contractuel et « une société non démocratique peut se révéler plus respectueuse de la liberté individuelle qu'une société démocratique ». Plutôt que de prendre pour référence la démocratie, un libéral, un humaniste, devrait se tourner vers l'entreprise, fruit fécond de l'ordre spontané, «noeud de contrats», et objet d'un « contrôle continu » par les consommateurs qui se révèle bien plus efficace qu'un contrôle épisodique et souvent biaisé par les électeurs...
Les fondements posés, Salin montre, dans la seconde moitié du livre, comment ils fonctionnent et comment ils s'appliquent en divers domaines.
La bourse, si fustigée en ces temps d'impostures intellectuelles, n'est elle-même, comme l'entreprise, rien d'autre, nous dit-il, que l'un des fruits de l'ordre spontané et, loin d'être parasitaire. L'activité boursière crée de la richesse en permettant aux entreprises de trouver plus vite et plus efficacement des capitaux et en offrant aux épargnants de multiples possibilités d'investissement rétribuant l'épargne utilisée de façon responsable. La spéculation, loin d'être une activité nuisible, est une activité noble. Et, ajoute Salin, à bien regarder notre existence, nous sommes tous des spéculateurs (nous espérons toujours pouvoir bénéficier de la différence entre la valeur d'une chose un jour et la valeur que cette même chose aura le lendemain).
Les privatisations ne consistent pas à brader ni même à simplement vendre des biens publics: elles sont créatrices de valeur en ce qu'elles permettent à des entreprises de passer d'une gestion étatique, souvent déficitaire (et le déficit d'une entreprise signifie toujours, note Salin, qu'elle est destructrice de richesse) à une gestion profitable. Opter pour les retraites par capitalisation plutôt que pour le système par répartition n'est pas un simple choix économique: outre le fait que la capitalisation crée de l'épargne, donc de la croissance (la seule relance digne de ce nom, écrit Salin, est la relance par l'épargne), elle crée de la responsabilité et donc de la dignité chez les hommes.
Toute redistribution de richesse (et la redistribution commence dès l'impôt progressif sur le revenu) est d'essence totalitaire et la seule sortie du totalitarisme serait de considérer un état comme un club :
chaque membre a un droit de vote et paie une cotisation qui est identique pour tous les membres du club.
La question de l'immigration pourrait être vue d'un oeil différent si l'on partait du principe que, tout comme le libre échange des biens et services est la seule décision éthiquement légitime, la libre circulation des hommes est elle-même la seule décision éthiquement légitime; à condition que la liberté d'aller et venir soit assortie pour l'immigrant de la liberté d'aller et venir "là où on veut bien le recevoir ". . .
De chapitre en chapitre, Salin aborde mille autres
domaines: l'automobile, instrument de liberté individuelle qu'on veut écraser sous les discours culpabilisants parlant de pollution, au profit de transports collectifs destinés à inculquer un esprit de soumission collectiviste, en laissant de côté, bien sûr, la question de la gestion sous-optimale de l'espôce de circulation. La Sécurité Sociale, et donc les assurances maladies,
par rapport auxquelles se trouve maintenue obstinément une conception dictatoriale consistant à penser que les hommes sont incapables d'être responsables et de choisir ce qui leur convient le mieux. La lutte anti-tabac: en substituant la loi au contrat et en prétendant supprimer les externalités négatives, l'état se conduit sur un mode soviétique.
L'environnement enfin, où, en s'obstinant à ne pas vouloir voir que les réponses reposent sur les droits de propriété, les gouvernements continuent à faire disparaître des espèces en les classifiant espèces menacées, ce qui,via braconnage et marché noir, est la meilleure façon d'inciter à leur extermination.
Salin conclut en parlant de la fiscalité, thème qu'il avait déjà abordé dans un autre ouvrage magistral : "L'arbitraire fiscal".
"La collectivisation des gains" dans laquelle nous vivons implique logiquement qu'un nombre croissant de gens vivent du travail d'un nombre décroissant de gens ». Il parle de l'Europe aussi, de l'euro, monnaie constructiviste par essence et de la volonté présente de créer un ii super Etat-nation européen »....
Tout ce qu'écrit Salin décrit le monde en lequel nous vivons, ses déficiences, ses désastres potentiels. Rien de ce qu'écrit Salin n'est dépourvu de pertinence. Disons qu'en une époque d'ombres et de maléfices, Salin prend date et pose ce qui, après l'effondrement, permettra de rebâtir. Car, c'est sûr désormais, l'effondrement viendra.
Même à 95 centièmes de dollar pour un euro, la monnaie unique européenne perd encore plus de 20 % par rapport à la parité qu'elle affichait au moment de sa création.
C'est évidemment beaucoup en particulier pour les investisseurs qui avaient fait trop facilement confiance à cette nouvelle monnaie sortie toute armée du cerveau des technocrates européens... Dans le même temps ceux qui ont conservé leur confiance au billet vert ou au yen japonais ont gagné beaucoup d'argent...
Il est tout à fait possible que l'euro ait amorcé depuis quelques jours une étape de redressement. Non seulement
parce que beaucoup d'experts s'accordent à considérer qu'un équilibre raisonnable entre la monnaie européenne et la monnaie pivot du monde, le dollar, devrait se situer aux alentours de 1 pour 1, mais encore parce qu'au moment où la croissance américaine, après dix années de rythme endiablé, commence à ralentir, la croissance européenne continue à se redresser, même en France où l'on s'attend, pour le semestre en cours, à une croissance en volume de l'activité économique su périeu re à 4 % par an !
Voilà donc relancé le débat quasi théologique sur la monnaie forte et la monnaie faible.
Tout au long des années 1990, en accrochant artificiellement le franc au dollar, les autorités monétaires françaises ont délibérément poussé à la surévaluation de notre monnaie nationale. Du coup, nos exportateurs ont perdu de la compétitivité et, finalement, la croissance française, pendant 6 ou 7 ans, a été inférieure à ce qu'elle aurait dû être.
Une mauvaise politique monétaire a abouti à l'appauvrissement relatif des Français.
Inversement, l'euro faible, par rapport au dollar, a dopé l'économie française. C'est une des explications - rarement soulignée - de la création récente de nouveaux emplois en France.
Pourtant il ne faut certainement pas condamner toute politique de franc fort. Car il y a franc fort et franc fort. Une monnaie peut être forte artificiellement ou au contraire naturellement.
Une monnaie est forte artificiellement quand on cherche à l'accrocher à une autre monnaie représentative d'une économie n'ayant pas les mêmes caractéristiques et en particulier des taux d'inflation moindres. On a vu ce que cela donnait quand les dragons asiatiques, ou encore le Mexique, ont cru pouvoir accrocher leurs monnaies au dollar américain. Comme ces pays connaissaient une inflation en moyenne 2 à 3 fois plus élevée que les Etats.Unis, la crise était inéluctable, et elle a eu lieu en effet. Entre la France et l'Allemagne, avant l'euro, la différence d'inflation était moindre, mais néanmoins suffisante pour défavoriser l'économie française.
Une monnaie est forte naturellement non seulement quand son économie se développe à un rythme durablement soutenu mais encore quand elle y parvient en maîtrisant l'inflation grâce à des gains de productivité constants.
C'est exactement ce qu'ont fait les Etats.Unis depuis dix ans. C'est la raison pour laquelle le dollar vaut aujourd'hui 7,40 F. Les recettes mises en oeuvre par les Américains sont disponibles, libres de tout droit. Nous pouvons nous aussi les mettre en oeuvre. C'est dans ces conditions-là qu'un euro fort serait le bienvenu.
Quand le chef de l'Etat se laisse aller à prononcer quelques contre-verités ...
Particulièrement indulgents, la plupart des journaux se seront contentés d'observer que le chef de l'Etat, lundi dernier, n'avait pas été très convaincant... Même un journal comme "Le Monde" ,épigone parisien du politiquement correct, contrairement à son habitude, s'est bien gardé de relever les erreurs et les inexactitudes commises ce soir-là.
Pourtant celles-ci sont telles qu'elles auraient coûté son examen de sortie à n'importe quel étudiant de Sciences-Po!
-Jacques Chirac a cru devoir indiquer que le non-renouvellement d'un mandat, ou la simple limitation de celui-ci était une tradition peu démccratique,principalement pratiquée dans les pays d'Amérique du Sud s'efforçant de sortir de systèmes dictatoriaux.
Il s'agit évidemment d'une contre-vérité totale. La limitation du renouvellement des mandats est au contraire pratiquée par le plus grand nombre des démocraties,à commencer par la démocratie américaine.
Il y a une raison très démocratique à cette pratique de la limitation des mandats électifs, qui réside dans cette prime "au sortant" " qui fait que, dans tous les pays du monde, et quelque soit leur parti, les sortants retrouvent leur mandat dans une prcportion qui peut atteindre 90 %.
Tout simplement parce qu'un élu en place, en particulier au plan local, a les moyens de s'attacher personnellement un grand nombre de ses électeurs. Le principal danger de la démocratie, c'est son accaparement, son appropriation par une caste de professionnels-Seule la limitation du renouvellement des mandats s'y oppose efficacement.
Certes, si l'on considère les élections générales, présidentielles ou législatives, depuis 20 ans, la France constitue une exception. mais cela est certainement moins du au comportement des Français qu'aux raisons objectives qu'ils ont d'être mécontents de leurs politiciens, tous partis confondus...
- En passant, le chef de l'Etat a cru devoir soutenir que la démocratie américaine était plus récente que la nôtre. Pourtant, la première Constitution fédérales des Etats-Unis date de 1787, et les principes posées par les pères fondateurs américains ont toujours là-bas valeur constitutionnelle. Il est piquant qu'au moment où l'on dit résister à l'avènement d'une VI République, on puisse se prévaloir d'une stabilité constitutionnelle exemplaire.
- Le Président de la République a également évoqué la pratique du référendum en Suisse pour soutenir qu'il convenait de la développer aussi chez nous tout en la dédramatisant. L'exemple suisse est en effet particulièrement bien choisi,mais celui qui l'avance n'est-il pas également celui qui s'est opposé à toute consultation des Français sur des sujets aussi graves que celui des nouveaux traités européens ou encore celui de la politique de l'immigration.
Consulter les Français, d'une façon ou d'une autre (par référendum ou par Intemet) sur les sujets qui les intéressent vraiment ? Chiche !
Le quinquennat: pourquoi pas. Mais la réponse est non à Chirac-Jospin !
Alain Dumait
Le projet de quinquennat s'inscrit dans une soidisante entreprise de modernisation de notre démocratie.Ce qui veutdire,sansdoute,dans l'esprit de ceux qui utilisent couramment cette terminologie qu'il convient de faire en sorte aujourd'hui en France que les citoyens soient à la fois mieux représentés et plus écoutés.
Lionel Jospin et ses amis socialistes, à moins qu'ils feignent, exagèrent les conséquences qui résulteront du passage au quinquennat, même si cette réforme devait être un jour suivie d'une autre, tendant à généraliser pour tous les mandats une durée uniforme de cinq années.
Jacques Chirac, nouveau converti à cette thèse, au rait pour sa part tendance à les minimiser.
Pour se convaincre que le quinquennat aura forcément des conséquences non négligeables, il suffit d'essayer de réécrire l'histoire politique récente en imaginant ce qu'elle aurait été avec un quinquennat plutôt qu'avec un septennat.
Nous l'avons déjà dit la semaine dernière: Giscard aurait été probablement réélu en 1979 tandis que François Mitterrand aurait très certainement été battu en 1986.
Mais il est possible d'aller plus loin. Pour le Général de Gaulle, cela n'aurait pas changé grand-chose. Le quinquennat aurait-il été introduit, en 1962, par exemple, à l'occasion de la première réforme de la Constitution de la VeRépublique,qu'il aurait été réélu, en 1965, ou à toute autre date. Et l'on ne voit pas pour quelle raison un changement de calendrier des élections présidentielles aurait pu éviter la secousse de 1968, le référendum sur la participation et la régionalisation de 1969, et donc son départ dès cette année-là.
Par contre, si Pompidou avait mené à bien la réforme qu'il avait lui-même voulue et engagée pour desraisons personnelles il est vrai car il savait sa fin prochaine... - qui peut dire si Giscard l'eût emporté, si Chaban n'eût pas été mieux placé ?...
Sans qu'on puisse pour l'instant en apprécier exactement les conséquences, le quinquennat n'est donc pas une réforme négligeable.
Est-elle souhaitable ? Sans doute si elle s'inscrivait dans un train plus large de réformes rendant crédible cette volonté de modernisation. Mais, isolé, comme l'exige le chef de l'Etat, loin de faciliter cette modernisation, effectivement attendue d'un grand nombre de Français, elle la reporte sine die.
Jacques Chirac a raison de dire qu'il faut consulter plus souvent les Français et les interroger sur tous les sujets importants qui les concernent. Mais que ne le fait-il pas ? Il a raison de dire que ce sont les citoyens qui sont les souverains tandis que la classe politique n'est que déléguée.
Mais pourquoi n'en tient-il pas compte lui-même, quotidiennement ?
Interroger les Français plus souvent sur les sujets qui les concerne vraiment reviendrait à lesconsulter par exemple sur le fiscalisme, le financement de leur retraite ou l'immigration incontrôlée...
Le Président de la République semble avoir découvert la démocratie suisse-C'est un bon exemple : nos voisins sont en effet, quant à eux, consultés sur leur adhésion à l'Union européen ne, qu'ils refusent envers et contre tout comme sur la moindre réglementation touchant à l'immigration. Il y a même des cantons où les naturalisations doivent être adoptées cas par cas, au suffrage universel !
Dans une démocratie digne de ce nom, les politiciens ne sont pas libres de poser certaines questions, celles qui leur convienne, au peuple, tout en ne les consultant point sur d'autres questions, dont les réponses pourraient les déranger. Or, c'est exactement ce qui se passe dans la pseudo-démocratie française.
Une autre question pourrait être posée au peuple français : "Etes-vous d'accord pour continuer à être gouvernés par une caste de hauts fonctionnaires auto-proclamés à vie, qui décident de tout, des affaires calamiteuses du Crédit Lyonnais comme du prix des licences des réseaux UTMS, des lois européennes comme des cadeaux aux dictateurs africains, sans nous consulter,et sans même faire semblant de consulter le Parlement ? ".
Si Jacques Chirac et Lionel Jospin,complices, sont libres de nous poser les questions qu'ils veulent, les citoyens que nous sommes ont encore le droit de leur répondre ou pas.
En leur répondant non, ils leur signifieront, le plus souvent, qu'il y avait à leurs yeux beaucoup de questions plus importantes et plus urgentes.