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Jacques
Chirac, président de l' Europe pour six mois
- Éditorial de Jean Rouxel
- Page Jean
Rouxel
Pendant six mois, Jacques Chirac va donc présider le conseil européen. Ses
propos et ses initiatives vont être décortiqués et a na lysés à la loupe- Ainsi, pour commencer, ses discours de Berlin du 27juin et de Strasbourg du 4 juillet.
On sait le président de la République de nature changeante et fluctuante. Il ne faudra donc pas trop s'attacher aux propositions précises : l'homme est réaliste et il sait s'adapter, changer son fusil d'épaule quand besoin est.
Or l'Europe se trouve sans doute à un moment crucial de son histoire institutionnelle.
L'élargissement, de 15 à 30 pays membres, rapidement, ne peut plus être différé plus longtemps. Un changement d'échelle qui est aussi un changement de nature. Ce qui a fonctionné cahin caha à 6, à 9, à 11 puis à
15 aura bien du mal à ne pas coincer à 20 puis à 30.
Il ne s'agit pas seulement de rationaliser les structures politiques et administratives, d'éviter la tentation bureaucratique, déjà à
l'œuvre, il s'agit aussi de maîtriser la dépense publique européenne, car il ne faudrait pas se cacher que la principale motivation de toutes ces candidatures réside dans l'attente d'une manne financière dont la charge financière reposera entièrement sur les épaules des
contribuables des pays les plus riches, c'est-à-dire les neuf membres historiques, en tête desquels l'Allemagne, la France et la Grande Bretagne.
L'idée chiraquienne d'un "groupe pionnier" s'impose au bon sens, mais elle aura du mal à se concrétiser car on voit mal tel ou tel pays, et en particulier la Grande Bretagne (toujours en dehors de l'euro) accepter l'idée d'être un membre de deuxième catégorie de l'Union européenne...
Pour fonctionner, et pour durer, la construction européenne doit se fonder sur l'acceptation des diversités des cultures et des peuples. Et même des opinions de ceux-ci. Y compris bien sûr au plan de l'expression politique. Avant de jeter l'anathème sur la coalition
d'entente à droite qui s'est démocratiquement formée à Vienne, il y a trois mois, Jacques Chirac aurait été bien inspiré d'y regarder à deux fois : aujourd'hui c'est cette
affaire la qui empoisonne la présidence française. La Hongrie et la Tchéquie pourraient ne pas confirmer leur demande d'adhésion. Et l'Autriche va soumettre à référendum la réplique qu'il convient d'apporter aux sanctions dont elle est la
victime...
Jacques Chirac ne sera certainement pas le président de tous les Européens!

Contrôle
fiscaux: l'administration abuse !
- Olivia Milloz
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L'IFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques) consacre son
68e dossier aux abus du contrôle fiscal. Sous la forme d'une réponse à Florence Parly, secrétaire d'État au budget, qui, dans une déclaration publique récente, a soutenu qu'il n'y avait pas lieu de s'interroger sur les conditions d'exercice des contrôles fiscaux puisque ceux-ci s'exerceraient dans le cadre de
dispositions suffisamment protectrices des contribuables...
Pourtant, selon l'aveu même des services de la Direction générale des Impôts, les deux tiers des redressements fiscaux seraient imputables à des erreurs de bonne foi. Sur les 50000 contrôles fiscaux effectués en 1998, seules 876 plaintes ont été engagées par
l'Administration.
Plusieurs rapports de l'Inspection Générale des Finances ont d'ailleurs mis en lumière les faibles résultats financiers des services fiscaux.
C'est ainsi, par exemple, que Daniel Lallier, Inspecteur général des finances, parle de
"gestion paresseuse" des contrôles, de comportements de spécialisation des contrôles sur place sur les secteurs les plus « faibles ii - à savoir les plus rentables et les plus simples -, tandis que dans le même temps d'autres secteurs sont systématiquement sous-contrôlés.
Le même haut-fonctionnaire est ainsi amené à conclure: " Sur la base de tous ces
constats, et compte tenu à la fois des enjeux budgétaires et de l'exigence de lutte contre la fraude,
l'inspection générale des finances recommande que l'on réfléchisse aux améliorations à apporter à l'exécution des missions de contrôle fiscal
externe". Ce qui, en langage moins diplomatique, signifie clairement que la
D.G.I. fait mal son travail !
Non seulement la lutte contre la fraude est un mythe bien entretenu, mais aussi et,..
surtout les contrôles fiscaux' s'effectuent dans un contexte d'arbitraire juridique, C'est ce que démontrent les seize pages du dossier de l'IFRAP. ' Aussi bien les articles du, Code des Impôts qui encadrent .
le contrôle fiscal que ceux qui encadrent la charge de la preuve, aussi bien que les
possibilités de recours du contrôlé, que la mise en recouvrement des redressements, ne sont que des
trompe-l'œil. L'administration.
interprète à son avantage les., délais de procédure. La charge' de la preuve se retourne contre le contrôlé. Les recours ne sont que des leurres. Le sursis de paiement est un piège.
Un tel constat ne serait peut-être pas si grave si les conséquences économiques et humaines n'étaient si dramatiques : destruction d'emplois, faillites, et parfois même suicides...

Ras-le-Ball
!
- Marcel Boisot
Il est facile de démontrer que le sport - surtout tel qu'il est pratiqué de nos jours - est une injure faite à l'esprit égalitaire qui souffle avec tant de vigueur sur la philosophie et la politique, est un viol manifeste des Droits de l'homme (qui, par ailleurs, sont en train de se substituer à la vieille loi de Moise).
En effet, le sport est, par excellence, le lieu de l'élitisme où triomphe la loi zoologique du plus fort, déjà dénoncée par le bon Socrate et par le Christ et qui fait attribuer au vainqueur prestige et fortune. Combien de millions d'euros vont au footballeur ou au basketteur doué ?
Il n'existe pas un capitaliste dont le compte en banque se gonfle à la vitesse de ceux des vedettes sportives; sans compter la myriade de bourdons qui s'affairent, analysent, prédisent, commentent, publient et surtout négocient au-dessus et
en dessous de la table. Alors qu'on dénonce - oh ! avec raison ! - les conditions sordides dans lesquelles se débat une moitié de
l'humanité condamnée à la faim, voici des super-privilégiés qui, sous le prétexte qu'ils savent mieux que d'autres envoyer un ballon dans un filet ou une balle dans un trou, vivent dans des palais, roulent en Ferrari et prennent leur retraite à 28 ans.
Autre scandale. Que nous montre l'implacable regard des caméras? Des sportifs professionnels - nouveaux gladiateurs
- engagés dans les affrontements acharnés, scandés par l'obscénité du bras d'honneur ou du ii poing rageur » de celui qui a marqué un point ou rentré un but, la prunelle haineuse et la bouche tordue par une injure murmurée; ou bien ce sont les joueurs de l'équipe gagnante, courant comme des poules sans tête, hagards, les yeux exorbités, se précipitant les uns sur les autres pour s'agglutiner en une grappe frénétique, se trémoussant au point de frôler l'orgasme. Tandis qu'un autre spectacle non moins hystéricopathétique se déroule dans les
gradins. Là, des bandes au visage peinturluré propre à effaroucher les féroces guerriers de la Papouasie, vociférant, sautant comme frappés du syndrome de Saint-Guy, ne demandant qu'à s'étripailler et, comble de l'horreur, brandissant des drapeaux nationaux. Ce retour spontané et violent à l'esprit tribal signe une fois de plus la présence de l'ignoble esprit raciste, sans doute tapi dans quelque gène et contredisant les gogos qui s'entêtent à penser que le fascisme est à l'agonie.
Pour couronner le tout, on découvre, toujours par la caméra, des hommes politiques plastronnant, bien en vue, dans les tribunes, distribuant les coupes de la victoire, félicitant et décorant les vainqueurs, recueillant ainsi quelques éclaboussures de leur gloire pour prix de leur complicité de ce vaudeville ubuesque.
Vous comprenez, n'est-ce pas, pourquoi j'en ai ras-le-ball.

Courrier
des lecteurs ; une
page lui est réservée
cette semaine:
Les gays - Marcel Comtesse
Entente à Droite - Pierre Bus
Dossier Corse - R-G Caummault
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- Les
chauves seront-ils exemptés du paiement de la CSG ?
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- Par Dr Claude Reichman, président
du comité CSG
- En savoir plus sur le
comité CSG
Dès qu'ont été connus les deux arrêts du 15 février 2000 de la Cour de Justice des Communautés Européennes
(CJCE), par lesquels celle-ci condamnait la République française pour avoir voulu soumettre à la CSG et à la CRDS les travailleurs frontaliers français ainsi que les étrangers communautaires résidant en France, le gouvernement, qui s'était de longue date préparé à cet échec, a tenté de jeter un nuage de fumée sur les conséquences de cette décision capitale de la justice européenne.
C'est ainsi qu'on vit fleurir des articles parfaitement « spontanés », qui expliquaient gravement que la Cour de Luxembourg « s'était bien gardée de qualifier la CSG et la CRDS », se contentant de juger que les personnes ne dépendant pas de la sécurité sociale française devaient en être exemptées.
Or si tel avait été le cas, la France n'aurait pas été condamnée. Car c'est parce qu'elle a jugé que la CSG et la CRDS sont des cotisations sociales et non des impôts comme le soutenait le gouvernement français, que la CJCE a décidé, en vertu du principe d'interdiction de la double cotisation, qu'est contraire aux dispositions communautaires l'imposition de ces deux taxes aux personnes qui ont leur protection sociale ailleurs qu'en France.
La pitoyable opération d'intoxication du gouvernement français vient de trouver un cinglant épilogue. En effet, saisie du dossier de deux adhérents du Comité CSG,
la Cour de cassation a reconnu, à la suite des arrêts du 15 février 2000 de la Cour de Justice des Communautés Européennes, que la
CSG et la CRDS sont bien des cotisations sociales.
Ne tirant pas la conséquence logique de son constat, la Cour de cassation a cependant considéré que l'exonération dont bénéficient désormais les travailleurs frontaliers ne constitue pas une discrimination envers les autres Français. Il va de soi que cette position ne saurait prospérer, En effet, dans son fameux arrêt Chassagnou du 29 avril 1999, la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH), traitant d'une situation purement interne française, à savoir l'application différente selon les départements de la loi Verdeille sur la chasse, a
condamné la France pour discrimination. Autrement dit, il n'est plus nécessaire d'être un
Remboursez
nous
la CSG !
étranger pour se plaindre d'être discriminé, et l'on ne peut plus traiter différemment les citoyens d'un pays selon qu'ils ont ou non fait usage de leur droit de libre circulation. Cette position est d'autant plus logique que l'Union européenne constitue, depuis le traité de Maastricht, un espace unique où tous les citoyens peuvent circuler et s'établir librement, saisie par nos soins, la CEDH ne pourra que confirmer sa jurisprudence.
Mais là n'est pas l'essentiel.
sachant pertinemment que la Cour de cassation n'avait pas d'autre choix que de s'aligner sur la décision de la Cour de Luxembourg, les pouvoirs publics avaient à l'avance imaginé une seconde ligne de défense : affirmer que par ses arrêts du 15 février 2000, la CJCE n'avait traité que le problème des frontaliers, les autres contribuables français n'étant en rien concernés, saluons cette extraordinaire novation juridique : voilà deux
contributions qui changent de nature selon que le paiement en est demandé à des citoyens français travailleurs frontaliers ou à des citoyens relevant de catégories sociale différentes! A quand un impôt pour les chauves et un autre pour les chevelus ? On nage en plein délire, et c'est ce qui montre bien l'ampleur du désarroi du gouvernement, contraint de bouleverser tous ses plans en matière sociale et fiscale.
Car la qualification de cotisations sociales désormais définitivement reconnue à la C5ti et à la CRDS annule de fait les lois qui les ont instituées en les présentant comme des impôts auxquels sont soumis toutes les personnes ayant leur résidence fiscale en France. Le gouvernement est désormais contraint d'en tirer
toutes les conséquences, puisqu'il existe à présent une inégalité devant les charges publiques qui ne manquera pas d'être censurée par le Conseil constitutionnel dès que celui-ci en sera saisi, c'est-à
dire au plus tard à l'automne prochain, à l'occasion du vote de la loi
de financement de la sécurité
sociale pour 2001.
Les milliers de Français regroupés au sein du Comité CSG, que j'ai fondé avec Alain Dumait, pour réclamer le remboursement de la C5ti et de la CRDS au motif qu'elles ont été illégalement prélevées se réjouissent de constater que leur analyse a été validée par la Cour de Justice des Communautés Européennes et par la Cour de cassation française et, persistant plus que jamais dans leur action, attendent des pouvoirs publics qu'ils mettent un terme définitif à une situation juridique qui, d'ores et déjà, remet en cause l'exigibilité même de ces prélèvements.
Il est encore temps de vous joindre à eux. Vous avez là une occasion unique, non seulement de réclamer l'argent qu'on vous a pris illégalement, mais aussi de sanctionner les menées scandaleuses de nos mauvais gouvernants et de marquer votre volonté de voir enfin mis un terme à l'augmentation incessante et vertigineuse des
prélèvements sociaux.

- Marxisme
et libéralisme: il ne faut pas perdre le nord !
-
- Bernard Trémeau
De nombreuses réunions internationales soulignent actuellement une réalité incontournable :
les nations sont comme les hommes, elles sont toutes différentes les unes des autres. Sur le plan économique, certaines comme la Corée du Sud, les USA ou l'Angleterre galopent, d'autres comme la France ou l'Allemagne trottinent. D'autres enfin stagnent ou même régressent comme l'Algérie, la Corée du Nord, le Congo ou le Zimbabwe.
Pour expliquer les différences entre le Nord et le Sud, les penseurs socialistes et marxistes avaient inventé une merveilleuse théorie. Les riches et les puissants se sont enrichis en « exploitant » les pauvres et les faibles, qui sont devenus ainsi encore plus pauvres. La France a exploité l'Algérie ou l'Indochine, comme l'Angleterre a exploité le
Zimbabwe, ou la Belgique le Congo.
Il est évident qu'une telle théorie a poussé tous ceux qui veulent y croire à chasser les exploiteurs par la violence. L'Algérie, l'Indochine ou Cuba ont été « libérés ».
Les libérateurs ont partout installé un pouvoir dictatorial marxiste, tuant au besoin des milliers, voire des millions d'opposants.
Ils ont mis l'économie sous la tutelle de l'État pour s'opposer à « l'exploitation » des pauvres par les riches.
Le départ des colonisateurs aurait dû, selon la théorie, permettre à tous ces pays, enfin libérés, de progresser rapidement. Las ! partout le PIB a régressé et continue même à régresser.
On aurait aussi pu croire que dans ces pays marxisés, les inégalités avaient enfin disparu. Las ! La nomenklatura y jouit de la richesse la plus tapageuse et de la liberté la plus grande, alors que le peuple sans liberté meurt de faim. Partout où les pouvoirs forts, inspirés et justifiés par les théories marxistes, se sont installés, la misère et la violence poussent le peuple à prendre le risque de fuir. Le marxisme a créé les boat
people.
Malgré la décolonisation, l'écart n'a fait que se creuser de plus en plus entre le Nord et le Sud. Les marxistes ont trouvé une nouvelle explication. Le Nord détenant la puissance économique impose au Sud sa loi et l'exploite comme il l'entend. Cet abus de pouvoir économique expliquerait l'écart
qui se creuse.
Il existe une autre explication.
Les pays qui croient au libre comportement économique des individus, et savent le garantir, sont riches, et les autres sont pauvres. Les navrantes expériences marxistes nous donnent aujourd'hui des certitudes. Quand le pouvoir politique réduit les
libertés économiques, il réduit toujours les libertés politiques, il appauvrit toujours le peuple et il accentue toujours les inégalités. Le goulag, la police politique, le mur de Berlin ou le harcèlement fiscal sont les conséquences normales des contraintes exercées par le politique sur l'économique. Toute contrainte économique sur les entreprises ou les individus, en réduisant leur responsabilité, réduit la richesse produite. La Chine marxiste est restée pauvre, alors que Taiwan est devenue riche. Maintenant que la dictature communiste chinoise réduit les contraintes économiques, le PIB chinois se met à progresser rapidement.
Enfin, l'intervention de l'État accentue toujours les inégalités.
En France, le SMIC a créé un sous prolétariat que Marx n'avait pas imaginé : les exclus. En effet, toute personne qui rapporte à son employeur moins que ce qu'elle lui coûte ne trouve pas d'emploi.
Nord ou sud ? En fait, il y a les États qui savent respecter et faire respecter les libertés économiques des individus. Et il y a
les États qui ne respectent pas ces libertés ou qui ne savent pas
les faire respecter: un État qui laisse le pouvoir économique aux trafiquants peut être aussi néfaste qu'un État marxiste.

La
chute de la maison Euro
- Guy Millière
- page
Guy Millière
Rappelez-vous des discours de l'époque. Janvier 1999. Vous alliez voir ce que vous alliez voir! Les gestionnaires du dollar allaient trembler devant la nouvelle monnaie appelée euro et qui serait, à n'en pas douter, une monnaie forte, la nouvelle monnaie de réserve sur la surface de la planète, la monnaie à même de supplanter le dollar, et pourquoi pas de le terrasser. On avait fait la fête et sabré le champagne...
Un an et demi plus tard que peut-on constater? Le dollar est toujours la monnaie de réserve des financiers, officiels ou non, et domine plus que jamais le paysage. L'euro n'est pas une monnaie forte, pas même une monnaie faible, mais une monnaie asthénique. Les flux financiers qui s'opèrent, bien sûr, se font essentiellement vers la zone dollar, et depuis la zone euro. Plus de cent milliards d'euros ont quitté la zone euro pour rejoindre la zone dollar au cours de l'année écoulée.
Les cours des monnaies, bien sûr, reflètent l'évolution qui s'opère. En dix-sept mois, l'euro a perdu un quart de sa valeur par rapport au dollar et près de trente pour cent par rapport au yen japonais. Cette chute vertigineuse a fait l'objet d'une série de discours officiels rédigés en langue de bois opaque et technocratique.
L'Amérique, a-t-on dit dans un premier temps, prenait peur et vendait de l'euro acheté
préalablement aux fins de faire chuter artificiellement les cours.
Un euro faible, déclara-t-on dans un deuxième temps, est l'instrument rêvé pour que les Européens prennent des parts de marché et évincent des marchés mondiaux les produits made in USA. Ce n'est que très récemment et face aux risques de banqueroute ou d'effondrement total que les discours ont changé et révélé une préoccupation teintée d'inquiétude.
Parlant depuis une position plus planétaire que strictement européenne et n'ayant que faire de la langue de bois et de ceux qui n'osent appeler ii chat » un chat, je pourrais rappeler que j'ai, dans ces colonnes et depuis le lancement de la monnaie unique européenne, dit et redit, comme Jean-Jacques Rosa ou Robert Mundell, prix Nobel d'économie 1999, que l'euro n'était pas viable car il reposait sur une erreur constructiviste et ne correspondait pas à une zone économique et financière optimale. J'ajouterai que, pour que les choses changent, il faudrait une harmonisation fiscale vers le bas, une déréglementation radicale, une facilitation drastique de la création d'entreprise, l'émergence d'un véritable état de droit européen inspiré du droit anglo-américain et mille autres réformes quasiment impossibles à réaliser. Comme ces réformes ne
seront pas réalisées, l'euro restera mou, flasque et déliquescent, à l'image de la zone géographique où l'on essaie de le faire exister. L'Euroland sera une zone où la croissance reposera sur une dévaluation massive, comme dans les pays en voie de sous-développement. Les paralysies s'ajouteront aux manifestations d'inactions et ceux qui voudront du dynamisme le chercheront outre Atlantique ou outre Manche.
Le salut, s'il doit venir, viendra de peuples européens qui se détourneront de l'euro. Les Danois doivent voter le 11 septembre, et peut-être
prendront ils la bonne décision : dire non.
N'oublions pas que, quand bien même la social-démocratie les gouverne, ils avaient refusé la première mouture du lamentable traité de Maastricht... En Allemagne, déjà, on discute ferme des conséquences d'une monnaie en berne et la nostalgie du mark se fait entendre jusqu'au sein de la Bundesbank ou dans les éditoriaux du Frankfurter Algemeine. Les Anglais sont chaque jour plus nombreux à vouloir garder la livre et la fusion entre City et Bourse de Francfort ne paraît pas devoir se faire de façon paisible.
Les Français ne sont pas informés de ces péripéties, mais il y a tant de choses dont les Français ne sont plus informés.
Dormez, braves gens, Jospin veille, et quand il s'endort Chirac prend le relais.

Jacques
Chirac a de bonnes raisons de craindre le suffrage universel !
- Alain Dumait
Peut-être que la présidence européenne, exercée pour six mois par Jacques Chirac, va lui permettre de se remettre en selle politiquement, mais rien n'est moins sûr, car la gestion des dossiers européens est intrinsèquement
difficile, et l'affaire autrichienne, dans laquelle le président de la République s'est très imprudemment embarqué, risque de lui rendre la vie dure, en particulier en fin de période...
En tout cas, le chef de l'État aborde ce moment en position délicate. Dans l'opinion sa position s'effrite. Longtemps au pinacle dans les sondages, il est maintenant derrière son rival naturel. Le Premier ministre, Lionel Jospin, l'emporterait au second tour de la présidentielle sur le président Jacques Chirac, avec 51 % des voix contre 49 %,
si l'élection avait lieu aujourd'hui, selon un sondage CSA pour Libération et BFM publié lundi dernier. Selon le même sondage, effectué un mois plus tôt par le même institut, Jacques Chirac l'aurait emporté sur Lionel Jospin, avec 53 % des voix contre 47 %... Au premier tour, Jacques Chirac obtiendrait 33 % des voix, Lionel Jospin 28, Arlette Laguiller (LO) 7 %, à égalité avec Robert Hue (PCF), Charles Pasqua (RPF) et
Jean-Marie Le Pen (FN). Dominique Voynet (Verts) recueillerait 5 % des voix, François Bayrou (UDF) 4 % et Bruno Mégret (MNR) 2 %.
Selon une répartition par sexe des réponses, les hommes voteraient à 54 % pour le Premier ministre et à 46 % pour le président de la République au second tour. En revanche, les femmes choisiraient à 52 %
Jacques Chirac et à 48 % Lionel Jospin.
Beaucoup d'autres obstacles se profilent à l'horizon de Jacques Chirac.
À commencer par l'adoption du projet de réforme de la constitution portant instauration du quinquennat.
Quand l'idée a été présentée aux Français par le chef de l'État lui-même, les études d'opinions donnaient à entendre que prés de 85 % des personnes interrogées étaient disposées, à l'occasion d'un référendum, à accepter une telle réforme. Aujourd'hui, il est clair, non seulement que la proportion des électeurs qui y sont favorables, a beaucoup diminué mais encore que la participation à un tel scrutin serait faible alors que jusqu'à présent tous les référendums
constitutionnels, à part celui qui concernait la Nouvelle-Calédonie, ont obtenu de grands succès, au moins d'audience.
Du coup, malicieusement poussé par les socialistes, Jacques Chirac aurait envisagé de faire passer sa réforme par la procédure du Congrès plutôt que par le référendum populaire. S'il s'y résout, il perd la face.
Mais s'il va au référendum, et s'il obtient un piètre résultat, soit du point de vue de la proportion de ii oui ii, soit de la participation au scrutin, il perd également la face...
' Quand cet épisode sera terminé, c'est-à-dire en principe au mois d'octobre prochain, la campagne pour les élections
municipales battra son plein. Et il y a fort à parier que, loin de s'éclaircir, la situation à Paris se sera encore dégradée. Au-delà de Jean Tiberi, c'est évidemment Jacques Chirac qui est visé à chaque fois que l'on évoque le
"système RPR"...
Avant les élections présidentielles de 2002, il y aura, le l~'janvier de cette année-là, le passage concret du franc à l'euro. Dans un pays où une partie non négligeable de l'opinion continue à compter en anciens francs, l'opération promet d'être difficile, source de perturbations, de mécontentements et donc de remous. Surtout si l'euro, par rapport au dollar et par rapport au yen, continue sa dégringolade.
Depuis dix-sept mois, la monnaie européenne, en moyenne, contre ces deux monnaies rivales a déjà perdu plus de 25 %. Imagine-t-on que le passage d'un franc à un euro qui aurait perdu par exemple 50 % puisse se faire sans grabuge, aussi bien en France qu'en Allemagne?
Déjà, à trois reprises - en 1997, aux régionales de 1998, aux européennes de 1999 - les électeurs de droite ont voulu donner une leçon à Jacques Chirac: pour le punir de n'avoir pas fait la politique qu'ils attendaient de lui dans les six mois qui ont suivi son élection de 1995. Ces électeurs-là sont toujours dans le même état d'esprit.
Et ils risquent de le rester encore quelque temps.
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