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Euro,
pétrole brut : nos politiciens n’ont rien à dire !
Jean Rouxel
L’actualité qui concerne vraiment les Français
n’est pas tant le référendum de dimanche prochain (caricature de
consultation démocratique), ni même l’adoption en conseil des
ministres mercredi dernier du projet de budget de l’État pour
2001 (fruit, pour l’essentiel, de misérables compromis négociés
entre les bureaux de Bercy et les syndicats des autres ministères),
que l’évolution de l’euro et celle des prix du pétrole.
Mercredi matin, le cours de l’euro est tombé
en-dessous de 85 cents pour 1 euro. Soit une dégringolade depuis un
an et demi de près de 30 %. Or, sans avoir jamais consulté les
Français, le Gouvernement s’apprête dans quelque mois – le 1er
janvier 2002 – à abandonner le franc français pour cette
nouvelle et faible monnaie européenne.
Pour lutter à armes égales avec le dollar, il
eût fallu s’en donner les moyens collectifs (voir l’article de
Guy Millière). Et c’est ce qui n’a pas été fait, ni au niveau
de l’Union européenne, ni à celui de chacun des pays qui la
composent présentement, ni en particulier celui du gouvernement
français.
Or, le processus qui mène à la disparition du
franc peut encore être interrompu. On peut très bien conserver
l’euro pour les mouvements financiers internationaux, comme cela
se fait déjà, et conserver aussi dans nos poches le franc français
sans avoir à chaque instant besoin de le diviser ou de le mutiplier
par 6,55957.
C’est la proposition de Michel Pinton dont
nous publions la pétition nationale page 5.
S’agissant du pétrole brut, sans doute les
prix en sont-ils fixés par le marché et sont-ils manipulés par
les principaux producteurs d’or noir réunis au sein de
l’oligopole dénommé OPEP. À près de 40 dollars le baril de pétrole
brut, on peut parler de crise de l’énergie pour les pays
consommateurs.
Depuis 1973, c’est donc la troisième du nom.
En vingt-sept ans, il était possible de développer des ressources
énergétiques alternatives au pétrole. C’était le sens du
programme nucléaire civil français. Et c’est l’honneur de Valéry
Giscard d’Estaing et de ses ministres de l’avoir à l’époque
relancé. François Mitterrand a freiné les ardeurs des écologistes
anti-nucléaires. Lionel Jospin leur a cédé davantage. Il a eu
tort.

Feue
l’Europe vraie
- Guy Millière
Dans quelques mois, l’euro deviendra la
monnaie européenne, le franc disparaîtra, comme le mark, comme la
lire italienne, comme toutes les monnaies de l’Euroland. Le fait
que l’Euro ait perdu toute chance de devenir une monnaie de réserve
n’y changera rien. Le fait que l’Euro soit une monnaie destinée
à être structurellement faible n’y changera rien non plus. Plutôt
que de dire qu’aussitôt les coupes de champagnes remplies pour fêter
la naissance de l’Euro ont été vidées, la monnaie tout juste née
entrait dans un glissement qui allait signifier une dévaluation de
30 % par rapport au yen et au dollar, on dira que l’Euro permet
aux économies européennes d’être compétitives.
Plutôt que de rappeler que la croissance européenne
doit tout à la croissance américaine et à la susdite dévaluation
et plutôt que de souligner ce qu’une telle croissance a de précaire
et de provisoire, on se félicitera bruyamment de la justesse et du
bien fondé des politiques économiques européennes.
On débattra, bien sûr, de l’absence
d’harmonie fiscale et réglementaire entre pays européens, mais
ce ne sera pas pour souligner les vertus de la concurrence ou pour
inciter les pays les plus dirigistes et les plus dépensiers à
s’aligner sur les pays plus libres et plus frugaux, non, ce sera
au contraire pour montrer du doigt les pays plus libres et plus
frugaux, en les accusant de ne pas jouer le jeu. On projettera l’élargissement
de l’Europe et on jettera des chiffres en pâture aux journalistes
: bientôt l’Europe des trente !
On agitera le rêve du fédéralisme ou celui
d’une défense européenne commune. On se réunira pour parler de
réformes des institutions, d’abandon de la règle de l’unanimité
là où elle s’applique, de changement de l’organisation de la
Commission de Bruxelles, de je ne sais quoi d’autre encore…
Qu’on me permette de dire, à moi qui
observe cela de l’extérieur (j’écris cet article sous le
soleil de Californie) que tout cela ressemble à une fuite en avant.
L’édifice européen, depuis le départ, est constructiviste et
ressemble de plus en plus à un château de cartes proche de
l’effondrement. Rien ne permet de penser que les économies européennes
vont s’harmoniser davantage. Tout permet de penser qu’au
contraire des différences vont se creuser. Tout permet de penser
aussi que le système redistributif faisant que les pays plus riches
aident les plus pauvres va coûter de plus en plus cher et hypothéquer
les chances de l’Europe au vingt et unième siècle. Rien ne
permet de penser que les institutions européennes vont se faire
plus démocratiques et plus respectueuses du droit. Il n’y aura
sans doute jamais de président d’Europe : aucun peuple européen
présentement, disent les sondages, n’accepterait un président
venu d’un autre pays. Il y aura pour longtemps encore une
Commission à Bruxelles composée de technocrates nommés et qui
fera de l’Europe un ensemble original sur la planète : un groupe
de pays régi par des technocrates nommés et indépendants du
suffrage universel. Il y aura aussi, j’en ai peur, un déclin
européen. Populations vieillissantes et populations assistées.
Rachat de l’économie pour une bouchée de pain par des fonds de
pension américains. Il y aura un vague protectionnisme européen
destiné à protéger quelques espèces menacées : la vache folle
et le paysan français, l’énarque que le-monde-entier-nous-envie
et le poulet nourri aux boues d’épuration. Les Européens verront
leur niveau de vie baisser, mais ils accepteront : la baisse ne sera
pas brutale et il est prouvé que si les déclins rapides incitent
à la révolte, les déclins lents incitent à la somnolence. Les
politiciens joueront leur rôle de politicien. Les journalistes
joueront leur rôle de valets. La fuite des cerveaux se poursuivra.
Ailleurs que dans l’Europe crépusculaire, on
verra l’évolution de la planète. On verra que le vingt et unième
siècle sera américain comme le vingtième siècle a été américain
lui-même. On verra que l’Europe, à vouloir se prendre, par
jalousie envieuse, pour les Etats Unis d’Amérique, n’a réussi
qu’à devenir une banlieue blafarde des Etats Unis d’Amérique.
Il aurait été plus sain de voir que c’est en Europe que sont nées
l’économie de marché, l’idée de droits de la personne humaine
et la démocratie, et que c’est ce qui est né en Europe qui se
mondialise aujourd’hui. Il eut été plus sain de voir que les
Etats Unis d’Amérique ont été fondés par des Européens
installés outre-Atlantique et que la mondialisation a commencé
avant le vingtième siècle, dès le temps de Marco Polo ou de
Christophe Colomb. On aurait pu comprendre que les Etats Unis sont
l’Europe à l’Ouest de l’Atlantique et l’Europe, l’Europe
à l’Est de l’Atlantique. On aurait pu comprendre que les
valeurs sont les mêmes et sont européennes. On aurait pu voir que
l’américanisation du monde est européanisation du monde. On
aurait pu voir que la mondialisation ne mondialise pas l’Europe de
Bruxelles, mais l’Europe vraie, celle de l’idée de nation,
celle du droit et de la liberté d’entreprendre…

L’opinion
contre la violence
- Bernard Trémeau
- page
Bernard Trémeau
Quand votre entreprise ferme, vous êtes licencié et vous trouvez
les indemnités de licenciement qui vous sont allouées trop
faibles. Vous commencez par déverser dans les rivières des
produits très polluants pour bien montrer que vous êtes violent.
Les médias parlent de vous et une partie de l’opinion publique
vous soutient. Vous menacez alors de tout faire sauter et l’on
vous croit. Le préfet du coin se précipite chez vous : vous êtes
devenu un interlocuteur valable. Vous obtenez des indemnités de
licenciement bien supérieures à celles qui étaient prévues.
L’opinion publique, qui est sensible à votre drame humain et qui
désire avant tout la paix civile, approuve finalement, tout en
mettant la main au porte-monnaie.
- Quand vous dirigez des entreprises de
transport routier soumises à la concurrence internationale et que
vous trouvez le prix du carburant trop élevé, vous commencez par
bloquer la circulation du pays autour de quelques raffineries de pétrole
pour bien montrer que vous êtes violents. Les médias parlent alors
de vous et une grande partie de l’opinion publique vous soutient,
même si elle laisse sa voiture au garage. Le Ministre des
Transports vous reçoit, car, étant violents, vous êtes devenus
des interlocuteurs valables. Vous obtenez de bons avantages
financiers, mais la base refuse. Le nombre des barrages augmente sur
les routes, la pénurie de carburant menace l’économie du pays.
Tandis que le Premier Ministre excédé dit qu’on ne cédera plus
rien, la négociation a déjà repris avec le Ministre des
Transports. Finalement vous obtenez un peu plus. L’opinion
publique, qui croit qu’elle a tiré de votre violence des
avantages et qui désire avant tout faire le plein de son réservoir,
approuve finalement, tout en mettant la main au porte-monnaie.
- Quand vous pensez que la vie en Corse serait
bien meilleure sans avoir « l’occupant » français sur le dos,
vous utilisez le plastique et le colt. Les médias parlent alors de
vous et une partie de l’opinion publique vous soutient. Vous tuez
au passage un préfet en lui tirant des balles dans le dos. Étant
violent, vous êtes devenu un interlocuteur valable et le Premier
Ministre vous reçoit à Matignon pour négocier. Vous obtenez grâce
à la violence d’énormes avantages financiers et politiques.
L’opinion publique, désirant avant tout la paix civile, approuve.
Mais le Ministre de l’Intérieur, écœuré, démissionne et les
assassinats continuent. Brutalement l’opinion publique se
retourne. Elle désapprouve massivement le Premier Ministre qui est
responsable des accords, moins fortement le Président de la République
qui est resté silencieux. Par contre, elle approuve fortement le
Ministre de l’Intérieur.
Nous sommes en Démocratie et l’Etat n’a
pas le droit d’être violent contre les citoyens. Il doit
respecter nos Libertés, et cela est bon, et même très bon. Mais
il doit aussi faire respecter nos Libertés par tous ceux qui désirent
utiliser la violence. Il dispose de la force publique pour le faire,
pour nous protéger contre les violents. La violence d’un
sauvageon qui incendie une voiture dans une banlieue, la violence
d’un licencié qui menace de tout polluer, la violence d’un
routier qui bloque la circulation, la violence d’un Corse qui
assassine sont toutes condamnables. Les lois françaises précisent
en détail ce à quoi tous ces violents s’exposent.
Une démocratie qui n’applique plus la loi et
qui négocie avec les violents leur abandonne le pouvoir : elle
n’est plus une démocratie, elle devient une « violentocratie ».
En Indochine ou en Algérie, nous avons cédé à la violence. Les
«libérateurs » nous ont chassés et la violence s’est installée
au pouvoir. Elle s’y trouve encore.
En démocratie, la fermeté paye. Le
Maire de New York l’a montré avec ses « sauvageons » ou le
premier Ministre anglais avec ses routiers. Le brutal retournement
de l’opinion française est pour moi une merveilleuse nouvelle :
il indique aux hommes de pouvoir français qu’ils doivent aussi
s’opposer à la violence, pour que survive notre démocratie menacée.
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Référendum
Il faut bien préciser que les bulletins
nuls, lors du dépouillement d’une consultation électorale,
sont comptabilisés à part et sont même analysés par les
services des Renseignements généraux ainsi que par les
organismes spécialisés chargés d’informer le
gouvernement. D’où le côté utile indiscutable d’un vote
pour « la réduction des dépenses et des impôts ».
Georges Viala,
viala.georges@wanadoo.fr |

Le courrier des lecteurs du
23 septembre 2000
à la page du courrier des
lecteurs
Cette semaine: Special Guy Millière !
Faut-il faire taire Guy Millière
?
Les articles de Guy Millière que nous publions
régulièrement dans nos colonnes depuis plusieurs années, ont le
don de susciter de vives réactions de la part
d’une partie de nos abonnés. Au ton
vigoureux de l’auteur répond ainsi le ton non moins vif de
plusieurs de nos correspondants, en désaccord sur un point ou sur
un autre.
Nous consacrons cette semaine l’essentiel de
cette double page aux débats suscités par plusieurs articles récents
de Guy Millière. En lui donnant la parole pour répondre. Sans lui
permettre de la monopoliser…
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Pétition
Nationale pour la défense du franc français |
Michel Pinton, maire Divers Droite de
Felletin (dans la Creuse), récidive. Il y a un peu plus d'un an il
a réussi à mobiliser plus de la moitié des maires des 37 000
communes de France pour essayer de s'opposer à la mise en place du
PACS.
Aujourd'hui, il lance une pétition
nationale « Vive le franc » que l'on trouve à la fin du
petit ouvrage qu'il vient de publier sous le même titre, chez
l'éditeur François-Xavier de Guibert.
Au moment où l'euro affiche une perte de
près de 30 % par rapport à la parité qui était la sienne
face au dollar lors de sa création, l'initiative est
particulièrement opportune.
Car, si l'euro nous a déjà coûté fort
cher, sans compter le coût de l'arrimage à la monnaie allemande
pendant les six ou sept années qui ont précédé sa création, il
risque de nous coûter encore plus cher dans l'avenir. L'histoire
monétaire nous enseigne en effet qu'il n'y a pas de limites à de
telles glissades. Il suffit de se souvenir de l'évolution du franc
français par rapport au DM ou par rapport au franc suisse depuis 50
ans…
Or, il est possible d'arrêter là les
frais, de conserver l'euro pour ce qu'il est, c'est-à-dire un
instrument financier de transactions, sans pour autant procéder à
l'opération démentielle d'échange
de pièces et de billets prévue pour janvier 2002
Nous sommes citoyens français.
Nous sommes attachés à la coopération entre
notre peuple et les autres peuples européens, à commencer par
notre grand voisin, le peuple allemand.
Nous considérons qu’il est utile que la
libre circulation des marchandises et des capitaux entre pays
européens soit facilitée par une monnaie commune, appelée l’euro.
Mais nous refusons que cette monnaie devienne
obligatoire chez nous en 2002 et qu’elle chasse notre franc. Le
franc est une monnaie vivante. Les Français en sont collectivement
responsables. Sa valeur est garantie par notre travail et notre
épargne. Il est gagé sur l’or que conserve pour nous la Banque
de France, or gagné chèrement par les efforts des générations
françaises passées.
L’euro est une monnaie artificielle. Inventé
par quelques technocrates, il est géré par eux à l’écart de
tout contrôle démocratique. Pourquoi, nous, Français,
serions-nous contraints de garantir la valeur de cet euro sur lequel
nous n’avons aucun pouvoir direct ou indirect ? Pourquoi
serions-nous obligés de confier notre épargne à une monnaie
arbitraire qui peut devenir une monnaie au rabais ?
Qu’est-ce qui prouve que cette monnaie non
française nous protègera mieux du chômage et de l’inflation que
notre franc ?
Nous dénonçons qu’on tienne pour
négligeable le choc que sera pour des millions de Français, et
d’abord pour les plus humbles et les plus âgés, la conversion
obligatoire de nos prix et de nos salaires en une monnaie sans
référence concrète.
Enfin, si nous acceptons le principe d’une
solidarité financière avec les autres peuples européens, nous
n’acceptons pas que le coût de cette solidarité nous soit
imposé par le système de la monnaie unique.
C’est pourquoi nous exigeons que le franc
reste pour toujours la monnaie des Français. L’euro sera
réservé aux achats et ventes avec les autres pays du marché
européen.
Au cas où notre exigence serait repoussée par
le gouvernement, nous demandons que le peuple français soit appelé
à décider, par référendum et avant 2002, s’il veut ou non
garder le franc comme monnaie nationale.
Texte de la pétition au format universel
txt à imprimer et envoyer à:
- "Vive le Franc"
- boite Postale N°4
- 23500 Felletin
-
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Michel Pinton
- Vive le Franc
- une monnaie qui a de l'avenir
-
- François-Xavier
- de Guibert
- 71 p 70 F
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- S’il
vous plaît, ne me parlez plus de génocide !
Marce Boisot
Dans la soirée du 13 septembre dernier, «
Arte » retransmettait un documentaire sur le génocide du Rwanda au
cours duquel – d’après les statistiques officielles – un
million de Tutsis, sans distinction d’âge et de sexe, furent
massacrés par les Hutus. Ceci en 1994.
Au-delà du dégoût et de la rage, quelques
remarques valent sans doute la peine d’être rapportées.
1 – Il était naturel d’établir a priori
un rapprochement avec le génocide hitlérien. En fait, la
comparaison ne va pas très loin, car au Rwanda, le massacre n’était
pas le résultat d’une décision politique exécutée méthodiquement,
industriellement par des professionnels entraînés. La tuerie fut
perpétrée par le peuple, un peuple ivre de sang.
Tuant à tort et à travers, le plus souvent à
l’aide de machettes, torturant par sport, achevant les blessés.
Et l’impitoyable caméra montrait ces murs de cadavres qui nous
avaient horrifiés il y a cinquante-cinq ans, et que, sans doute,
sous le coup de l’émotion, les dirigeants politiques de l’époque
avaient juré que l’on ne reverrait plus.
Premier constat : les dirigeants politiques de
1994 ont trahi le serment de leurs prédécesseurs.
2 – L’ONU ainsi que le Conseil de sécurité
étaient parfaitement renseignés sur les premiers massacres et sur
les terribles menaces qui pesaient sur la population Tutsi.
Par peur de se trouver engagé dans un conflit
qu’il était de sa mission – pour ne pas dire sa raison d’être
– d’éviter ou, au moins, de contrôler afin d’empêcher un
massacre, l’ONU prit l’incroyable et scandaleuse décision de
retirer ses troupes.
De toute façon, ces troupes, obéissant aux
ordres de ne pas intervenir, assistaient impuissantes à
l’assassinat et aux tortures de femmes, d’enfants et d’une
manière générale de tout ce qui pouvait apparaître comme Tutsi.
Leur retrait signait la mort de dizaine de milliers de personnes.
L’ONU, en se désengageant du conflit
rwandais, ne réalisait pas qu’en dehors de ses discours
humanitaires qu’elle dispense si généreusement, elle démontrait,
s’il en était besoin, sa parfaite inutilité.
3 – Troisième constat : peut-être le plus
grave.
La Shoah, de plus en plus, tend à s’ériger
en référence morale, souvent désignée par « mal absolu » ; ce
que ne manquent pas de rappeler à chaque occasion les dirigeants
politiques des pays occidentaux, toujours attentifs à la moralité
de leur image. Or, ces derniers, comme l’ONU, étaient
parfaitement renseignés sur le génocide Tutsi qui se poursuivait
au rythme de plusieurs centaines de victimes par jour.
Par peur pavlovienne de se trouver embourbé
dans un nouveau Vietnam (Dieu seul sait pourquoi ?) qui ne
manquerait pas de se traduire par une baisse de popularité,
traduite en nombre de bulletins de vote, Clinton, ce champion de la
bonne conscience, fit semblant de ne rien connaître et rappela ses
GI’s. Les pays européens, en bons disciples, trop heureux de cet
alibi, en firent autant. Ce qui, bien entendu, accéléra le
carnage. En 1998, Clinton flanqué de son épouse (qu’il tient
toujours par la main depuis l’affaire Monika Levinsky), à sa
descente d’avion au Rwanda, eut l’audace de déclarer que les
USA auraient dû intervenir. Quant à Mitterrand, autre champion de
la morale, grandiose ennemi du génocide, il se réfugia dans un
silence que la diplomatie honorerait du qualificatif de prudent.
Un million
de morts en cent jours ! Aux Jeux Olympiques de la boucherie
humaine, les nazis étaient battus. D’une certaine manière, ils
nous rendent à distance un service tragique : celui d’avoir, à
travers leurs souffrances, démontré la vanité des politiques et
de leurs discours.
| Quinquennat
Il n’y a qu’un seul moyen de sortir
de la campagne électorale permanente, c’est de supprimer la
possibilité de se représenter à l’élection présidentielle.
Car cinq ou sept ans, cela a peu d’importance. Ce qui
compte, c’est de réaliser ce que les électeurs
majoritaires demandant. Le souci d’être réélu amène à
chercher toujours des électeurs dans l’autre camp, comme le
chien qui veut toujours manger dans la gamelle d’un autre.
Daniel Bonnigal,
St-Pierre-les-Nemours – 77 |

- En
finir avec l’insécurité
-
- Claude Reichman
« En finir avec l’insécurité* ».
Sous ce titre, s’est tenu récemment, à Lyon, un colloque que
j’ai eu l’honneur de présenter. On vient d’en publier
l’essentiel, dans une brochure dont je me permets de recommander
la lecture à tous ceux qui sont
sensibles à ce problème, c’est-à-dire à tous ceux qui pensent
que ce phénomène est devenu un des faits majeurs de la société
française actuelle et qu’il est de nature à bouleverser en
profondeur nos conditions de vie. Il a d’ailleurs commencé de le
faire dans certains quartiers. Voici, à cet égard, ce qu’en dit
l’un des participants à ce colloque, Daniel Dugléry, qui était
encore, il y a quelques mois le directeur central de la sécurité
publique : « La drogue : dans 711 quartiers un nouvel ordre de type
mafieux se met en place, j’ai des documents officiels à ce sujet.
Dans 194 quartiers, la consommation de cannabis est totalement
banalisée. Dans 130 quartiers le deal devient plus important et une
clientèle extérieure vient sur place s’approvisionner. C’est
le supermarché. 116 quartiers sont devenus des lieux connus
d’approvisionnement pour les héroïnomanes. 72 quartiers déjà
ancrés dans ces pratiques présentent des signes d’économie
parallèle. Dans 97 quartiers, le business a engendré des violences
spécifiques, c’est-à-dire qu’il y a des règlements de compte
ou des chasses aux dealers organisées par les habitants du
quartier. ”
Mais il n’y a pas que les « quartiers
sensibles ». L’insécurité est en réalité infiniment plus répandue
que ne veulent bien l’admettre les pouvoirs publics, qui prétendent
qu’elle recule. Connaissez-vous le « chiffre noir » ? Il représente
la différence entre les faits de délinquance réellement commis et
ceux qui sont rapportés à la police. Selon une étude de l’Institut
des hautes études de sécurité intérieure, citée par l’un des
participants au colloque, Dominique-Henry Matagrin, président de
l’Association professionnelle des magistrats, il y en a cinq fois
plus qu’on n’en recense officiellement.
« En regard de cette insécurité croissante
pour les citoyens, s’indigne M. Matagrin, le problème est qu’il
y a une sécurité relative pour les délinquants eux-mêmes ». La
raison ? « Faire condamner, aujourd’hui, est en somme une véritable
course d’obstacles, un parcours du combattant. » Le résultat de
cette politique, ou plutôt de cette absence de politique est
effrayant : « Globalement, indique M. Matagrin, qui sait de quoi il
parle, dans toute la France, il ne reste que 26 % des faits qui vont
être traités par la justice. Les trois quarts ne sont donc pas
traités et sont purement et simplement classés… Le taux d’élucidation
est globalement de 27 %. S’il atteint 80 % pour les homicides,
pour les cambriolages c’est seulement 9 % des auteurs qui sont
identifiés. Pour les vols à la tire, c’est 3 % des
faits dont les auteurs sont identifiés. »
Alors Florent Montillot, conseiller régional
d’Ile-de-France et co-auteur du Livre blanc sur la sécurité
urbaine, a d’excellentes raisons d’asséner cette vérité : «
En ce qui me concerne, je suis convaincu, et vous l’êtes tout
autant que moi, que s’il n’y avait pas d’insécurité, il
n’y aurait pas de sentiment d’insécurité. »
Bien entendu, et contrairement à ce que prétendent
les bonnes âmes, il y a des solutions à ce problème qui
empoisonne la vie des Français. Elles passent d’abord par une
prise en compte lucide de son ampleur, et par une volonté de réagir
que chacun des intervenants de ce colloque a déclinées, dans le
domaine qui lui est propre, en mesures précises et concrètes.
Les actes de ce colloque sont donc un document
qui fera date.
* « En finir
avec l’insécurité », 56 pages.
Pour recevoir
cette brochure, adresser un chèque de 50 F à « Deux mois pour la
France » 56 rue Vendôme 69006
Lyon.
- Les
gardiens du musée de l’exception française
-
- Alain Dumait
-
L'opinion publique a la mémoire courte. Et les
Français tout particulièrement. C'est ce que l'on est tenté de
dire quand, sondage après sondage, les instituts nous indiquent que
si l'élection présidentielle avait lieu maintenant, Jacques Chirac
l'emporterait nettement sur son Premier ministre.
Certes, celui-ci a mangé son pain blanc. Il
est comme tétanisé. Les Français attendent avec de plus en plus
d'impatience de véritables réformes au niveau des services de l'État,
de l'administration en général et, compte tenu de la médiocrité
des services publics (éducation, sécurité…) ils prétendent
payer moins d'impôts. Ils sont scandalisés que l'État puisse
trouver normal de s'enrichir en même temps que les émirs
augmentent le prix de la facture du pétrole. Comme deux prédateurs
ayant partie liée…
Mais les échecs et les bévues de Jacques
Chirac sont tout aussi manifestes et plus fréquentes encore.
Ne revenons pas pour aujourd'hui, sur la
dissolution suicide de 1997 d'autant plus surprenante qu'elle fut décidée
par quelqu'un qui se prétend attaché aux institutions, à la
Constitution, à sa lettre comme à son esprit qui résulte d'une
pratique à laquelle la dissolution surprise n'appartenait
certainement pas.
Arrêtons-nous sur quelques autres événements
plus récents.
La mise au banc de l'Union européenne de
l'Autriche pour cause de gouvernement conservateur et populiste
s'est terminée pour le chef de l'État par un fiasco complet, les
sanctions ayant dû être levées du jour au lendemain après la
publication d'un rapport de trois sages (dont l'ancien président de
la République de Finlande, prédécesseur de Jacques Chirac à la
présidence de l'Union européenne…) démontrant que l'Autriche
pouvait se prévaloir d'un comportement exemplaire à l'égard des
immigrés et des minorités ethniques, ce que les voisins de ce
petit pays ne peuvent pas toujours dire (« Pas d'asile d'immigrés
en feu, pas de défilés néo-nazis dans les rues).
L'affaire des otages de Jolo fut pour Jacques
Chirac une nouvelle occasion de se mettre en avant en faisant mine
de donner des ordres au Président des Philippines pour qu'il ne
procède à aucune intervention armée pouvant mettre en cause la
vie des deux otages français encore aux mains des rebelles. Las !
C'est cette même intervention armée des Philippines qui a permis
aux deux otages français, dans la nuit de mardi à mercredi, de s'échapper
et de se retrouver sains et saufs…
Le Président de la République ne manque
jamais une occasion de défendre « l'exception française ».
Pourtant, en politique étrangère, tout autant que son prédécesseur,
il sait s'aligner sans délai sur les injonctions américaines. On
l'a bien vu dans l'affaire du Kosovo. Pourtant Jacques Chirac avait
une occasion unique de distinguer de la pensée unique anglo-saxonne
à propos de l'Irak.
On voit bien que le blocus imposé à l'Irak en
1990 et qui visait le dictateur Saddam Hussein n'a fait souffrir que
son peuple. Il n'y a aucune raison de le maintenir. Sa levée se
traduirait immédiatement par une augmentation de l'ordre de 4
millions de barils par jour de la production de pétrole soit 5 fois
celle décidée la semaine dernière par les pays de l'OPEP.
En somme, quand il devrait se taire il parle
trop. Et quand il devrait parler, il se tait.
Finalement, on le savait déjà, instruits que
nous sommes par deux expériences précédentes : la cohabitation
discrédite les deux protagonistes qui s'y livrent. Surtout quand
ils semblent s'en délecter. Une réforme de la Constitution portant
sur le non-renouvellement du mandat présidentiel eût été
autrement plus significative que le projet soumis à référendum
sur le quinquennat.
P.-S. : Le 24 septembre, si vous n'êtes tenté
ni par le Oui ni par le Non, vous pouvez voter pour vos idées ! en
mettant dans l'urne un bulletin « Oui à une vraie baisse des impôts
» que vous pouvez fort bien confectionner vous-même sur une
feuille de papier blanc. De toute façon, il sera comptabilisé
parmi les bulletins blancs et nuls. Mais, si de tels bulletins se
retrouvent par centaines de milliers dimanche soir, cela constituera
un message clair et fort adressé à tous les politiciens.
Renseignements pratiques :
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