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CHIFFRES SIGNIFICATIFS

FARINES 


Après l'interdiction des farines animales chez eux en Grande-Bretagne, les Britanniques ont vu la consommation de
viande chuter de 40 %
entre 19% et 1998. Mais aujourd'hui, elle est remontée à un
niveau de 10 % supérieur à celui d'il y a quatre ans...

PATRIMOINE 


Le quart de notre patrimoine écrit en français, soit quelque 25 millions de documents, est menacé de disparition à cause de l'acidification du papier, à base de bois et non plus de chiffons, utilisé à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle.

JUSTICE 

" Sur les 1 200 jugements rendus en Guyane parle tribunal correctionnel, une vingtaine seulement ont été dactylographiés et exécutés" . . . (François d'Aubert, rapporteur spécial de la Commission des
finances pour le budget des départements d'Outre-Mer).

PACS


Flop pour le PACS : 23 000 contrats seulement conclus
en un an.


ÉLECTIONS US 

 George W. Bush a obtenu le vote de 54 % des blancs, 54 % des hommes, 56 % des protestants, et 61 % des foyers détenant une arme à feu. Gore est quant à lui majoritaire chez les femmes (54 %), les noirs (90 %), les juifs (79 %), les latinos (60 %), les catholiques (50 %) et les syndiqués (62 %). La surprise vient des asiatiques, qui ont voté massivement pour le candidat démocrate.

DIVERS FAITS 

LAGARFELD Karl 

Lagarfeld était réputé résident monégasque. Jusqu'au jour où le fisc a considéré qu'il était bel et bien résident français. La preuve: c'est à son domicile parisien qu'à peu près chaque jour son fleuriste venait livrer un nouveau bouquet...


ARCHITECTURE 

L'Institut Français d'Architecture va quitter son hôtel particulier de la rue de Tournon,
dans le 6é arrondissement de Paris, et s'installer dans l'aile est du Palais de Chaillot (place du Trocadero) pour devenir, fin 2001, avec l'ex-Musée des monuments français, le Musée de l'architecture et du patrimoine.

ART PRIMITIF

 L'ouverture du Musée des arts premiers, quai Branly à Paris, est prévue pour mai 2004, neuf ans exactement après la première demande de Jacques Chirac.

CONTRACEPTION 

Seuls six députés de droite ont voté contre la proposition de loi sur la distribution de la pilule du lendemain dans les écoles : Philippe de Villiers, François d'Aubert, Jean de Gaulle, Claude Goasguen, Anicet Turinay et Christine Boutin. À l'inverse, Alain Madelin et Jean-Louis
Debré ont voté pour...

LAXISME 

Marylise Lebranchu, garde des Sceaux, vient de publier une circulaire appelant à « adoucir » les procédures visant à euthanasier les chiens dangereux.
Au méme moment la SPA de Mulhouse annonce son refus d'accueillir les chiens dangereux...


MEDIAS

CANAL 


Encore un remaniement pour "Nulle Part ailleurs". Soucieuse d'atteindre enfin les 5 % de
part de marché, la direction a décidé du départ de la présentatrice Emmanuelle Gaume et du retour de Jackie Berroyer qui présentera avec Philippe Vandel un NPA spécial musique.


M6

 Le 3 décembre, M6 diffusera un reportage consacré aux affaires de la mairie de Paris. Le directeur des programmes, Thomas Valentin, souhaitait que soit programmée, dans la même soirée, une enquête sur une municipalité socialiste. Mais la direction a capitulé face aux protestations des journalistes...

NUSPORT 

Canalnumedia, filiale de Canal +, et le groupe de marketing sportif de Jean-Claude Darmon ont annoncé la création d'une société commune, Nusport. Sa vocation sera de réaliser des sites intemet pour les clubs professionnels de football.

« MARIANNE »


L'hebdo seguino-chevénementiste défend le langage des "jeunes" des cités. Pour lui, " l'état de l'enseignement dans ces zones peut certes, donner quelques signes d'in quiétude (sic). Mais ce qui a permis de faire du français une langue riche et vivante n'est-ce pas le constant apport d'idiomes étrangers et d'expressions populaires Ire-sic) ?"  Et Marianne de conclure en soutenant une simplification de l'orthographe qui restaurerait l'égalité entre jeunes des cités et enfants du 16e arrondissement.
Éternel mépris de la gauche pour les pauvres, jugés incapables de faire des efforts.

SIC

MADELIN/JLIPPÉ

 Alain Madelin affirme avoir appris l'augmentation de deux points du taux de Ia TVA quand il était ministre des finances, en prenant connaissance des propos d'Alain Juppé à l'occasion d'une conférence de presse...


GANGSTERS  

"Nous vivons dans un pays superbe. Il nous suffit juste de nous débarrasser des gangsters qui détiennent le pouvoir et l'affaire sera réglée" ([an Smith, ancien Premier Ministre de la Rhodésie britannique).
On pense aussi à d'autres exemples. . 


ÉLITE 

"L'Élite intellectuelle moderne cherche toujours à détruire toute respectabilité sociale bourgeoise"

 (Maître Michel Guénaire).

 BONNE QUESTION

 "La communauté internationale, c'est qui ?" (Patrick Besson, écrivain archéo-communiste).


VACHE FOLLE

- "II faudrait parler de presse folle plutôt que de vaches folles" (Jacques Chirac, 1996).
- "Il est impossible de nourrir des animaux à l'herbe toute l'année" ( Luc Guyau, 1996).
C'est à se demander comment vivaient les vaches avant la farine animale,..

LANGUE RÉGIONALE 

" Nous demandons solennellement au Premier ministre de surseoir à toute décision concernant l'intégration d'établissements associatifs linguistiques au sein du service public"  (Lettre du Comité National d'Action Laïque au Premier ministre et qui vise particulièrement les écoles ultra régionalistes Diwan).



 

 

 

 

 

Les 4verites N°282 du 18 novembre 2000

 Sommaire:

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Ces socialistes français qui n'en ratent pas une !
 Jean Rouxel  

Les politiciens ont parfois de la chance. À l'évidence ce fut le cas des socialistes. Non seulement ils sont arrivés au pouvoir en 1997, alors qu'ils avaient de bonnes raisons de se préparer à une plus longue cure d'opposition. Mais ils ignoraient avoir un allié objectif au Palais de l'Élysée. . . Mais encore ils ont bénéficié depuis lors d'une conjoncture économique exceptionnellement favorable.
Ils ne sont pour rien dans cette situation car celle-ci résulte toute entière du boum du commerce mondial et de la révolution technologique partie des États-Unis il y a plus de dix ans.
Ce n'est donc pas sur la croissance retrouvée depuis deux ans par l'économie française qu'il convient de juger les socialistes mais sur l'usage qu'ils ont fait de cette croissance.
Fidèles à leur idéologie, ils ont continué à accroître les prélèvements publics obligatoires. Si l'on ajoute aux augmentations d'impôts opérées depuis trois ans l'augmentation enregistrée sur la période de la dette publique, on arrive à un total supérieur à la stricte augmentation du produit intérieur brut.
Les socialistes ont donc, en puisant dans notre portefeuille ou dans celui de nos enfants, réussi à augmenter les prélèvements publics davantage que les fruits de la croissance ne le leur aurait permis à eux seuls...
Avec le départ à la retraite dans les dix ans qui viennent de plus de la moitié du nombre des fonctionnaires actuellement en activité, le Gouvernement avait une chance historique de réduire un peu le poids de la fonction publique dans notre pays. Il suffisait, pour tenir compte au moins de quelques gains de productivité, de ne renouveler les postes des fonctionnaires partis à la retraite que dans la proportion de 97 ou 98 %. Le secteur public y aurait gagné en efficacité et les contribuables en allégement de charges. Évidemment, c'est l'inverse qui a été choisi par Lionel Jospin: l'Administration la moins productive de France, celle de l'Éducation nationale verra ses effectifs encore accrus de 11 000 emplois dans les trois ans qui viennent alors que dans le même temps, le nombre de ses clients, nos enfants scolarisés, continueront à diminuer...
Aucune des réformes nécessitant des décisions urgentes, que ce soit la gestion de notre système de santé, le financement des retraites, la révision de l'âge marquant la fin de l'activité, n'a été même mise sur les rails.
Les commentateurs, toujours indulgents, nous disent que ces dossiers attendront bien les prochaines élections présidentielles. Mais si, à ce moment-là, le choix se résume toujours à un affrontement entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, quelle chance raisonnable a-t-on de voir des réponses apportées à ces questions, même après 2002 ? L'avenir de notre société en
dépend pourtant...

Le vrai visage de l'Amérique

Pascal Salin*
Dans la panoplie de la pensée unique, l'antiaméricanisme occupe une place de choix et il réunit dans une même réprobation des hommes et des femmes de tous horizons intellectuels et politiques.
Il faut donc saluer le courage de Guy Millière qui, presque seul en face de ces torrents de haine et de mensonge, a mis toute sa rigueur et toute son honnêteté intellectuelle à rechercher le vrai visage de l'Amérique.
Guy Millière a soigneusement enquêté sur presque tous les aspects de la vie américaine. Il a beaucoup lu, il a rencontré de nombreux spécialistes, et il nous livre le résultat de ce patient travail sous la forme d'une série de chapitres remarquablement clairs et portant, pour chacun d'entre eux, sur une importante question sociale, économique, culturelle ou politique. Dans cette revue systématique de ce que sont ainsi véritablement les États-unis, le lecteur passera de la finance à l'immigration, des problèmes de la pauvreté à la production du savoir, de la diversité raciale à la culture, de la politique à la religion. On aurait envie de multiplier les citations extraites de cet ouvrage pour en montrer le caractère justement provocant. 

Guy Millière

L'Amérique
monde

les derniers jours de l'empire américain

Fr-X de Guibert

Achetez le ici ! 
 

Mais laissons le lecteur découvrir cette salutaire entreprise de restauration des faits et de la vérité.
Dans la panoplie de la pensée unique, l'antiaméricanisme occupe une place de choix et il réunit dans une même réprobation des hommes et des femmes de tous horizons intellectuels et politiques.
Il faut donc saluer le courage de Guy Millière qui, presque seul en face de ces torrents de haine et de mensonge, a mis toute sa rigueur et toute son honnêteté intellectuelle à rechercher le vrai visage de l'Amérique.
Guy Millière a soigneusement enquêté sur presque tous les aspects de la vie américaine. Il a beaucoup lu, il a rencontré de nombreux spécialistes, et il nous livre le résultat de ce patient travail sous la forme d'une série de chapitres remarquablement clairs et portant, pour chacun d'entre eux, sur une importante question sociale, économique, culturelle ou politique. Dans cette revue systématique de ce que sont ainsi véritablement les États-unis, le lecteur passera de la finance à l'immigration, des problèmes de la pauvreté à la production du savoir, de la diversité raciale à la culture, de la politique à la religion. On aurait envie de multiplier les citations extraites de cet ouvrage pour en montrer le caractère justement provocant. Mais laissons le lecteur découvrir cette salutaire entreprise de restauration des faits et de la vérité.
Les États-unis constituent un exemple qui devrait fasciner les peuples tout autour de la terre, et en particulier en France. Ils nous prouvent que le pays le plus développé peut atteindre un taux de croissance de 5 %; que, contrairement aux approches mécanismes habituelles, les cycles d'activité ne sont pas inéluctables et que la croissance peut se maintenir de longues années. Mais nous ne devons pas oublier que ces brillants résultats n'auraient pas été possibles sans les réformes audacieuses de Ronald Reagan. Présenté de matière presque unanime en France comme un saltimbanque borné, il fut en réalité un extraordinaire visionnaire. Au-delà des réformes qu'il a mises en oeuvre, il a su redonner aux Américains confiance en eux-mêmes. Il a su conforter leur amour de la liberté individuelle.
Toutes les prouesses matérielles des États-Unis ne constituent en effet que la surface des choses. C'est ce que Guy Millière nous fait bien comprendre : il y a un « esprit américain », dont les fondements sont souvent religieux, mais qui se traduit en tout cas par le respect d'autrui et la recherche perpétuelle de nouveaux savoirs. Le bon fonctionnement de la « job machine » résulte évidemment des fantastiques progrès technologiques de l'Amérique contemporaine.
Mais ces derniers ne sont eux mêmes que la conséquence de cette attitude d'esprit et de l'environnement institutionnel des États-Unis.

L'Amérique d'aujourd'hui nous apporte la confirmation que la prospérité économique n'est que la conséquence non attendue d'une organisation sociale où les individus sont responsables, mais partagent par ailleurs un minimum de valeurs
communes.
Certes, il serait naif et faux de faire de l'Amérique le modèle absolu de la société libérale. Il y a en effet un abîme entre le projet des Pères Fondateurs, si magnifiquement inscrit dans la Constitution Américaine, et la réalité d'aujourd'hui où la fiscalité reste extrêmement pesante et où les citoyens subissent d'innombrables et étouffantes réglementations. Certes aussi, on peut préférer certains des arts de vivre de notre vieille Europe qui a produit tant de beauté et tant de grandes idées. Mais la vitalité intellectuelle et politique des États-Unis permet un débat permanent et sans tabous. Et l'amour de la liberté reste comme le montre superbement Guy Millière - le socle inébranlable de ce grand pays. En lisant cet ouvrage important, on se met alors à rêver du paradis que pourraient être la France et d'autres pays européens si leurs citoyens, au lieu de se réfugier dans un anti-américanisme sommaire et mensonger, cherchaient à s'inspirer des plus remarquables valeurs et des plus belles réalisations des États-Unis. 

* Pascal Salin est professeur à l'Université Paris-Dauphine. Ce texte reprend l'essentiel de sa préface au dernier ouvrage de Guy Milliére.

La machine à fabriquer des exclus

Bernard Trémeau

page Bernard Trémeau

Il est très intéressant de voir comment les hommes de pouvoir utilisent les statistiques. La France est dotée d'un institut national de statistique, l'lNSEE, dont le sérieux des travaux est reconnu en France et à l'étranger.
Les statistiques montrent de toute évidence que les accidents de la voie publique sont bien plus fréquents chez ceux qui ont bu un verre de trop. Dans le but de diminuer le nombre des accidents, le gouvernement a décidé de transformer en délit le fait de conduire en ayant un taux d'alcoolémie trop élevé. On ne punit plus celui qui est responsable d'un préjudice vis-à-vis d'autrui :
on punit celui qui pourrait éventuellement être la cause d'un accident. Le gouvernement est persuadé que nous sommes tous des irresponsables et qu'il est nécessaire de réduire nos libertés. Dans la logique de ce système, il serait bon de transformer aussi en délit la trop forte absorption d'alcool à la maison, les statistiques prouvant que les enfants d'alcooliques subissent beaucoup plus de violences que les autres.
Deux poids et deux mesures Les statistiques montrent également que les accidents de la voie publique sont bien plus fréquents chez ceux qui ont fumé un joint de trop et il existe pour le cannabis, comme pour l'alcool, des moyens parfaitement fiables de dépister la présence d'une drogue dans le sang.
Mais ce n'est pas un délit de conduire une voiture sous l'emprise du cannabis. Quand le pouvoir pénalise les buveurs
d'alcool, il donne l'impression de protéger l'ensemble de la population : il a l'opinion publique avec lui, même si en réduisant nos libertés, il nous transforme tous en irresponsables. Quand le pouvoir ne pénalise pas les fumeurs de joint, il donne l'impression d'être tolérant avec ces jeunes qui prennent de temps en temps une drogue douce pour s'éclater dans un monde par ailleurs trop gris. Il pense avoir l'opinion avec lui, même si en respectant nos libertés, il risque de nous rendre responsables d'accidents. Alcool et cannabis, deux poids, deux mesures.
Des statistiques de l'INSEE parues ce printemps montrent qu'une augmentation de 1 % du SMIC augmente de 35.000 le nombre des exclus en France. Il est évident qu'un chef d'entreprise ne peut pas embaucher un salarié qui lui coûte 10 000 francs par mois alors que celui-ci ne lui rapporte que 9000 francs. Il est évident qu'avec un SMIC dix fois plus fort en France qu'en Tunisie, nous achetons volontiers une chemise fabriquée en Tunisie, puisqu'elle est bien moins chère.
Nous aurions pu croire que les hommes au pouvoir allaient tirer d'une telle statistique une ligne de conduite logique:
puisque l'augmentation du SMIC élève le nombre des exclus, sa diminution devrait le réduire.
Diminuons donc le SMIC pour permettre à un nombre important d'exclus de retrouver enfin un travail... Pas du tout. Les responsables de la gauche plurielle se sont réunis à l'automne et ils ont élaboré un programme commun pour les prochaines échéances électorales. Ils n'ont pratiquement mis dans ce programme commun que l'augmentation du SMIC. À ma connaissance, pas un homme politique dans l'opposition, pas un journaliste n'a réagi à la décision de la gauche plurielle en rappelant les statistiques printanières. Nos responsables vont augmenter et augmenter encore le SMIC, car ils sont persuadés qu'en agissant ainsi, ils ont l'opinion publique avec eux, et qu'ils seront réélus.
Notre société est de plus en plus riche. Elle peut et doit donc, sans hésitation, aider tous ceux qui en ont besoin et nous risquons tous d'avoir un jour besoin de son aide. Mais quand les responsables politiques décident aujourd'hui d'augmenter le SMIC de 1 %, ils savent qu'ils feront statistiquement 35000 exclus de plus. Ils sont responsables d'un effroyable préjudice vis-à-vis de tous ces hommes. Ils sont coupables...
mille fois plus coupables que ceux qui roulent avec trop d'alcool dans le sang, sans causer d'accident ! 

 

Partis

 Les comptes officiels 1999 des partis politiques  officiels font apparaître une dépense près d'un milliard de francs  financée à 53 % par des ventions publiques.
Le PS a enregistré un excédent de 34,6 millions de francs  pour un budget de 296 MF; le RPR, un déficit de 7,40 MF pour 166 MF, l'UDF, une perte 5 MF sur130 MF; le PCF atteint l'équilibre  (110 MF de budget ); le FN est déficitaire de 2MF sur " 70 et le MPF est excédentaire de 2,20 MF pour 12,80 MF de budget. Enfin, le RPF et le MNR affichent tous deux un lourd déficit ; 5,40 MF sur 10,9 pour le parti de Pasqua et 10,30 MF sur 34,3 pour le mouvement de Mégret.



 

Document: le premier discours de candidat présidentiel d'Alain Madelin 

Tailler dans les dépenses publiques pour récolter de vraies baisses d'impôts

Alain Madelin était l'invité d'honneur politique des Troisièmes Assises des contribuables qui se sont tenues dans la grande salle du Palais des congrès à Paris, Porte Maillot, le mercredi 15 novembre 2000, en présence d'environ 3 000 participants dont une trentaine de parlementaires.

Cette réunion avait pour thème, cette année, "remettre les finances publiques à leur place", Un sujet qui a particulièrement inspiré Alain Madelin qui a profité de l'occasion pour délivrer un discours qui peut sans doute être considéré comme sa première intervention de candidat à la présidence de la République.
C'est la raison pour laquelle nous pensons instructif et utile et le reproduire ci-dessous, quasiment in.extensos.

 J. R.

La France aime bien la dépense publique. Mais cela ne date pas d'aujourd'hui.
Georges Clemenceau disait: "La France est un pays extrêmement fertile. On y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts".
Aujourd'hui, alors que partout dans le monde, on baisse massivement les impôts, on réduit la dépense publique, la France, continue, seule, à contre courant, d'augmenter ses dépenses publiques et le nombre de ses fonctionnaires.
A contre courant, oui, car ce n'est plus l'air du temps.
Regardez les présidentielles américaines. Ce soir je peux vous dire à coup sûr qui va gagner? Que ce soit Bush, ou Gore: le contribuable américain sortira vainqueur.
Le programme de G. Bush c'est 10 000 milliards de francs de baisses d'impôts. Quand à Al Gore c'est seulement, si j'ose dire, 4000 milliards de francs.
En proportion, c'est comme si aux présidentielles, les Français devaient avoir le choix entre deux candidats dont l'un proposerait 2 000 milliards de baisses d'impôts et l'autre 800 milliards seulement.
Le système du " Toujours plus", "Toujours plus" de dépenses publiques, "Toujours plus" de lois et de réglementations,  "Toujours plus" d'impôts, ce système appartient au passé et ne résiste pas au nouveau monde: une époque se termine, une page se tourne.
Ce n'est plus une affaire de couleur politique c'est une affaire de bon sens.
D'ailleurs, même ceux qui nous gouvernent aujourd'hui admettent qu'il faut maîtriser la dépense
publique, baisser les déficits et les impôts, même s'il y a encore, c'est vrai, bien loin entre les paroles et les actes et les contribuables semblent bien décidés à ne plus se laisser faire: "Rendez l'argent", disent-ils aujourd'hui lorsqu'ils voient la croissance remplir les caisses de l'État. Oui, rendez l'argent

Permettez-moi, de saluer, dans cette prise de conscience, l'action de "Contribuables Associés".
Dans une démocratie moderne, il faut que les contribuables s'organisent, fassent entendre leur voix.
Car il est trop facile, trop tentant pour ceux qui gouvernent, d'utiliser l'argent public pour le distribuer à des minorités bruyantes ou menaçantes, organisées, influentes ou reconnaissantes, quand la charge de ces faveurs est reportée sur les générations futures grâce aux déficits, quand elle est camouflée dans les impôts indirects, ou quand elle est supportée par une minorité de contribuables, toujours les mêmes.
Les droits de l'homme sont aussi les droits du contribuable :
" La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. » (Art 15, Déclaration des Droits de l'Homme).
"Tous les citoyens ont le droit de constater la nécessité de la contribution publique et de la consentir librement" (Art 14) Et il est bon aujourd'hui que les Contribuables Associés engagent le combat pour remettre les finances publiques à leur place.
Car il n'y a pas de baisses d'impôts sans une baisse des dépenses publiques: réduire les déficits et les dépenses publiques, c'est la ligne qui a toujours été la mienne.
Que n'ai-je pas entendu lorsqu'en 1986, comme Ministre, j'ai réduit de 20 % le budget de l'Industrie.
Puis en 1995, dans un bref passage au Ministère des finances, j'ai eu à assumer un rôle ingrat qui a consisté, dans une situation de dépenses budgétaires non financées et de recettes fiscales en baisse, à donner un coup d'arrêt à la fuite en avant dans les déficits publics.
Réduire les déficits pour réduire les taux d'intérêt, tels étaient alors la priorité et le chemin que j'ai tracé : 5, 4, 3, 2, 1, 0.
5 % de déficits en 1995, 4 % en
1996, 3 % en 1997, avec pour objectif l'équilibre budgétaire.
C'est cette politique qui nous a permis de réussir l'euro et de retrouver la croissance et l'emploi.
Mais je voulais aussi, dans le même temps, engager une vaste réforme fiscale, avec, dans une première étape, un allégement de 20 à 25 % de toutes les tranches du barème de l'impôt sur les revenus de 1996, c'est-à-dire un impôt marginal abaissé à 45 % - en contrepartie il est vrai d'une remise à plat de toute une série d'abattements et d'avantages fiscaux qui font la complexité de notre fiscalité française... et la joie de ses contrôleurs.
La suite vous la connaissez. Le Premier Ministre de l'époque a refusé cette réforme. J'ai quitté le gouvernement.
Oui répétons-le, il ne peut y avoir de bonnes finances publiques quand l'État dépense plus qu'il ne prélève. Il ne peut y avoir de baisse d'impôts durable sans baisse des dépenses publiques.
Et disons-le aussi, derrière les chiffres de nos dépenses publiques et de nos prélèvements obligatoires il y a un choix de société.
Tout se passe comme si pendant un peu plus de la moitié de l'année les Français travaillaient pour l'État et les organismes publics sans avoir vraiment leur mot à dire avant de travailler vraiment pour eux mêmes.
Oui, choisir la feuille de paie plutôt que la feuille d'impôts ou la feuille d'allocation c'est un choix de société. C'est la priorité donnée à la responsabilité individuelle par rapport aux choix collectifs.
En Allemagne, d'ailleurs, la Cour de Karlsrhue, l'équivalent de notre Conseil Constitutionnel, a décidé,
pour des raisons de principe, que l'Allemagne étant un pays de liberté, l'État n'avait pas le droit de prélever plus de 50 % du revenu d'une personne, car si tel était le cas cela signifierait que l'État serait premier et la liberté seconde.
En France, la concentration du pouvoir au sommet de l'État, renforcée par les institutions de la V° république, a favorisé la confiscation du pouvoir par la haute fonction publique et fait de la France un pays de moins en moins gouverné et de plus en plus étatisé.
La plus belle illustration en est l'actuel gouvernement. 32 ministres sur 33 sont issus de la fonction publique.
Tout comme prés de la moitié des députés dont plus d'un quart viennent de l'Education Nationale.

Si l'on veut baisser les dépenses publiques pour pouvoir baisser les impôts, il faut aérer la démocratie, redistribuer les pouvoirs vers les citoyens, les partenaires sociaux, les collectivités locales, remettre l'État à sa place.
oui, l'État a sa place, quand le total des budgets de la Justice et de la Police est inférieur à ce que le Budget accorde à la seule SNCF.
Chaque fois que nous prendrons un franc en moins dans le budget des familles françaises nous ferons un autre pas dans la bonne direction.
oui, on peut baisser les dépenses publiques, les exemples étrangers le montrent, c'est une question de volonté et de méthode.
Ce n'est pas par des coupes sombres dans les budgets que l'on dépensera moins, c'est en engageant la nécessaire réforme de l'État pour dépenser autrement.
Privatiser, ouvrir, alléger, évaluer, simplifier, voilà quelques pistes:
- Privatiser tout ce qui peut l'être.
- Ouvrir les services publics à la concurrence; partout cela stimule la croissance et l'innovation, provoque une offre de services nouveaux et fait baisser les prix. on le voit bien avec les transports aériens ou les téléphones portables.
L'Europe nous y pousse, mais la France rechigne. La concurrence, répétons-le, est le meilleur moyen de fournir le meilleur service au
meilleur prix.
Et ceci est tout aussi vrai pour notre mammouth national, je veux dire l'Éducation, ou pour le secteur de la Santé qui doit redevenir une assurance, certes obligatoire et sous condition, qui doit être libéré et non étatisée, qui doit favoriser la responsabilité personnelle et pas la sanction collective.
Toute l'Europe s'engage dans cette voie. Ainsi, les coûts de fonctionnement des hôpitaux suédois ont baissé de 10 à 30 % après qu'ils aient été régionalisés ou privatisés.
Alors, qu'on arrête de célébrer le service public à la Française. Le service public, ce n'est pas le droit d'exploiter un public captif, mais le devoir de servir ce public au mieux.
Le droit de grève c'est le droit d'arrêter son travail ce n'est pas le droit d'arrêter le travail des autres.
- Alléger l'État, d'abord en diminuant le nombre des fonctionnaires.
Nous avons le record des emplois publics, et alors que les autres pays ont engagé la décrue des effectifs de leur Fonction
Publique, nous en France, à contre courant, nous allons l'an prochain recruter 20000 fonctionnaires de plus.
Qu'on me comprenne bien, il ne s'agit pas de licencier des fonctionnaires mais de ne pas remplacer tous les départs en retraite, comme l'Allemagne le fait depuis plus de 10 ans.
or, dans les dix ans qui viennent, un fonctionnaire sur deux va partir en retraite. En outre, 4 % des effectifs de policiers sont sur le terrain aux heures où se commettent 40 % des délits.
Chaque jour, c'est Allègre qui ledit, "il y a 100 000 ou 200 000 élèves sans professeurs", et en 10 ans, « le budget de l'Education Nationale a augmenté de 100 milliards, quand le nombre d'élèves diminuait de 400 000».

Oui, à l'évidence on peut mieux faire, mieux gérer l'État et les fonctionnaires en redéployant les effectifs existants, en favorisant la mobilité entre les 1500 corporations de l'administration, en payant davantage ceux qui travaillent mieux ou plus. Et de telles réformes constituent une formidable opportunité pour les fonctionnaires. Car c'est respecter et valoriser les hommes que de les rémunérer en fonction de leur mérite et pas seulement de leur ancienneté.
C'est un beau projet que de réorganiser les administrations en leur donnant plus d'autonomie et de responsabilité dans la gestion de leurs crédits, en les intéressant aux économies réalisées, en développant la participation des fonctionnaires à la réforme de l'État.
- Évaluer l'action publique en donnant au parlement de vrais moyens d'évaluation et de contrôles indépendants de l'administration. En dotant l'administration d'une comptabilité moderne.
En développant les indicateurs de l'efficacité de la dépense publique et en sanctionnant sans faiblesse -
on le fait pour les abus de biens sociaux dans les entreprises- les abus de biens publics.
- Simplifier enfin. Il faut avoir le courage de remettre à plat l'ensemble constitué par les impôts, les charges sociales et les allocations de toutes sortes. on prélève beaucoup pour redistribuer beaucoup, et souvent aux mêmes, en nourrissant au passage une plèthore d'organismes sociaux qui fait qu'un tiers du budget social est absorbé par sa distribution.
Il faut encourager l'activité plutôt que l'assistance, remettre à plat l'ensemble de nos minimum sociaux (RMI, API, allocation logement...) qui sont aujourd'hui illisibles, incohérents et qui emprisonnent des familles entières dans l'assistance et la dépendance.
D'un côté, nous avons deux à trois millions d'emplois qui ne trouvent pas preneur parce que le coût du travail est trop élevé, et, de l'autre, plusieurs centaines de milliers de personnes enfermées dans la dépendance de minima sociaux aux mécanismes peu incitatifs à la reprise du travail.
Remplacer ce maquis d'aides sociales par un mécanisme inspir é de l'impôt négatif, permettrait de rétablir simultanément l'incitation au travail du chômeur indemnisé et l'incitation à l'embauche de l'employeur potentiel.
Simplifier, enfin, c'est avoir le courage de remettre en cause ces 8520 lois, 125000 arrêtés ou décrets, 380 000 règlements, les 20000 nouvelles pages annuelles du journal officiel, ce harcèlement textuel qui étouffe l'initiative et étouffe la vie.
Tailler, simplifier, recodifier notre Droit.
Déposer chaque année à l'Assemblée Nationale un texte portant sur diverses dispositions de simplifications administratives, ouvert à l'initiative des parlementaires et aux suggestions des contribuables et des citoyens.
Cesser de prétendre tout régler d'en haut par le décret ou par la loi, faire confiance davantage à la liberté et au contrat. Laisser vivre.
oui, la France devra nécessairement baisser ses dépenses publiques et ses impôts, l'exigence du nouveau monde, la compétition fiscale nous y obligent. La France ne peut plus continuer longtemps à surtaxer sa matière grise et ses talents.
Les Français en prennent conscience, parfois, au travers des absurdités fiscales qui ont la faveur des médias, la situation des footballeurs de l'équipe de France ou encore celle de Laetitia Casta. Mais nous sommes tous des Laetitia Casta. Nous sommes tous des footballeurs.
Il faut qu'avec « Contribuables Associés », les partisans de la baisse des impôts et des dépenses publiques se fassent entendre, qu'ils soient de plus en plus nombreux, et alors permettez-moi d'entrevoir le jour où, paraphrasant le Clemenceau du début de mon propos, on pourra dire de là France qu'elle est un pays fertile.
on y taille les dépenses publiques et on y récolte des baisses d'impôts.":
http://www.contribuables.org

Wall Street ne vote ni Bush ni Gore

Bernard Piard

Celui qui saurait anticiper les mouvements de la Bourse serait assuré de s'enrichir. C'est la raison pour laquelle, investisseurs, spéculateurs et simples observateurs sont si attentifs à ses humeurs.
Sur le long terme, le placement en valeurs mobilières peut être recommandé à tous les épargnants. Car, comme le notait récemment Florin Aftalion, "il n'existe pas dans l'histoire Ides États-Unis) de période de vingt ans pendant laquelle l'investissement en actions n'ait été plus profitable que celui en obligations".
Mais sur le court terme, c'est souvent en vain qu'on interroge la Pythie...
C'est ainsi qu'on pourrait s'étonner de l'indifférence de la bourse américaine au sort des élections présidentielles.
George W. Bush est-il sur le point de l'emporter ? La Bourse baisse et de beaux esprits expliquent que les remboursements d'impôts promis par le républicain seraient susceptibles de créer de l'inflation et donc d'amener les autorités monétaires à augmenter les taux d'intérêt, donc à refroidir le marché-actions.
Al Gore est-il favorisé par une décision de justice annoncée ce mercredi 22 novembre ? La Bourse
baisse à nouveau...
La vérité est sans doute que la Bourse américaine est davantage influencée par les perspectives de croissance de l'économie, ou de son ralentissement, qui ont une influence immédiate et durable sur les profits des sociétés, plutôt que par les événements politiques, compte tenu du consensus qui règne aux États-Unis sur l'application des principes de bonne gestion des finances publiques.
La Bourse américaine baisse tout simplement parce qu'elle a beaucoup monté depuis prés de dix ans et qu'il est temps pour le marché comme pour les opérateurs, de souffler. Le ralentissement économique n'est pas encore en route mais il est attendu. Comme un phénomène normal. Sans panique. Mais il est de la fonction de la Bourse d'anticiper ses conséquences.
La Bourse américaine ne baisse pas pour des raisons politiques parce que plus personne en effet, là-bas, ne propose de revenir au déficit budgétaire, d'accroître l'endettement ou d'augmenter les impôts.
La Bourse, là-bas comme ici, n'a pas d'idéologie. Elle capitalise des profits qu'elle anticipe après les avoir estimés. C'est tout. Elle ne porte aucun jugement de valeur ni sur le fonctionnement des sociétés en question ni sur celui des systèmes politiques au sein desquelles elles opèrent.
Des sociétés peuvent très bien être prospères en exploitant un monopole, en échappant aux lois de la concurrence, en bénéficiant d'avantages, de privilèges ou de subventions. Cela s'est vu et se voit encore, notamment en Europe et plus particulièrement en France. on pense immédiatement à certains groupes de communication. La Bourse fait son travail : elle fait des prévisions de bénéfices, elle les capitalise, elle fixe de cours.
Contrairement à une idée reçue, la Bourse n'est pas le temple du libéralisme, lequel ne peut s'appuyer que sur des principes à caractère moral. La Bourse est simplement le temple des valeurs.
C'est déjà pas mal. Et bougrement utile !

Echos politiques 

FUSION POUR NOËL ?

Comme l'avait révélé « Les quatre Vérités hebdo » (numéro du 11 novembre), Edouard Balladur tient désormais table ouverte, depuis le 11 octobre, pour son petit~déjeuner mensuel, non seulement aux élus RPR, mais aussi à ceux de DL et de l'UDF. À l'issue du petit-déjeuner du 18, Balladur s'est lancé dans un court aparté avec le DL Dominique Dord, qui en rougit encore: « II m'a fait comprendre que c'était à moi de lancer l'initiative d'un regroupement des partis de droite dans un seul et même parti, sur le modèle de la CDU allemande », raconte-t-il. « Missionné » par l'ancien premier ministre, Dord s'y voit donc déjà et multiplie les contacts.
Selon lui, la fusion RPR-UDF-DL n'est possible que si elle a lieu au plus vite, soit « après les municipales, entre avril et juin ». Ce qui obligerait l'opposition a se mettre d'accord « entre maintenant et le mois de décembre ». En espérant que le Père Noël s'en mêle... G. L.

Al Gore tente un coup d'État en Floride

Guy Millière
page Guy Millière

Depuisle 7 novembre,la presse française s'en donne à coeur joie pour critiquer tant le système électoral américain que la démocratie américaine elle-même.
Il serait temps de rappeler que, malgré les aléas électoraux actuels, les États unis vont bien. À une santé économique qui ferait (et semble-t-il fait) pâlir d'envie n'importe quel autre pays du monde, s'ajoute une omniprésence sans cesse accrue de la culture et des us et coutumes américains sur la surface de la terre. Les États Unis restent militairement et diplomatiquement la seule puissance planétaire, et sur le plan politique lui-même, les choses sont claires. La Chambre des représentants et le Sénat ont été renouvelés et gardent une majorité républicaine. La Cour Suprême (qui est la clé de voûte des institutions américaines) est en parfait état de marche. Le scrutin présidentiel a révélé le jour de l'élection un résultat où peut se lire une division assez symétrique du pays entre Bush et Gore, la victoire finale en nombre de grands électeurs devant revenir, selon tous les décomptes disponibles et légitimes, à George W Bush.
Le seul problème (et sur ce plan, il y a problème, j'en conviens) est qu'Al Gore est très mauvais perdant et semble prêt à tout pour arriver au pouvoir, quitte à déstabiliser ou décrédibiliser les institutions de son pays : ce qui en soi devrait suffire à montrer qu'il est indigne d'exercer les fonctions qu'il prétend exercer.
Dans ce registre, Gore invoque le fait qu'il a (ce qui restera à prouver lorsque tous les décomptes des votes par correspondance auront été effectués) obtenu dans l'ensemble plus de voix que son rival tout en ayant un nombre inférieur de grands électeurs, et les Français, adeptes de la démocratie absolue dénoncée dès 1791 par Edmund Burke, semblent prêts à lui donner raison : Gore devrait savoir que les États-Unis sont une république fédérale, une union d'états, et que le système de désignation des grands électeurs est là précisément pour limiter les risques d'un plébiscite local. Pour être élu président aux États-Unis, il ne faut pas en soi avoir une majorité absolue des suffrages, il faut avoir une majorité (même relative) dans un grand nombre d'états. Les pères fondateurs voulaient éviter les risques de la démagogie ou du plébiscite et les institutions qu'ils ont voulues ont jusqu'à présent (et continueront n'en doutons pas) à éviter ces risques. George W Bush a remporté les voix de bien plus d'états qu'Al Gore et est plus représentatif de l'Amérique profonde, n'en déplaise à Al Gore.
Gore parle par ailleurs des irrégularités dans le décompte des voix en Floride et pour cela invoque le bulletin utilisé à Palm Beach. Il faudrait dire enfin au public français que le bulletin concerné a été conçu et approuvé par des démocrates (donc des membres du parti de Gore) et que sa rédaction est (contrairement à ce que d'aucuns insinuent) fort simple: une flèche bien épaisse désigne à chaque fois la case à cocher pour désigner le candidat de son choix. Le système a été testé dans des écoles primaires de Floride auprès d'enfants de huit ans. Sauf à supposer que les électeurs d'Al Gore n'ont, en moyenne, pas le quotient intellectuel d'enfants de huit ans, et sont donc bien plus bêtes que ceux de Bush, le risque d'erreur est très faible.
Un décompte mécanique, ajouterai-je, est impartial (un bulletin imparfaitement rempli est éliminé quel que soit le candidat concerné), ce qui n'est pas le cas d'un décompte manuel par le biais duquel on peut interpréter la volonté des électeurs, voire faire glisser subrepticement un bulletin d'une pile vers une autre.
Si la presse française faisait son travail, elle devrait, comme la presse américaine de droite et de gauche présentement, non pas se gausser de l'élection du 7 novembre, mais dire à Al Gore qu'il devrait faire preuve de dignité et que son obstination le décrédibilise, nuit à son pays et peut finir par nuire à l'idée même de démocratie sur cette terre. La presse française découvrirait alors, comme la presse américaine de droite et de gauche présentement, qu'il est inutile de parler de dignité à Al Gore, et que ce qu'Al Gore tente de faire actuellement porte un nom dans tout pays civilisé, celui de tentative de coup d'État : j'ai, à ce jour, suffisamment confiance en la solidité des institutions américaines, pour être certain que la tentative sera déjouée...

     

Le parallélisme entre le discrédit de la droite et celui de la gauche a des limites !
Alain Dumait
Page Alain Dumait

 

Même si George W. Bush l'emporte finalement, ce qui n'est pas sûr à ce jour, les élections présidentielles américaines auront été marquées par une assez sensible poussée à gauche au profit des Démocrates. Et Al Gore, le candidat de ceux-ci, vice-président sortant, l'aurait facilement emporté sans ce trouble-fête de Ralph Nader, qui lui a "volé" la victoire en rassemblant sur son nom quelque deux millions de suffrages.
Transposant la leçon américaine à la situation française, quelqu'un dont je n'ai pas retenu le nom mais qui est l'assistant parlementaire de l'écologiste Noël Mamère, a déclaré: "Gore, on t'a eu ! Jospin, on t'aura !".
Chaque camp, aussi bien la gauche que la droite, en France, a désormais sa machine à perdre. À droite, c'était aussi bien la multiplicité des candidats que le refus de tout dialogue avec la droite de conviction, dite extrême ou nationale. À gauche, c'est maintenant l'extrémisme écologiste, prêt à en découdre avec les socialistes, pour se venger de quelques décisions dures à avaIer et pour exister.
On pourrait donc penser qu'il y a une certaine symétrie entre la déconfiture de la droite et les nouveaux malheurs de la gauche 
Au point que l'incertitude règne en effet dans les deux camps. Mais le parallélisme a des limites.
Le discrédit de la droite est total.

Celui de la gauche n'est que tactique et relatif. . Admettons que pour l'emporter, chacun des deux camps qui se partagent l'échiquier politique doivent aligner si possible, d'abord un chef charismatique, ensuite une stratégie simple et convaincante, enfin un programme à la fois judicieux et efficace.
Au regard du premier critère - l'existence, dans chaque camp, d'un leader le moins contesté possible - l'avantage va clairement à la gauche. Certes, en 2002, Lionel Jospin aura plusieurs concurrents, peut-être un communiste, sans doute JeanPierre Chevènement, certainement un écologiste, inévitablement un trotskiste. Mais Jacques Chirac en aura davantage encore: Alain Madelin, François Bayrou, Charles Pasqua, Philippe de Villiers, Christine Boutin, Bruno Mégret, JeanMarie Le Pen. Ils sont déjà sept à s'être déclarés en concurrence avec le président de la République sortant! En outre, la confrontation sera plus rude à droite et donc les reports de voix plus difficile.

La fausse droite est divisée à Lyon


Au regard du deuxième critère - la stratégie d'alliance, au premier ou au deuxième tour elle demeure limpide à gauche :
c'est toujours, malgré les dissensions, celle de la gauche plurielle; tandis qu'elle est toujours confuse à droite avec plus que jamais la diabolisation de la frange nationale et même, au delà, de tous ceux qui sont sortis du moule du conformisme de la pensée unique. On le voit à nouveau avec Charles Millon, objet d'un débat à caractère théologique, à Lyon, où sa campagne marque chaque jour des points contre le RPR et l'UDF, et où l'hypothèse d'une victoire de la gauche par désunion profonde de la droite ne peut pas être exclue.
Au regard du troisième critère - celui de la doctrine ou du programme - l'avantage va encore à la gauche, ce qui est un comble, s'agissant de la gauche la plus archaïque du monde. Mais c'est ainsi, tout simplement parce que la droite, quant à elle, n'a pas d'autre programme que celui de s'aligner sur son soi-disant adversaire idéologique.

Deux candidats de gauche au deuxième tour de 2002 ?


Dans ces conditions, la victoire du candidat de la gauche, en 2002, après cinq ans d'une cohabitation dévastatrice, aurait un caractère inéluctable si la partie était "classique", si elle devait se jouer sur le clivage normal entre la gauche et la droite.
C'est pourquoi on peut être sûr que Jacques Chirac, quant à lui, s'efforcera de refaire le coup de 1995, avec une campagne brouillant au maximum le clivage droite-gauche, reprenant le thème démagogique de la fracture sociale. Espérant bien compenser à gauche les voix qui lui manqueront à droite. D'où ses prises de position qui ont toutes pour objectif de contrer Lionel Jospin mais qui le font tantôt sur la gauche de celui-ci tantôt sur sa droite...
Marie-Noëlle Lienemann, infatigable animatrice du courant de la "gauche socialiste" au PS, a raison de dire que, "depuis 1995, en France, les élections se gagnent sur des thèmes de gauche".  Hélas.