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Mentir
ou partir Jacques Chirac n'a pas hésité !
Jean Rouxel
Comme tous ses familiers le savent fort bien, Jacques Chirac était littéralement fasciné par le politicien François Mitterrand, et en particulier par son « culot d'acier ». Il lui est même arrivé d'en faire les
frais, en direct à la télévision, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988.
C'est en s'inspirant de cet illustre exemple que le Président de la République a osé dire, le 14 décembre dernier, qu'il n'osait pas croire qu'il ait pu y avoir des ententes entre les partis politiques de la majorité et de l'opposition pour se partager des commissions sur les marchés publics de la rénovation des lycées de la région
Île-de-France.
Mais ces faits sont bel et bien
avérés! Personne de sérieux ne le
conteste! La plupart des personnes impliquées dans ce scandale ont avoué !
Ils l'ont fait parce qu'ils n'étaient que des rouages, obéissant à leurs chefs, qui s'appelaient justement Jacques Chirac et Lionel
Jospin...
De même, sur son lit de mort, François Mitterrand aurait juré sur la tête de sa fille naturelle qu'il n'avait jamais ordonné d'écoutes à l'Élysée, ce qui est pourtant aujourd'hui du domaine de l'Histoire (sombre).
Même l'opinion publique, dans son immense majorité, n'en croit pas un mot. Au moins 70 % des Français ont compris qu'il fut un temps, qui a duré longtemps, où les politiciens professionnels, pour financer leurs ambitions, prétendaient prélever 2 % sur tous les marchés publics de France et de Navarre.
Jacques Chirac sait bien qu'il ne sera jamais cru. Mais, s'il avoue, il devra démissionner aussitôt. Il niera donc, jusqu'au bout.
D'autant qu'il sait que son rival Lionel Jospin, s'il est prêt à tous les coups bas par derrière, n'osera jamais l'attaquer en face sur ces questions.
Les deux hommes, ayant mis ensemble leurs mains dans le pot de confiture, se tiennent
solidement l'un et l'autre par la barbichette.
Avec l'inversion du calendrier
électoral en 2002, et après le débat parlementaire de cette semaine, la campagne, sur ces bases, est lancée.
Jacques Chirac n'a-t-il pas dit, le 14 décembre, « l'année 2001 doit être une année où l'on fait des réformes nécessaires... ».
C'est l'assurance quasi-certaine que 2001 sera une année perdue pour la France. Une de plus.

Élections
roumaines: un cas d'école
- Radu Portocola
Le 10 décembre, Ion Iliescu, vieil apparatchik du PC roumain converti .(?) à la social-démocratie et à l'européisme, est revenu au pouvoir, plébiscité par 70 % des électeurs. Un formidable tour de force pour cet homme qui, après avoir participé au renversement de Ceausescu à travers un
montage d'inspiration moscovite, a gouverné la Roumanie de 1990 à 1996 avec des résultats catastrophiques.
Le premier tour de l'élection présidentielle (ainsi que la législative, à un seul tour) ont eu lieu le 26 novembre.
Ion Iliescu arrivait en
tête avec 36 % des voix. Mais la surprise a été créée par l'homme qu'il allait affronter au second tour, et qui le talonnait avec l'incroyable score de 28 %.
Cet homme s'appelle Corneliu Vadim Tudor, et son passé est des plus indignes. Poète médiocre, il a choisi, dans les années
soixante dix, de se frayer un chemin en devenant le chantre de Ceausescu.
Ses vers ineptes à la gloire du dictateur communiste s'étalaient dans toute la presse et dans chacun des recueils d'hommages qui ont contribué à bâtir autour de
Ceausescu un délirant culte de la personnalité-À ses loisirs, il écrivait des dénonciations ou accompagnait le fils de Ceausescu dans ses tribulations alcooliques. En
somme, Comeliu vadim Tudor était
un communiste militant, un serviteur zélé du clan Ceausescu et un
patriotard de circonstance.
C'est ce dernier trait qui lui a servi pour construire une nouvelle carrière après 1989, alors que le dictateur était mort et que le régime communiste avait - du moins
en apparence - disparu. Soutenu financièrement par Ion Iliescu, fraîchement élu à la tète de l'État,
et par le Premier ministre Petre Roman, C.V.Tudor lançait en 1991 une revue, România Mare (La Grande Roumanie) qui allait devenir la plate-forme d'un parti portant le même nom. Son fonds de
commerce ? Une agressivité à tous crins, un discours antisémite,
anti-magyar et anti-gitan, des calomnies qui lui ont valu la levée de son immunité parlementaire et des dizaines de procès en diffamation.
Avant les élections du
26 novembre, l'ensemble de la
presse roumaine le prenait pour ce qu'il n'a jamais cessé d'être : un misérable produit de l'ancien appareil communiste et de sa police politique. Mais l'impressionnant résultat obtenu par C. V. Tudor au premier tour de la présidentielle, ainsi que celui de son parti
21 %) allaient changer les définitions et faire basculer
toutes les analyses.
Que s'est-il donc passé? Des sources autorisées de Bucarest
(dont un ambassadeur occidental) éclaircissent le mystère : fort d'une organisation territoriale très bien huilée, le parti de
Ion Iliescu a demandé à ses militants de fausser
les sondages en prétendant être des supporters de C.V.Tudor et de voter effectivement pour celui-ci au premier tour. Motif donné à la « base »: de cette manière,
Iliescu serait sûr de l'emporter au second tour. Certes, la preuve d'une telle manipulation n'est pas facile à faire, mais la logique ne la rejette
pas.
Dès l'annonce des résultat enregistrés le 26 novembre, la presse internationale s'est emparée du « cas C. V.Tudor » et, faisan:
fi de la vraie nature de l'homme lui
a collé les étiquettes habituelles « extrémiste de droite »,
«fasciste» Le lendemain, en dépit de ce qu'elle écrivait la veille, et manifestant
un remarquable esprit de suivisme, la presse roumaine dans sot ensemble adoptait les nouvelle définitions. En quelques heures,
le communiste C.V.Tudor devenait le
fasciste C.V.Tudor.
Deux jours ont suffi pour qui la Roumanie se dote d'un front
antifasciste qui efface tous lei anciens clivages. Le bénéficiaire par ricochet n'est nul autre,
bien entendu, que Ion Iliescu. Ceux qui il y a encore deux semaines, si mobilisaient contre lui, sont devenus ses adeptes les plus
véhéments. Très vite, ceux qui osaient encore douter ont été mis au
ban
de la vie publique.
Certes, Iliescu aurait pu, de toute manière, vaincre n'importe lequel de ses adversaires. Mais si petite manipulation lui a
apport bien plus qu'une victoire facile Grâce à elle, il a acquis une formidable légitimité. Sauveur imaginaire,
Ion Iliescu deviendra le
maître incontesté et incontestable de la Roumanie. Issu du
mouvement communiste le
komintemiste d'avant-guerre, qui faisait de l'anti-fascisme sa dernière
justification, Iliescu est aujourd'hui porté au pouvoir par un élan antifasciste dont un autre
communiste, affublé d'une étiquette erronée, sert d'épouvantail
...

Exclus
du Smic Et du RMI
- Bernard Trémeau
Quand, il y a quelques semaines, la gauche plurielle s'est unie pour trouver un programme commun, elle a annoncé avec bruit qu'un accord était survenu pour augmenter les «minimums sociaux»,le SMIC et le RMI. Avec le SMIC, la loi française contraint les employeurs à donner un salaire minimum à tous leurs salariés.
Avec le RMI, elle contraint tous les Français à donner un revenu minimum à ceux qui ne trouvent plus de travail.
Les conséquences de ces deux lois qui se veulent généreuses sont connues.
Les employeurs étant (encore) libres d'embaucher un salarié, ils n'embauchent que ceux qui sont capables de leur rapporter plus d'argent que le SMIC. Nous savons déjà que, depuis l'ouverture de nos frontières aux produits étrangers, toute augmentation du SMIC de 1% entraîne 35 000 exclus de plus. Il fallait trouver une solution à ce douloureux problème.
L'avancement de l'âge de la retraite et la préretraite ont permis de transformer en retraités les exclus de plus de
55 ans.
Malheureusement, le déséquilibre démographique et les progrès de la médecine conjuguent leurs actions pour contraindre tous les pays à reculer l'âge de la retraite. La France ne peut pas le
faire, du fait du SMIC qui fournit beaucoup trop d'exclus.
La France a donc mis en place en 1989 le RMI, le revenu minimum d'insertion. Ce faible revenu, attribué à ceux qui ne travaillent pas, leur permet de vivoter en attendant de se réinsérer dans le milieu du travail.
Mais le SMIC étant là, la réinsertion n'est pratiquement pas possible. Seules des entreprises non exposées à la concurrence internationale peuvent embaucher ces pauvres exclus. Elles ne sont pas assez nombreuses pour le faire, malgré la reprise économique dont nous bénéficions actuellement. Le RMI est devenu un revenu permettant de vivre sans travailler en attendant la
retraite.
Les Français payent le RMI avec leurs impôts. Et les Français trouvent aujourd'hui qu'ils payent bien trop d'impôts: les manifestations déclenchées par la fiscalité trop élevée sur les carburants le prouvent.
Or l'opinion qu'ont les Français sur le RMI évolue rapidement. Une récente étude d'opinion, réalisée par le très gouvernemental «Observatoire de la Pauvreté» le prouve.
En 1989, au moment de sa création, 69% des Français étaient favorables au RMI, et 27% seulement ne l'étaient pas.
L'opinion publique était favorable au RMI et ainsi prête à le financer.
Dix ans plus tard, seulement 44% des Français ont conservé un avis favorable sur le RMI, et plus de 53% ont un avis défavorable. Alors que tous les médias, tous les hommes politiques, se disent favorables au RMI, l'opinion a lentement évolué, chacun constatant que le RMI «incite les gens à s'en contenter et à ne pas chercher du travail». D'autant
plus que le travail au noir progresse en même temps.
Les lois égalitaires françaises créent des exclus qui touchent le RMI et l'opinion commence à considérer ces exclus comme des parasites. Proposer dans de telles conditions une augmentation des minimums sociaux relève d'une méconnaissance assez extraordinaire à la fois des réalités économiques et des réalités politiques. A moins que l'État socialiste n'ait décidé, dans sa logique interventionniste, d'intervenir encore plus, en contraignant les entreprises à embaucher ceux qui sont au RMI : notre économie serait alors complètement soviétisée, la boucle serait bouclée. Il faudrait rétablir le contrôle des changes et fermer les frontières aux produits étrangers. La Corée du Nord ne serait plus seule.

Les échos politiques de
Georges Langlois
VGE
Valéry Giscard d'Estaing rêverait maintenant de devenir président du Sénat où il pourrait accéder en septembre 2001. Du coup, Christian Poncelet soigne ses relations publiques. A l'occasion d'un récent déplacement à Cuba, il n'a pas manqué de ramener plusieurs boîtes de cigares pour son ami et « frère », le très mitterrandien Michel Charasse...
BALLADUR
A défaut d'être le prochain maire de Paris, Édouard Balladur, 71 ans, se verrait bien président du Conseil Constitutionnel pour neuf ans. Il a fait savoir à Jacques Chirac qu'il était prêt à entrer en fonction dès le mois prochain. Et à abandonner son cher
15e, soit à son fidèle Philippe Goujon, soit même à Philippe Seguin.
DÉJEUNER SECRET
Si Valery Giscard d'Estaing ne fait pas mystère de ses entretiens réguliers avec Lionel Jospin par téléphone - les deux hommes ont monté ensemble le « coup » de l'inversion du calendrier électoral pour la présidentielle -, en revanche, le plus grand secret entoure les relations suivies qu'entretiennent Michel Charasse et
Jérôme Monod.
L'ancien ministre du Budget de Mitterrand et le conseiller de Chirac (et ex- PDG de la Lyonnaise des Eaux) s'apprécient beaucoup, et depuis longtemps. Dernière rencontre en date : le
5 décembre à l'Élysée, à l'occasion d'un déjeuner auquel était aussi convié Bernard Landrieu, le directeur de
cabinet de Chirac.
SEGUIN
L'élimination de Jacques Toubon dans le 13e arrondissement pourrait permettre à Philippe Seguin de modifier le dispositif mis en place dans les vingt arrondissements pour les prochaines municipales à Paris. Il a ainsi l'occasion de se retirer du 18e arrondissement où les sondages ne lui donnent aucune chance. Soit pour émigrer dans le 13e arrondissement, où les enquêtes des renseignements généraux lui donnent une bonne chance, ou bien dans le
15e, où la victoire serait évidemment plus facile...
MOT D'EXCUSE
C'est Lionel Jospin qui l'affirme en petit comité : si Pierre Moscovici, l'actuel ministre des Affaires européennes, cité dans le cadre de l'affaire des marchés truqués
d'Ile de France était mis en examen, il ne lui demanderait pas pour autant de quitter le gouvernement. Adieu, donc, la « jurisprudence Balladur »! Explication de Jospin : Moscovici a été mis en cause dans le cadre de ses fonctions de trésorier national du PS, or, selon le premier ministre, « le siège national du PS ne s'est pas occupé du financement des fédérations » et n'aurait donc rien à voir avec le financement occulte de la fédération de Paris...

Griotteray
? On en redemande !
Claude
Reichman
Page
Claude Reichman
En publiant, sous le titre « Les années Jospin », ses chroniques du Figaro Magazine des trois dernières années, Alain Griotteray prenait un risque :
celui de confronter l'éphémère à l'épreuve du temps. L'épreuve est gagnée haut la main. Non seulement ces textes résistent mais ils font figure de manifeste de la pensée de droite. Il faut dire que celle-ci en a bien besoin. On compte sur les doigts d'une seule main les éditorialistes
réputés qui osent encore l'exprimer et encore ne le font-ils que par épisodes. Avec Griotteray, on n'est jamais déçu: chaque semaine le retrouve fidèle au poste et à ses idées. Et celles-ci sont simples : la droite doit s'accrocher à ses valeurs si elle veut avoir une chance de reconquérir le pouvoir;il faut réduire fortement les dépenses publiques, les impôts et les charges pour redonner des raisons d'entreprendre aux Français ; quant à
l'insécurité, elle doit être éradiquée en mettant en oeuvre la tolérance zéro qui a parfaitement réussi dans la ville de New York.
Infatigable chantre de l'union de la droite, Alain Griotteray se désole qu'une partie de celle-ci, par peur des excommunications de la gauche, ait
résolu de se priver de la victoire plutôt que d'accepter toutes les voix de droite, d'où qu'elles viennent.
Depuis, l'éclatement du Front national a rendu le problème moins brûlant, mais la situation de la
droite parlementaire n'est pas plus brillante pour autant. On l'a vu aux dernières élections européennes et, l'année d'avant, aux régionales, où, comme le note Alain Griotteray, « l'addition des voix
RPR UDF et MPF ne représente plus que 28,1 % des suffrages exprimés. Contre 34,2 % en 1997. Soit sur une période de huit mois seulement un nouvel énorme recul de 6,1 points ! » Et l'éditorialiste de conclure : « Le RPR et l'UDF
sont rejetés par le corps électoral.
Par la faute de leurs chefs qui se sont coupés de la nation. » Cela ne s'est pas amélioré depuis !
La force de conviction de
Griotteray repose sur l'alliance d'un style flamboyant et d'une rigueur documentaire qui force l'admiration. Peu de chiffres, mais ceux qu'il faut: vérifiés, incontestables, signifiants. Économiste rigoureux tout autant que pamphlétaire, il a finalement peu de contradicteurs, tant ceux qui voudraient s'y hasarder sont par avance privés de leurs arguments. Et quel
bonheur quand il manie l'ironie! Aux journaux « branchés » qui, après le vrai-faux exil de Laetitia Casta en Angleterre, ont osé prétendre qu'on paie plus d'impôts là-bas que chez nous, il lance: « Mais c'est bien sûr! C'est d'ailleurs
pour cela que 250 000 Français se sont expatriés à Londres !
Parce qu'ils y paient plus d'impôts! Parce que les conditions de travail y sont déplorables, les rémunérations inférieures!
Parce que les hôpitaux sont mauvais, le métro pourri, les écoles nulles et les retraites
aléatoires! Ils ont été attirés par le climat et la cuisine ! » Encore ! On en redemande! Pas difficile: il suffit d'attendre le prochain Figaro Magazine.
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Alain GRIOTTERAY
Les années Jospin
Éditions des synes
311 pages,149 F

George W.Bush, président
- Guy Millière
- page Guy Millière
Il est clair que les journalistes fiançais sont dans leur immense majorité, consternés par le retrait d'Al Gore et l'élection de George Walker Bush au poste de président des États unis. Les discours qui ont tant servi pendant les années Reagan sont ressortis des tiroirs, et il y est
question d'imbécile stupidité, d'inculture ou d'inexpérience. S'y
ajoutent, bien sûr, les refrains sur la peine de mort telle qu'appliquée
au Texas, les allusions au fait que Bush ne devrait son poste qu'à la décision arbitraire de quelques juges et non au suffrage universel, les discours de
pseudo spécialistes sur les failles de la démocratie américaine. Des pages entières seraient nécessaires pour rectifier ce tir groupé de désinformation.
George W. Bush a été élu, deux fois, à la tête de l'un des plus peuplés et plus prospères des états des États Unis, le Texas : lors de sa réélection, il l'a emporté avec 68 % des voix et, dans les sondages d'opinion fédéraux, a été désigné comme l'un des gouverneurs d'état les plus compétents. Il a, de plus, préparé sa campagne présidentielle en s'entourant des intellectuels conservateurs les plus importants présentement aux États-Unis. Jamais, depuis Reagan, un président n'est arrivé à son poste avec un tel bilan et en ayant choisi aussi soigneusement ses conseillers. Difficile de voir là trace d'imbécillité, sauf, bien sûr, pour ceux que le complexe de supériorité de la gauche à la française n'étouffe pas.
La peine de mort est, par ailleurs, appliquée au Texas, comme elle l'est dans 31 états des États-unis, avec l'assentiment d'une immense majorité de la
population : ceux qui pensent qu'il faut laisser aux assassins une chance de recommencer et qu'ils doivent se voir épargner le sort qu'ils ont infligé à leurs victimes ne comprennent pas. Les parents de victimes en France comprendront, eux, j'en suis certain.
La décision des juges de la Cour Suprême fédérale américaine repose sur une lecture stricte de la Constitution des États-Unis que la Cour Suprême a pour charge de respecter et de faire respecter: ce qui devrait paraître inquiétant en ce contexte est que la Cour de Floride n'ait pas respecté les règles établies et que quelques membres de la Cour Suprême n'aient pas adhéré à la décision finale. Pour discerner cela, il faut, il est vrai, connaître la Constitution.
Il faut aussi connaître la Constitution pour comprendre le principe d'une élection dans un système fédéral où le président n'est pas issu d'un plébiscite, mais d'un choix par chaque état de celui qui lui paraît le plus légitime pour incarner l'idée qu'il se fait du pouvoir à Washington D.C.
Mettre fin au système fédéral serait introduire le chaos aux États Unis et abolir de facto le fonctionnement institutionnel de la plus vieille république occidentale des temps modernes : l'introduction du chaos et l'abolition du fonctionnement institutionnel aux États-unis ne déplairaient pas, à l'évidence, à tous ceux qui détestent la civilisation occidentale et qui voient trop bien que les États-Unis en sont, aujourd'hui, le principal garant.
Il ne faut pas dire pour autant, cela va de soi, que Bush a gagné avec une majorité écrasante: ce
qui dispose d'une majorité écrasante aux États-Unis actuellement, ce sont les thèmes de centre-droite, des thèmes que l'on appelleraient
"libéraux-conservateurs" en France et que l'on a retrouvé dans la bouche des deux candidats principaux pendant la campagne.
Ces thèmes, nul ne peut en douter, trouveront une traduction politique, et tout indique présentement que Bush gouvernera consensuellement un pays prospère, ouvert, prêt aux défis du prochain siècle.
Il pourrait être intéressant de noter aussi, aspect que je n'ai vu relevé par personne en France, que, pour la première fois depuis
1952, les républicains disposent de la présidence, d'une majorité à la chambre des représentants et d'une majorité aussi
(5l voix contre 50) au Sénat. Dans une même direction, la majorité des juges à la Cour Suprême ont été nommés par des présidents républicains, et au moins trois juges seront remplacés au cours des quatre prochaines années.George W. Bush, enfin a gagné dans tous les états où se crée la nouvelle économie, à l'exception de la Californie, dans tous les états de l'Amérique profonde aussi, et n'est nettement devancé que dans les villes ou les états, en déclin relatif, du Nord Est.
Pour peu qu'il gouverne sans faire d'erreurs grossières, et on peut penser que ce sera le cas, George W. Bush a toutes les chances d'incarner le futur de l'Amérique et une
réaffirmation des valeurs de l'Occident, après les errements des années
Clinton.

- A
Paris, comme à Bucarest, la démocratie est réduite à une
peau de chagrin ?
- Alain Dumait
- Page Alain Dumait
Radu Portocala, page 2, explique, comme cela n'a encore jamais été fait dans la presse française, en tout cas à ma connaissance,
comment le communiste ex-stalinien Ion Iliescu, a utilisé les services de l'ex
thuriféraire de Ceausescu, l'ineffable C.V.Tudrç pour manipuler l'opinion et, au nom de l'anti-fascisme, cette vieille lune des années vingt, réaliser l'unanimité sur son nom, paré désormais d'une étonnante virginité.
Bien sûr, cela se passe à Bucarest. Mais, est-ce si loin ?
Nous sommes en France.
Nous ne sommes pas prêts d'être privés de choix. Mais est-ce pour autant la démocratie ?
Il est de tradition, depuis longtemps, dans les hautes sphères politico-administratives de procéder à toute désignation d'un nouveau responsable en soumettant à celui qui est en
charge de ce choix final une liste réduite de trois noms. Chirac doit-il désigner un ambassadeur, Jospin un directeur d'administration centrale, un ministre doit-il choisir un conseiller technique, ou un directeur des finances doit-il choisir un chef de service ?
Ses collaborateurs lui prépareront une "short-list" d'où sortira le nom du vainqueur. Il y aura bien compétition, mais compétition limitée.
Cette pratique, depuis vingt ou trente ans, s'est généralisée.
Un élu local a-t-il un choix à faire pour une fresque murale ou un modèle de pissotière ? Il y a toutes les chances pour que ses chefs de service viennent le
trouver avec trois solutions parmi lesquelles il choisira.
Un tel système est facile à manipuler. Car presque toujours une ou deux des trois solutions retenues servent de repoussoir à
la troisième qui a la préférence des conseillers de l'ombre.
Tout se passe comme si cette méthode avait été transposée à la vie politique. Le choix offert aux Français ne porte que sur l'emballage du programme. On leur dit :
"pas touche à l'étatisme ! Pas touche à la syndicalocratie! Pas touche au syndicalisme ! Défense de toucher aux avantages acquis. Défense de parler de l'exception française...
Mais à part ça, vous êtes entièrement libres de choisir la politique qui vous convient..."
D'abord il y a eu la colonisation des partis par les anciens élèves de l'ENA. Aujourd'hui ils ont le contrôle absolu des appareils politiques qui sont effectivement dans la course de la lutte
pour le pouvoir. Laquelle ne concerne, sérieusement, en tout cas aujourd'hui, que le parti socialiste et le RPR.
La cohabitation sur l'air du Titanic
Or, la différence réelle des
politiques mises en oeuvre par les tenants de ces deux clans est à peu près nulle. Comme l'a écrit un jour Roger Minne
"La Chouette) : "Sous la Ve république, voter pour la droite ou pour la gauche, c'est changer de cabine à bord du Titanic!". La cohabitation, devenue un mode de fonctionnement habituel mais parfaitement anormal - de la
Ve république, accentue encore cette indifférenciation.
Le débat sur l'inversion du calendrier électoral en 2002 marquera simplement un nouveau pas dans le même sens.
On peut avoir l'opinion qu'on veut sur cette inversion. On peut plaider que l'esprit des institutions (même dévoyées dans leur pratique, au point où elles le sont...), réclamait des élections présidentielles avant les législatives ; on peut soutenir que l'intérêt d'un camp allait dans un sens ou dans l'autre. Il n'empêche que le devoir de l'opposition est de s'opposer. Le devoir de la droite est de voter contre la gauche et de le faire systématiquement, à l'exception des seuls votes où la conscience morale individuelle d'un parlementaire peut être mise en avant.
S'il s'agit d'un problème éthique, d'une question de conscience, un parlementaire de droite peut très bien voter avec la gauche. Mais, sur une question d'ordre à la fois institutionnel et
politicien, un parlementaire de droite doit voter avec son camp, contre la gauche, fût-ce contre son opinion personnelle. C'est d'ailleurs ce qu'ils font tous à longueur d'année et en particulier en période budgétaire.
Les députés de droite qui ont apporté leurs voix à Lionel Jospin pour faire passer l'inversion du calendrier électoral sont des traîtres. Il est vrai que dans le cas de Barre et de Giscard, ils rendent traîtrise pour traîtrise. Voilà de quoi est faite depuis trente ans la vie politique française. Moins éloignée qu'on ne pourrait le croire de la vie politique roumaine.
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