Réagir à un article:  Le Forum

 

 

CHIFFRES SIGNIFICATIFS

Bush

Le président George W. Bush est à son bureau ovale tous les matins à 7 heures 30. Sa journée de travail se termine à 18 heures. Et à 22 heures, ses derniers invités quittent la Maison Blanche. Car il lui faut au moins 8 heures de sommeil !

Tous les jours, à midi, le président vérifie qu’il est toujours capable de courir le mile en 7 minutes et 30 secondes…

Monnaies

Dans le monde, sur six milliards d’individus, 2,6 milliards utilisent le dollar ou une monnaie liée à lui, tandis que 476 millions utilisent l’euro, ou une monnaie qui lui est rattachée…

Le dollar est surtout la monnaie utilisée principalement par les 60 000 multinationales répertoriées par la Cnuced.

Misère

Un quart de l’humanité n’est pas encore raccordé à un réseau d’eau potable. Les deux tiers n’ont pas accès à un réseau d’assainissement…

D’ailleurs, dans nos campagnes, le tout-à-l’égout est encore loin d’être généralisé…

Jeunes

Plus de la moitié des auteurs d’actes de violence et de dégradations sont des mineurs de moins de 18 ans. L’année dernière, 175 256 ont été mis en cause, par la police ou la gendarmerie.

Dans les « cités », la délinquance commence à 10 ans. On aide les grands à organiser le trafic de drogue, les vols de voiture ou l’élevage des pitbulls, dont les chiots se vendent 6 000 F…

 Gastro

Plus d’un million de Français ont été touchés l’hiver dernier par une forme ou une autre de gastro-entérite.

 
DIVERS FAITS 

ESB

L’encéphalopathie spongiforme bovine, l’ESB, est apparue en août 1998, après 10 à 16 ans d’incubation, dans le village de Queni-borough, dans le Leicertershire. 90 britanniques sont déjà morts de la maladie. Trois cas sont confirmés en France…

 

ONU

Kofi Annan se dit prêt à briguer un second mandat de cinq ans à la tête de l’ONU. Son mandat actuel s’achève le 31 décembre.

Quel dévouement !

 

PAC

Sur les 600 000 exploitations agricoles recensées en France, la moitié produit 80 % du chiffre d’affaires et l’autre moitié se partage les 20 % restants. Des miettes…

 

La Poste

La semaine dernière, la poste britannique a perdu son monopole historique de l’acheminement national du courrier de moins de 350 grammes.

Tony Blair est un socialiste plus pragmatique que Lionel Jospin…

 

Pérou

Alberto Fujimori, l’homme qui a redressé le Pérou, pourrait être accusé de « crime contre l’humanité » par la justice de son pays : pour avoir couvert des opérations de basse œuvre contre les bouchers maoïstes du Sentier Lumineux et pour avoir donné l’ordre d’abattre une partie des terroristes du Tupac Amaru, ce mouvement qui avait retenu 72 personnes en otage au sein de l’ambassade du Japon…

 

Maladie

La tuberculose continue de tuer chaque année en France trois fois plus de personnes que le SIDA. La maladie est quatre fois plus présente en Ile-de-France que sur le reste du territoire.

 
MEDIAS

France 2

Bernard pivot restera sur France 2, même après l’arrêt de son « Bouillon de culture » du vendredi soir. Michèle Cotta lui a promis une émission culturelle mensuelle…

 

RTL

Les 100 journalistes de RTL vont pouvoir bénéficier de la « clause de conscience » : à la suite de la prise de contrôle de RTL group par Bertelsmann.

 

France Inter

La radio d’État ne pratique pas le renouvellement systématique de sa grille : « Le jeu des mille francs » existe depuis 1954, et « Le masque et la plume » depuis 1958…

 

PQR

Les Éditions du Rocher et leur directeur, Jean-Paul Bertrand, se sont vus menacés de boycott par la presse quotidienne régionale s’ils persistaient à vouloir publier le livre-enquête de Claude Labres, « La Dépêche du Midi, Bousquet et l’Omerta », qui évoque l’histoire trouble du quotidien toulousain sous l’Occupation…

 

Vivendi

Pour faire confortablement l’aller et retour entre Paris et les États-Unis, Jean-Marie Messier, président de Vivendi Universal s’est acheté un Airbus A319. Mais l’installation d’une douche à bord empêcherait l’avion d’atteindre Los Angeles sans escale…

 

Sondages

Le quotidien « Dernières Nouvelles d’Alsace » ne fera désormais plus appel aux instituts de sondage en périodes électorales, en raison de leurs nombreuses erreurs lors des dernières municipales. D’après le directeur du journal Alain Howiller, plusieurs autres quotidiens régionaux pourraient prochainement entreprendre la même démarche

SIC   

Franchise

« Être candidat à l’élection présidentielle ? Ce n’est pas une question que je me pose, ni pour aujourd’hui, ni pour demain » (Lionel Jospin).

 

 Lire

« En moyenne il y a cinq fois plus de gens qui lisent le titre que de gens qui lisent le texte » (David Ogilvy).

 

 Livres

« Il y a 3 000 vrais lecteurs en France. C’est pas si mal. La littérature est toujours minoritaire » (Bernard Franck).

 

 Influence

« Les dirigeants actuels, que ce soit Jospin, Schröder ou Bush, sont totalement assujettis à l’empire de la télévision » (Helmut Schmidt).

 

 Paysage

« Je vois arriver le moment où, faute de paysans, il faudra réimplanter des fonctionnaires pour s’occuper du paysage… » (Claude Michelet).

 

 Délinquance

« Il faut s’attaquer à la petite délinquance très tôt – parfois dès la maternelle – pour faire reculer la grande » (Georges Fenech, magistrat).

 

 Politique

« J’ai étudié la politique aux Renseignements Généraux, comme un entomologiste étudie les mouches. Ça ne m’a pas emballé » (Philippe Massoni, ancien préfet de police de Paris, recasé au Conseil d’État).

 

 Vichy

«Je n’accédais pas à la demande de Klarsfeld […] Que la France s’humilie. Que la France demande pardon. Que la France s’agenouille comme l’Allemagne l’avait fait avec Willy Brandt au ghetto de Varsovie. Que la France reconnaisse sa culpabilité dans la déportation des Juifs… Ils voulaient ça. C’était leur but, mais avec moi, ça n’a pas marché. J’ai refusé ; j’ai évité cela à la France… (François Mitterrand, dans « Jeune homme… » de G.M. Benamou, éditions Plon).

 

 

Les 4verites N° du   2001

 Sommaire:

Bernard Trémeau.....................................................................................Faire des efforts pour s'enrichir
Claude Reichman:...............................................................................Le pays attend des leaders de droite
Les échos politiques.................................................................................................. de Georges Langlois
Nicolas Bonnal.......................................................................................... Du cinéma, et pas de politique !
Exprimez vous....................................................................... Forum
Marcel Boisot :............................................................................................Nous sommes tous des criminels 
Guy Millière........................................................................................................................ L'Afrique qui coule
La chronique d"Alain Dumait:...............................................................Les convictions de Jacques Chirac

+ des photos des locaux du journal !

Recevoir la version complète du journal par la poste

Les Français veulent qu'on arrête les voyous. Lionel Jospin préfère interdire les licenciements
 Jean Rouxel  

Si Lionel Jospin avait entendu le message adressé par les Français à l’occasion des élections municipales des 11 et 18 mars 2001, il aurait consacré tout ou partie du séminaire gouvernemental qu’il a réuni samedi dernier au dossier de la sécurité.

C’est en effet l’exigence fondamentale de tous les citoyens normaux. On supporte de payer de lourds impôts à la condition que la sécurité de nos biens et de nos personnes soit convenablement assurée. C’est un minimum !

Or, la sécurité des Français se dégrade fortement d’année en année. Une partie du territoire n’est plus « sous contrôle ». Des quartiers entiers échappent à toute surveillance.

Un audit général s’impose. Ensuite il faut agir non seulement au niveau de la police et de la gendarmerie – dans certains cas en ayant recours à l’armée, peut-être… – mais aussi au niveau de la justice, de l’Éducation nationale et, finalement, il faudra remettre en cause l’ensemble des politiques publiques.

Rien n’empêcherait un gouvernement de gauche de mettre la sécurité en tête de ses préoccupations. C’est le devoir de tout gouvernement. Et c’est ce que veulent en particulier les électeurs naturels de la gauche : ceux des classes populaires et moyennes de banlieue, en particulier.

Au lieu de quoi, toujours reprise par ses vieux démons, la gauche archaïque française, dont Lionel Jospin est le prototype mal relooké, préfère reprendre la vieille antienne du contrôle des licenciements économiques.

C’est sans doute une bonne méthode pour complaire aux syndicats et aux démagogues professionnels. Mais ce n’est bon ni pour l’emploi ni pour la prospérité du pays.

On voit bien les emplois qu’on détruit alors qu’on voit mal ceux qui se créent. Car les premiers se comptent par milliers tandis que les seconds se comptent à l’unité. Ceux-ci sont néanmoins plus importants que ceux-là.

Dans une économie ouverte, comme celle des États-Unis, après le ralentissement, les charrettes succèdent aux charrettes. Pourtant, à la fin de chaque mois, le solde net des emplois créés se compte par centaines de milliers. Que demain les socialistes mettent en œuvre la tentation permanente qui est la leur de contrôler les licenciements et ce sont les nouveaux emplois qui disparaîtront. Avec eux, c’en serait fini de leurs communiqués de victoire mensuels se glorifiant de la baisse tendancielle des chiffres du chômage.

Et qu’on ne s’y trompe pas : si Danone ou Mark & Spencer ne peuvent plus licencier, aussi bien eux que leurs collègues iront demain s’installer ailleurs. Même les socialistes français devront s’y faire…

Danone : la productivité est au fond du pot !

Bernard Trémeau

La mondialisation nous fait passer d’un marché national de 60 millions d’habitants à un marché mondial de 6 milliards d’habitants. Les clients potentiels de Danone sont donc 100 fois plus nombreux. Mais un tel bouleversement contraint l’entreprise à créer une structure mondiale pour remplacer sa structure nationale devenue inadaptée. Des usines ferment donc ici, d’autres s’ouvrent là.

Cette évolution s’accompagne d’une amélioration de la productivité des entreprises et une amélioration de 3 % par an n’est pas irréaliste. En un temps donné, un salarié de Danone produit 103 pots de yaourt au lieu de 100. Nous devenons ainsi tous plus riches de 3 pots de yaourt.

 Tout le monde en profite 

Cette richesse supplémentaire se répartit entre le fournisseur de Danone qui a fabriqué les machines lui permettant de produire plus, les actionnaires qui ont payé ces machines, les salariés qui produisent plus en une heure de travail et les clients qui paient moins cher leur pot de yaourt. La répartition entre fournisseurs, actionnaires, salariés et clients se fait selon une subtile alchimie où la concurrence joue un rôle essentiel, tant que la mafia ou l’État ne s’y opposent pas. Mais finalement c’est l’ensemble de la société qui profite de cet accroissement de richesse, et toutes les études faites pour savoir qui en profitait le plus indiquent que riches ou pauvres en profitent de la même façon.

Mais cette évolution bouscule totalement nos habitudes. Quand une secrétaire dispose d’un nouvel ordinateur améliorant ses capacités de 20 %, elle doit apprendre à se servir du nouvel engin et un tel apprentissage n’est pas forcément facile. Puis, quatre secrétaires faisant le travail de 5, une d’entre elles devra changer de travail. Elle le fera parfois dans le cadre de son entreprise. Elle le fera parfois en changeant d’entreprise. Et comme on a de moins en moins besoin de secrétaires, elle devra peut-être changer de métier, devenir technicienne en informatique ou réceptionniste dans un hôtel.

Quand, dans le cadre d’une restructuration mondiale, un site ferme, ce sont tous les salariés de ce site qui sont mis au chômage. Il existe deux façons de réagir à une telle éventualité.

 On a bien fermé les sanatoriums… 

Soit on utilise tous les moyens en son pouvoir pour s’opposer à la fermeture du site, et les syndicats voient dans ce combat une action payante. Malheureusement, un tel comportement expose à de terribles retours. Danone investira le moins possible dans le pays dont les syndicats agissent ainsi. Rendu moins compétitif par le maintien du site, il risque de voir ses concurrents l’éliminer du marché. Enfin et surtout, nous serons tous privés de l’amélioration de productivité de 3 % que la restructuration permettait d’obtenir : nous serons tous maintenus dans la pauvreté, comme tous les pays communistes sont maintenus dans la pauvreté.

Soit on accepte l’évolution du monde et on est heureux d’accepter cette évolution qui nous enrichit tous en nous rendant tous plus efficaces. Comme on a été heureux d’accepter, en 1946, l’arrivée de la streptomycine, antibiotique qui s’est opposé à la tuberculose, bien qu’en France ce produit ait contraint des centaines de sanatoriums à fermer leurs portes et mis au chômage des dizaines de milliers de personnes. Cette évolution nous enrichissant tous de 3 %, la collectivité a les moyens de prendre en charge la reconversion de tous ceux que la mondialisation met au chômage. Elle doit le faire sans aucune réticence.

Enfin qu’on ne nous dise pas que le chômage est une fatalité, même si en France, pour réduire le chômage, on a décidé de rationner le travail en interdisant de travailler plus de 35 heures. Posez à tous ceux que vous rencontrez la question suivante : « Si demain votre salaire ou votre retraite doublait, auriez-vous des difficultés à utiliser tout votre argent ? ». Immédiatement, 98 % des gens répondent sans hésiter : non. Il existe donc une fantastique demande potentielle insatisfaite. Des milliers d’entrepreneurs seraient prêts à la satisfaire en créant de nouveaux emplois et de nouvelles richesses. Mais ils ne le font pas, du fait des absurdes contraintes que l’État fait peser sur l’économie.

 

Un coup de barre à droite

Claude Reichman 

Les élections municipales auront été marquées par un vigoureux coup de barre à droite. Ce n’est une surprise que pour les « informateurs » patentés, qui n’avaient évidemment rien vu venir, non plus, d’ailleurs, que les instituts de sondages. Tous ces gens vivent entre eux et s’influencent mutuellement, produisant ce qu’il est convenu d’appeler la pensée unique…

Mais on aurait tort de croire, à droite, que les beaux jours sont revenus et qu’il suffit d’attendre le bec ouvert que de juteux fruits électoraux nous tombent du ciel.

Les désinformateurs, même désavoués, sont toujours en place, la gauche est bien accrochée au gouvernement et la droite n’a toujours pas retrouvé un corps de doctrine.

De plus, les grands caciques de la fausse droite, princes de l’échec, empereurs de la langue de bois, n’ont pas cédé la place et ont bien l’intention, si leur camp l’emporte aux prochaines élections législatives et présidentielle, de s’invétérer dans les palais officiels et de poursuivre la même politique social-démocrate qui a toujours fait le lit du socialisme.

Dans ces conditions, le devoir des véritables hommes de droite est de s’organiser en vue des prochaines échéances, et tout d’abord d’analyser les raisons de l’échec de la gauche aux municipales. Elles sont en fait assez simples. Les Français veulent de la sécurité et du développement économique. Ils veulent bénéficier des fruits de leurs efforts et ne plus se les voir confisquer par l’État. La leçon du 18 mars est très claire à cet égard. Les classes moyennes et populaires ont lâché les socialistes parce que leurs voitures brûlent, que leurs enfants se font agresser et racketter à l’école, que l’État a confisqué les deux tiers de la croissance de ces dernières années et que les 35 heures vont aboutir à leur appauvrissement. Or les classes moyennes et populaires, c’est la France. Elles sont aujourd’hui à droite. Demain, elles se donneront la représentation à laquelle elles aspirent. À la condition que la droite fasse campagne sur ces  thèmes et ne se contente pas de vagues promesses. On peut, à cet égard, craindre le pire. Les « programmes » publiés par diverses chapelles de la droite parlementaire sont consternants de vide et de banalité.

Il est grand temps qu’à droite on dise enfin les choses. Et qu’on n’accorde plus de crédit à ceux qui seraient mieux dans le camp d’en face.

Que dire par exemple d’un Philippe Séguin qui, trois jours avant le deuxième tour, déclare au Monde qu’il souhaite accorder le droit de vote aux municipales aux immigrants francophones, c’est-à-dire pour l’essentiel aux Africains et aux Maghrébins, et régulariser les sans-papiers ! La réponse est venue de Toulouse, où 13 000 votants supplémentaires au deuxième tour sont venus sauver M. Douste-Blazy d’une défaite certaine, provoquant ce commentaire de M. Salah Amokrane, la tête de liste des « Motivé-e-s » : « La droite a fait campagne sur mon nom et cultivé le sentiment anti-arabe ». Pauvre Philippe Douste-Blazy, si plein de bons sentiments, si politiquement correct : le voilà jeté dans l’opprobre avec tous ceux qui refusent une immigration incontrôlée. Gageons qu’il déploiera tous ses  efforts pour faire oublier une élection aussi « honteuse ».

À une France de droite, il faut des leaders de droite. La compétition est ouverte.

 

 Propositions parlementaires

 Claude Goasguen, 56 ans, député DL de Paris, a proposé que l’amende prévue au Code pénal pour raccolage sexuel soit porté à 20 000 F.

Jean-Jacques Hyest, 58 ans, sénateur centriste de la Seine-et-Marne propose la création d’un contrôle général des prisons, organisme qui serait indépendant de l’administration pénitentiaire.

Gilbert Le Bris, 52 ans, député socialiste du Finistère, propose une modification du code des communes au terme de laquelle un accès payant à certaines portions de voies publiques pourrait être institué lors de manifestations culturelles ou fêtes traditionnelles.

Jacques Le Nay, 51 ans, député UDF du Morbihan, propose de faire porter la mention « Donneur d’organes » sur la carte de chaque assuré social.

Jean-Michel Marchand, 53 ans, député radical du Maine-et-Loire, propose une amnistie générale au bénéfice des insoumis et des déserteurs.

Yves Nicolin, 38 ans, député UDF de la Loire, propose la conservation pendant trente ans des objets placés sous main de justice dans les affaires ayant donné lieu à une condamnation.

Bernard Perrut, 44 ans, député UDF du Rhône, propose la prise en compte du harcèlement moral parmi les causes de rupture du lien conjugal motivant le divorce.



 

 Les échos politiques de Georges Langlois 

 Des copains

Le juge Halphen, qui s’est fixé pour objectif d’entendre Jacques Chirac dans l’affaire des commissions sur les travaux des HLM de la ville de Paris, n’est peut-être pas socialiste pur sucre mais c’est en tout cas un ami personnel d’Arnaud Montebourg, le député PS de Saône-et-Loire qui entend traduire le chef de l’État devant la Haute Cour de justice…

Plein  temps

L’une des initiatives qui a le plus favorablement impressionné les pairs de Bertrand Delanoé et les conseillers de Paris toutes opinions confondues en général, est certainement sa démission rapide du Sénat. Il l’avait dit. Il l’a fait. Le cumul des mandats, qui était de pratique courante à Paris, a du plomb dans l’aile.

Appartement

Jacques Chirac avait fait attendre son successeur pendant plus d’un an avant de lui remettre les clés de son appartement de fonction à l’Hôtel de Ville de Paris. Jean Tibéri a promis qu’il ne ferait attendre Bertrand Delanoé que quelques semaines : le temps  que se terminent quelques travaux qu’il a fait faire dans son appartement de la place du Panthéon. Apparemment, le nouveau maire du 5e arrondissement n’avait pas prévu qu’il pouvait être battu le 18 mars…

Vélos

Bertrand Delanoé a fait installer dans la cour de la mairie de Paris un dispositif d’accrochage pour vélos, à la demande pressante du nouveau groupe des élus écologistes.  Le lendemain du deuxième tour, une vingtaine  de bicyclettes étaient accrochées. Trois jours plus tard, il n’y en avait plus qu’une seule…

Préfet

L’ancien ministre de l’économie et des finances, Christian Sautter, est le nouvel adjoint chargé des finances du maire de Paris. Ceux qui se souviennent l’avoir connu comme jeune collaborateur du très gaulliste Paul Delouvrier l’appelleront toujours « Monsieur le Préfet ».

Gagner des Chirac ?

On s’est bien amusé aux dépens de… Chirac, à l’occasion du dîner-débat d’Alain Madelin, le 2 avril à la salle Wagram. Pour faire patienter ses militants, le président de DL avait, en effet, organisé sur la scène un pastiche de l’émission de TF1 « Qui veut gagner des millions ? » sous la forme d’un « quizz libéral » résolument anti-chiraquien. Exemple avec ces deux questions qui se sont succédées : « Qui a dit : «il ne paraît ni sain ni réaliste d’imaginer que la société française puisse devenir libérale» ? » Réponse : Chirac ; « Qui a dit : «Il n’y a guère d’autre choix que le libéralisme» ? » Réponse : encore Chirac ! L’Elysée qui, comme d’habitude, avait du envoyer un ou deux discrets espions, a sûrement apprécié…


Jean-Jacques Annaud : Du cinéma, et pas de politique!

par Nicolas Bonnal  

Nicolas.BONNAL@wanadoo.fr

Dans le monde du cinéma français, il y a – il y avait – une exception, Jean-Jacques Annaud.

Le réalisateur de « la Guerre du Feu », de « l’Ours » et de « Sept ans au Tibet » m’est très tôt apparu comme une exception culturelle à lui tout seul. Annaud aime l’épopée, le public, les grosses productions. Il s’adresse à un public mondial, comme les Américains, et pas à la critique germanopratine.  Avec talent et professionnalisme, il a su s’imposer au niveau international et capter un immense public, souvent au nez et à la barbe de la critique.

C’est ce qui m’a décidé à lui rendre hommage, et à le contacter voici deux ans maintenant. Annaud avait répondu à ma lettre et m’avait permis d’assister au tournage de son dernier film, « Stalingrad, Enemy at the Gates ». L’homme est aussi sympathique et équilibré au quotidien que dans ses interviews. Il incarne finalement un Français qui a su échapper au système français qui brime tant de talents pour entraîner à sa suite une cour de grands professionnels comme Gérard Brach, Noëlle Boisson, Robert Fraisse, et Alain Godard, scénariste de Stalingrad, comparse depuis toujours et venu comme lui de la publicité (crime cosmique dans la France d’aujourd’hui). Son cinéma courageux - il faut voir les volées de bois vert qu’il reçoit - a toujours rencontré l’assentiment du grand public, infiniment plus éveillé que la critique branchée.

C’est qu’Annaud ne fait pas  de politique mais du cinéma. C’est un visionnaire, un grand technicien, un esprit curieux de tout et qui a une approche positive du monde. Il s’est entendu avec les Américains parce que ce sont des commerçants et qu’ils veulent faire de bons films. Les Américains calculent certes, mais ils font confiance au goût du public. Et le public n’a pas des goûts glauques.

Il aime Annaud, Spielberg ou Cameron comme jadis Perrault, La Fontaine ou Homère. Il n’a pas cette culture du négatif, apparue en Allemagne au XIXème siècle, avec Nietzsche, Marx et Freud, et qui depuis a décidé de décérébrer l’occident avec plus ou moins de succès. Cela méritait bien un hommage.

Stalingrad est un des deux grands films de guerre de la décennie - avec le Soldat Ryan. Annaud filme spectaculairement la bataille (il fait un bon usage des effets spéciaux, là où certains cinéastes ont tendance parfois à se disperser entre trois ordinateurs), et il réalise en même temps un film intimiste qui conte deux histoires : une amitié entre un commissaire politique soviétique et un tireur d’élites, qui tourne à la la rivalité amoureuse ; et un duel de snipers, de tireurs d’élite, qui voit s’affronter le champion soviétique Zaitsev et un as allemand désabusé.

Dans le même temps, Annaud reste français et cartésien  : il ne célèbre jamais l’horreur, au risque parfois de passer à côté des accents épiques. Dans les ruines somptueuses de la cité en flammes, il fait le procès du totalitarisme rouge, qui a fusillé un million d’hommes pour les pousser à combattre. Annaud a oublié les plateaux tibétains, lui le cinéaste des grands espaces, les paysages alpins (l’Ours) ou africains (la Guerre du Feu) pour décrire un monde rétréci, étriqué, où tout est sujet à manipulation et à propagande. De là un goût amer, que l’on retrouve dès ses premiers films - la Victoire en chantant, satire de la république colonialiste (et socialiste) pendant le première Guerre Mondiale -, et qui marque une faiblesse fondamentale dans la conduite des projets humains. La rencontre qu’Annaud célèbre dans tous ses film débouche aussi sur la barbarie.

P.S. : Le Nom de la Rose passe parfois pour un film anticatholique : mais Annaud oppose un intégriste criminel à un nominaliste orgueilleux, tout en célébrant l’amour et, finalement, en rendant hommage aux valeurs franciscaines.

Nicolas BONNAL

Un cinéaste sans frontières
Jean-Jacques ANNAUD
 
Michel de Maule
 272 pages –  115 F

Moi, un criminel contre l’humanité !

Marcel Boisot
page Marcel Boisot

Voilà que le camarade dictateur communiste Milosevic se retrouve sous les verrous, accusé de « crime contre l’humanité » – CCH – (un de plus), ce qui, sans nul doute, est une bonne chose.

Première remarque : n’est-il pas troublant que le marxisme-léninisme – ML – qui, à l’origine, fut conçu en vue d’instaurer définitivement la paix et l’harmonie, ait toujours conduit, comme le démontre à profusion l’histoire, à un crime CCH ? Alors, deux hypothèses non exclusives l’une de l’autre sont logiquement plausibles. Ou bien le ML n’est rien d’autre qu’une doctrine instrumentale (piège à go-go) récupérée comme stratégie de pouvoir, à la fois pour le conquérir puis pour le conserver. Ou bien, le ML se révèle, à l’expérience, inacceptable pour les masses qui n’en comprennent ni la grandeur, ni l’intérêt ; auquel cas, il convient de le leur imposer même par la force (Staline, Mao…). En fait, rien ne s’oppose à ce que ces deux hypothèses se complètent l’une l’autre. 

Crimes de lèse-majesté

 Deuxième remarque : l’expression elle-même de « crime contre l’humanité » est doublement ambiguë.

Premièrement, lorsque l’on est incertain sur la signification d’un terme, le réflexe (pas toujours le meilleur) est de se précipiter sur son Petit Robert qui fournit aussitôt une petite définition : « humanité » signifie donc « genre humain ». J’en conclue que l’« humanité » désigne l’espèce humaine telle qu’elle s’est développée depuis grand-maman Lucy (notre ancêtre simiesque) jusqu’au Président Chirac (compris) en passant par nos tontons Cro-Magnon et nos tantines néandertaliennes. Donc, dans une logique irréfragable, un crime CCH est nécessairement commis contre des milliards d’humains (on n’est pas à un milliard près) qui, heureusement pour eux, et par la force des choses, s’en fichent éperdument. Ainsi, conclus-je que la grandiose expression « contre l’humanité », proche du sacré, ne veut, en réalité, rien dire du tout (pourquoi avoir délaissé l’expression de « lèse-humanité » de d’Alembert » ?).

Pauvre fille-mère du Sri-Lanka 

Deuxièmement : je devine sans grande difficulté ce que pourrait être la borne supérieure du CCH. Elle se situerait aux alentours de 50 ou 100 millions de victimes, exploit atteint par le Grand Timonier (Mao), l’unité dans l’échelle des valeurs étant ici, le million de morts, le méga mort. En revanche, la question devient vraiment épineuse dès lors que, naturellement, on se demande à partir de quel seuil on pénètre dans le CCH. Se référant à une philosophie toute bébête et serinante (de « serin », petit passereau), on sait à présent que l’humanité dans sa totalité est contenue dans chaque individu, en vous comme en moi. Je suis alors conduit à penser que l’atteinte à l’intégrité d’une seule personne, serait-elle une fille-mère du Sri-Lanka, s’inscrit par la force des choses comme crime CCH. L’idée me paraît intéressante et mérite, sans doute, d’être approfondie, d’autant qu’elle fait de chacun de nous (et de moi en particulier) un géno-criminel.

J’ai le sentiment super-agréable d’avoir été politiquement hyper-correct.

 

Quand l’Afrique sombre
 
Guy Millière  MGuymilliere@aol.com

On ne dit plus l’Afrique « noire », on dit l’Afrique « sombre », clame une vieille plaisanterie cynique, un peu douteuse et éculée.. Quiconque se penche sur la situation du continent aujourd’hui ne peut manquer de discerner avec tristesse à quel point la plaisanterie correspond plus que jamais à la réalité.

L’Afrique est aujourd’hui le seul continent sur la surface de la terre où dans tous les pays discernables sur une carte de géographie, sans exception aucune, l’espérance de vie stagne, où un peu plus de cinquante guerres civiles ont lieu au moment où j’écris ces lignes, et des scènes de barbarie impossibles à imaginer en cette fin de siècle, émasculations au couteau ou découpages de membres à la machette, se déroulent au quotidien. La très grande majorité des sidéens dans le monde se trouve sur le continent africain, et dans plusieurs pays la quantité d’habitants touchés dépasse les cinquante pour cent. Le sida n’est pas pour autant la maladie qui tue le plus : le paludisme et la maladie du sommeil répandue par la mouche tsé-tsé déciment chaque année des familles entières…

 L’esclavage continue

 Dans certaines contrées, l’esclavage se pratique encore très communément, même si cela ne se dit pas. Des actions à caractère ouvertement génocidaire sont menées, telles celles qui touchent aujourd’hui le Sud Soudan chrétien. Le seul pays à avoir présenté, un temps, toutes les apparences du développement, l’Afrique du Sud, glisse désormais vers la dislocation, l’implosion et la violence endémique, et, dans le Zimbabwe voisin, ex Rhodésie, le potentat au pouvoir, un certain Robert Mugabe, en chassant les derniers blancs, chasse aussi les derniers entrepreneurs à avoir héroïquement tenté de rester sur place et de maintenir en activité une économie digne de ce nom. Partout les routes disparaissent pour ne laisser la place qu’à des pistes impraticables, les voies de chemin de fer rouillent et se disloquent, et les moyens de transport d’une manière générale disparaissent.

 L’aide occidentale ne sert à rien

 Les seuls investissements qui s’opèrent sont ceux émanant des compagnies pétrolières occidentales, et ceux qui y travaillent, Européens pour la quasi-totalité d’entre eux, Américains quelquefois, vivent dans des enclaves soigneusement séparées du reste du pays par des hauts murs et des grilles parfois électrifiées. Malgré ce que disent les discours officiels, pas un seul pays ne connaît ne serait-ce que l’apparence lointaine de la démocratie ; les contours des partis politiques épousent systématiquement ceux des tribus, et leurs dirigeants, tout bien pesé, sont en général les successeurs initiés des chefs pré-coloniaux et pré-occidentaux. L’aide financière occidentale ne sert strictement à rien d’autre qu’à alimenter les circuits de corruption. L’aide alimentaire ou la fourniture de médicaments ne conduit qu’à irriguer les plus sordides trafics si la distribution n’est pas assurée directement par les donateurs eux mêmes…

Qui se préoccupe de tout cela en Europe ? Personne ou presque. On, préfère détourner le regard. À la rigueur, on voudra bien évoquer dans un discours de générosité « en simili » « l’annulation de la dette », le « pillage des richesses naturelles » par des occidentaux chargés, bien sûr, de tous les maux. Nul n’osera clamer que la colonisation pendant de trop brèves décennies a apporté des éléments de ce qu’il faut bien appeler la civilisation là ou il n’y en avait pas. Ce serait très incorrect… Nul ne dira, de même, que si la colonisation n’a pas toujours été chez tous ses participants un acte de courage, la décolonisation a été, toujours, elle, par contre, un acte de lâcheté, un recul devant une barbarie qui maintenant revient de toutes parts : ce serait plus incorrect encore, et il faudrait, ô horreur, peut-être en tirer les conséquences. La gauche anti-occidentale aurait-elle eu tort ? Vous n’y pensez pas…

Les convictions de Jacques Chirac

Alain Dumait

Marie-France Garaud, qui a bien connu Jacques Chirac, déclarait il y a quelque temps qu’il était injuste de reprocher à celui-ci de n’avoir aucune conviction. Il en a au moins deux, et depuis longtemps : tout ce qui peut être qualifié d’extrême-droite le révulse littéralement ; il est un adversaire passionné, depuis toujours, de la peine de mort.

On a bien vu les conséquences qui résultent de sa première conviction dans le cours de la vie politique française, depuis 1983. C’est lui et lui seul qui a jeté l’anathème sur la droite de conviction, qui a souhaité qu’un fossé se creuse entre elle et la fausse droite, préférant aller pêcher ses électeurs à gauche plutôt que du côté de la vraie droite. Pendant ce temps-là, la gauche forgeait le concept de gauche plurielle, accueillant aussi bien en son sein les écolos, les coco, les anarcho ou les mao… Depuis, faute d’un vrai clivage droite-gauche, notre démocratie est malade.

Président de la République depuis 1995 et, à son tour, président de l’union européenne au deuxième semestre de 1997, Jacques Chirac s’est efforcé d’étendre à l’Europe entière son allergie personnelle. D’où l’épisode autrichien, non seulement injuste mais piteux pour notre diplomatie.

Il a évidemment le droit d’être hostile à la peine de mort. Une telle conviction est respectable. À la seule condition que les victimes des assassins suscitent quand même un peu plus de compassion que leurs bourreaux…

Dans le débat politique national, l’affaire est tranchée. Elle est même juridiquement corsetée au plan européen. Une majorité de l’opinion publique – en France comme d’ailleurs dans tous les pays du monde – a beau être largement en faveur de la peine de mort, au moins dans un certain nombre de cas particulièrement odieux, et parce que certains pervers ne sont pas récupérables par la société, il y a en effet peu de chances pour que l’on revienne sur cette disposition devenue quasi-constitutionnelle.

Mais, au plan universel, la situation est très différente. Aux États-Unis le nombre d’États pratiquant la peine de mort n’a cessé d’augmenter depuis vingt ans. Contrairement à une idée reçue en France, le Texas est loin d’être un cas isolé. Beaucoup d’autres pays continuent à pratiquer la peine de mort, aussi bien en Asie, en Afrique qu’au Moyen-Orient et aucun n’a l’intention, apparemment, d’y renoncer prochainement.

Un nouveau crime contre l’humanité ?

Pourtant, vendredi dernier, devant la Commission des droits de l’homme, des États-Unis, réunie au Palais des nations, à Genève,  Jacques Chirac s’est déclaré favorable à une interdiction universelle de la peine de mort, et, en attendant, à une première étape qui serait constituée par un moratoire général.

Tous les pays visés – et ils sont  encore la majorité des pays représentés à l’ONU – ont dû tenir le propos présidentiel comme une inadmissible immixtion dans leurs affaires intérieures. Mais aussi, comme une vaine rodomontade…

Voire. Progressivement, une sournoise idéologie mondiale se met en place. Elle invoque les droits de l’homme quand ça l’arrange. Elle déteste tout ce qui ressemble à du nationalisme, en tout cas, occidental. Elle prétend protéger tous les immigrés. Elle rêve d’un homme universel. Mais d’un être humain qui serait dépourvu de toute souveraineté légitime. De tout droit individuel naturel. Qui n’appartiendrait plus à lui-même mais à une mythique collectivité universelle. Qui serait gouverné par une poignée de politiciens auto-proclamés.

 Des otages habituels

 Et pendant ce temps-là, tous les jours, dans les transports en commun ou sur les routes, ou ailleurs, des dizaines de milliers de Français sont pris en otage, par des groupuscules sans légitimité. Mais de ça, ni Jacques Chirac ni Lionel Jospin, ni son gouvernement, ni les partis qui le soutiennent ou qui disent le combattre, n’ont cure…