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La
BCE, utile contre-poids aux socialistes français !
Jean Rouxel
Sans être
dramatique, le ralentissement économique est là. Révisant à la
baisse leurs prévisions d’activité, et davantage encore leurs prévisions
de bénéfice, les grands groupes industriels, comme des marins réduisent
leurs voiles, organisent de prudents replis. Ils ferment des usines,
des sites. Ils choisissent de rester dans certains pays et d’en
quitter d’autres.
Pour la
France et son gouvernement socialiste, c’est l’heure de vérité
: les multinationales,
houspillées tous les jours dans la rue et dans les médias,
auront-elles convenance plutôt à rester chez nous ou à se replier
sous d’autres cieux ?
Si les
entreprises deviennent les boucs-émissaires du ralentissement économique,
qui entraîne nécessairement des suppressions d’emplois, il ne
faudra pas s’étonner de leur comportement peu « citoyen ».
Un
autre bouc-émissaire tout trouvé est la Banque Centrale Européenne
qui se refuse, avec sagesse, à baisser ses taux d’intérêt (voir
l’article lumineux de Bernard Trémeau, en page 2).
Sans
doute y a-t-il une dissymétrie entre la politique monétaire américaine
et la politique monétaire européenne. Mais celle-ci ne résulte
pas des comportements différents des autorités monétaires elles-mêmes
mais bien plutôt des comportements différents des hommes
politiques. Là-bas, on baisse les impôts, on rembourse la dette
publique, on allège les contraintes et on finance les retraites.
Ici, on augmente les dépenses publiques, on ne réduit pas les
dettes et on reporte toujours à plus tard le financement des
retraites.
La
Banque Centrale Européenne a en effet des raisons de craindre un
retour de l’inflation que son homologue américaine n’a pas :
ici, et en particulier dans la France socialiste, ce sont les
pouvoirs publics eux-mêmes qui poussent à l’augmentation des
salaires et, de cette façon, au retour de l’inflation. Alors
qu’aux États-Unis, une partie au moins des gains de productivité
alimente la baisse des prix.
Contrairement
aux rodomontades de Lionel Jospin et de Laurent Fabius, l’Europe
en général et la France en particulier, continuent à perdre du
terrain sur l’Amérique. La preuve : c’est toujours là-bas plutôt
qu’ici que s’investissent massivement les capitaux
internationaux en quête de bons placements sûrs et durables.
Un troisième bouc-émissaire est à peu près hors
d’usage. Loin d’être surévalué, l’Euro est aujourd’hui
sous-évalué. De l’ordre de 11% par rapport au dollar, sur le
critère de « l’indice McDo » (le prix de vente du Big Mac,
produit standard dans cent vingt pays, en monnaie locale, convertie
en dollar). Si la BCE baissait ses taux aujourd’hui, loin de
remonter, l’Euro plongerait. Et le patrimoine des Européens
serait une nouvelle fois écorné.
Monétaristes
et keynésiens : le combat continue !
- Bernard Trémeau
Depuis
quelques mois, les responsables des monnaies, aux USA et en Europe,
sont violemment attaqués par toute une partie des médias et des
hommes politiques européens. Les thèmes développés sont les
suivants : la moindre progression actuelle de l’économie américaine
a été déclenchée par une politique monétaire trop restrictive
et le « trou d’air » actuellement observé en Europe est la conséquence
mécanique du refus de Wim Duisenberg de desserrer l’étau monétaire.
Les attaques sont violentes et les épées non mouchetées, les
qualificatifs parfois grossiers.
Ne
tenons pas compte d’un aspect certainement très démagogique du débat
: les hommes politiques rendent les directeurs des banques centrales
responsables du chômage. Ils peuvent dire à leurs électeurs, à
leur clientèle électorale : « si la banque centrale avait suivi
mes conseils, nous n’aurions plus de chômage » Les politiques
oublient d’ailleurs que ce sont eux qui ont volontairement rendu
les banques centrales totalement indépendantes du pouvoir
politique. Car, quand ils géraient eux-mêmes directement la création
monétaire, l’économie allait très mal…
Retenons
seulement de cette crise le débat idéologique. Les responsables
actuels de la monnaie sont des monétaristes, c’est-à-dire des
hommes qui n’ont qu’un objectif : faire coller le plus
exactement possible la progression de la masse monétaire à la
progression du PIB. Ils sont persuadés qu’une trop forte création
monétaire ayant pour objectif la réduction du chômage est une
grave erreur de gestion, car elle aboutit automatiquement à une
inflation secondaire, qui rendra nécessaire des mesures de
restriction monétaire, source d’encore plus de chômage.
De leur
côté, les responsables politiques actuels sont pour la plupart des
keynésiens, qui ne voient dans l’excès de création monétaire
que l’aspect positif immédiat, le court terme : la relance par la
consommation. Ils ne voient pas les effets négatifs, le long terme,
le retour à l’inflation par excès de création monétaire et les
mesures qu’il faudra nécessairement prendre.
D’ailleurs,
dans une vision keynésienne de l’économie, la manipulation monétaire
est un des éléments majeurs d’une politique économique
dirigiste. Quand, pour relancer l’économie, l’État crée trop
de monnaie et la distribue aux moins favorisés, il est évident
qu’il augmente immédiatement la demande des consommateurs, tout
en introduisant plus de « Justice Sociale » dans la société. Il
se crée au passage un bon fonds électoral. Puis des mois après,
quand l’excès de création monétaire a abouti à l’inflation,
le pouvoir d’achat de tout le monde diminue, c’est évident.
Mais l’État peut alors rendre les commerçants responsables de
l’inflation, de la « valse des étiquettes ». Ce n’est plus
l’État qui est responsable de l’inflation du fait d’un excès
de création monétaire. Ce sont ces « voleurs de commerçants ».
L’État peut alors mettre en place le contrôle des prix, qui protège
tous les consommateurs contre la « rapacité » des commerçants.
Il se crée ainsi une deuxième fois un bon fonds électoral.
Mais nos hommes politiques keynésiens ont voulu
l’Europe, avec une banque centrale indépendante qui n’a
qu’une seule mission : maintenir l’inflation européenne en
dessous de 2 %. Avec 2,8 % d’inflation en Allemagne et 5 % en
Irlande, les responsables européens de la monnaie seraient fous
d’augmenter la production de monnaie. Ils failliraient gravement
à leur devoir. La lutte contre le chômage ne passe pas par les
manipulations monétaires. Elle passe par la diminution des
contraintes qui paralysent les créateurs d’emplois, c’est-à-dire
les entreprises. Depuis 10 ans, les USA suivent cette politique et
le chômage a disparu chez eux. Nous devons les imiter. Mais nos
keynésiens au pouvoir en France ont déjà perdu le pouvoir monétaire.
Ils sont incapables d’abandonner leur pouvoir sur l’économie,
ils croient au rôle économique de l’État. Au lieu de réduire
les contraintes pesant sur les entreprises, ils en rajoutent avec
les 35 heures ou l’augmentation des primes de licenciements. Le chômage
va augmenter, mais ils auront un coupable : le responsable de la
Banque Centrale.

Chevènement
ou Chirac : le séisme, ou la nausée !
Tribune
libre de Harluche Colbert
Condamnez
six rats sur une île à chercher leur nourriture sur une planche de
liège. Alors deux rats exploiteurs forceront deux rats nageurs à céder
une partie de leur pitance, tandis qu’un troisième nageur trop
fort pour être exploité jouira d’un statut autonome. Le sixième
rat trop débile pour nager ou exploiter les autres héritera de
miettes et du statut de souffre douleur.
Condamnez
à la même peine six rats d’une même origine (exploiteurs,
nageurs, autonomes ou souffre-douleur) on obtient encore le même
schéma social. C’est là un comportement politique naturel et
incontournable chez les rats (expérience rapportée par B. Werber).
Quand
l’aristocratie trahit
Les
élites politiques françaises agissent aussi selon un cycle naturel
et fractal.
Cycle décrit
hier par Balzac observant l’aristocratie qui cesse d’être
puissance territoriale agissante pour fondre sur le faubourg
Saint-Germain en une nuée de parvenus avides vendant leur puissance
pour faire des coups de Bourse. Même décadence 180 ans plus tard :
vendre fermes et chevaux est à la mode : jusqu’à l’Élysée
qui provoque la cohabitation pour échanger du pouvoir en conservant
ses prébendes. Ce n’est plus l’aristocratie qui perd son
avenir, c’est la France. Ce cycle est aujourd’hui aggravé car
le pouvoir est passé du gaullisme bâtisseur au giscardisme
liquidateur d’industries nationales, adorateur de la rente.
Comme
pour les rats, on retrouve un rapport de force unique quelle que
soit la famille politique ou l’origine des dirigeants. Contre la
politique générale d’abandon, dans chaque camp subsiste une
opposition minoritaire, marginalisée et diabolisée. Ainsi le phénomène
est répété, fractal : schéma déséquilibré, les majorités
s’entendent pour affaiblir l’institution nationale ou dénoncer
l’intérêt national, sous le prétexte débile de modernité
européenne.
Dans la
phase actuelle du cycle, reproduite en deux mêmes images gauche et
droite, l’électeur est privé de choix, trahi dans ses intérêts
par divers abandons : monnaie, contrôle aux frontières, armée
nationale ; ou par diverses positions : mise aux fers de la France
dans le processus colonial bruxellois, préférence musulmane systématique,
démission diplomatique sur fond de mondialisation, de marée noire
ou de vache folle.
L’électorat
ne veut plus élire un gouvernement qui poursuivra sa politique
d’abandon. Mais comment voter pour des candidats de droite représentant
sincèrement l’intérêt national puisqu’ils occupent
structurellement à droite la place minoritaire et nécessaire du
souffre-douleur ? La droite d’abandon majoritaire compte en effet
au deuxième tour sur l’abstention, voire sur un report de voix
pour continuer une politique qui donne maintenant la nausée.
Aider
Chevènement
Par
contre l’électorat obtiendra justice s’il croise le tir par
surprise en faveur d’une défense de l’intérêt national et républicain
depuis la gauche. Quand Chevènement supplantera Jospin au premier
tour, la gauche sera dominée par un électorat plus vaste que le
sien et une volonté plus exigeante que la sienne. Redécouvrant les
vertus républicaines après avoir encensé celles du capitalisme,
la gauche d’abandon sera marginalisée dans une recomposition plus
vaste adaptée aux valeurs imposées par l’électorat.
Qu’importe l’origine des godillots. La droite d’abandon
disparaîtra de la vie publique (d’ailleurs ses tenants sont bien
vieux ou bien creux). Ce sera sa punition pour avoir prétendu
incarner le gaullisme qu’elle liquidait.
Cessons
d’être moutons, soyons stratèges.
En
position de restituer la souveraineté et l’avenir en France, Chevènement
semble sincère et volontaire. Aidez-le.
Séisme n’est pas fin du monde. Pensez aux rats.
La droite s’est déjà recomposée sur une gauche restée seule (révolutions
françaises, libération de 1945, gaullisme). Il y a une vie après
les Giscard, Barre, Chirac, Madelin, Bayrou et consorts. Seule
compte la France.
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Courrier
Comme
suite à la question posée en titre de votre éditorial, dans
« Les 4 Vérités hebdo » du 14 avril dernier.
Ni
Chirac ! Ni Jospin ! Mais qui ? Et comment ?
Qui
? Je verrais bien M. (le baron) Seillière qui occupe
aujourd’hui par défaut un espace politique abandonné par
une droite sans courage ni conviction.
Jean-Pierre
Gaillard, Arradon – 56
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Les
échos politiques de Georges Langlois
Piston
Arrangements
Chirac-Baudis-Douste-Blazy. Après l’acte 1 (Chirac donne la présidence
du CSA à Baudis, en échange de la mairie de Toulouse pour son protégé
Douste-Blazy), bientôt l’acte 2 : Dominique Baudis s’apprêterait,
en effet, à nommer Christian Badelli en lieu et place de Michèle
Cotta, actuelle directrice générale de France 2, dont le mandat
arrive à expiration fin juin. Or Badelli n’est autre qu’un
ancien conseiller de Douste-Blazy au ministère de la culture.
2ème
manche
Le
torchon n’en finit pas de brûler entre le RPR Patrick Ollier et
le « conseiller en communication politique » Thierry Saussez. Ce
dernier, qui avait conduit une liste dissidente à Rueil contre
celle conduite par Jacques Baumel (en pré-retraite) et P. Ollier,
se prépare à se présenter une nouvelle fois contre le conseiller
spécial (et compagnon dans la vie) de Michèle Alliot-Marie, à
l’occasion des législatives de 2002.
Expert
Après
Jean-Louis Borloo, qui sera son porte-parole, François Bayrou vient
de nommer un second bras droit, encore officieux, pour sa campagne
présidentielle : ce sera l’ex communiste Maurice Leroy, qui
devrait être chargé de la « stratégie et de la perspective ».
Avantage de Leroy : il aura du temps libre, venant de se prendre une
veste aux élections municipales à Vendôme où il était candidat
!
Oubli
Parmi
les récents promus de la Légion d’Honneur figure Jean Monville,
président du groupe de BTP Spie. Il avait été condamné par la
justice à 30 millions de francs d’amendes pour infraction à la législation
sur les marchés publics. Deux lignes qui, curieusement, ne figurent
pas dans sa biographie officielle.
Déménagement
Philippe
Douste-Blazy comptait bien sur la prochaine réunion de la
commission mixte franco-marocaine, qui devait avoir lieu à Toulouse
le 3 mai, pour faire une nouvelle fois parler de lui. Las, Lionel
Jospin – qui ne tient surtout pas à donner une tribune au patron
des chiraquiens de l’UDF – a décidé au dernier moment de déprogrammer
cette importante réunion, laquelle aura finalement lieu à Paris, où
Bertrand Delanoë aura tout loisir de se montrer devant les caméras.
Traître
Qui
sont les deux mystérieux élus de gauche à avoir voté pour Alain
Juppé lors de son élection à la présidence de la communauté
urbaine de Bordeaux, où la droite était pourtant minoritaire ? Au
PS, une rumeur insidieuse accuse Noël Mamère, le maire de Bègles,
d’avoir été l’un des deux « traîtres »…
Le
chaos,prix de la liberté
Marcel
Boisot
On
ne comprend rien à notre époque, dans ses contenus inquiétants,
si l’on ignore la relation anarchisante de la société à
l’autorité, telle qu’elle est conçue, voulue et appliquée par
un pouvoir politique issu des tourbillons utopiques de 68. En effet,
il n’est pas nécessaire d’être un politologue professionnel
pour découvrir que partout où l’autorité est, en principe, censée
assurer l’ordre et l’efficacité sociale d’une institution,
cette autorité est contestée lorsqu’elle n’est pas bafouée.
La
justice et l’ordre public, le système éducatif, l’entreprise,
apparaissent comme les lieux privilégiés, en permanence secoués
par les forces subversives de désagrégation qui en menacent
l’existence.
Déjà,
à Athènes, trois siècles avant J. C., les Cyniques et les
Sceptiques se dressaient contre les pouvoirs, inaugurant cette
confusion qui, depuis, au fil des siècles, s’est maintenue et qui
consiste à faire l’amalgame entre le principe de l’autorité et
son application, comme si, d’une manière générale, la valeur
d’un principe était une fonction de sa traduction pratique
(faut-il juger un plat d’après sa recette ou la recette d’après
le plat ?).
Il est
vrai que l’histoire de l’autorité est loin d’être limpide et
exemplaire, d’autant plus que, dans nombre de situations, son
exercice s’est soldé par l’arbitraire, l’incohérence et
souvent par la cruauté. Les détenteurs de pouvoir, souvent,
n’ont pas été dignes de l’emprise que leur position permettait
d’exercer sur les autres ; de l’horreur de la tyrannie est né
le principe démocratique. Soit inconsciemment, soit comme effet de
la propagande médiatique, le souvenir perpétuellement présent du
nazisme a donc provoqué par réaction un sentiment de répulsion à
l’égard du principe d’autorité associé au fascisme. Comme si,
indépendamment de son bien fondé par son équité et son utilité,
le principe même de l’autorité était, par essence, une atteinte
à la liberté, c’est-à-dire un abus fondamental sur toile de
fond des Droits de l’Homme.
L’évolution
actuelle de notre société se comprend ainsi à travers la rupture
des valeurs éthico-culturelle qui, depuis Moïse, l’ont
graduellement édifiée pour leur substituer celles du gauchisme –
« forme infantile du socialisme », comme l’avait déjà dénoncé
Lénine. Leur centre de gravité se saisit dans le rejet de
l’ordre social, estimé comme système de contraintes inhibant la
liberté individuelle, affirmée, elle, comme bien souverain
intangible. Dès lors, on comprendra que le gauchisme constitue
paradoxalement un noyau anti-social caché au cœur du socialisme.
Or, la psychanalyse a montré à profusion que la nature humaine
(comme d’ailleurs, celle de l’animal) s’accommode mal des
contraintes liées à l’autorité et, faute d’éducation, les
individus et surtout les enfants, à la première occasion, s’en
libèrent même à travers la violence. Par idéologie, ou par négligence
– sans doute les deux – le pouvoir dominant actuel en fournit
souterrainement les conditions ; ce qui en fait un complice au deuxième
degré.
Dans un
opuscule récent, avec autant de courage et de conviction que de
talent, le professeur agrégé de philosophie Adrien Barrot*,
illustre jusqu’à l’évidence la démission des autorités qui,
dans les écoles, pourrait bien préfigurer l’instauration du
chaos social, car « celui qui ne nous craint pas nous hait »
(proverbe Dakota).
* «
L’enseignement mis à mort » par Adrien Barrot, Ed. Librio.

Élément
pour un programme minimum
- Guy Millière
- Page Guy Millière
La
droite doit d’abord se définir négativement, en posant en face
d’elle les paramètres de ce qu’elle n’est pas et qui
renvoient tous au socialisme : la droite n’est pas collectiviste,
elle n’est pas opposée à la liberté individuelle ni à la
liberté d’entreprendre. Dans ces conditions, aucun élément
d’un programme de droite ne peut avoir de dimension collectiviste
et porter atteinte à la liberté individuelle et à la liberté
d’entreprendre.
De même,
la droite a historiquement défendu les idées de droit naturel,
d’égalité de droit, de respect de la personne humaine. La droite
a érigé en ce sens l’idée de droit de propriété en position
de pierre angulaire de tous les autres droits. Aucun élément
d’un programme de droite ne peut aller à l’encontre de ces idées
sans cesser immédiatement d’être un programme de droite. Sur ces
bases, un certain nombre de principes peuvent être affirmés :
1. Le
coût de la fiscalité pour une société est très clair :
davantage d’argent consacré aux impôts, c’est moins
d’investissements entrepreneuriaux, moins de croissance, moins de
création d’emploi. La droite s’engage donc à une baisse forte
et rapide de tous les impôts et taxes en France de façon à
parvenir à ramener, dans une première étape, les prélèvements
obligatoires à un maximum de 35 % du PIB. L’impôt progressif sur
le revenu étant contraire à l’égalité de droit, il devra céder
la place à un impôt proportionnel sans progressivité. L’impôt
sur la fortune et l’impôt sur les successions en tant qu’ils
viennent imposer des biens qui ont déjà fait l’objet d’une
imposition seront abolis. L’impôt sur les plus-values sera lui-même
aboli pour les mêmes raisons.
2.
Ramener les prélèvements obligatoires à des niveaux très inférieurs
à ce qu’ils sont aujourd’hui, impliquera une réforme de l’État
permettant à celui-ci de se recentrer sur ses fonctions régaliennes
: police, armée, justice, diplomatie. Pour que les moyens
financiers consacrés à la sécurité intérieure et extérieure
soient renforcés, d’autres lignes budgétaires seront revues ou
graduellement supprimées. Étant établi qu’une entreprise
fonctionne toujours plus efficacement qu’une administration, tout
ce qui ne relève pas de la production de biens publics purs sera
privatisé. Toute forme de subvention aux entreprises se trouvera
abolie. Une forte baisse des impôts sur les sociétés, une
simplification drastique des formalités de création d’entreprise
permettront d’assainir et de dynamiser le secteur entrepreneurial
et de l’émanciper du dirigisme étatique. Toute forme de
protectionnisme sera abolie et ne seront conservées en ce domaine
que des mesures de rétorsion potentielle.
3.
Conformément aux directives européennes en vigueur et à la réforme
du code de mutualité, publié au J.O. du 19 avril, le monopole de
la sécurité sociale étant aboli, des assurances de santé privées
se verront autorisées à proposer leurs services. Une transition
rapide du système de retraite par répartition vers un système de
retraite par capitalisation sera organisée. Le système
d’assurance chômage sera profondément revu dans le sens
d’incitations fortes à la remise au travail. Nulle personne ne
pourra toucher d’allocations sans fournir un travail en
contrepartie. La politique de tolérance zéro ayant fait ses
preuves là où elle est appliquée, elle sera mise en œuvre, en
France aussi, aux fins que nul délit ne reste impuni, que la
justice passe rapidement et efficacement et que les peines soient
dissuasives. En contrepartie, le principe de la présomption
d’innocence (habeas corpus à l’anglaise) se trouvera généralisé.
4. Une
grande réforme du système scolaire sera organisée reposant sur la
liberté du choix de l’école par les parents, sur la liberté de
choix des étudiants et des professeurs par les établissements
d’enseignement supérieur, et sur un élargissement des possibilités
pour ceux-ci de recourir à un financement privé et d’organiser
des formations en liaison avec le secteur entrepreneurial. Les
radios et télévisions de service public seront privatisées et
toute loi entravant encore la liberté de l’information sera
abolie.
L’ensemble ci-dessus énoncé peut être ramené
à quelques points essentiels susceptibles de servir de « ligne de
démarcation » : forte baisse des impôts et prélèvements, forte
baisse des dépenses de l’État, passage d’un impôt progressif
sur le revenu à un impôt proportionnel, suppression-transformation
des allocations permettant de vivre sans travailler, privatisation
de tout ce qui est privatisable, liberté de l’assurance santé,
passage aux fonds de pension, tolérance zéro en matière de sécurité,
instauration d’une vraie liberté scolaire et d’une vraie liberté
de l’information.

Pour
l’élection présidentielle de l’an prochain, dont le premier
tour pourrait se dérouler le dimanche 28 avril 2002, le second tour
ayant lieu quatorze jours plus tard, rien n’est joué, même si
Jacques Chirac et Lionel Jospin, actuellement, dans les sondages,
dominent nettement tous les autres candidats potentiels. Selon les
enquêtes, et selon les instituts, au deuxième tour, le score de
Jacques Chirac varie, pour l’instant, de 48 à 53 %.
Pour
figurer au deuxième tour, tout compétiteur doit se fixer pour
objectif de devancer au premier tour le tenant du titre.
L’ambition de François Bayrou comme d’Alain Madelin est donc de
dépasser, sur le fil, Jacques Chirac, au nom de la modernité.
Tandis qu’à gauche, c’est l’ambition de Jean-Pierre Chevènement
comme de Noël Mamère, pour les Verts, de doubler Lionel Jospin, le
premier sur la base d’un programme « national », le second en
s’appuyant sur des propositions de nature à plaire aux « bobos
», nouvelle appellation de la gauche caviar.
Ce qui
veut dire que Jean-Pierre Chevènement doit s’efforcer d’aller
chercher des voix à droite. Il y est d’autant plus incité que la
mise hors d’état électoral de Charles Pasqua par les développements
de plusieurs affaires judiciaires lui ouvre un nouvel espace (voir
Tribune Libre, page 3). Il est d’ailleurs symptomatique que le président
du Mouvement des citoyens commence sa campagne présidentielle sur
le thème de l’Euro qu’il conviendrait de conserver dans nos
porte-monnaie.
Le
candidat du courant écologiste de gauche, sans doute Noël Mamère,
ne peut élargir son capital électoral qu’en jetant des
passerelles avec d’autres organisations réputées d’extrême-gauche.
Ces liens existent d’ores et déjà. De nombreux militants du
parti des Verts se retrouvent dans des organisations comme le DAL ou
ATAC, viennent de la Ligue communiste ou de Lutte ouvrière, font
partie de plusieurs autres groupuscules, aux méthodes plus
violentes que démocratiques.
Noël
Mamère, le chouchou des
journalistes
Si
cette jonction s’opère, Lionel Jospin aura alors des motifs de
s’inquiéter. Car ce regroupement des écologistes et des
gauchistes aura le soutien massif des médias. Une enquête récente,
publiée par l’hebdomadaire « Marianne », démontre, une
nouvelle fois, que les opinions politiques des journalistes ne reflètent
pas du tout celles de la population française en général, et fait
apparaître plus particulièrement que Noël Mamère bénéficie –
parmi ses anciens confrères journalistes – d’un soutien sans
commune mesure avec les opinions favorables qu’il recueille dans
les sondages.
En
attendant, l’extrême gauche demeure morcelée, comme cela est
encore apparu clairement à l’occasion des traditionnels défilés
du 1er mai. Rassemblée, cette extrême-gauche, chouchoutée par les
médias, pèserait de 7 à 8 % des intentions de vote, selon les
indications fournies par les élections municipales, là où des
listes d’extrême-gauche se sont présentées aux suffrages des électeurs.
Mais divisée, cette extrême-gauche est stérilisée. Et, au deuxième
tour, beaucoup de ces votes-là manqueront à Lionel Jospin.
C’est
à juste titre que François Hollande, à propos d’Arlette
Laguillier, a pu parler d’un nouveau « gaucho-chiraquisme ».
La
double exclusion
L’extrême-gauche
fera-t-elle au deuxième tour plutôt le jeu de Jacques Chirac que
de Lionel Jospin ? Telle est la nouvelle question que se posent les
politologues. Il y a sept ans, la question portait plutôt sur les
reports de voix au deuxième tour du vote Le Pen au premier tour. On
pourrait parler de symétrie. À ceci près que la droite nationale
a été exclue par la fausse droite. Tandis que la gauche gauchiste
s’exclut elle-même…
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