Les 4verites N°314 du 14 juillet 2001

 

Éditorial de Jean Rouxel:
Bernard Trémeau:
Chiffres significatifs
Dr Pierre Lassieur:
Divers faits
Claude Reichman: 
Faisons maigrir l'Etat pour sauver nos retraites
Dr Sylvain Forest :
L’anti-modèle de l’hôpital Georges-Pompidou.
Médias
Guy Millière:
L’europe organise son déclin 
SIC
La chronique d"Alain Dumait:

 

 
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Courrier des lecteurs

 

Fonds secrets : Lionel Jospin a déjà craché le morceau !

 En déclarant lundi dernier, sur France 3, à propos de l’utilisation des fonds secrets, qui échappent aussi bien au contrôle de la Cour des Comptes qu’à celui du Parlement, qu’il prenait l’engagement de « rendre au budget de l’État tout ce qui sera en excédent à son départ de Matignon », Lionel Jospin, sans que cela soit remarqué par personne, a lancé un sacré pavé dans la mare.

Car son propos sous-entend d’abord que ses prédécesseurs ont fait exactement l’inverse, et qu’ils ont gardé, pour eux, les excédents en question. Et, en effet, c’est exactement ce qui s’est passé, très précisément depuis 1973.

C’est Jacques Chaban-Delmas qui, à son départ de Matignon, a introduit cette pratique : partir avec le reliquat de l’argent des fonds spéciaux non utilisés et non distribués, aussi bien le reliquat sur l’année en cours que les reliquats accumulés au titre d’exercices précédents. Et c’est ce que firent après lui, sans aucune exception, tous les Premiers ministres, c’est-à-dire, dans l’ordre, Jacques Chirac, Raymond Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, à nouveau Jacques Chirac, Michel Rocard, Edith Cresson, Pierre Bérégovoy, Édouard Balladur, puis Alain Juppé. C’est avec cet argent que tous ces anciens premiers ministres de la Vème République se sont constitués des structures personnelles avec des secrétariats conséquents, toujours installés dans les beaux quartiers, rive gauche ou rive droite, de la capitale.

Attention : ces fonds accaparés par ces politiciens à leur départ de l’hôtel Matignon, et s’élevant à plusieurs dizaines de millions de francs, ne vont pas directement dans leurs poches. Un de leurs proches collaborateurs, souvent un sous-préfet en disponibilité, est chargé de tenir une comptabilité, au centime près, de cet argent.

Si les billets d’avion payés en liquide par Jacques Chirac n’ont pas été financés par l’argent de la questure de la ville de Paris, ils l’ont très certainement été par l’argent des fonds spéciaux, comme l’intéressé lui-même l’a d’ailleurs indiqué. Et si des billets d’avion ont pu être financés ainsi en 1992, c’est qu’une partie de l’argent emporté en 1988 était toujours « disponible »…

Une fois de plus, s’agissant des turpitudes collectives de nos hommes politiques, la gauche et la droite sont également concernées. Et même Lionel Jospin ne peut pas se dédouaner si facilement car, au-delà de l’engagement qu’il a pris, on ne sache pas qu’il a restitué quelque excédent que ce soit fin 1997, ni à la fin de chacune des trois années suivantes. Or, c’est à la fin de chaque année que les excédents budgétaires se constatent. Et on n’a jamais vu que les crédits de paiement soient consommés à 100% au 31 décembre. Sauf quand il s’agit de la cassette des fond secrets…