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Les
politiciens français pactisent avec les fonctionnaires mutins
!
Jean Rouxel
En bon français, le fait de se dresser contre une autorité
légitime, comme les gendarmes l'ont fait la semaine dernière,
s'appelle une mutinerie. Et composer avec des mutins, c'est reconnaître
soit son impuissance, soit son illégitimité.
Impuissants, nos gouvernants le sont plus que jamais. Il suffirait,
pour convaincre ceux qui en douteraient, d'égrener la longue
liste des services publics en situation de révolte avec,
en face, l'addition qui s'allonge des concessions vite lâchées
par un gouvernement finissant et usé.
Le gouvernement de Lionel Jospin est également, aujourd'hui,
illégitime. Non seulement, ses promesses n'étaient
que des illusions, ou de simples mensonges, mais encore, loin d'obéir
au peuple souverain, il apparaît de plus en plus clairement
le serviteur soit de coteries, soit d'intérêts particuliers,
en l'occurrence ceux de certaines catégories de fonctionnaires.
La République française est, en fait, la République
des fonctionnaires français.
C'est au moment précis où se déchire le rideau
fragile qui recouvrait comme un voile pudique la réalité
profonde de la société française que s'engage
la campagne pour les prochaines élections présidentielles.
Si, officiellement, les premiers et deuxième tours ont été
fixés au 21 avril et au 5 mai 2002, ils seront précédés
d'un tour préalable qui ne concerne que les 37 000 grands
électeurs, principalement les maires des communes de France,
détenteurs d'une des 500 signatures de parrainage nécessaires
à tout candidat. Or, faute de ces signatures, il est possible
que seuls les candidats pourtant responsables en premier lieu de
la situation de faillite de la sphère publique française
soient en mesure de se présenter. Malgré le désaveu
massif dont ils sont l'objet, et qui apparaît dans toutes
les études d'opinion, il n'est pas impossible que, faute
de concurrents agréés par le système, Lionel
Jospin et Jacques Chirac se retrouvent en tête-à-tête
au deuxième tour.
Bien sûr, théoriquement, le collège électoral
préprésidentiel est en mesure d'agréer plusieurs
dizaines de candidats. Mais beaucoup de maires, même parmi
ceux qui ne doivent rien aux partis, ne donneront leur signature
à personne, de peur, notamment, d'être montrés
du doigt par les chiens de garde des médias.
Le Général de Gaulle disait vouloir libérer
la République de la dictature des partis. Il n'aura fallu
que quarante ans aux forces obscures du système pour reprendre
en mains la vie politique française. Et la ramener à
une situation d'impuissance.
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