Un procès historique débute à La Haye, celui
de Slobodan Milosevic. Pour la première fois, un chef d'État
va être jugé pour des actions commises dans le cadre
de ses fonctions.
Certains se réjouiront de voir ainsi honorés les droits
de l'homme et condamnées les exactions commises durant les
années 90 dans les Balkans. Ce bouleversement juridique est
cependant assez risqué.
Le premier danger est de voir se rééditer ce qu'on
vit naguère à Nuremberg : une justice de vainqueurs,
faisant porter aux vaincus l'entière responsabilité
des crimes commis durant la guerre. Éventuellement au détriment
de la réalité historique, puisque les massacres de
Katyn, perpétrés par l'armée rouge, se trouvèrent
ainsi endossés par les condamnés de Nuremberg.
La crédibilité des attendus de Nuremberg étant
fortement contestée, les pouvoirs publics se sentirent ensuite
obligés d'en interdire la critique, avec la force de la loi
Gayssot. Ce qui amène une situation cocasse : le président
russe Boris Eltsine, reconnaissant devant le gouvernement polonais
la responsabilité soviétique dans le massacre de ses
officiers, se trouverait en infraction en France !
Une telle justice risque également de s'illustrer par un
déni des droits de la défense, d'ailleurs prévu
explicitement dans le règlement du Tribunal Pénal
International, puisqu'il s'est lui-même dispensé de
l'obligation de communication des pièces à la défense
(art. 66 C) ! Ainsi, pour défendre les droits de l'homme
au Kosovo, pourrait-on les voir violer à La Haye
Outre ce risque de voir se mettre en place une justice de vainqueurs,
le procès de M. Milosevic crée un redoutable précédent
en droit international. Il est regrettable qu'on n'ait pas laissé
la possibilité aux Yougoslaves le soin de mener eux-mêmes
le procès de l'ancien homme fort de Belgrade, d'autant qu'ils
étaient les mieux à même d'apprécier
l'étendue des crimes commis. D'ailleurs, bien des Yougoslaves
qui n'étaient pas tous des proches de Milosevic, à
commencer par le président actuel, et la Cour suprême,
ont protesté fermement contre ce kidnapping international.
En acceptant le principe même de cette juridiction d'exception
qu'est le TPI, les chefs d'État ont accepté que la
souveraineté nationale disparaisse et qu'en lieu et place
des gouvernants, responsables devant les citoyens, naisse une souveraineté
internationale, diffuse et non identifiable.