Les 4verites N°338 du 23 février 2001

 

 

 
Droits de l'homme: principes et pratique
Jean Rouxel
Une politique de l'innovation technologique
par Bernard Trémeau
Chiffres Significatifs
La première grève de l'impôt
par Claude Reichman
Divers faits
La droite au service de la gauche
par Guillaume de Thieulloy
Communication
Le terrorisme palestinien dans le texte
par Guy Millière
Sic
Jacques Chirac : l'homme de la fracture nationale
La chronique politique d'Alain Dumait
 
Lu pour vous: L'explosion criminelle - les réponse.
de Xavier Raufer
 
 
Votre opinion nous intéresse:
Courrier des lecteurs
Jean Rouxel

Le camp de détention de Guantanamo, dans l'île de Cuba, regroupe dorénavant 300 prisonniers, capturés en Afghanistan.
Comme les frappes sur l'Afghanistan ont créé un précédent juridique en droit international, puisque le conseil de sécurité de l'ONU ne fut même pas consulté, le traitement des prisonniers crée un précédent en droit pénal.
C'est, en effet, la première fois que la communauté internationale a à se prononcer sur un cas semblable : ces prisonniers sont-ils prisonniers de guerre ou présumés terroristes ? La seconde logique a la préférence américaine. En partie à juste titre, d'ailleurs, puisque le régime de Kaboul n'était pas reconnu.
Si la position officielle - mais seulement tacite - du gouvernement américain est en faveur de la désignation des prisonniers comme terroristes, c'est cependant surtout pour se dispenser d'appliquer les conventions de Genève.
Ajoutons que, si les détenus sont réunis à Guantanamo, c'est manifestement parce que, hors du sol américain, les interrogatoires peuvent être pratiqués sans les contraintes de la loi américaine.
Il est vraisemblable que ces interrogatoires aient permis une importante collecte d'informations. Il est même possible que ces informations aient, comme l'a laissé entendre Robert Mueller, directeur du FBI, permis d'éviter de nouvelles tentatives d'attentat. Il est certain, en tous cas, que la guerre contre le terrorisme n'est pas un combat chevaleresque et qu'il faut se salir les mains pour protéger des innocents.
Pourtant, la légitimité que revendiquent les États-Unis, l'adhésion, qu'ils réclament de leurs alliés, à leur lutte contre le terrorisme, et plus encore, leur statut d'unique hyperpuissance, exigent d'eux un comportement exemplaire.
Ce traitement des prisonniers, qui n'est sans doute pas inhumain, mais ne correspond pas non plus à l'idée que nous nous faisons désormais des droits de l'accusé, risque d'éloigner encore de la conception occidentale des droits de l'homme, les pays du monde qui y sont étrangers.
Les pays qui, comme la Chine, ou les régimes islamiques, précisément, sont régulièrement mis sur la sellette, à ce sujet, risquent fort de tirer argument de cette situation et de maintenir que la défense de la dignité humaine n'est qu'un masque pour le cynisme des dirigeants occidentaux.