Le camp de détention de Guantanamo, dans l'île de
Cuba, regroupe dorénavant 300 prisonniers, capturés
en Afghanistan.
Comme les frappes sur l'Afghanistan ont créé un précédent
juridique en droit international, puisque le conseil de sécurité
de l'ONU ne fut même pas consulté, le traitement des
prisonniers crée un précédent en droit pénal.
C'est, en effet, la première fois que la communauté
internationale a à se prononcer sur un cas semblable : ces
prisonniers sont-ils prisonniers de guerre ou présumés
terroristes ? La seconde logique a la préférence américaine.
En partie à juste titre, d'ailleurs, puisque le régime
de Kaboul n'était pas reconnu.
Si la position officielle - mais seulement tacite - du gouvernement
américain est en faveur de la désignation des prisonniers
comme terroristes, c'est cependant surtout pour se dispenser d'appliquer
les conventions de Genève.
Ajoutons que, si les détenus sont réunis à
Guantanamo, c'est manifestement parce que, hors du sol américain,
les interrogatoires peuvent être pratiqués sans les
contraintes de la loi américaine.
Il est vraisemblable que ces interrogatoires aient permis une importante
collecte d'informations. Il est même possible que ces informations
aient, comme l'a laissé entendre Robert Mueller, directeur
du FBI, permis d'éviter de nouvelles tentatives d'attentat.
Il est certain, en tous cas, que la guerre contre le terrorisme
n'est pas un combat chevaleresque et qu'il faut se salir les mains
pour protéger des innocents.
Pourtant, la légitimité que revendiquent les États-Unis,
l'adhésion, qu'ils réclament de leurs alliés,
à leur lutte contre le terrorisme, et plus encore, leur statut
d'unique hyperpuissance, exigent d'eux un comportement exemplaire.
Ce traitement des prisonniers, qui n'est sans doute pas inhumain,
mais ne correspond pas non plus à l'idée que nous
nous faisons désormais des droits de l'accusé, risque
d'éloigner encore de la conception occidentale des droits
de l'homme, les pays du monde qui y sont étrangers.
Les pays qui, comme la Chine, ou les régimes islamiques,
précisément, sont régulièrement mis
sur la sellette, à ce sujet, risquent fort de tirer argument
de cette situation et de maintenir que la défense de la
dignité humaine n'est qu'un masque pour le cynisme des
dirigeants occidentaux.