Les 4verites N°377 du 14 décembre 2002

 

Le carcan de Nicolas Sarkozy
Jean Rouxel
Trou d'ozone : construction d'un mythe
par Bernard Trémeau
Chiffres Significatifs
José Bové : un terroriste est parmi nous !
par Jean-Louis Caccomo
Divers faits
Courrier : L'athéisme, totalitarisme en germe
Marc Boulanger
En direct de Taiwan
par Stéphane Erler
Communication
Pascal Bruckner
Lu par Guy Millière
Sic
La concurrence Internationale nous sauve !
La chronique politique d'Alain Dumait
 

Courrier des lecteurs
Harry Potter
Nicolas Bonnal
Europe
Numa VIAL
Prestige
Gérard Chamaret
Harkis
Jacques Noyé
Mosquées !
Philippe Hartemann
Coupe Davis
<Xnelson@aol.com>
Enseignants
Yves Méra, enseignant

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Le carcan de Nicolas Sarkozy
Jean Rouxel

En creux, la brillantissime prestation de Nicolas Sarkozy mardi dernier, dans l'émission de France 2 " 100 minutes pour convaincre ", a montré les limites de l'efficacité de son action.
Il y a tout d'abord le problème de la justice. " Elle ne facilite pas mon action " a simplement répété, en litote, le ministre de l'Intérieur. On sait que les magistrats français, à l'exception de ceux qui sont heureusement recrutés " au tour extérieur ", sont issus de
l'École Supérieure de la Magistrature, moule unique qui forme depuis cinquante ans des cadres majoritairement orientés à gauche. Une réforme de cette institution, par l'introduction d'une diversité des filières de recrutement s'impose. Une telle réforme est sans doute plus urgente que celle de l'ENA.
Aucun doute n'est possible : Nicolas Sarkozy sait parler aux cadres de la police et les entraîner. Mais, quand bien même ferait-il passer par exemple le taux d'élucidation des plaintes à 100 %, qu'il faudrait encore, pour que la sécurité s'améliore sensiblement, que le système judiciaire suive, qu'il instruise tous les dossiers (et non pas une partie seulement comme actuellement), qu'il juge rapidement et qu'il fasse exécuter les peines. On en est très loin.
Une autre limite à l'efficacité de l'action de Nicolas Sarkozy réside dans la sclérose de notre système pénitentiaire. Depuis vingt ans, nous avons vu, chaque année, la délinquance augmenter, avec des taux de progression souvent à deux chiffres, et pourtant, depuis Albin Chalendon, nous n'avons rien fait pour accroître le nombre des places de prison, et pas grand-chose pour moderniser les équipements existants.
L'un des chiffres les plus noirs du dossier de la sécurité est celui du taux de récidive des primo-délinquants : 80 % de ceux qui font un premier séjour en prison en feront au moins un second… On conçoit que des juges laxistes hésitent à y envoyer un plus grand nombre de " jeunes " des banlieues chaudes. Faire que la prison, éventuellement remplacée par des centres d'éducation surveillée, devienne un lieu de réhabilitation (les anciens auraient dit " de redressement "), est un vaste programme. On peut dire malheureusement qu'on est saisi par l'indigence des réflexions présentées à cet égard. Une piste : rendre le travail en prison obligatoire. Il est actuellement facultatif.
Ce ne sont pas les seules limites à l'efficacité de l'action du ministre. Il y a le contexte politique résultant du scrutin du 21 avril. Il y a les lois européennes. Il y a l'État-providence… On comprend, dans ces conditions, que l'intéressé, avec beaucoup de clairvoyance, estime qu'au bout de deux ans, il aura sans doute épuisé les marges d'amélioration dont il dispose. Il sera temps alors pour lui, hors de ce ministère, de faire campagne pour une réforme de ce qui n'est pas, actuellement, de sa stricte compétence.