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Le carcan de Nicolas Sarkozy
Jean Rouxel
En creux, la brillantissime prestation de Nicolas Sarkozy mardi
dernier, dans l'émission de France 2 " 100 minutes pour
convaincre ", a montré les limites de l'efficacité
de son action.
Il y a tout d'abord le problème de la justice. " Elle
ne facilite pas mon action " a simplement répété,
en litote, le ministre de l'Intérieur. On sait que les magistrats
français, à l'exception de ceux qui sont heureusement
recrutés " au tour extérieur ", sont issus
de
l'École Supérieure de la Magistrature, moule unique
qui forme depuis cinquante ans des cadres majoritairement orientés
à gauche. Une réforme de cette institution, par l'introduction
d'une diversité des filières de recrutement s'impose.
Une telle réforme est sans doute plus urgente que celle de
l'ENA.
Aucun doute n'est possible : Nicolas Sarkozy sait parler aux cadres
de la police et les entraîner. Mais, quand bien même
ferait-il passer par exemple le taux d'élucidation des plaintes
à 100 %, qu'il faudrait encore, pour que la sécurité
s'améliore sensiblement, que le système judiciaire
suive, qu'il instruise tous les dossiers (et non pas une partie
seulement comme actuellement), qu'il juge rapidement et qu'il fasse
exécuter les peines. On en est très loin.
Une autre limite à l'efficacité de l'action de Nicolas
Sarkozy réside dans la sclérose de notre système
pénitentiaire. Depuis vingt ans, nous avons vu, chaque année,
la délinquance augmenter, avec des taux de progression souvent
à deux chiffres, et pourtant, depuis Albin Chalendon, nous
n'avons rien fait pour accroître le nombre des places de prison,
et pas grand-chose pour moderniser les équipements existants.
L'un des chiffres les plus noirs du dossier de la sécurité
est celui du taux de récidive des primo-délinquants
: 80 % de ceux qui font un premier séjour en prison en feront
au moins un second… On conçoit que des juges laxistes hésitent
à y envoyer un plus grand nombre de " jeunes "
des banlieues chaudes. Faire que la prison, éventuellement
remplacée par des centres d'éducation surveillée,
devienne un lieu de réhabilitation (les anciens auraient
dit " de redressement "), est un vaste programme. On peut
dire malheureusement qu'on est saisi par l'indigence des réflexions
présentées à cet égard. Une piste :
rendre le travail en prison obligatoire. Il est actuellement facultatif.
Ce ne sont pas les seules limites à l'efficacité de
l'action du ministre. Il y a le contexte politique résultant
du scrutin du 21 avril. Il y a les lois européennes. Il y
a l'État-providence… On comprend, dans ces conditions, que
l'intéressé, avec beaucoup de clairvoyance, estime
qu'au bout de deux ans, il aura sans doute épuisé
les marges d'amélioration dont il dispose. Il sera temps
alors pour lui, hors de ce ministère, de faire campagne pour
une réforme de ce qui n'est pas, actuellement, de sa stricte
compétence.
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