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Décentralisation.
Voici pourquoi les Français ne seront pas consultés
Jean Rouxel
Jacques Chirac, comme Jean-Pierre
Raffarin et plusieurs ministres, ne manquent jamais une occasion
de proclamer qu'ils sont très favorables à la consultation
plus fréquente des citoyens sur les questions importantes
de société, et qu'ils sont même acquis au principe
du référendum d'initiative populaire. D'ailleurs,
de telles consultations sont d'ores et déjà possibles
même si elles ne sont jamais pratiquées…
Évidemment, ils se prétendent de grands démocrates.
Ils adhèrent au dogme de la souveraineté du peuple.
Mais, quand il s'agit de passer aux actes, il n'y a plus personne
!
On a déjà vu le Président de la République
à l'œuvre sur l'euro. Il avait dit que le peuple français
devait être consulté avant sa mise en place. Finalement,
il valait sans doute mieux ne pas l'interroger… Depuis dix ans,
l'élargissement ininterrompu des compétences européennes
et l'extension de l'Union à de nouveaux pays est, sans conteste,
l'une des principales mutations politiques que connaît notre
pays. Mais, depuis le référendum risqué sur
le Traité de Maastricht, on s'est bien gardé de demander
leur avis aux Français.
On ne le leur demande pas non plus sur la politique de l'immigration,
sur laquelle ils ont pourtant une opinion assez précise.
Ni le principe funeste du regroupement familial, adopté il
y a plus de 30 ans, ni la politique des visas soi-disant
touristiques, ni l'accueil des pseudo-réfugiés politiques,
ni la régularisation des sans-papiers n'ont fait l'objet
d'un véritable débat.
Alors que ce n'était pas juridiquement nécessaire,
Jean-Pierre Raffarin a voulu que son projet de loi sur la décentralisation,
pour être coulé dans le bronze, fasse l'objet d'une
modification de la Constitution. Pourtant, en 1981, pour ces lois,
Gaston Deferre n'avait pas eu besoin d'une telle procédure…
Jacques Chirac avait dit " Les Français seront consultés
par référendum ". Et puis, la semaine dernière,
il n'en était plus question. Un congrès réuni
à Versailles suffira pour modifier le texte de la constitution.
Sans doute, le résultat d'un référendum sur
cette question est-il incertain. Dès qu'on remet un bulletin
de vote à un électeur, il risque, en effet, d'en faire
un usage imprévisible et même de voter " non "
quand tous les politiciens voudraient le voir voter " oui ".
Pas seulement pour embêter ces derniers, mais aussi parce
que, instruits par l'expérience, les électeurs savent
que la décentralisation peut coûter cher. Nos élus
locaux ont des goûts somptuaires. Et, tant que l'État
n'aura pas prouvé qu'il était capable de réduire
le nombre de ses fonctionnaires, il serait imprudent de laisser
les collectivités territoriales en recruter de nouveaux.
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