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Construction européenne : accélération
et incertitudes
Éditorial
Jean Rouxel
Le Conseil européen, qui s’est tenu à Salonique les
19 et 20 juin 2003, est important à plus d’un titre. D’abord,
c’est la dernière réunion de cette nature. Désormais,
les sommets entre Chefs d’États se tiendront à Bruxelles.
Fini les grands caravansérails, et aussi, on l’espère,
les contre-rassemblements de casseurs anarchistes. Bruxelles deviendra,
de fait, un peu plus, la capitale de l’Europe.
À la surprise générale, Valéry Giscard
d’Estaing a surmonté l’épreuve de la Convention pour
l’avenir de l’Europe. Il est arrivé à Salonique avec
un projet de Constitution presque ficelé. Ce sera son projet
ou rien d’autre, car toucher à tel ou tel des articles importants
de ce texte qui en comporte 462 reviendrait à le détricoter.
Si, avant la fin de l’année, la Conférence intergouvernementale
(CIG) entérine cette proposition, elle pourrait être
mise en œuvre à partir de 2005.
Pour nous Français, il y aurait donc en 2004, deux rendez-vous
importants : en mai, les élections européennes et,
un peu plus tard, un référendum sur l’adoption de
cette Constitution. Pourquoi ne pas organiser ces deux consultations
le même jour.
L’Europe des quinze passera à 25 l’an prochain. Trois pays
dont l’adhésion est en cours de négociation (la Bulgarie,
la Roumanie et la Turquie), participent déjà à
toutes les réunions importantes en qualité d’observateurs.
Les cinq pays des Balkans sont fortement invités à
rejoindre l’Union. Celle-ci sera donc bientôt constituée
de 33 membres.
Avec la Constitution de Valéry Giscard d’Estaing, le champ
des compétences européennes, où les décisions
se prennent à la majorité simple, va être considérablement
élargi. Environ triplé selon les experts. L’Europe,
qui intervenait déjà beaucoup dans notre vie publique
nationale, va devenir omniprésente. Seule la fiscalité
lui échappe encore, au grand dam du gouvernement français…
Le premier Président européen, désigné
par le Conseil des 25 Chefs d’États de l’Union, en 2005,
devrait normalement s’appeler être Valéry Giscard d’Estaing.
Il a démontré qu’il en avait la capacité. Et
qu’aucun concurrent ne lui était sérieusement opposable.
L’Europe se fait, indiscutablement. Mais son contenu, sa vision,
son projet, restent flous. C’est ainsi qu’à Salonique, le
Conseil européen a longuement débattu d’une politique
commune de l’immigration, de contrôle des frontières
et du droit d’asile. On cherche en vain, dans les conclusions officielles,
la moindre détermination claire. Comme toujours, sur les
questions délicates, le Conseil « invite la Commission
à élaborer les propositions appropriées».
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