Le cirque

Posté le 08 février , 2017, 12:20
7 mins

La France est un pays d’exception qui a trouvé le moyen, pour une élection présidentielle, de faire en sorte qu’il y en ait trois. La première, ce fut la primaire de la droite ; la deuxième, ce fut la primaire de la gauche ; la troisième, ce sera l’élection présidentielle proprement dite, fixée au 7 mai prochain.

C’est ainsi qu’après la primaire de la droite, beaucoup pensaient que Fillon était élu. Il n’y avait qu’à attendre. Il ne l’était évidemment pas. Il avait été seulement désigné comme le candidat de la droite, parmi 6 autres, qui se sont publiquement écharpés. Il est aujourd’hui très discrédité par une campagne de calomnie médiatique qui ne vient peut-être pas de la gauche…

En réalité, ces candidats de droite étaient plus que 7, en comptant les candidats hors primaires, Nicolas Dupont-Aignan, Michèle Aliot-Marie, Henri Guaino et je dois en oublier.

À gauche, même spectacle vidéo-sonore, en pire. Ils furent, eux aussi, 7 à se présenter, dont l’un tint avec véhémence des propos incompréhensibles, ce qui le rendait plutôt sympathique : un certain Jean-Luc Bennhamias.

Plus distrayant fut l’ancien Premier ministre de notre pauvre Hollande, Manuel Valls, qui désormais s’est transformé en une sorte de cible, comme celles que les enfants bombardent dans les foires avec de grosses boules pour gagner une pochette-surprise. Un jour, il a reçu un kg de farine sur le nez ; un autre jour, il a été giflé par un excité et il en semblait tout content. Espérons qu’on en restera à la farine, à l’exclusion d’autres projectiles non farineux et malodorants.

Enfin, au centre, danseuse bien connue, François Bayrou entend se rappeler au souvenir de chacun en se présentant lui aussi, dans le but, dit-il, de couler Fillon.

Ce n’est pas tout. À la gauche de la gauche est apparu fugitivement sur les écrans, mais en pleine lumière, une certaine Nathalie Arthaud, à qui franchement on ne pense pas tous les jours. Elle s’est proclamée, elle aussi, candidate à l’élection présidentielle pour éliminer tous les autres, des « bourgeois nantis et profiteurs », a-t-elle dit. Elle seule est de nature à défendre le peuple, une vraie Sans-culottes, comme au bon temps de la Convention, comme le fut, il y a peu, NKM, qui, elle aussi, assurait qu’elle était une Sans-culottes. Ça nous en fait donc déjà deux, ce qui offre des perspectives encourageantes. Et voici que l’on me dit : Vous en oubliez un, un certain Poutou, qui, lui, se situerait à la gauche de l’extrême-gauche, c’est-à-dire à la gauche du camarade Mélenchon, candidat avec la bénédiction du Parti communiste à la nostalgie stalinienne, un parti « démocratique » ayant pour but la dictature du prolétariat rendue possible grâce aux syndicats, dont la CGT communiste.

Tout cela, évidemment, n’est pas sérieux. On pourrait même dire que tout cela est grotesque. Nous avons pour cette élection présidentielle plus d’une vingtaine de politiciens qui promettent tout ce que l’on veut, et le salaire universel, et la drogue dépénalisée, et le soleil tous les jours. À ma connaissance, on ne voit nulle part ailleurs, à ce degré-là, un tel spectacle.

On notera encore que, dans ce déluge verbal, pas un mot n’est prononcé sur le financement des jeux du cirque (des dizaines et des dizaines de millions d’euros). Croit-on que les chefs d’entreprise, voire des pays étrangers, vont remettre aux candidats des sommes pareilles sans s’assurer un « retour sur investissement » ? Allons donc !

Comment croire aux annonces de ces lauréats de la rhétorique politique qui pourraient pratiquement tous tenir les propos suivants : « Monsieur, après cette campagne électorale, qu’allez-vous faire ? Je vais prendre pendant 6 mois un repos bien mérité. Et après ? Après, je repars en campagne électorale pour 2022. Et vos promesses ? Votre question est aussi oiseuse que sans objet. Les promesses, nul ne devrait l’ignorer, sont des formules rituelles, à l’exception de celles qui annoncent une hausse des impôts et l’élargissement du droit d’asile. L’essentiel, vous le savez bien, est d’être élu… »

Tout ceci confirme ce qui se constate partout. La démocratie en France est dévoyée. Elle s’est transformée en une sorte de foire d’empoigne périodique, où s’agitent des clans masqués, étiquetés et subventionnés par l’argent public, que l’on appelle partis, qui ont fini par diriger l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Le citoyen n’a plus, pratiquement, aucun recours. 86 % des électeurs le savent, qui n’ont plus confiance dans les partis politiques. Ce qui est sûr, c’est qu’on en a encore pour 3 mois de ce cirque, qui probablement maintiendra la confusion et le chaos pour les 5 prochaines années.

Le seul pays au monde, réellement démocratique est la Suisse où la démocratie s’exerce dans le cadre géographiquement limité du canton. Partout ailleurs, le dévoiement de la démocratie, transformée en oligarchie anarchique, s’affiche comme étant l’une des preuves les plus évidentes de l’inexorable décadence qui détruit l’Occident.

 

4 Commentaires sur : Le cirque

  1. R. Ed.

    11 février 2017

    Coucou, Jauresse, tu vis encore ?
    Félicitation…

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  2. R. Ed.

    11 février 2017

    Koekoe, Jauresque, leef je nog ?
    Proficiat !

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  3. AContresens

    9 février 2017

    C’est bizarre comme votre article ne mentionne même pas Marine LEPEN.
    Tout les médias en général n’en parle jamais, comme s’il s’agissait de ne pas la mettre en avant pour mieux la couler.
    Je pense que des surprises vous attendent, vous les médias qui croyez tout savoir

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  4. Jaures

    8 février 2017

    « une campagne de calomnie médiatique ». Ah bon ? La définition de calomnie est  » Accusation grave et volontairement mensongère; diffamation ». S’il s’agit de mensonges, pourquoi Fillon a-t-il présenté ses excuses au lieu de porter plainte pour diffamation ?
    « qui promettent tout ce que l’on veut, et le salaire universel, et la drogue dépénalisée ». D’abord il s’agit du revenu universel et non du salaire, Lambert ne connait pas le sens des mots. Cela n’a rien de nouveau: la Finlande et l’Allemagne le testent. Le Brésil l’a inscrit dans sa constitution comme objectif et l’a institué pour les familles les plus pauvres sous condition de scolarisation des enfants, ce qui a amené des milliers d’enfants supplémentaires à l’école. Hamon souhaite expérimenter cela en France en commençant par les 18/25 ans dont beaucoup sont sous le seuil de pauvreté.
    Idem, la dépénalisation du cannabis existe déjà en Europe (Croatie, Portugal, Italie,…). Sa consommation est même légale aux Pays-Bas et en Espagne. Y-a-t-il plus de consommateurs dans ces pays qu’en France ? Non.
    Mais Lambert ne peut pas être au courant de tout. Je suis sûr qu’il pense encore que les téléphones ont des jolis fils qui s’enroulent et que pour faire Paris-Marseille en train il faut au moins 8 heures !
    Quant au refrain sur la décadence qu’on sert ici régulièrement, j’attends toujours qu’on me désigne quel fut le sommet, le climax de notre civilisation d’où serait partie cette décadence.
    Le problème est que ceux qui parlent de décadence la confondent généralement avec leur propre déclin.

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