Entretien avec Jean Picollec, éditeur

Posté le septembre 29, 2009, 12:00
7 mins

Jean Picollec
Éditeur indépendant

Jean Picollec, photo David RaynalQuel regard portez-vous sur la rentrée littéraire ?
Je ne suis pas ébloui. Je ne vois pas d’ouvrages qu’on relira dans dix ans. Je ne vois pas de textes que les éditeurs étrangers voudront absolument inscrire à leur catalogue. Les critiques se focalisent non sur le contenu du livre, sa pertinence, sa profondeur, mais sur la « notoriété », le clinquant de l’auteur. En clair, la presse fustige le bling-bling en politique, mais est lâche en littérature puisqu’elle n’en parle pas.

Pouvez-vous nous retracer l’histoire de votre maison d’édition ?

Nos éditions existent depuis 30 ans, comme vient de le rappeler « Livre Hebdo », la bible de la profession. Je parcours, solitaire, le cimetière d’éditeurs disparus ou rachetés ou intégrés. J’ai orienté la maison en priorité sur deux axes, ce que j’aime le plus (le monde celtique) et ce que je connais le moins mal (les documents d’histoire et de politique).
Des coups de chien nous ont secoués, ballottés. Mais, fidèle à mes racines (bretonnes) et mes origines sociales (marins-pêcheurs), dans la tempête, je mets à la cape, voire à sec de toile. Et, si c’est nécessaire, je deviens « bernique », je m’accroche au rocher. J’essaie de ne pas copier mes confrères (plus riches, c’est patent !).
En réfléchissant et en ne collant pas à la mode, surtout du castrateur « politiquement correct ». Ainsi, dès 1998 (les attentats de Dar-es-Salam et de Nairobi), nous avons travaillé sur Ben Laden et pu sortir un livre sur lui… le 12 septembre 2001. Je n’ai pas attendu les élections de juin en Iran pour publier un dossier sur les Gardiens de la Révolution : celui-ci est paru un an avant, après deux ans de travail (donc entamé dès 2006). Si « L’Affaire de Broglie » (janvier 1981) ou « Bouteflika : une imposture algérienne » (mars 2004) sont par exemple sortis chez nous, nous le devons à des confrères prestigieux qui voulaient me faire « une fleur » en me le proposant…

Vos derniers coups de cœur ?
Tous les livres que je publie, je les aime. Je ne publie pas pour faire plaisir à telle personnalité « qui compte » et dont je pourrais escompter quelque service, quelque renvoi d’ascenseur. Je n’ai pas les moyens de faire ce type « d’investissements » !

Quels sont les grands problèmes qui vous semblent revêtir une importance en ce moment ?
La France est malade, car l’origine de sa population change (d’aucuns disent que les Français « autochtones » seront minoritaires d’ici trois à quatre décennies), ce qui entraîne la destruction de « l’esprit français » dont les deux socles sont Rabelais le paillard (à bas le vin et la bonne bouffe !) et Voltaire (touche pas à Mahomet ! Vive la burka et les piscines réservées aux femmes ! – Eh, les féministes ! Réveillez-vous ! Vous mettez la Cause des Femmes à la poubelle !).
Les autorités, malgré leurs rodomontades se couchent à la moindre protestation. De haut en bas, des ministres aux instits : il faut comprendre les « sauvageons » (qui sont en fait des barbares, n’est-ce pas Fofana ?), alors que la discipline serait à rétablir.
Après le changement de population (qui est une épuration ethnique à l’envers) et le manque de discipline, le troisième problème est le règne de la compassion. Au moindre accident de bagnole un peu meurtrier, le ministre se croit obligé de s’y rendre et d’entourer les familles endeuillées, le tout enveloppé dans les incontournables cellules psychologiques. Est-ce qu’elles étaient présentes auprès des proches des 1 500 000 poilus morts au champ d’honneur entre 1914 et 1918 ? Il est vrai que la France était alors une Nation, une communauté qui avait envie de vivre en commun, sans double allégeance, avec des racines et sans fantasmes de globalisation. La compassion généralisée dissout la volonté, l’esprit de lutte et conduit aux pleurnicheries.

Ne manque-t-il pas un grand polémiste ?

Effectivement, nos penseurs sont émasculés, soucieux non de penser, mais de bien penser. Si l’un veut se tenir debout en énonçant ce qu’il croit, il est attaqué, vilipendé, marginalisé, voire ridiculisé par le front des conformistes. On ne lui donne plus la parole. Malgré son talent, son originalité. J’ai en tête deux de mes compatriotes bretons : François Brigneau et Jean-Edern Hallier.

(Photo David Raynal )

Une réponse à l'article : Entretien avec Jean Picollec, éditeur

  1. HansImSchnoggeLoch

    01/10/2009

    Commentaires de bon sens de Jean Picollec et une bonne bouffée d’oygène lâchée dans l’atmosphère délétaire de la langue de bois. 

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