La rue arabe et la Fin des Temps

Posté le février 11, 2011, 12:00
8 mins

Nous en aura-t-on parlé de la rue arabe, depuis Nostradamus (car « par la discorde négligence gauloise serait passage… à Mahomet offert ! ») ! Et de sa violence, et de sa perfidie, et son imprévisibilité, et de son ingouvernabilité… Elle devait libérer les terroristes, et répandre sur le monde la terreur islamiste, et menacer l’occident, et envoyer cent millions d’immigrés supplémentaires, et générer avec les chars russes toutes sortes de désastres apocalyptiques…

Et pourtant je la trouve très tranquille et très post-apocalyptique, la rue arabe. D’abord elle arrive sans violence.

Sans violence, c’est-à-dire sans les trois millions de morts de la révolution française et de son impérialisme subséquent ; sans violence, c’est-à-dire sans les millions de mort des révolutions fascistes et nationalistes (qui se présentaient comme telles, n’est-ce pas, alors ne leur boudons pas ce plaisir) ; sans violence enfin, c’est-à-dire sans les cent millions de morts du communisme et des révolutions des paupérismes. En Egypte, on vit avec 63 euros par mois, ce qui est difficile à l’époque de la mondialisation, mais on s’en satisfait et alors on ne tue personne, en tout cas pas par paquets de millions. Cela témoigne d’une certaine fin de l’histoire, celle de ce sacré Fukuyama, jamais démenti par les faits, et surtout pas par les attentats du 11 septembre 2001. Philippe Muray n’avait-il pas prévu que nous gagnerions la guerre du choc des civilisations parce que nous étions plus morts qu’eux (les islamistes)…

Ensuite elle arrive sans discours, cette révolution de la rue arabe.

Sans discours, c’est-à-dire sans Voltaire, sans Rousseau, sans Marx, sans Spengler, sans Jünger, sans un penseur arabe, sans un soufi, sans un sous-fifre, sans Martin Luther King, sans même Madonna, mais vraiment sans personne. Le New York Times, journal le plus drôle du monde, s’en émerveille. De ce point de vue, elle est à la hauteur de la situation, la rue arabe : on n’évoque personne, on ne cite personne, on n’enfonce personne, on ne rêve de rien. On se réunit avec les mêmes potes analphabètes de Facebook et on va dire devant les télés et les réseaux sociaux du monde entier que l’on en a assez du tyran équipé, armé et financé par les démocraties occidentales. Sacrées bonnes vieilles démocraties occidentales ! En ont-elles de la chance (parce que vivre avec 1000 euros à Paris ce n’est pas mieux que de vivre avec 63 euros mensuels au Caire, surtout avec ce que Trichet en a fait, de l’euro…), ces démocraties occidentales, parce que personne ne songe à se révolter contre leur tyrannie si molle, celle déjà dénoncée par Tocqueville, Nietzsche ou même Lamennais… Nous mourrons de faim plutôt que de nous battre.

Une révolution sans idée, c’est tout de même une nouveauté. C’est aussi une révolution sans chef ou sans leader charismatique. Lassé d’attendre le choix de Facebook, l’occident, ou ce qui parle pour – ou par – lui, a désigné un ingénieur nucléaire, qui ne démissionna même pas lorsqu’il fut avéré que les récits de l’administration Bush sur les armes de destruction massive irakienne étaient une infamie. Le peuple n’en veut pas, sans doute parce qu’il n’a pas vu la télé américaine. Télé américaine omniprésente dans les condominiums de luxe de la banlieue interminable du Caire, où se logent toutes sortes d’élites mondialisées et conspirant contre le futur de l’humanité, souvent à leur insu d’ailleurs. Le genre d’élites postmodernes aussi imbéciles que le chien Rantanplan gardien des Dalton et qui sent confusément quelque chose au moment où il est déjà trop tard.

Je rends donc hommage à la rue arabe ; parce qu’elle n’est pas du tout féministe tout en plaisant aux démocrates de tout poil et de toute antenne ; parce qu’elle n’a rien à proposer ; parce qu’elle veut sortir les sortants ; parce qu’elle ne veut pas de la démocratie non plus ; parce qu’elle n’a pas encore demandé aux chinois de gérer l’Egypte ; parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut ; parce qu’en ces temps déniaisés de posthistoire, personne n’est censé savoir ce qu’il veut, à moins d’être diablement mal connecté ; parce qu’elle n’en veut même pas à Israël ou à l’Amérique ; je rends hommage à cette rue arabe, parce qu’elle reflète parfaitement, éthiquement, esthétiquement, ces temps de nullité post-apocalyptique. Et je propose d’augmenter le salaire minimum égyptien, tunisien ou yéménite : la Fed et la BCE imprimeront du faux billet, comme toujours. Après tout, le prix du blé augmente. Alimentaire, mon cher Watson…

2 réponses à l'article : La rue arabe et la Fin des Temps

  1. derradj

    09/03/2011

    Je pense que c’est un complot ou conspiration étant donné comment c’est peuples ont réagit et de l’effet domino  , l’emprise dominante pour une démocratie est une  préparation pour la mondialisation ,vous savez très bien  ,je suis contre comme l’union européenne donc contre   un gouvernement mondial ,tous ceci est en préparation pour l’arrivée de l’antéchrist et de son gouvernement (complot)

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  2. Hannibal de Cartage

    21/02/2011

    C’ est la fin du monde arabe !

    L’ Afrique du Nord, va enfin pouvoir renouer avec ses racines Berbères.

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