La Russie fait chanter l’Europe sur l’énergie

Posté le 31 janvier , 2007, 12:00
8 mins

Sotchi (sud de la Russie), dimanche 21 janvier : deux semaines après la crise politico-commerciale entre la Russie et le Bélarus voisin, Angela Merkel demande à Vladimir Poutine plus de fiabilité dans les fournitures d’énergie à l’Europe. Pour cause : Moscou avait interrompu pendant 48 heures ses livraisons de pétrole brut au Bélarus. Donc à l’Europe, alimentée par l’oléoduc Droujba (12,5 % de ses importations pétrolières), qui passe par ce pays.

Un différend opposait Vladimir Poutine à Alexandre Loukachenko, le président bélarusse. Il y a un an, celui-là avait aidé à la réélection de celui-ci. En retour, il en attendait de la docilité. Au lieu de quoi, Loukachenko proposa une fusion avec la Russie conditionnée par l’obtention d’une présidence tournante tous les deux ans. Inacceptable ! Le 13 décembre, Moscou imposa une taxe de 180 dollars la tonne sur les exportations de pétrole au Bélarus – seul partenaire jusque-là épargné – et un doublement du prix de ses livraisons de gaz. Le Bélarus répondit par une taxe de 45 dollars sur chaque tonne de pétrole russe transitant par son territoire. Moscou refusa de s’acquitter de cette taxe et menaça le Bélarus de représailles commerciales. Minsk finit par obtempérer…

Ce n’est pas la première fois que l’Europe subit le contrecoup énergétique des querelles entre la Russie et ses voisins. Il y a un an, un différend l’avait opposée à l’Ukraine, qui refusait une réévaluation des prix du gaz russe. Moscou avait coupé ses livraisons à ce pays, et aussi à l’Europe, alimentée par le même gazoduc.

Dans chacune des deux crises – ukrainienne et bélarusse – Poutine fit d’une pierre deux coups : en visant un voisin, il atteignit l’Europe. Il veut restaurer les prérogatives impériales de la Russie, dont l’Union européenne dépend pour le quart de ses besoins.

L’arme du gaz permet au Kremlin de régler ses comptes avec une Europe qui l’a toisé de haut depuis la fin des années quatre-vingt, par exemple en l’excluant du règlement du conflit du Kosovo. Et Poutine veut inciter l’Europe à modérer sa politique d’intégration des satellites de l’ex-URSS.

La hausse du cours de l’énergie assure à la Russie une croissance économique de près de 7 % par an. Plus riche que jamais, le géant Gazprom investit l’Europe. En Allemagne, il détient déjà 15 % du marché de la distribution. Il vient de s’allier à l’ENI, la grande société italienne d’hydrocarbures. En Grande-Bretagne, il a un portefeuille de mille clients industriels. En France, il a signé un accord avec GDF garantissant à cette dernière la sécurité de ses approvisionnements jusqu’en 2030, en échange de l’accès direct à son marché.

C’est à sens unique. La Russie a refusé de signer la charte de l’énergie destinée à garantir la réciprocité de l’accès aux marchés. En outre, elle ne joue pas le jeu du libéralisme pour l’accès à l’exploitation des gisements. Le Kremlin a refusé aux compagnies occidentales la permission d’exploiter le gaz de la mer de Barents, et chassé la compagnie anglo-néerlandaise Shell du gigantesque projet de Sakhaline, dans l’Extrême-Orient russe, géré pour moitié par Gazprom.

Pour se passer des Russes, les Européens et les Américains envisagent l’installation d’un gazoduc de 3 400 km reliant l’Asie centrale à l’Europe par l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie, la Roumanie, la Hongrie. Mais le Kremlin fait pression sur la Hongrie pour qu’elle se retire du projet, et prépare un réseau concurrent passant par le sud de la Russie.

Certes, la Russie n’a pas le monopole de l’énergie : les deux tiers des réserves mondiales prouvées de pétrole et de gaz sont au Moyen-Orient. Mais les troubles liés à la montée de l’intégrisme islamiste rendront de plus en plus précaire cette source d’approvisionnement.

La Russie cherche à nouer des alliances énergétiques avec le monde musulman, pour prendre en tenaille l’Europe et l’Occident : Gazprom essaie de cartelliser la production d’hydrocarbures de pays d’Asie centrale et de l’Algérie.

L’Europe dépend de la Russie et du monde musulman, pour ses approvisionnements énergétiques. Les États-Unis aussi. Mais avec une différence : leurs forces armées leur permettant de sécuriser leurs approvisionnements. L’Europe, non. Reste le nucléaire. En France, il fournit 78 % de l’électricité consommée. Mais il se heurte, dans la plupart des pays européens, à une forte opposition écologiste. Les énergies alternatives – panneaux solaires, éoliennes, biocarburants, hydrogène, voitures électriques – ne supplanteront pas les hydrocarbures avant longtemps. L’avenir énergétique européen est sombre…

Recommander cet article sur les sites de syndication d’information :

4 Commentaires sur : La Russie fait chanter l’Europe sur l’énergie

  1. Jean-Claude THIALET

    2 février 2007

    02/01/07    – 4V –

    Il y a beaucoup d’angélisme dans le "papier" de Laurent Arthur du PLESSIS. Et pas seulement quand il donne l’impression de s’étonner que Vladimir POUTINE ait refusé la proposition du président biélorusse, Alexandre LOUKACHENKO, de fusionner son pays avec la Russie à la condition d’obtenir une "présidence tournante" tous les deux ans avec son homologue russe. Ce qui, en russe comme en français, me paraît vouloir le beurre (le pétrole et le gaz, en l’occurrence) et l’argent du beurre (le pouvoir).

    Je devine la tête de CHIRAC II si d’aventure le prince ALBERT de MONACO lui porposait de fusionner la Principauté avec la France, et de prendre la place de son successeur tous les deux ans ! Et encore les Français pourraient-ils y gagner de n’être plus imposés sur leurs revenus !

    Mais redevenons sérieux. Dans la vie des nations, comme dans celle des individus, c’est une loi de la Nature que de se défendre avec les armes que la Nature a données. Qui a la naïveté de reprocher à la RUSSIE qui n’est pas encore sortie du marasme économico-social dans lequel l’ont plongée des dizaines d’années de communisme, de vouloir reprendre pied dans le concert des nations en se servant de ses richesses naturelles ? Les mêmes qui trouvent qu’il est naturel que l’ARABIE SEOUDITE, le KOWEIT, etc. – pays qui seraient des nains tant au plan économique que culturel ou économique sans leur pétro-dollars –  pèsent de tout leur poids sur l’économie des ETATS-UNIS en particulier, mais aussi de l’OCCIDENT, du JAPON ou de la CHINE ?

    A qui la faute si Vladimir POUTINE est obligé de peser sur les approvisionnements de l’UNION EUROPEENNE en pétrole ou en gaz, faute d’avoir été admis naturellement dans la "cour des grands", en raison par exemple de la situation de la RUSSIE en EUROPE, du poids de sa population et de l’Histoire ? Ne serait-ce pas parce que les dirigeants européens, particulièrement CHIRAC II qui n’en rate pas une pour donner des leçons, snobent le président russe, quand ils n’affichent pas pour lui un certain mépris ?  Et quand on voit les deux prétendus "principaux candidats" à la Présidence de la République française ignorer ce grand pays, il ne faut pas espérer voir la situation évoluer. L’une a préféré aller se montrer en CHINE (dans une tenue blanche, couleur du deuil pour les Chinois !), pour vanter la justice (pour le moins expéditive !)  et le travail d’un pays qui  nous envahit de produits fabriqués à bon marché par une main d’oeuvre sous payée qui ruinent nos entreprises et nos salariés. L’autre, après avoir critiqué la politique irakienne de son "patron naturel",  est allé demander l’aman aux dirigeants états-uniens qui entendent dicter leur loi à l’UNION EUROPEENNE.

    Ce serait à l’honneur du futur président de la République d’avoir le courage de tendre la main à son homologue russe. Mais je pense qu’il ne faudra compter ni sur Marie-Ségolène ROYAL ni sur Nicolas SARKÖZY.

       Cordialement, Jean-Claude THIALET

    Répondre
  2. SAS

    31 janvier 2007

    a FLORIN….JE TE DECONSEILLE…..ILS NE NOUS AIMENT PAS…..et la doctrine officiel les en convainct.

    sas

    Répondre
  3. Joel

    31 janvier 2007

    Mais enfin, l’Europe ne manque pas UNE occasion pour critiquer la Russie! Par exemple l’Angleterre qui accorde l’asile a des terroristes tchetchenes (le dernier en date est Zakhaiev) et a ceux qui les financent ou les ont finance, tel Berezovski; ou encore la France qui accorde l’asile politique a un russe ayant ete condamne pour l’assassinat d’un gouverneur russe; ou encore les pays baltes qui, au nom d’un anti-sovietisme depasse laissent parader les ex-SS a Riga (D’ailleurs etrangement, sur ce coup la, ou sont les assoc antinazies europeennes?), etc etc.

    Il est vrai que les dits gouvernements, voyant la popularite de Poutine apres 7 ans de pouvoir, doivent avoir des aigreurs, eux qui ne sont elus qu’avec 20 a 25% des voix de leurs concitoyens…

    La presse europeenne ne se gene pas non plus pour tirer a boulets rouges sur la Russie. Je ne parle meme pas du torchon "liberation", dont les diatribes de lorraine millot font rire meme les russes les plus "anti-Poutine". Tout est bon pour critiquer le regime actuel, oubliant bien vite les 6 a 10% de croissance annuelle depuis 7 ans…

    Bref! Pour quelle raison la Russie ferait-elle un cadeau a l’Europe, en lui donnant de nouvelles "garanties" sur son approvisionnement en gaz et petrole?

    Chacun utilise les armes dont il dispose pour faire valoir ses interets: Les USA utilisent leur puissance militaire pour tenter d’assurer son approvisionnement en energie au Moyen Orient, eh bien la Russie utilise sa puissance energetique pour faire valoir ses points de vue!

    Et au lieu de pleurnicher quand la pression baisse dans les gazoducs, les gouvernements europeens feraient mieux de se montrer plus conciliants avec la Russie! Le ton condescendant employe depuis des annees, les lecons de democratie doctement donnees par la ripoublique francaise, etc etc, nous (je parle la des russes!) n’en avons vraiment pas besoin!

    La LIBERTE est un droit. Vous europeens etes LIBRES de denigrer, critiquer la Russie, fusse meme a tort. C’est votre droit. Mais ne vous etonnez pas du retour de manivelle, sur un terrain ou "ca fait mal": Nous sommes LIBRES de vendre ou de ne pas vendre nos produits, et de fixer nos prix! Quand vous voyez un saucisson pur porc (S’il en reste, en france musulmane…) dans un supermarche, si le prix est trop eleve, vous ne l’achetez pas. Eh bien pour le gaz et le petrole, c’est idem!

    Mais apres tout, vous etes LIBRE d’acheter aux algeriens, apres tout ils vous colonisent petit a petit et vous semblez aimer ca…

    J.

    Répondre
  4. Florin

    31 janvier 2007

    "L’avenir énérgetique européen est sombre …"

    Tiens donc, première nouvelle !!! Le monde developpé dispose de la seule énergie propre qui existe en quantité suffisante : l’énergie nucléaire. Quand ces connards verts se tairont-ils ? promouvoir "autre chose" à la place du nucléaire signifie en fait cramer du charbon et augmenter les gaz à effet de serre – on en voit déjà les résultats.  Ou alors, recourir à l’importation – ce qui ne fait que déplacer le problème.

    Ah certes : il y a une troisième voie : partir aux Antilles et vivre de l’air du temps …

    Répondre

Répondre

  • (pas publié)