Lady Gaga, Satan et la chute de la cotisation de l’âme

Posté le septembre 21, 2012, 12:00
13 mins

Entrent les diables qui donnent des couronnes et un bel apparat à Faust. Ils dansent et ils partent.

La provocation satanique de la culture contemporaine ne connaît plus de limites. Plus rien ne lui résiste, le christianisme est débordé quand il n’est pas recyclé, c’est le tsunami d’insanités en continuité. Même le bon vieux Satan est dépassé par les progrès de la modernité !

J’ai appris son nom, que je n’oserais réécrire, il ya quelques années, à la télévision que je regardais avec révulsion. S’est ensuivie une interview infecte avec tous les poncifs politiquement corrects de l’époque. La nullité du temps, sa médiocrité, son humanisme de drugstore, son hypocrisie humanitaire n’ont plus de limites : on le voit en Libye et en Syrie. Je n’ai pas prêté trop attention au reste. Et j’ai eu tort.

Le reste, c’est le spectacle, le reste c’est le showbiz, c’est la chorégraphie et tout le défilé mercuriel, toute la bacchanale. Je n’en avais rien vu mais cette fois je me suis lancé dans l’aventure. J’ai vu donc les clips vidéo de Judas, de Born this way, de Mauvaise romance, de Poker face, de presque tout.

La première chose qui m’a choqué, c’est l’emprunt à Hitchcock. On s’est inspiré du plus dangereux film (et de la musique de Bernard Hermann) du mage noir anglais, à savoir Vertigo, ou Sueurs froides. Le thème est d’ailleurs fascinant. On se rappellera que la plupart des films d’Hitchcock tournent autour de la magie noire et de l’espionnage c’est à-dire du pouvoir invisible et des forces obscures (je le dis après avoir longtemps hésité sur Hitchcock mais j’avais tort). Voyez donc Vertigo et pensez donc qu’il s’agit d’un film sur les mésaventures d’une esclave sexuelle, d’un film sur la programmation mentale dont on parle tant, et d’un film sur la nécromancie, puisque le pauvre James Stewart essaie de faire revivre une morte. Truffaut disait que Hitchcock avait fait un film sur la mise en scène (un metteur en scène obsédé par un personnage et une actrice), il aurait mieux fait, l’auteur de la Chambre verte, de voir là un film sur la nécromancie.

Après l’hommage au film-culte (tous les films culte sont en réalité des films sataniques), le clip de l’autre, celui de Born this Way, commence. Il est indescriptible. On y trouve la licorne, le bouc, le triangle rose des nazis (toujours omniprésent dans la culture satanique contemporaine, car ils en sont la source, voir Galliano, Bowie, Lars Von Trier), l’hommage au Baphomet et au bouc (le GOAT, acronyme d’un territoire aliéné et consacré au démon), les danses sidérales, les zombies, l’horreur de la naissance artificielle et programmée par les ordinateurs et les parents mort-nés, la gesticulation primale, l’agressivité sexy chorégraphiée et prête pour de nouveaux massacres de rue.

Pour comprendre cette culture de masse festive et luciférienne, analyser ses images, il n’est pas besoin de recourir à des docteurs en nouveautés. Tout est recyclé, comme toujours, des vieux grimoires lucifériens. En relisant le Faust de Marlowe (le pauvre fut assassiné), je lis les allusions, aux lignes, aux cercles, aux incantations, aux mantras. Je vois les diables qui dansent autour du prince des ténèbres comme la faune plurielle et mono-sexuelle de l’autre. L’obsession de l’androgyne est liée à Méphistophélès et aux pouvoirs occultes, pensez à Klingsor, à Eliade, à la mutilation magique. Le reste est affaire de pentagrammes, d’anneaux, de crânes rasés et de tatouages, tout est déjà là dans les classiques du genre. La fabrication in vitro des monstres à venir est déjà une vieille histoire au pays de Frankenstein, pas vrai ? Les masques omniprésents chez Rihanna ou la susnommée sont aussi des éléments importants dans la peinture de vanités de l’époque baroque, avec les crânes (pensez aux skulls&bones), les fantômes et les spectres shakespeariens, le goût pour les mafieux, les amoncèlements de corps dénudés, tatoués et confus. On en oublie la musique qui est d’ailleurs désastreuse.

Le fil conducteur est toujours le même maintenant : le crime paie, la vente de l’âme paie, l’alter de Mrs Hyde est le meilleur.Ici on n’est ni dans Faust ni dans Don Juan. Le crime paie, il faut renaître dans le trans-humain, il faut prendre le train de la mort pour devenir riche, célèbre et défoncé, pour renaître au bonheur promis par les Illuminati, c’est-à-dire par toutes multinationales de la musique, de l’image, de la guerre, de cosmétologie et du conditionnement mental (l’humanitaire entre autres) qui ont pris le contrôle de la planète depuis, mettons, Clinton et sa clique : tout était décrit dans le maître-essai de son ministre Robert Reich, spécialiste des manipulateurs de symboles et du quatrième Reich, c’est le cas de le dire. Pour comprendre le lien entre la création, Satan, la cosmétique (nous sommes recouverts par la pub L’Oréal, Garnier, Sassoon, Lauder, etc.) et le spectacle, on ne relira jamais assez le Maître et Marguerite de Boulgakov, qui avait inspiré la célèbre chanson « sympathie pour le diable » du vieux débris maçonnique Mick Jagger.

Il y a quinze ans, j’avais écrit un livre sur la damnation des stars qui montrait à quel point la punition était dure pour elles : pensez aux rockers morts, aux dépressions, à la drogue, à Marilyn, à Martine Carol. La danse de Saint-Guy avait son prix sans que l’on ait besoin de recourir aux inquisiteurs… Ces temps sont morts : on est ici en face d’une montée en pression du démoniaque, et le public comme les élites collaborent main dans la main. Car le public en redemande, et le public ne se rend pas compte. Le prix de l’âme a chuté comme celui de l’immobilier en cette Fin des Temps. J’ai compté 500 millions de connexions pour un de ses clips, Bad romance, je crois. Cela veut dire qu’un demi- milliard d’individus absorbent cette mixture sans se rendre compte de rien, quel que soit leur âge. Car je doute que l’on regarde cette engeance imagière dans un but bien critique. Ce qui caractérise la foule, c’est bien son inertie, surtout à notre époque. Et quand elle n’est pas inerte, la foule, elle se fait enjouée.

Le très bon site vigilantcitizen.com tente d’analyser les horreurs filmées et célébrées par un milliard de cons. Il a bien sûr du mal, car il y a beaucoup de mauvaises volontés en face, technologiques, chorégraphiques, graphiques, subliminales et psychologiques bien liguées, dirait Céline.

Je ne pense pas revoir un de ces clips. Ils sont trop terribles et ont fait prendre un sacré coup de vieux aux petits vérolés des Rolling Stones, qui font penser aux Compagnons de la chanson à côté de nos nouvelles stars. Mais d’une manière marrante, je me sens à même de parler de cette folie satanique avec en main des éléments comme le chef d’œuvre de Marlowe ou les meilleures caricatures du génial Hogarth, qui avait compris au début du XVIIIème siècle à quel niveau pouvait tomber une humanité déchristianisée et d’ailleurs déjà saoulée au gin. Voyez The rake’s progress, par exemple.

Pour la conclusion, on se contentera de citer le docteur Marlowe :

  • Comment se fait-il que tu sois hors de l’enfer ?

  • Mais c’est ici l’enfer, je n’en suis pas sorti.

Le reste n’a qu’à essayer de monter au ciel. Je me demande combien cela fera de connexions, la chanson sur le ciel, sur youtube.

2 réponses à l'article : Lady Gaga, Satan et la chute de la cotisation de l’âme

  1. Jean D

    26/09/2012

    Même si je ne suis pas loin de vous suivre dans votre constat, je pense que le démon n’est pas nécessairement dans ce tapage médiatique du star système. Il se glisse plus insidieusement dans chacune de nos pensées, dans des petits détails de notre vie quotidienne et nous devons demander dans nos prières d’avoir ce que Saint Paul nomme le discernement des esprits. Je ne crois pas au délire qui consiste à voir des conspirations partout: Franc maçon, illuminati….. Il est préférable de voir le malin en nous plutôt que de le voir partout et surtout dans ce qui paraît le plus grotesque…

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  2. quinctius cincinnatus

    22/09/2012

    la présence permanente  d’un exorciste à Hollywood est indispensable et pour tout dire serait même salutaire pour la culture occidentale   …  je l’ai toujours affirmé d’une voix aussi haute qu’elle était forte …  dans le désert !

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