Laurent Dandrieu : Woody Allen, portrait d’un antimoderne

Posté le juillet 12, 2010, 12:00
8 mins

Laurent Dandrieu vient de consacrer aux éditions CNRS un très beau livre à Woody Allen, « portrait d’un antimoderne ». Les 4 Vérités l’ont rencontré.

Pourquoi avoir choisi de consacrer une biographie à Woody Allen ?

Laurent Dandrieu

Laurent Dandrieu : Je suis tombé dans la marmite Woody Allen quand j’étais petit. Ses films faisaient partie de la culture familiale chez les Dandrieu. Nous les voyions et nous en discutions en famille.

Par ailleurs, j’ai le sentiment qu’il existe beaucoup de malentendus autour de cette œuvre. Les bobos de gauche, cibles de la satire de Woody Allen, minimisent cette dimension satirique, que le public de droite perçoit mal lui aussi, ce qui le conduit à assimiler cet auteur au milieu intello de gauche bavard et psychanalysé dont il se moque dans ses films. Le propos de Woody Allen est donc très largement méconnu, mal compris et mal interprété.

Une troisième raison m’a poussé à écrire cette biographie : à l’inverse des autres réalisateurs que j’aime, comme Clint Eastwood, John Ford, Alfred Hitchkock, Woody Allen est l’auteur de l’intégralité de son œuvre : il écrit lui-même les dialogues de ses films, de la première à la dernière ligne. Quand on regarde ses 42 – et bientôt 44 – films à la queue leu-leu, on s’aperçoit qu’il s’en dégage une cohérence.

Vous opposez Woody Allen aux bobos de gauche, mais il a lui-même adopté leur style de vie – assez discutable… Comment l’expliquez-vous ?

C’est en effet l’une des sources du malentendu que j’évoquais précédemment. Dans mon livre, je me suis surtout intéressé à ce que dit Woody Allen à travers son oeuvre, et beaucoup moins à sa biographie proprement dite. Après tout, si son mode de vie est en décalage avec son œuvre, c’est son problème. Qui est-il ? Un petit gamin pauvre de Brooklyn, qui est parvenu à pénétrer au sein de la bonne société new-yorkaise grâce à son travail et à son talent. Il a épousé ce milieu, ne serait-ce que parce qu’il lui procure des conditions de vie plus confortables ; mais il reste en décalage et il en épingle les ridicules. Comme je l’écris dans mon livre, c’est un espion du populo chez les bobos. Certes, sa vie personnelle n’est pas reluisante et adopte bien des travers moqués dans ses films ; mais cela témoigne de la difficulté d’avoir une vie droite et équilibrée au sein d’une société qui fait tout pour vous en détourner.

Dans Manhattan, Woody Allen place dans la bouche d’un de ses personnage cette phrase qu’il a par la suite reprise à son compte dans une interview : « Je suis contre les relations extraconjugales. Je crois que les gens doivent s’accoupler pour la vie, comme les pigeons et les catholiques. » Je crois que cela correspond pour lui à un idéal, même s’il lui paraît impossible à atteindre dans une société comme la nôtre, en raison de la faiblesse de caractère des personnes. Ce n’est pas parce que Woody Allen dépeint dans ses films des personnages adultères qu’il juge leur mode de vie recommandable.

A quoi tient son rejet viscéral de la religion ?

Quand il parle de Dieu ; il se montre plutôt agnostique qu’athée. Ayant grandi dans une famille très religieuse, il a été très influencé par le judaïsme et garde une grande familiarité avec la culture religieuse juive, sans se départir d’une certaine ironie. Le monde qu’il décrit est en butte au silence ou à l’absence de Dieu, mais il ressent ce silence et cette absence comme une catastrophe, qui laisse l’homme moderne à lui-même, paumé et sans repère au sein d’une société sans morale.

Il est perpétuellement déchiré, car la vie que tout un chacun mène dans le monde moderne ne lui paraît pas satisfaisante et il essaie de trouver un échappatoire à contre-courant. Il en va de même avec la psychanalyse : il s’est fait suivre pendant trente ans et pourtant il écrit des dialogues d’une virulence inouïe contre les psychanalystes, auxquels il reproche d’être des imposteurs qui poussent les gens sur leur pente la plus individualiste et les empêchent d’avoir des comportements ouverts aux autres.

C’est ce déchirement qui rend Woody Allen à la fois intéressant et attachant.

Propos recueillis par Pierre Vautrin

Laurent Dandrieu
Woody Allen, portrait d’un antimoderne,
CNRS éditions,
304 pages, 20 €.

(+ 5,50 e de port) 4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19
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Une réponse à l'article : Laurent Dandrieu : Woody Allen, portrait d’un antimoderne

  1. cmoi

    10/07/2012

     Woody Allen ce n’est que du Cinoche trash et il  n’ est pas nécessaire développer quoique ce soit  il est le symbole même d’une civilisation déclinante  – J’irais  faire un tour à Gerbeville  cela me soulagera …!

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