Yves Debay, Adieu l’ami !

Posté le janvier 22, 2013, 4:02
6 mins

« Le devoir d’un correspondant de guerre, c’est d’être en première ligne », proclamait Yves Debay, le « Wildcat » (un « Wildcat » en langage miliaire, c’est un électron libre de la presse d’information, un journaliste non incorporé à une unité régulière, donc un élément incontrôlé. Autant dire dangereux…).

Il a mis sa peau au bout de ses idées. Yves Debay est mort dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 janvier, tué à Alep par un sniper syrien.(voir ci-dessous le communiqué mis en ligne par Jean-Dominique Merchet sur son blog de Marianne).

Le plus bel hommage que je puisse rendre à celui qui, plus qu’un auteur, était un ami, c’est de rendre son livre, qui était quasi épuisé, à nouveau disponible pour toutes celles et ceux qui voudront en savoir plus sur ce « journaliste d’honneur et de convictions ».

Nous informerons nos lecteurs de l’avancement du retirage d’urgence que nous préparons.

Jean-Pierre Turbergue

Signalons au passage qu’un faux-(con)frère d’Yves Debay, piqué au vif par la franchise de cet authentique héros (et héraut) de la liberté de la presse, n’avait pas hésité à l’attaquer en diffamation pour avoir mis en cause son rôle réel en Afghanistan. C’est le tribunal de l’Histoire qui est désormais saisi. Sa justice est plus éclairée que celle des hommes et l’on connaît déjà son verdict…

Extrait du blog Secret Défense de Jean-Dominique Merchet :
La mort d’Yves Debay, reporter de guerre. Il a été tué jeudi par un sniper en Syrie.

On apprend la mort d’Yves Debay, reporter de guerre et journaliste bien connu dans les milieux militaires. Selon des informations encore partielles, il aurait été tué jeudi à Alep (Syrie), non loin de l’hopital de la ville, par un tireur embusqué des forces loyalistes.

Yves Debay avait 58 ans et dirigeait le magazine Assault, qu’il avait créé en 2008, après de nombreuses années passées chez Raids.

La guerre était sa vie et il est mort à la guerre. C’est, n’en doutons pas, comme cela qu’il rêvait de finir… mais pas si vite. Yves Debay était un personnage haut en couleurs, adorable et complètement cinglé.

Né en 1954 au Congo belge, ce géant blond au visage poupin s’engage d’abord dans l’armée belge, mais la soif d’aventures le pousse à aller voir ailleurs, en rejoignant l’armée rhodésienne – l’armée du régime blanc qui combat la guerilla africaine d’inspiration marxiste. Cet engagement, à la fin des années 70, correspond à son amour de l’Afrique comme à ses idées politiques, proches de l’extrême droite. Mais par dessus tout, il aime la guerre, les soldats, l’odeur de la poudre et le goût de la bière. Il ne changera jamais.

Au milieu des années 80, il se reconvertit dans le journalisme d’abord à la Gazette des Armes puis au magazine Raids pour lequel il couvre tous les conflits. Dès qu’un coup de feu éclate quelque part, il s’y précipite ! L’Afghanistan (des Soviétiques), la guerre du Golfe, les Balkans, le Caucase, le Liban, l’Irak et bien sûr toujours son Afrique bien aimée. Lorsque qu’il n’est pas « au front », il est de toutes les manœuvres où il côtoie plus volontiers le caporal-chef que le général, avec une affection toute particulière pour la Légion. Sportif, il pratique le parachutisme, collectionnant les brevets du monde entier, et la plongée… mais aux Maldives !

Il était capable des choses les plus insensées, toujours dans un grand éclat de rire. Présenter un spectacle de marionnettes (Kermit la grenouille !) à des Moudjhadines afghans, prouver à un officier de Saddam Hussein (qui le détenait pour espionnage…) qu’il était français en imitant Louis de Funès dans Rabbi Jacob. Embrasser la terre de Grèce parce que son seul Dieu était Dyonisos. Pratiquer le baise-main dans un surplus militaire. Faire de très mauvaises blagues sur la Fraternité Totenkopf, sans qu’on parvienne à lui en vouloir tant sa gentillesse et sa générosité étaient évidentes.

Yves Debay avait connu son heure de gloire médiatique lors de l’entrée des chars américains dans Bagdad en 2003. Il y était, évidemment, et avait raconté le déboulé blindé aux médias du monde entier. Mais il s’en moquait. Sa reconnaissance, ce vieux célibataire la trouvait dans l’ambiance virile des popotes.

En 2008, il avait créé son propre magazine, Assault. S’il parvenait difficilement à joindre les deux bouts, cela lui permettait de partir couvrir les conflits – la seule chose qu’il aimait. Il s’est envolé pour la Syrie juste la veille du déclenchement des opérations françaises au Mali. Il y donc avait rendez vous, non pas avec Dyonisos, mais avec Arès, le Dieu de la Guerre. Que celui-ci prenne désormais soin de notre ami !

www.marianne.net/blogsecretdefense/

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