Décolonisation et Françafrique : deux erreurs magistrales

Décolonisation et Françafrique : deux erreurs magistrales

Après la Deuxième Guerre mondiale, en 1945, l’un des buts majeurs des États-Unis et de l’URSS fut de supprimer les empires coloniaux européens. Staline, et plus encore Roosevelt, pour des raisons opposées, s’y employèrent et ce fut, comme il était facile de le prévoir, le chaos général en Asie et en Afrique, un chaos qui s’aggrave aujourd’hui avec l’islam « libéré » en guerre contre l’Occident et la Russie.

Mais la France n’accepta pas cette décolonisation imposée. Elle fut le seul pays au monde à mener une telle politique. Pourquoi cela ? Parce que la France vaincue en 1940 croyait, et en premier lieu le général de Gaulle, que, pour retrouver un rôle de grande puissance, il fallait conserver l’empire. Ce fut une grave erreur de jugement. Il était, bien sûr, impossible d’aller contre le sens de l’histoire tracé par les deux superpuissances de l’époque, aussi funeste qu’ait été leur politique.

On m’a rappelé, à ce propos, que, lorsque le général Leclerc se rendit en Indochine, nommé en 1945 commandant en chef du corps expéditionnaire français, il fit escale à Ceylan où il fut reçu par Lord Mountbatten, le dernier vice-roi des Indes. Celui-ci lui aurait dit : « Ne vous accrochez pas à l’Indochine. C’est une cause perdue. Nous, Anglais, nous allons abandonner l’empire des Indes et nous verrons de quoi les Indiens sont capables. » On a vu, en effet. Indiens hindouistes et Pakistanais musulmans se sont entre-tués : un million de morts et ça continue plus ou moins.

Mais la France ne voulut rien entendre et ce fut Dien Bien Phu. 28 000 militaires français furent tués en Indochine par les rebelles communistes, soutenus par l’URSS et la Chine, plus 15 000 supplétifs vietnamiens de notre armée, purement et simplement massacrés. Aujour­d’hui, il ne reste à peu près rien en Indochine de la présence française.

M’étant rendu une nouvelle fois au Vietnam en 1995, je fus invité à visiter le musée de la résistance contre « l’occupant français ».

J’étais d’ailleurs, ce jour-là, le seul visiteur. Le guide me donna force explications, mais en anglais. Visitant le même jour l’intéressant musée national créé par les archéologues de l’École française d’Extrême-Orient, mon guide, une jeune Vietnamienne, ne parlait aussi qu’anglais.

Je lui dis alors en anglais que je ne comprenais pas l’anglais ; elle me répondit que l’usage de la langue française était interdit, parce que c’était la langue des « colonialistes ». Et l’américain, répliquai-je, c’est la langue de quoi ? Les Américains, me rétorqua-t-elle, ne sont pas des colonialistes et ils ont beaucoup de dollars (sic).

Désormais, en Indochine, seuls les anciens parlent encore notre langue.
C’est dire que notre politique indochinoise de l’après-guerre, avec les États associés qui ne le furent pas longtemps, fut un échec total. Mais un échec qui laisse quelques souvenirs, notamment celui d’un professeur français, militant communiste passé au Viet-minh, qui devint gardien de camp et tortionnaire des militaires français. La guerre terminée, rentré à Paris, il fut honoré par l’Éducation nationale où il fit une belle carrière ! (cf. L’Affaire Boudarel aux éditions du Rocher). On retiendra également que le roi du Laos, Savangh Vathana, francophile, pour lequel on imagina Dien Bien Phu pour le protéger et « casser du Viet », mourut de mauvais traitements dans un camp de concentration communiste, ainsi que son épouse et ses deux fils, sans que la France fasse quoi que ce soit pour le faire libérer.

C’est hélas, en effet, un trait de notre politique post-coloniale que d’abandonner les « indigènes » qui nous avaient aidés, comme les harkis en Algérie où, là aussi, la France est allée au-devant d’une défaite prévisible avec 24 614 militaires tués, des milliers de civils assassinés, des centaines de milliers de civils rapatriés en catastrophe, à l’exception de ceux qui ont été assassinés sur place.

Vieille histoire, dira-t-on. Non. En Afrique noire, la décolonisation et nos ingérences permanentes sont toujours d’actualité.
Les États d’Afrique noire ont connu depuis la décolonisation quelque 80 coups d’État. Dans ce désordre général, la France est intervenue militairement à maintes reprises, en Cote d’Ivoire, au Gabon, au Biafra, dans l’espoir de mettre la main au Nigéria sur le pétrole de la Shell, au Rwanda et au Burundi où pourtant il n’y a pas de pétrole, et en Centrafrique, État artificiel envahi par les Tchadiens et les Soudanais musulmans…

Tout cela a un nom, c’est la Françafrique, c’est-à-dire un enchevêtrement de compromissions et de corruption, alimenté par des milliards d’euros pour le développement de pays en sous-développement. D’où une émigration massive en France, le pays d’Occident le plus africanisé et qui le sera bien davantage demain.

Cette politique inacceptable s’est encore aggravée avec le « printemps arabe », inventé et véhiculé principalement par la France de Sarkozy. On mesure aujourd’hui ce qu’il en est au Sahel où notre armée est prise au piège, ainsi qu’au Proche et au Moyen-Orient et c’est beaucoup plus grave en France même où les millions de musulmans fournissent les djihadistes auteurs des attentats que l’on connaît. Pour tenter de les éviter, 10 000 hommes de notre armée sont déployés en France même. C’est ce qu’on appelle la guerre, qui se déroule sur notre sol et nous n’en sommes qu’au commencement. On l’a bien cherché.

Comment peut-on raisonnablement espérer une amélioration de cet état de fait, lorsque toute tentative sérieuse pour se défendre est combattue par des organisations subventionnées et des personnalités politiques nourries à l’impôt et souvent bouffies d’arrogance menaçante. La déchéance de la nationalité française d’immigrés binationaux, souvent Nord-Africains, djihadistes fait ainsi l’objet de discussions sans fin, alors qu’elle devrait être appliquée automatiquement. N’a-t-on pas entendu récemment à la télévision un musulman radical faire l’apologie de l’État islamique, ce qui n’a rien d’étonnant dans un pays où les imams généralement étrangers prêchent la guerre sainte dans les quelque 90 mosquées salafistes que compte la France laïque ? Comment peut-on espérer une amélioration de cette situation avec une classe politique totalement déconsidérée qui mène en toute chose une politique de démagogie électoraliste ?

Il n’en est pourtant pas ainsi partout. Je con­nais un petit pays frontalier de la France, au­thentiquement démocratique, qui a interdit la construction de mosquées avec minaret, où l’on ne vit pas dans un climat d’insécurité permanente, qui connaît le plein-emploi et une fiscalité modérée, et où le salaire minimum est de 3 500 € par mois. C’est la Suisse qui se méfie comme de la peste des idées « géniales » et socialistes de son « infaillible » voisin.

Ancien Ambassadeur de France

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(11) Commentaires

  • Robert Marchenoir Répondre

    Encore un « détail » : il n’y a pas de salaire minimum en Suisse. Mais les salaires y sont effectivement nettement plus élevés qu’en France, car la Suisse est un pays « ultra-libéral ».

    23/02/2016 à 0 h 38 min
  • Robert Marchenoir Répondre

    « Après la Deuxième Guerre mondiale, en 1945, l’un des buts majeurs des États-Unis et de l’URSS fut de supprimer les empires coloniaux européens. Staline, et plus encore Roosevelt, pour des raisons opposées, s’y employèrent et ce fut, comme il était facile de le prévoir, le chaos général en Asie et en Afrique. »

    Soyez aimable de nous diriger vers vos écrits de 1945, où vous avez, j’en suis sûr, « prévu ce chaos général », puisque c’était si facile.

    J’aimerais bien savoir d’où vous sortez que l’un des buts majeurs des Etats-Unis et de l’URSS, après 1945, a été de supprimer les empires coloniaux européens. Le but de l’URSS a surtout été de lutter contre les Etats-Unis, de subvertir les démocraties occidentales et de répandre le communisme à travers le monde. Le but des Etats-Unis a surtout été d’empêcher l’apocalypse nucléaire et l’invasion de l’Europe par l’URSS.

    C’est extraordinaire, ce nombrilisme éternel des Français, qui s’imaginent que la France est le centre du monde et que le monde entier passe son temps à comploter contre eux.

    D’une part, vous nous dites que la France faisait régner l’ordre dans ses colonies, et que depuis qu’elle est partie c’est le désordre. D’autre part, vous nous expliquez que la France exerce encore une grande influence en Afrique, et qu’il y règne le désordre et la corruption. Il faudrait savoir…

    23/02/2016 à 0 h 36 min
  • BRENUS Répondre

    @JOJO. Tu as raison : si je pouvais refaire l’histoire et te trouver portant les valises pour le fln dans un oued, je me porterais volontaire pour la « corvée de bois » a ton sujet. Les traitres à leur peuple doivent dégager.

    11/02/2016 à 20 h 09 min
    • Jaures Répondre

      « Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né » ?

      12/02/2016 à 17 h 30 min
  • BRENUS Répondre

    J’ai participé , sans enthousiasme, à ce que l’on appelait pas alors la « guerre d’algerie ». J’ai vu le rejet majoritaire de la France par les algériens, dénonçant la « colonisation » même dans des bleds pourris de kabylie où les seuls français sur place étaient l’instituteur et parfois le médecin.entretenus par les finances françaises et non locales. Ce qui ne les a pas mis à l’abri des massacres. Aussi ai je toujours pensé que nous n’avions rien à foutre qu’a perdre nos forces, nos vies et notre argent la-bas. Je considérait donc que de Gaulle avait bien raison de larguer les amarres. Mais pas de cette façon honteuse, alors que notre armée avait mis à bàs les fellouzes. Nous pouvions nous retirer par secteurs, emmenant avec nous les fidèles, les pieds noirs et ne lachant les morceaux de terriitoires que vidés des notres (français et algériens fidèles). Nous aurions pu, par la même occasion, remettre le pays dans l’état ou nous l’avions trouvé puisque notre gestion a été qualifiée de mauvaise. Dans les secteurs sous controle, avant dégagement : loi martiale appuyée et expédition des emmerdeurs dans l’autre camp. Il nous appartenait de protéger, guider les fidèles, les installer correctement en France avec obligation de « francisation » à haute dose, quitte à nous payer en contre partie sur les avoirs des sympathisant FLN de France (cocos locaux y compris). De Gaulle a totalement failli sur ce point, s’abaissant à traiter avec des tueurs que l’armée avec mis a terre. Pour rien.

    09/02/2016 à 18 h 28 min
    • Jaures Répondre

      Ah ! Si on pouvait refaire l’Histoire !

      09/02/2016 à 19 h 22 min
    • Raspoutine Répondre

      [email protected] Jusqu’à moins d’un an avnt l’Indépendance forcée octroyée par De Gaulle, les Algériens étaient majoritaire
      pour une Algérie Française. Mais compte tenu du mépris manifesté par De Gaulle, les citoyens de nos départements du Maghreb, paniqués, ont retourné la veste. Voilà la vérité !

      10/02/2016 à 18 h 32 min
  • Goetz von Berlichingen Répondre

    Il n’est pas bon de vivre dans « le déni des réalités ».
    Or la France vit dans ce « déni des réalités depuis 1789 et l’illusion de l’universalisme libertaire, égalitaire et fraternel, et ensuite 1945, et l’illusion gaulliste où la France serait sortie victorieuse de la mise à mort de l’Europe par les américains et les communistes russes !
    Celui qui vit dans les rêves se réveille douloureusement quand il se cogne aux dures réalités.

    09/02/2016 à 16 h 57 min
  • Oxydent75 Répondre

    @Jaurès
    Relisez bien :
    //… D’où une émigration massive en France, le pays d’Occident le plus africanisé et qui le sera bien davantage demain…
    …et c’est beaucoup plus grave en France même où les millions de musulmans fournissent les djihadistes auteurs des attentats que l’on connaît. Pour tenter de les éviter, 10 000 hommes de notre armée sont déployés en France même. C’est ce qu’on appelle la guerre, qui se déroule sur notre sol et nous n’en sommes qu’au commencement…
    …N’a-t-on pas entendu récemment à la télévision un musulman radical faire l’apologie de l’État islamique, ce qui n’a rien d’étonnant dans un pays où les imams généralement étrangers prêchent la guerre sainte dans les quelque 90 mosquées salafistes que compte la France laïque ? Comment peut-on espérer une amélioration de cette situation avec une classe politique totalement déconsidérée qui mène en toute chose une politique de démagogie électoraliste ?…/
    /
    Le problème que NOUS, Français, rencontrons est bien réel, même si votre angélisme douteux d’immigrationniste fanatique tente de le dissimuler en se référant à la Guerre de Sécession, à 14/18, à l’Asie, au Japon et pourquoi pas à la Guerre des Gaules.

    09/02/2016 à 11 h 14 min
    • Jaures Répondre

      Oxydent, je fais référence aux Etats-Unis et à l’Asie comme l’éditorialiste parle de l’Inde ou du Vietnam.
      J’ajoute que celui-ci fait l’apologie de la Suisse, certes peu menacée par les djihadistes malgré un taux de musulmans dans la population comparable à celui de la France (5% contre 7% en France). Plutôt qu’un vote contre les minarets, Lambert devrait se demander pourquoi les djihadistes menaceraient un pays qui n’envoie pas de soldats les combattre au Mali ou en Syrie et offre, comme Singapour, un secret bienveillant pour les capitaux quelle que soit leur provenance et quel que soit leur usage.
      La Suisse qui a construit sa prospérité sur sa neutralité, échappant ainsi aux désastres des deux guerres mondiales et finançant sans vergogne les conflits locaux durant la guerre froide est un incomparable modèle pour Lambert qui se verrait sans doute bien démarché par UBS pour planquer ses avoirs en lieu sûr et secret.

      09/02/2016 à 11 h 45 min
  • Jaures Répondre

    « On a vu, en effet. Indiens hindouistes et Pakistanais musulmans se sont entre-tués « .
    Quoi ? Comment se sont donc comportés les autres ? Les Etats-Unis, une fois indépendants se sont empressés de massacrer et déporter les amérindiens puis de se massacrer également entre eux (guerre de sécession, plus de 600 000 morts en 4 ans).
    Quant aux européens, il n’ont pas eu besoin de se libérer d’un colonisateur pour s’entretuer durant des siècles.
    Pas mieux en Asie où les dynasties chinoises et japonaises n’ont été que des suites de guerres et de massacres.
    On voit que les nostalgiques des colonies ont gardé leur virus de donneurs de leçons.

    09/02/2016 à 10 h 25 min

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