Hélie de Saint-Marc, la résistance et l’honneur

Posté le septembre 03, 2013, 6:35
5 mins

Vendredi 30 août ont été célébrées à Lyon les obsèques d’un homme de foi et de conviction, qui sut mettre sa peau, non seulement au bout de ses idées, pour reprendre le titre d’un livre de son camarade de combat Pierre Sergent, mais plus fondamentalement, au bout de ce qui lui paraissait juste. Les beaux qualificatifs, trop souvent galvaudés hélas, de juste et de résistant s’appliquent pleinement, en effet, au commandant Hélie Denoix de Saint-Marc.

Il entra en résistance une première fois, à peine sorti de l’enfance, contre les Allemands qui occupaient son pays. Ses activités au sein du réseau Jade-Amicol, puis une tentative de passer en Espagne pour rejoindre les forces françaises combattantes en Afrique du nord, lui valurent d’être déporté à Buchenwald, puis affecté à Langenstein, un kommando dépendant du camp,  lieu de mort au sein de ce lieu de mort, où « le matin on ramassait les cadavres avec les ordures » et où il comprit pourtant « qu’un homme réduit à sa plus simple expression pouvait l’emporter sur les puissances du mal tout simplement en résistant ». Il s’en fallut de très peu qu’il n’y mourût, comme tant d’autres esclaves de l’univers concentrationnaire nazi.

Après la libération des camps, son action dans la résistance lui valut d’intégrer directement Saint-Cyr et à la sortie de l’école il choisit la Légion, qui devint pour lui une seconde famille. Bientôt ce fut l’ « Indo », qu’il chérit comme une deuxième patrie et où il contracta comme tant d’autres soldats français le « mal jaune », cette nostalgie qui ne les quitta plus et qui imprègne certaines des plus belles pages des Champs de braise, ces Mémoires dont le titre résume l’esprit : un feu intérieur.

L’abandon de l’Indochine, le désespoir des populations abandonnées au viet-minh victorieux, allaient hanter le souvenir de l’officier de légion et le conduire quelques années plus tard à se révolter contre un autre abandon, celui de l’Algérie, française depuis 130 ans et livrée par le pouvoir gaulliste à un FLN pourtant vaincu sur le terrain, avec sa population européenne et les centaines de milliers de musulmans engagés aux côtés de l’armée française (et préalablement désarmés, sur des ordres venus de Paris, par leurs compagnons de combat). C’est contre cette infamie, cette honte dont ne trouve, heureusement, pas d’autre exemple dans l’histoire de France, que se dressèrent en avril 1961 les officiers putschistes, au premier rang desquels se trouvait Hélie Denoix de Saint-Marc, à la tête du 1er régiment étranger de parachutistes, l’élite de l’Armée française.

Au lendemain de l’échec du mouvement, tandis que d’autres prenaient – et pour certains d’entre eux, anciens résistants, reprenaient – les chemins de la clandestinité, Saint-Marc, assumant jusqu’au bout ses responsabilités de chef, ramena son régiment sur sa base de Zéralda. Arrêté et jugé, encourant la peine de mort, il pouvait se croire promis au peloton d’exécution ; ses juges, doutant sans doute de leur bon droit, le condamnèrent à dix ans de prison. Cinq ans plus tard, mai 68 ayant suivi le reniement de 62 comme la conséquence et l’héritage funeste du désarmement moral de la nation, l’ancien déporté de Buchenwald fut libéré des prisons gaullistes. Par la voix du général Massu, l’armée avait, dit-on, mit pour condition de son soutien au général De Gaulle la grâce pour ses enfants « perdus ».

Mieux que n’importe quelle mesure de « grâce », le temps a rendu justice au commandant de Saint-Marc. Le 28 novembre 2011, un autre président de la Ve République, Nicolas Sarkozy, le fit grand-croix de la Légion d’honneur. Et pour une fois, cet insigne mérita vraiment son nom.

4 réponses à l'article : Hélie de Saint-Marc, la résistance et l’honneur

  1. lorelei

    5 septembre 2013

    Un des plus beaux hommages lus, qui explique parfaitement les choix de ce grand Homme. Merci à vous.

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  2. quinctius cincinnatus

    4 septembre 2013

    ” Il a préféré l’Honneur aux honneurs ” ( sa Fille )

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  3. 3 septembre 2013

    Grand respect mon Commandant. Je suis Pied Noir et votre nom, bien que je ne vous connaisse pas est synonyme de courage, de foi et d’engagement. Je vous salue bien bas. Il est dommage que des hommes de votre trempe nous quittent alors qu’ils nous seraient tant utiles dans les moments que nous traversons. Merci d’avoir marquer notre histoire.

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