La lutte contre l’amiante ne fait que commencer

Posté le février 26, 2006, 12:00
5 mins

L’amiante est un minéral très utilisé dans les années 1960. Mélangé à du ciment c’était un bon isolant thermique. La faculté de Jussieu, ou la tour Montparnasse, ont utilisé de l’amiante. Il a aussi été utilisé dans la fabrication des navires. Le magnifique transatlantique France, devenu Norway, et le porte-avion Clemenceau ont utilisé des centaines de tonnes d’amiante.

Puis on a constaté que l’amiante exposait au cancer du poumon ceux qui en respiraient de fines parcelles. Des années ont été nécessaires pour que médecins et statisticiens aient des certitudes sur ce danger. Toutes les constructions faites avec de l’amiante sont alors devenues des constructions dangereuses. On ne peut plus vendre en France une maison sans qu’un certificat prouve qu’elle ne contient pas d’amiante.

Pour supprimer le risque de cancer de poumon, on a été contraint de « désamianter » tout ce qui avait été construit avec de l’amiante. Désamianter est une opération exigeant beaucoup de main d’œuvre, beaucoup de temps, une protection rigoureuse des ouvriers et un savoir-faire précis. Enlever l’amiante est donc un service très coûteux. Des chantiers se sont ouverts dans le monde entier pour enlever l’amiante.

L’ablation de l’amiante est une entreprise de services. Or en 2000, au sommet de Lisbonne, Chirac et Jospin signent, pour la France et sans sourciller, les textes décidant de la libre installation des services en Europe. Une entreprise polonaise peut donc s’installer en France pour désamianter. Selon la directive Bolkenstein présentée en 2004, une entreprise polonaise pouvait appliquer en France les lois sociales en cours en Pologne. Les salaires y sont plus de 5 fois inférieurs aux salaires français. Immédiatement, la France s’est opposée à la directive Bolkenstein. Le désamiantage effectué par une entreprise polonaise aurait été trois ou quatre fois moins coûteux que celui effectué par une entreprise française. Des négociations ont eu lieu et une “nouvelle directive Bolkenstein” a été rédigée en 2006. Désormais, les entreprises polonaises qui travaillent en France doivent appliquer les lois sociales françaises. Elles sont alors pratiquement à égalité de concurrence avec les entreprises françaises. Le Parlement européen vient de voter cette nouvelle directive Bolkenstein. Les Polonais peuvent venir désamianter la faculté de Jussieu.

Mais un navire français peut aller se faire désamianter en Pologne ou en Inde, où le coût est dix fois moindre. Le porte-avions Clemenceau, qui fut un des fleurons de notre marine, lancé en 1957, est désarmé depuis 1997. Il est donc devenu un tas de ferraille flottant bourré d’amiante. Pendant 5 ans, le gouvernement Jospin n’a rien entrepris et l’a laissé à quai à Toulon. Puis la droite est revenue au pouvoir. Elle a d’abord vendu l’épave à une société espagnole qui devait désamianter en Espagne. Mais la société espagnole envoie l’épave en Turquie. Or l’OCDE interdit d’exporter des produits polluants. La Marine nationale résilie le contrat et l’épave du Clemenceau revient à quai à Toulon. Une entreprise française y commence le désamiantage en 2004.

Dans le même temps, la marine nationale trouve une entreprise qui veut bien prendre en charge la coque, la désamianter et la démanteler en Inde. Les associations écologiques s’y opposent. Une procédure est lancée. L’Égypte interdit le passage du canal de Suez à une coque bourrée d’amiante. Mais finalement autorise le passage d’un porte-avions (coût 1,5 million d’euros…)

La cour suprême indienne refuse « provisoirement » l’accès de ses eaux territoriales à une coque pleine d’amiante… Il est probable qu’en payant, le refus aurait été levé…

Finalement à Paris, le conseil d’État, saisi du problème, considère que l’exportation d’amiante en Inde est illégale. Jacques Chirac décide de rapatrier la coque à Brest, en contournant l’Afrique pour éviter le canal de Suez… Affaire à suivre.

9 réponses à l'article : La lutte contre l’amiante ne fait que commencer

  1. SH.

    3 mars 2009

    La justice devrait exiger de tous ces entrepreneurs qui ont utilisé l’amiante alors qu’il connaissaient sa dangerosité de régler la facture du désamiantage et de la recherche aussi concernant les maladies dues à l’amiante.

    Les lois immobilières sur l’amiante sont encore trop opaques,beaucoup de professionnels ou diagnostiqueurs essayent de passer sous silence ce qui reste une information capitale ou louvoient sur la question!Les spécialistes de l’amiante devrait être des scientifiques assermentés à une haute autorité indépendante et non des opportunistes liés par des intérets professionnels et lucratifs.Les états par ailleurs devraient aussi participer à cette évinction de l’amiante et légiférer de manière beaucoup plus précise car leurs politiques ont laissé de riches industriels envahir le marché d’amiante pendant de nombreuses années sans intervenir pour protéger les gens!   

    En tout état de cause le principe à retenir le plus valable devrait être le simple principe de précaution unilatéralement adopté,ce qui est loin d’être encore le cas malgré l’état de nos connaissances et de notre expérience.Beaucoup reste à faire, le problème de l’amiante devrait donc être mis en avant parrallèlement à notre investissement dans les énergies renouvelables ou dans la recherche médicale car il est si aisé de cacher le vice dans ce domaine. 

     

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  2. MINUX75

    3 mars 2006

    Bonjour L’affaire du CLEMENCEAU est en miniature ce que la FRANCE est en plus grand, voila pourquoi la FRANCE coule à pic. à bientot

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  3. Jean-Claude Lahitte

    1 mars 2006

    A propos de “green* peace” (green-pisse, comme l’écrivent certains), je rappellerai que la Cour Suprême indienne – faisant chorus avec cette organisation gauchiste dont on voudrait bien connaître le financiers – avait décidé sinon d’interdire, du moins de suspendre sine die la démolition du “Clem” par un chantier indien. Combien de temps aurait duré la comédie ? autant que l’extradition de Rachid Ramdam gardé dix ans par nos “amis” anglais ? autant que durera peut-être cette de Youssouf Fofana. L’antichiraquien fondamental que je suis, qui dénonce l’incurie du Ministre de la Défense et celle du gouvernement tout entier dans cette affaire, convient qu’il était temps d’y mettre un terme. Mais, une fois de plus, nous avons des dirigeants qui ne savent pas tirer les leçons d’un évènement dont la France, une fois encore, a été la risée. N’aurait-il pas fallu, une fois décidé le retour du “Clem” en France, prendre la décision primo, d’aller jusqu’au bout du traitement de ce porte-avion; deuxio, de faire de cette opération la création d’un chantier hautement spécialisé dans un domaine où les navires à désamienter, à désosser, etc. ne se comptent déjà plus ! Popur l’instant, que je sache, AUCUNE DECISION n’a encore été prise pour le traitement du “Clem” dès qu’il accostera à Brest. Cela veut-il dire que l’on espère en haut lieu qu’il disparaîtra corps et bien, de préférence quelque part au large de l’Afrique ? Cordialement, Jean-Claude Lahitte * je ne sais pas pourquoi, mais tout ce qui se prétend “vert” cache du rouge. Comme cela a été dit je crois par Le Pen, les pastèques, “ils sont verts à l’extérieur, mais rouges à l’intérieur”. Et leur prétendue lutte contre les nuisances et les pollutions sont à orientations multiples, comme s’ils obéissaient à un mot d’ordre dont les buts n’ont rien d’écolo. Naturellement vôtre, Jean-Claude Lahitte

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  4. CHAPELET

    1 mars 2006

    L’affaire du Clémenceau a révélé au monde entier les dangers de l’amiante. S’il est aujourd’hui démontré que des ouvriers Indiens risquent leur vie en désamiantant sans mesures de protection draconiennes, il est également démontré qu’une grande partie des ouvriers qui ont construit ce navire sont morts empoisonnés par le rentable « Magic Minéral » sans avoir été reconnus victimes de l’amiante. Il en est probablement de même de ceux qui ont travaillé à bord du navire, principalement dans la salle des machines. Médias, Web, Associations, sont parvenus à vaincre la censure des profiteurs de l’amiante. Ce grand danger s’écarte peu à peu des occidentaux, et il est de notre devoir d’êtres humains de veiller à ce que les peuples de pays émergeants, ne refassent pas notre triste expérience. Après l’année 2005 qui a vu le Sénat, L’assemblée Nationale, les Tribunaux Correctionnels reconnaître le désastre de l’amiante, verra t-on en 2006 l’arrêt de l’exploitation des mines d’Afrique du Sud, du Zimbabwe, de Russie, mais aussi du Canada ? C’est le vœu le plus cher d’une victime de l’Amiante.

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  5. grandpas

    1 mars 2006

    Green Peace 2 France 0,journalistes français aux anges,ces pauvres crétins ne s’appercoivent même pas qu’ils creusent leur propre tombe,le pire dans tous ça c’est que la plupatr des français gobent leurs niaiseries de gribouille.

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  6. charles martel

    1 mars 2006

    vous auriez pu ajouter que les ouvriers Indiens ont étés formés en France pour ce désamiantage ; que le chantier prévu est certifié ISO ; que la population Indienne du port concerné a manifesté contre green peace …

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  7. R. Ed.

    26 février 2006

    A la vue du coût du passage du canal de Suez, on comprend le détour. Il aurait aussi pu partir en contournant l’afrique, non ? C’est facile de dépenser l’argent des autres, dans ce cas ci celui des “con”tribuables.

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  8. Jean-Claude Lahitte

    26 février 2006

    Outre que, bien souvent, dans des domaines qui relèvent de la science, l’Homme qui se prend de plus en plus pour un dieu(1), joue les apprentis sorciers, dès lors que l’argent est en jeu, plus rien n’arrête ceux qui “exploitent” les découvertes faites par des savants “maudits”. A propos de l’amiante, il faudrait rappeler que la “découverte” de sa nocivité remonte au dix-neuvième siècle ! Et non au vingtième comme on veut nous le faire croire ! De même, des dentistes américains avaient les premiers dénoncé – toujours au dix-neuvième siècle ! – les dangers des amalgames dentaires au mercure. Un danger que l’ordre des dentistes, en France, ne veut toujours pas reconnaître ! Alors que l’on a condamné l’utilisation de ce même mercure dans les …. thermomètres ! Cordialement, Jean-Claude Lahitte (1) constat : moins ils croient en un Dieu unique, plus les hommes se prennent pour dieu !

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  9. LESTORET

    26 février 2006

    Le problème de l’amiante est très bien résumé par Mr Trémeau qui va à l’essentiel. C’est un problèmpe technique très particulier qui malheureusement ne s’est révélé qu’à posteriori c’est à dire après que les contructions d’immeubles ou de navires aient été terminées. D’où la nécessité de désamianter. Le problème du Clémenceau a mis la France en mauvaise posture pour finalement ramener le bateau à Brest. Au cours de son périple l’honneur de la France a été en permanence agressé et malmené sans que notre pays ait cru devoir faire une protestation quelconque; au-delà du sort d’un illustre navire, c’est à mon avis le gouvernement qui est responsable au premier chef des “insultes” que notre ex fleuron de la Marine Nationale a dû essuyer tant pour le passage du canal de Suez que pour l’arrivée dans les eaux indiennes. Ce qui reste de cette affaire c’est le peu de cas que les pays du tiers monde font de la France qu’ils auraient respectée d’une autre manière il y a quelques décades.

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