Le différend Chine-Vietnam ne regarde pas les États-Unis !

Le différend Chine-Vietnam ne regarde pas les États-Unis !

Je regrette beaucoup la réaction véhémente de M. Duc-Laï Tran (n° 1022), à l’article du n° 1018 où j’opposais une Chine pacifique à une Amérique impérialiste, qui cherche par tous les moyens à dominer le monde pour mieux l’exploiter ! Mon but n’était certainement pas de prendre parti entre la Chine que j’aime, et le Viêt-Nam, pays envoûtant au peuple si attachant que je n’ai jamais oublié !

S’il était objectif, M. Duc-Laï Tran aurait constaté que je ne critiquais absolument pas le Viêt-Nam qui contrôle 21 des îles de la mer de Chine, où sont basés 1 500 militaires. Ce que je trouvais inacceptable, c’était que les néo-colonialistes américains soient furieux contre la Chine qui en occupe seulement 9.

De quel droit ces hégémonistes viennent-ils se mêler d’une affaire qui concerne uniquement des Asiatiques ?

Votre correspondant serait probablement très surpris de découvrir la profonde sympathie que je porte aux Vietnamiens, avec lesquels j’ai vécu en contact étroit dans des circonstances tragiques. J’étais, à l’époque, chef d’une section de partisans tonkinois, combattant les Dai Doi Viêt-Minh. Vivant dans les mêmes conditions qu’eux, nous luttions pour un Viêt-Nam libre. L’abandon honteux de mes frères d’armes « Kinh » fut une tragédie que je porte toujours en moi.

Passionné par la culture de ce pays, je n’ignore rien du magnifique « Kim Vân Kieu » (chef-d’œuvre du grand poète Nguyên Du), ni des héros qui ont façonné son histoire : Hai Bà Trung, Bà Triêu, le général Trân Hung Dao, Lê Loi (proclamé empereur), son génial conseiller Nguyên Trãi, et bien d’autres encore, produits par ce courageux pays.

Pour autant, le Viêt-Nam est-il pacifique ? Pour être honnête, je répondrai : pas vraiment.

Ce n’est quand même pas la Chine qui, dans les siècles passés, a progressivement envahi et détruit le royaume hindouiste du Champa, au cours de la « marche vers le sud » (Nam Tiên), devenu maintenant le centre Viêt-Nam. Ce n’est pas non plus la Chine qui, plus tard, par la « marche vers l’ouest » (Tây Tiên) s’est accaparé de riches territoires khmers, qui constituent le Sud Viêt-Nam (Nam-Viêt) actuel. Plus près de nous, en 1777, les Nguyên, qui régnaient sur le Sud Viêt-Nam furent massacrés pendant la révolte des Tây Son ! Seul le prince Nguyên Phúc Ánh, âgé de 15 ans, parvint à s’échapper par miracle. Il devint plus tard l’empereur Gia Long.

Enfin, l’invasion récente du Cambodge, avec qui le Viêt-Nam avait un différend territorial, sous prétexte de chasser les Khmers rouges, avait pour but réel de placer un « ami » compréhensif à la tête de ce pays.
Ces faits historiques sont bien établis. Malgré cela, ma profonde amitié pour ces deux pays (Chine et Viêt-Nam) est bien réelle. Je pense que le problème actuel qui les oppose devrait se régler entre Asiatiques.

C’est-à-dire dans un climat et de bonne volonté et de compréhension mutuelle entre deux peuples-frères unis par une culture et une tradition confucéenne commune. J’invite M. Duc-Laï Tran à se rappeler que, lorsque les Américains rasaient brutalement le Viêt-Nam et faisaient des centaines de milliers de victimes parmi sa population, l’aide militaire chinoise fut déterminante pour leur résistance héroïque et victorieuse.
Il devrait réaliser que les Américains cherchent maintenant à utiliser le Viêt-Nam comme un pion dans leur manœuvre d’encerclement de la Chine, comme ils le font avec leurs dociles vassaux Australiens, Japonais et Philippins !

Bien entendu, ils les abandonneront cyniquement dès qu’ils n’auront plus besoin d’eux, ou que cela deviendra trop dangereux.

Il devrait se rappeler le sort tragique du malheureux président Ngô Dinh Diêm, assassiné avec son frère Ngô Dinh Nhu, en 1963, par ses généraux à l’instigation de la CIA, lorsqu’il refusa de continuer à plier devant ses maîtres américains.

Malgré son patriotisme évident, que je respecte, M. Duc-Laï Tran ne devrait jamais oublier non plus l’aide décisive et désintéressée que la Chine a apportée au Viêt-Minh lors de sa lutte pour l’indépendance, qui, sans cela, aurait été beaucoup plus difficile et sanglante.

C’est pourquoi il devrait souhaiter, tout comme moi, une solution équitable et pacifique à ce problème entre voisins, dans une région où l’Amérique, qui n’a rien à y faire, souffle sur les braises, afin d’en tirer un maximum de bénéfices aux dépens de ses futures victimes.

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(2) Commentaires

  • DE SOYER Répondre

    Monsieur Morel, glorifier le Viêt-Minh et son allié la Chine communiste: c’est limite! C’est oublier les soldats français qui sont morts là-bas.
    Quant au colonialisme, le bilan définitif n’a peut-être pas encore été tiré, mais sur ce que j’en sais, il apparaît plutôt positif pour les pays concernés!

    07/01/2016 à 13 h 48 min
  • BOISMERY Répondre

    Le cynique Henry Kissinger a pu écrire dans ses « Mémoires » : « un ennemi s’achète et un ami se vend… », en citant Metternich, au demeurant d’une manière inexacte.
    L’intérêt bien compris de la Chine et du Vietnam est de parvenir à un accord, sous l’égide des Nations Unies et avec le concours éventuel de l’ASEAN.
    L’ingérence des Etats-Unis dans ce conflit ne pourrait avoir que de tragiques conséquences pour les peuples du Sud Est asiatique, comme ce fut le cas dans un passé relativement proche.
    « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » (Winston Churhill).
    Depuis quarante ans, l’éviction des Etats-Unis, après leur cuisante défaite de 1975, a permis de restaurer la paix en Asie du Sud Est. Il serait navrant de les réintroduire dans la région.

    06/01/2016 à 14 h 25 min

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