L’inexpiable abandon des harkis

Posté le octobre 11, 2016, 10:00
6 mins

Notre président vient de reconnaître la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis après les funestes accords d’Évian qui ont officiellement mis fin à la guerre d’Algérie.

Évidemment, c’est le souci électoral qui a inspiré cette annonce. Mais il y a beau temps que les présidents précédents au­raient dû le faire.
Je relève une incohérence et un oubli dans cette décision.

Comment peut-on regretter la responsabilité française dans des faits dont la cause initiale, les accords signés le 19 mars 1962, a été commémorée par le même Hollande cette année ? Une fois de plus, on déplore les conséquences de faits que l’on vénère par ailleurs.

Rappelons que le 19 mars est fêté comme une victoire en Algérie. Depuis quand commémore-t-on la victoire de l’ennemi ?

Je reconnais cependant que l’application des accords n’impliquait pas nécessairement les excès qui ont suivi et abouti au massacre de dizaines de milliers de nos frères d’arme.

On a laissé massacrer sous nos yeux ceux qui étaient nos camarades de combat. Et que l’on ne dise pas qu’on ne pouvait rien faire ! Le point 4 de l’ordre du jour du général Ailleret, qui visait justement à empêcher ces exactions, n’a jamais été exécuté par l’armée française.

Nous avions pourtant encore là-bas une armée de près de 400 000 hommes qui sont restés l’arme au pied, empêchés d’agir par les ordres indignes reçus du plus illustre de ses membres, le général de Gaulle, dont la responsabilité dans cette horreur et cette honte est écrasante. Ce rappel a été oublié par l’actuel chef de l’État. Il a dit que c’était la faute « des gouvernements français ». C’est faux. C’était d’abord la faute du président d’alors, le général de Gaulle, et de son âme damnée, M. Messmer.

Savez-vous que les jeunes officiers et sous-officiers qui encadraient les harkis, qu’ils regardaient dans les yeux tous les jours, qui couraient tous les risques avec eux, ont été con­traints de les désarmer et de les laisser sur place, abandonnés aux représailles ? Et cela, après avoir été exhortés à « s’engager au nom de la France », toujours par le même !

Savez-vous que la minorité de harkis, et leurs familles, qui ont finalement pu être rapatriés (le mot est tout à fait adapté), l’ont été grâce à la désobéissance d’officiers français qui, dans le désordre ambiant, ont réussi à les faire embarquer plus ou moins clandestinement ?

Savez-vous qu’un grand nombre, à peine posé le pied sur le sol métropolitain, ont été renvoyés en Algérie par le gouvernement français ? Ceux que l’on a finalement tolérés ont été parqués, parfois pendant des dizaines d’années, dans des camps insalubres qu’on n’oserait pas proposer aux fichés « S » actuels.

Et il ne faut pas oublier que, dans cet immobilisme criminel, on a aussi regardé ailleurs quand c’était des civils, Pieds-Noirs et Musulmans, qui étaient massacrés.

La faute est inexpiable. Il faut dire que nous avions déjà « fait le coup », à une moindre échelle, en Indochine. Mais là, au moins, nous avions l’excuse de la défaite.

J’étais là-bas comme beaucoup ; mais je n’ai pas été impliqué directement personnellement. Je vis cependant encore dans mon cœur et mon esprit les affres de ceux qui ont dû subir ça ou assister à ça.

Je suis âgé. Malgré la distance dans le temps, je ne peux m’empêcher d’y penser avec émotion. Nous avons abandonné les seuls envers qui nous avions une ardente obligation de se­cours. Quand les survivants ou leurs descendants assistent à l’invasion que nous subissons maintenant sans combat, ils doivent se demander s’ils ont alors fait le bon choix.

Une certaine amertume me vient quand j’entends parler de l’honneur de la France. Parfois, je me dis qu’il est heureux que ce soit un honneur qui repousse… Il serait grand temps que les Fran­çais se remettent debout.

8 réponses à l'article : L’inexpiable abandon des harkis

  1. Gérard Pierre

    18/10/2016

    En novembre 1963, un séjour de deux semaines au camp de Rivesaltes, dans le contexte d’un stage guérilla, me fit découvrir une réalité, celle de la détresse des Harkis. Ils étaient là, plusieurs milliers, parqués, à attendre, …… Dieu seul savait quoi.

    Le soir, après l’entraînement, ils venaient à notre rencontre, nous demandant de leur expliquer le contenu d’une lettre, voire de leur écrire une réponse. Ils nous racontaient ensuite, avec beaucoup de simplicité, les invraisemblables péripéties de leur exfiltration d’Algérie. La plupart d’entre eux étaient des miraculés de l’Istiqlal. Ils semblaient fatalistes, étonnés et dépassés, mais se tenaient toujours très dignes. Aucun ne fit montre d’amertume à notre égard. Depuis cette rencontre je ressens toujours un affectueux respect pour ces camarades aînés, traités avec tant de désinvolture et d’ingratitude par ceux qui nous ont gouvernés. Je réalisai à cette occasion que la France pouvait être ingrate et feindre d’oublier ses plus zélés serviteurs. J’en retins la leçon.

    À l’issu de mon service militaire sous le béret rouge, tenaillé par mon chromosome kaki, je devins réserviste. À la faveur d’un changement d’armée, je le fus chez les commandos de l’air de la base aérienne la plus proche de mon domicile. Avec les ans, je m’aperçus que nous étions les nouveaux harkis de l’armée française, … des intérimaires convocables et révocables à merci, sans explication.

    La gestion de nos ‘’carrières‘’ était laissée à l’appréciation capricieuse de militaires de métier se demandant bien quel intérêt pouvait guider ces « amateurs » du week end que nous étions pour eux ! …… Nos soldes, consécutives à des convocations dites obligatoires, étaient calculées et payées selon des modalités que personne ne nous expliquait ! …… « On vous paye, c’est déjà pas mal ! »

    La réforme des réserves, entreprise à la fin des années quatre-vingt-dix, accentua l’impression ! …… Nous n’étions plus convoqués en unités constituées uniquement par des réservistes, comme jusqu’alors. Nous étions incorporés individuellement, au cas par cas, en unités d’active, afin de pourvoir au remplacement d’un militaire parti en OPEX, en OPINT, en détachement ou en formation ! …… Quant au paiement de nos soldes, il pouvait traîner plusieurs mois ! …… pour les ‘’pailleux‘’ ça n’était pas important, puisque nous étions déjà grassement payés dans le civil !

    Parvenu à la limite d’âge de mon grade, point d’adieu aux armes ! …… J’ai quitté la base sur un simple au revoir de la hiérarchie, …… et je me suis dirigé vers sa sortie comme une flatulence glissant silencieusement sur la toile cirée d’une table bancale ! …… Ah si, tout de même ! …… sans que j’eusse à les réclamer, l’Institution m’avait octroyé deux belles médailles qui peuvent encore me permettre l’achat d’un pack de bière en cas de revente dans une bourse aux insignes !

    Aujourd’hui, nos ministres ont perfectionné le harkisat ! …

    Ils ont créé les EVAT, …… Engagés Volontaires de l’Armée de Terre qui, après un contrat de trois à cinq ans, renouvelés ensuite ou non, se retrouvent un jour ou l’autre restitués au chômage, sans pension !

    Ils ont créé les Gendarmes Adjoints Volontaires, auxquels « on » fait d’abord croire que ça constitue l’antichambre de l’école des sous-officiers de gendarmerie, … avant de leur dire, à la fin de leur temps d’engagement « désolé mon gars, mais cette année, c’est restriction des effectifs ! retour à la vie civile pour toi ! »

    Je pourrais citer également le cas des ORSA (Officiers de Réserve en Service Actif), variable d’ajustement des carrières d’officiers sortis des grandes écoles militaires, auxquels l’Institution se doit de garantir une fin de carrière honorable au grade de lieutenant-colonel pour les derniers tiers de promotion !

    Quel gâchis humain ! …… L’Armée n’est plus l’ascenseur sociale qu’elle fut, depuis que les politiques se sont mis en tête de la réformer, et ce, dès le premier mandat présidentiel de de Gaulle qui, avec Pierre Messmer et Michel Debré, en furent les premiers saboteurs !

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  2. Hilarion

    13/10/2016

    A Geneau Honte à De Gaulle certes. Mais honneur à Hollande surement pas. Si Hollande était trop jeune pour participer à cette forfaiture débouchant sur ce crime contre l’humanité de l’abandon des Harkis aux mains de leurs bourreaux il en est bien l’héritier idéologique. Il est du clan des porteurs de valise et de tous ceux qui, de nos jours cette fois ci, laissent brandir des drapeaux algériens par des individus prétendument Français mais n’ayant que haine pour un pays qu’ils ne considère que comme espace de prédation.
    Pour Roland Dubois « Depuis quand commémore t-on la victoire de l’ennemi » Cher Monsieur avez vous oublié Madame Alliot Marie (ministre chiraco/hollando/Sarkosiste) allant, avec le Charles De Gaulle commémorer avec nos amis Anglais la défaite française de Trafalgar ?

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  3. genau

    13/10/2016

    Merci à Bistouille Poirot, honneur et chagrin pour nos harkis, nos frères. Honte sur de Gaulle, mais respect pour Hollande, même si son attitude est peut-être dictée par la politique. Pour nous, qui connaissions les hommes, nous les pleurons encore, mais avec des larmes de rage.

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  4. jean navineau

    12/10/2016

    Audiard disait être un vétéran de l’anti gaullisme depuis le 18 juin 40; quant à moi, je voue un mépris total à ce général félon depuis mars 62 ! Comment se fait-il que des français puissent n’avoir pas le plus grand mépris pour ce triste individu qui n’a eu de cesse de mentir , emprisonner, laisser assassiner non seulement ses ennemis mais aussi ses complices ( son amitié étant comme le reste insincère !)
    Le seul fait d’avoir dit que les français sont des « veaux » prouve à la fois sa lucidité et son mépris ! Soyons juste avec lui : démolissons la statue de stuc et de boue.

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  5. quinctius cincinnatus

    12/10/2016

     » justification  » gaullienne et algérienne

    les harkis n’ étaient que des  » collaborateurs « , des  » traîtres à leur Patrie  » à la même … enseigne ( sic ) que ceux de la L.V.F. ou de la  » Charlemagne  »

    honneurs à eux

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  6. FLANDRE

    12/10/2016

    L’honneur n’est pas le même quand on est vainqueur ou vaincu.
    Que dire des « collaborateurs » comme on les appelle qui pensaient que le régime nazi était plus favorable à leur pays que les incertitudes mortifères imposées par les gouvernants d’alors ? Ont-ils eu droit à la mansuétude publique ? Je ne le crois pas. Et que dire des femmes françaises humiliées, tondues, pour avoir eu quelque sentiment pour l’ « ennemi » ?

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  7. Bistouille Poirot

    11/10/2016

    Roland, ne t’époumone plus dans ton olifant, Charlemagne a pris trop d’avance sur son arrière garde et il ne t’entend plus.
    Il ne nous reste plus qu’à construire une autoroute au col de Roncevaux, à sens unique bien sûr. Mes 39 harkis qualifiés de supplétifs (soldat de faible envergure) ont été abandonnés le 25 juin 1962 alors que mon chef de bataillon me promettait de les rapatrier. Toutes mes recherches aux Invalides restèrent vaines.
    Mes tiens toi bien, trois de mes harkis étaient nés en 1920. Quel âge avaient deux d’entre eux quand ils participèrent à la Deuxième Guerre Mondiale ? Et le troisième pour faire la guerre d’Indochine? C’est un de ces trois qui me sauva la vie pendant celle d’Algérie. Des supplétifs? Mon oeil !…Des agneaux à égorger plutôt !

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  8. balaninu

    11/10/2016

    Merci Monsieur ! au sujet de la commémoration : vous savez bien que « lui » ne sait rien…. lui et tous ceux qui l’entourent !

    Ils « ménagent » la chèvre et le chou ! les élections, les associations etc etc….

    Je viens de perdre un être cher (84 ans) ayant toutes les médailles et y compris, après moult demandes, la légion d’Honneur – décoré après avoir fait la guerre d’Indochine et d’Algérie (lui-même Pied-noir) … dégoûté à l’extrême en ces derniers jours de vie sur la terre…. son Père lui-même avait détruit ses décorations après la trahison gaullienne – obtenues à la guerre de 14 entre autres – une tante Pied-noir corse disant en parlant déjà en 62 de ces c…. de français – vu l’accueil merveilleux fait à leur encontre et je pourrai continuer la liste…

    Il faut évidemment que les français redeviennent croyant et patriotiques… et on en est loin, très loin !

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