L’obsession anti-libérale et ses conséquences

Posté le août 06, 2014, 10:24
5 mins

Faut-il le souligner une fois encore ? La France va très mal économiquement, et ses difficultés économiques ont de multiples conséquences.

Bien qu’elle ne soit pas, au sein de l’Union européenne, le pays où les taux de chômage et de pauvreté sont les plus élevés, elle n’en est pas moins désormais considérée dans le monde anglophone comme « l’homme malade de l’Europe ».

Les mesures minuscules prises par le gouvernement de Manuel Valls sont présentées, en France, comme « social-libérales », expression dépourvue de sens et aux allures d’oxymore, mais ne sont pas même l’ébauche des mutations mises en place par Gerhard Schröder en Allemagne lors de son second mandat de Chancelier (et pourtant Gerhard Schröder était et reste socialiste !).

L’UMP se décompose à vue d’œil et les propos qui en émanent sont eux-mêmes du sous-Schröder, mêlé, au mieux, de quelques pincées de Tony Blair.

Bien que situé par les grands médias à l’extrême droite en raison de son nationalisme crispé, le Front national a un programme économique qui, sous de nombreux angles, ne déplairait pas au Front de gauche.

Ce qui manque désespérément sur l’horizon du pays est un ensemble de propositions à même de permettre un redressement effectif.

Ces propositions existent pourtant, mais elles sont si diabolisées que les évoquer attire sur soi imprécations, invectives et anathèmes.

C’est cette situation tragique qu’évoque, dans son excellent dernier livre, Nicolas Lecaussin, ancien di­recteur de l’Institut français de recherche sur les administrations publiques (IFRAP), directeur du développement de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF). Le livre s’appelle « L’obsession antilibérale française ». Il s’agit bien d’une obsession, qui atteint un degré tel que les commentateurs français voient du libéralisme partout, alors qu’il n’y en a quasiment nulle part.

La France est le seul pays développé où aucun candidat ayant une chance d’être élu à une élection importante ne se dit explicitement libéral. Elle est le seul pays où tous les candidats en pareille position tiennent à se démarquer du libéralisme, donc de la liberté économique.

Lors des présidentielles de 2012, note Nicolas Lecaussin, tous les candidats « ont fait campagne contre le libéralisme » (qu’ils ont appelé « ultralibéralisme » ou « libéralisme sauvage »), et il risque d’en aller de même en 2017.

La France est le seul pays développé, ajoute Nicolas Lecaussin, où le « mépris pour les chefs d’entreprise » fait qu’ils ne sont quasiment jamais les invités des journaux d’information, et va jusqu’à l’acceptation tacite d’actes très graves comme la séquestration par des syndicalistes agressifs.

La France est un pays où l’ignorance en matière d’économie est entretenue dès l’école (et les exemples que Nicolas Lecaussin relève dans des manuels scolaires sont accablants) jusqu’à l’âge adulte, où les livres d’économie publiés par les grands éditeurs et promus largement sont rédigés par des auteurs dont les thèses sont largement battues en brèche ailleurs : si des livres d’économie ineptes connaissent le succès au Royaume Uni, aux États-Unis, en Allemagne, ils ne sont pas en position de monopole, alors que c’est le cas en France (Nicolas Lecaussin cite les titres qu’il a pu voir sur un étal dans une librairie généraliste et le moins qu’on puisse dire est qu’ils relèvent tous d’un étatisme forcené).

Un redressement est-il possible ? Si oui, il devra, en tout cas, partir de l’analyse lucide de la situation présente. Le livre de Nicolas Lecaussin offre cette analyse lucide. C’est un livre salubre et indispensable. 

Guy Millière

6 réponses à l'article : L’obsession anti-libérale et ses conséquences

  1. Jaures

    10/08/2014

    Pour que le libéralisme (on le met au singulier alors qu’il existe de nombreux discours se définissant comme libéraux) soit crédible en France comme ailleurs, il faudrait qu’il affiche des exemples de réussite. Il suffirait de dire à un Français ou autre: « regardez donc comme ce pays réussit, comme les gens y sont heureux, comme chacun y a sa chance quel que soit son milieu d’origine. ». Si cet exemple existait, qui ne s’inclinerait devant des faits ?
    Or, il n’en est rien. Les libéraux adaptent leur discours selon les circonstances. L’Irlande est en croissance: les libéraux (Trémeau, Salin,…) nous conjurent de l’imiter. Qu’elle vient à s’écrouler, on la trouve soudainement infectée de socialisme. Idem pour l’Espagne que Salin jugeait en 2007 exemplaire dans un ouvrage encensé par Millière. Qui s’en souvient aujourd’hui ?
    Les propositions qui se définissent comme libérales existent en effet. Elles sont défendues par l’aile libérale de l’UMP (GEEA) avec Olivier Dassault comme chantre: suppression des 35h, baisse de 100 milliards des cotisations sociales, suppression de l’ISF, baisse de l’IS, instauration d’un contrat de travail unique diminution de 10% des dépenses publiques.
    Comme milliardaire et héritier d’une grande entreprise, on voit évidemment ce que M Dassault a à gagner avec ce programme (car bien entendu, il ne demande pas que l’Etat renonce à ses commandes de Rafales). Mais les autres ? les salariés ? Les chômeurs ? Les plus démunis ?
    Car nombre de ces propositions sont appliquées ailleurs. Au R.U par exemple où n’existent ni 35h, ni ISF. Où on a supprimé 12 milliards d’aides sociales. Pour quels résultats ? Moins de pauvres ? Les malades mieux pris en charge ?
    Si le R.U affiche une meilleure croissance c’est avant tout grâce au déficit public (- 5,8% en 2013 après des taux à 2 chifres en 2009 et 2010), l’achat de la dette par la Banque d’Angleterre et à l’endettement des ménages (double de celui des Français). Les libéraux préconisent-ils l’endettement et les déficits comme solutions à la crise ? Moins de chômeurs me rétorquera-t-on ? Certes mais des contrats de journaliers où l’on peut être appelé n’importe quand pour quelques heures de travail sans droits sociaux.
    Car Millière devrait se poser la question: qu’est-ce que la performance économique ? Pourquoi un taux de croissance si celui-ci ne profite qu’à une minorité ? Pourquoi des statistiques flatteuses si les seules qui compte, le taux de pauvreté, l’accès pour tous à l’éducation, la formation,au logement, continuent de se dégrader ?
    Pensez-vous que promettre aux gens un pays prospère les convaincra de se ranger aux thèses libérales si on les informe qu’eux et leurs enfants n’en profiteront jamais contrairement à M Dassault et sa descendance ?

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  2. vozuti

    08/08/2014

    Votre analyse est simpliste : nos dirigeants de l’ump et du ps sont effectivement très anti-libéraux par les taxes confiscatoires qu’ils imposent sur les biens privés, mais inversement ils sont très libéraux de par leur politique d’immigration massive et d’absence de protection face à la concurrence déloyale des pays à bas salaires.
    En d’autres terme avec l’umps nous n’avons pas droit aux avantages du libéralisme; nous avons droit seulement aux inconvénients.
    Guy Millière, c’est parce vous ne dissociez pas les avantages et les inconvénients du libéralisme que vous restez « crispé » sur une position anti-fn.

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  3. goufio

    07/08/2014

    le socialisme étant l’antithèse du libéralisme, dire que M Hollande est ferait du socialisme libéral, le résultat serait à somme nulle. Et c’est bien ce que l’on constate, il est nul.

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  4. jay

    07/08/2014

    Conclusion: au boulot chers amis français, et il y en a pour convaincre nos concitoyens!

    Cette situation a une explication historique: la propagande communiste en France. Il reste à faire le procès du communisme, comme a été fait celui du national socialisme.
    Le procès de ses acteurs, et de ses complices.

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  5. orldiabolo

    07/08/2014

    J’ai même trouvé dans un éditorial de Elle, une stigmatisation féroce du fameux tournant ultra-libéral d’Hollande ! C’est dire où en est…

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