Témoignage d’un enfant sur la guerre, Vichy et les juifs

Témoignage d’un enfant sur la guerre, Vichy et les juifs

La campagne électorale a été l’occasion de parler de la guerre, des juifs, voire de la « réhabilitation de Pétain ».

Je voudrais livrer mon témoignage, celui d’un enfant, forcément partiel, peut-être partial, mais non biaisé

Je suis né à Aix-les-Bains en 1934 et j’y ai vécu les années de guerre.

Dès la mobilisation, en septembre 1939, on voyait des soldats partout. Nos préférés étaient les tirailleurs sénégalais (y’a bon Banania) et les chasseurs alpins (les enfants du pays).

Par une ironie de l’histoire, les derniers combats avant l’armistice de juin 1940 se sont déroulés sur le terrain de golf d’Aix-les-Bains, non pas contre les Italiens qui avaient été tenus en échec sur les Alpes, mais contre les Allemands – ce qui donne une idée de notre désastre militaire.

Les Français croyaient avoir la meilleure armée d’Europe et étaient totalement démoralisés.

Du coup, le maréchal Pétain fut accueilli comme un sauveur pour avoir mis fin à la guerre.

Lors de sa visite à Aix, en septembre 1941, la place de la gare était noire de monde.

Très peu de gens avaient entendu l’appel du 18 juin.

La France fut divisée en zone occupée au nord, et zone libre au sud. La Savoie faisait partie de la zone libre administrée par Vichy.

Dès 1941, nous vîmes arriver dans nos classes des enfants dont les familles avaient fui la zone occupée, mais nous n’y avons guère prêté attention.

On ne parlait pas du tout des juifs, et je n’ai pas vu d’étoile jaune à Aix.

En novembre 1942 eut lieu le débarquement allié en Afrique du Nord.

En représailles, les Allemands occupèrent la zone libre. Mais les départements frontaliers avec l’Italie, de la Haute Savoie aux Alpes Maritimes, furent occupés par les Italiens qui ne firent rien contre les juifs.

Début 1943, fut instauré le STO (service du travail obligatoire), qui contraignait les jeunes à aller travailler en Allemagne.

Les récalcitrants étaient « les réfractaires », recherchés par la police. Beaucoup rejoignirent le maquis pour échapper au STO. Le STO fut ainsi un fort pourvoyeur de résistants, et c’est à cette époque que se multiplièrent les actions de sabotage contre les occupants.

Je m’inquiétais de ne pas revoir mon oncle Laurent que j’admirais beaucoup car il s’était battu en 1939-40 contre les Allemands, puis contre les Italiens. Mais mes parents me répondaient de façon très évasive.

En septembre 1943, l’Italie signa un armistice avec les alliés. Les Allemands réagirent très rapidement et chassèrent ou désarmèrent les Italiens. La Savoie se retrouva en zone occupée par les Allemands.

C’est alors que les choses changèrent pour les juifs.

À mon âge, je ne comprenais pas ce que c’était qu’être juif. Ils avaient souvent des noms étrangers : Kafenbaum, Rubinstein, mais j’avais également un nom étranger, venu des Grisons et du Piémont – et je n’étais pas juif !

On chuchotait qu’on les envoyait en Allemagne, mais on n’en savait guère plus. De nombreux Aixois leur vinrent en aide en les hébergeant, ou en leur indiquant le moyen de se « planquer » dans des coins reculés de la campagne et des alpages, où ils seraient ignorés.

Pris en tenaille entre le débarquement de Normandie (6 juin 44) et le débarquement de Provence (15 août 44), les Allemands évacuèrent Aix-les-Bains le 21 août 1944 après avoir incendié l’hôtel Mirabeau qui domine la ville.

Dès le lendemain, on vit parader dans les rues des jeunes arborant un brassard FFI et un vieux fusil de chasse, résistants auto-proclamés de la dernière heure !

Je revis enfin mon oncle Laurent qui avait fait partie des FTP avec lesquels il avait participé à de nombreux coups de main contre l’occupant. Il avait échappé au massacre du plateau du Revard. Il fut réintégré dans l’armée avec le grade de sergent-chef.

Peu après, je vis devant l’hôtel de ville des femmes tondues sous les quolibets de la foule, dans laquelle vociféraient des hommes qui, sous l’occupation, se faisaient tout petits pour ne pas se faire remarquer.

Tout le monde se proclamait gaulliste. Ceux qui avaient été trop ouvertement pétainistes se cachaient. La peur avait changé de camp. n

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(1) Commentaire

  • Sansillusions Répondre

    Il aurait été intéressant de voir tous les bravaches actuels à la période de l’occupation nazie, alors que de Gaule était un parfait inconnu et la France écrasée. Si Pétain avait à son tour pris un avion pour Londres pour se planquer nous aurions hérité d’un gauleiter nazi qui n’aurait plus laissé grand monde parmi les israélites. Comme ce fut le cas en Hollande et à Prague avec un nettoyage par le vide quasi intégral. Ne parlons même pas de la Pologne et du ghetto de Varsovie .
    Mais c’est tellement plus commode de brailler que l’on apparient au « parti des fusillés cocos », alors que ces derniers se sont précipités en 1940 auprès de la gestapo pour demander la permission de relancer leur journal. Plus faux derches qu’eux, tu meurs.

    01/12/2021 à 23 h 28 min

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