Bagdad, Barbès, Bastia

Posté le novembre 22, 2003, 12:00
4 mins

À Bagdad, les Américains, ont mis fin à une affreuse dictature. Ils éprouvent aujourd’hui de grosses difficultés pour imposer l’ordre et la loi qui permettraient, enfin, l’avènement d’un régime démocratique en Irak. La diplomatie française s’en réjouit « on vous l’avait bien dit !… ».

La France a accepté sur son sol des manifestations forcenées et haineuses, anti-américaines, antisémites et pro-palestiniennes, durant lesquelles le drapeau américain a été brûlé et Bush insulté. Ses médias ne manquent pas de souligner, à l’envie, tous les attentats en Irak, où accourent des nuées de volontaires islamistes de la mouvance d’Al Qaïda.

À Barbès, dix policiers venus pour intercepter des trafiquants de cigarettes, se font encercler par la foule aux cris de « Vive Ben Laden, vive Al Qaïda ». Ils risquent d’être lynchés, on les dégage à grand-peine. Cet incident très grave démontre une fois de plus, s’il en était besoin, l’existence en France de zones de non-droit, de l’ordre d’un millier. La police n’y pénètre plus qu’à l’occasion d’opérations coup de poing ou d’aller-retour de type commando. Elle y est en territoire ennemi. Cette situation est le résultat de démissions successives fort bien analysées par M. Rachid Kaci dans son livre « La république des lâches ».

Quand une télévision publique qualifie d’héroïne de l’indépendance une ex-poseuse de bombes algérienne qui déclare que les harkis sont des traîtres, ne nous étonnons pas que tout harki repéré comme tel dans une cité risque sa vie et celle de sa famille.

Quand l’antisémitisme est toléré, brûlent les synagogues.

Et plus généralement, le recours à la rue et à la violence se généralise, qu’il s’agisse d’un voleur abattu, d’un « jeune » poursuivi qui se tue au volant d’une voiture volée, de fermetures d’entreprises, de revendications salariales ou de motivations écologiques.

À Bastia, et ailleurs en Corse, cela fait plus de trente ans que sévissent rackets, magouilles et attentats. Les gendarmes sont tirés à balles ou bombardés de cocktails Molotov. Plasticages et destructions se multiplient, faisant fuir touristes et investisseurs. Certains Corses sont fiers d’avoir accordé l’hospitalité à l’assassin d’un Préfet, et le disent sans la moindre gêne. La population pro-française, terrorisée, se tait. Est-ce en espérant secrètement des jours meilleurs ?

Une certaine « altermondialisation » est en marche. Elle est globale et sanguinaire. Si elle devait réussir, elle engendrerait des dictatures, des régimes totalitaires, des républiques islamistes ou une anarchie mafieuse. Trouverons-nous un jour dans notre vieille Europe continentale des hommes politiques pour s’en rendre compte et assurer le retour à la loi, chaque fois que cela est nécessaire ?

Nos pays, repus et désabusés, retrouveront-ils le socle des valeurs qui ont assuré leur pérennité, et que l’on ne cesse de détruire depuis presque 60 ans, en déboussolant les jeunes, et en ruinant leur image et leur respectabilité ?

Peut-on vraiment l’espérer alors que s’achève à Paris un Forum international réunissant les révolutionnaires de toutes tendances ?

5 réponses à l'article : Bagdad, Barbès, Bastia

  1. bonounours

    30/11/2003

    j’suis assez d’accord avec vos réflexions. Elles me paraissent être une assez bonne synthèse contemplative de notre société que n’importe qui d’entre nous peut faire aisement en ouvrant ses yeux sur le monde qui l’entoure. C’est le métier de journaliste de critiquer c’est certe vrai…. Je ne vois aucune propositions dans votre texte….. c’est dommage! Il arrive un temps où la contemplation ne suffit plus quand les problèmes explosent à la face de tous, il faut savoir alors être force de proposition. c’est le plus difficile! Cordialement

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  2. patviro

    28/11/2003

    BEL ARTCILE BRAVO

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  3. de Mun Lionel

    28/11/2003

    Je suis globalement d’accord avec vous, mais je mettrai un bémol en ce qui concerne la Corse, où l’Etat français s’est montré sous son plus mauvais jour (affaire de la grotte d’Aléria, des paillottes, etc.); d’autres parts certains médias continentaux versent de l’huile sur le feu (amalgames entre autonomistes et Mafia, articles méprisantS , en particulier de MM. Angelo Rinaldi et Druon, assimilant la langue corse à un « idiome de bergers » et la revendication identitaire corse à du « racisme anti-immigré). L’Etat jacobin a échoué en Corse, alors que les îles voisines (Sardaigne ou Majorque), qui bénéficient d’une large autonomie à l’intérieur des Etats italien et espagnol, ne connaissent pas les problèmes de la Corse…à méditer!

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  4. leon leon

    23/11/2003

    Vous avez raison sur beaucoup de choses . J’aime bien votre terme altermondialisation qui est est en marche , et qui sera globale et sanguinaire si elle devait réussir . Avec cette phrase là vous avez tout dit , vous êtes extra ! C’est que l’altermondialisation est rusée , elle pose de bonnes questions mais a que des mauvaises réponses et de plus a des réponses ambiguës . Elle sait flatter . Ne pas oublier que ces gens ne sont souvent que des vieux , des soixante-huitards qui ne veulent que la destruction des nations ( ils ont presque réussi , Le Pen leur tient tête avec ces petits moyens) . Si à Bagdad les américains ont de grosses difficultés n’oubliez pas qu’ils ont ouvert la boite à Pandore . D’autre part les américains ont oubliés que Mitterant a dit il y a 20 ans que chez nous ils sont chez eux et 20 ans plus tard chez nous nous sommes chez eux et chez nous , c’est à dire chez eux nous avons peur et nous vieillissons . Nous ne sommes plus des alliés fiables , chez nous nous avons peur et notre monde industriel est tellement facile a détruire sans obligation de suicide pour des commandos . Nous ne sommes pas le Vietnam du Nord , ni l’Afganistan . Le monde a changé nous sommes condamné à nous taire , à disparaître et nos médias sont au diapason avec la pensée unique qui a organisé notre effacement . Se sera dur pour que nos pays repus et désabusés retrouvent un socle de valeurs qui ont assuré leur pérennité ! Nos pays ne demandent qu’ a partir à la retraite si possible à 50 ans . Nous sommes devenu tellement égoïste tant pis si nos jeunes ne disposeront pas de l’argent de leur travail pourvu que papa jeune aille à la pêche ! Mr Michel Carbonnier encore de bons articles .

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  5. CHATAIGNER Frédéric

    23/11/2003

    Très bon texte! Toutes mes félicitations! Cordialement, Chataigner Frédéric.

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