Charbonnages : on a subventionné le déclin

Charbonnages : on a subventionné le déclin

La mondialisation de l’économie permet de consommer en France du charbon produit dans des mines africaines ou asiatiques. Dans certains pays, le charbon est exploité à ciel ouvert et les salaires donnés aux mineurs sont dix fois inférieurs à ceux que touchent les mineurs français. Ainsi, malgré le prix du transport, le charbon étranger est vendu, en France, 50 euros la tonne, alors que le charbon français aurait dû être vendu 150 euros la tonne, trois fois plus. Grâce à la mondialisation, tous les Français paient leur charbon trois fois moins cher. Le charbon français n’est absolument plus compétitif.
Si les producteurs de charbon français avaient été des entreprises privées, ils auraient rapidement tiré les conclusions de cette situation incontournable. Ils auraient fermé les mines françaises aussitôt qu’elles mettaient en déficit leurs entreprises et ils auraient probablement aussi délocalisé la technologie française d’extraction du charbon dans des pays sous-développés. Ils auraient ainsi privé d’emploi les mineurs français qui n’auraient pas voulu s’expatrier, tout en donnant en même temps emplois et richesses au pays devenu nouveau producteur de charbon. Le mineur mis au chômage aurait été pris en charge par la France, le temps qu’il retrouve un emploi. Ces dépenses de solidarité auraient coûté des millions d’euros au pays. Quand un Français perd un emploi, le pays doit le prendre en charge jusqu’à ce qu’il en retrouve un autre.
Mais, en 1945, la France vivait imprégnée d’une idéologie marxiste et les producteurs de charbon ont été nationalisés. Charbonnages de France est né et c’est cette entreprise nationalisée, gérée par l’État, qui a subi de plein fouet la mondialisation.
L’entreprise publique aurait pu tirer les mêmes conclusions que le ferait une entreprise privée. Elle aurait pu décider de mettre la clef sous la porte et les mineurs mis au chômage auraient été pris en charge, en attendant leur nouvel emploi.
Certains utopistes auraient même pu croire que l’entreprise publique aurait préféré aller le plus rapidement possible. Car le métier de mineur est l’un des plus durs qui soit. On transpire dans des galeries surchauffées. On respire sans arrêt de la poussière, ce qui expose à la silicose. On est brutalement tué lors d’une explosion de grisou. Fermer le plus rapidement possible une mine quand on le peut, c’est finalement montrer qu’on est très attentifs aux problèmes sociaux.
Mais « Charbonnages de France » était un des joyaux des entreprises nationalisées françaises. Un responsable politique, quel que soit son bord, ne peut pas priver le pays d’une entreprise jouissant d’un si grand prestige et jamais la fermeture des Charbonnages de France n’a été mise dans un programme politique. De leur côté, les responsables des Charbonnages de France n’avaient aucune envie de se faire hara-kiri. Enfin, pour les syndicats, une entreprise nationalisée est bien plus intéressante qu’une entreprise privée. On peut s’y mettre en grève impunément. On obtient ainsi bien plus d’avantages que dans le privé. C’est l’État qui paie, et l’État ne peut pas être mis en faillite. Tous les responsables se sont donc mis d’accord pour ne pas fermer Charbonnages de France. Ils ont décidé tous ensemble de maintenir le plus longtemps possible au charbon les mineurs de fond. La sueur, la poussière et le coup de grisou font partie des avantages acquis qu’il faut absolument conserver. L’État n’a qu’à payer.
Charbonnages de France a donc continué à produire son charbon trois fois trop cher. Et chaque fois qu’une tonne de charbon était extraite, l’État donnait à Charbonnages de France 100 euros pour que son charbon redevienne compétitif. Les Français ont pu continuer à acheter leur charbon à 50 euros, profitant ainsi de la mondialisation. Notre système fiscal étant le plus compliqué du monde, beaucoup d’entre eux croient encore naïvement que ce sont les autres qui payent les impôts. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Alors que nous manquons de main-d’œuvre dans certains secteurs, nous dépensons des milliards d’euros pour maintenir des emplois pénibles et dangereux. Belle politique sociale, non ?…

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(2) Commentaires

  • eric dugas Répondre

    reponse a cast : je ne vois pas ou l’extreme liberalisme de cet article. Il explique les faits c’est tout. Le seul point de vue de l’auteur, c’est uniquement la derniere phrase « belle politique sociale, non ? ». Tout le reste ne sont que des faits, et ne sont guere contestables quand vous dites « un mode dirige par multinationales monstrueuses », en quoi sont elles monstrueuses. EDF est soit disant le 1er d’europe, quelle monstruosite !!! (pardon : si c’est un monopole d’etat, ce n’est plus monstrueux, quelle que soit sa taille) dans les abandons de souverainete, vous avez oublie le telephone, bientot avec tous ces operateurs on ne pourra plus telephoner tranquillement comme au bon temps ou france telecom regnait en maitre…d’ailleurs ca commence…(j’ai eu un gresillement sur ma ligne SFR l’autre jour) quant a la « desindustrialisation massive des pays occidentaux », je n’ai pas entendu dire que les emplois aux USA etaient massivement partis vers le mexique ou vers cuba (pourtant la main d’oeuvre y est moins chere). Alors il faudrait expliquer que les pays qui se desindustrialisent sont ceux qui ne sont pas assez attractifs pour les entreprises, cela retablirait la verite…. ce qui est sur, c’est que ce que vous pronez c’est ce qu’on fait en france depuis 30 ans et plus, et si le resultat etait admirable, le monde entier nous copierait. C’est le cas ???

    19/05/2004 à 12 h 06 min
  • cast Répondre

    On peut avoir une autre position que l’extrême libéralisme proné par l’auteur de l’article.Dans tous les domaines,les choses sont souvent bien plus compliquées que pourrait le laisser penser des solutions expéditives et simplistes.Personnellement je pense qu’il est important pour un pays de conserver ses activités vitales:énergie,transports,éducation,police ,justice,armée.Il s’agit en effet de préserver l’avenir,et l’abandon de la production de charbon,ainsi que la privatisation de l’EDF constitue en fait un abandon massif de souveraineté.Bien entendu que la productivité aurait due être améliorée,ce qui serait passé par une réforme fondamentale de la fonction publique.Au lieu de celà,vers quoi nous dirigeons nous (nous y sommes déjà):vers un monde entiérement dirigé par des multinationales monstrueuses et vers une désindustrialisation massive de tous les pays occidentaux.Si c’est celà la nouvelle idéologie mondialiste,elle rappelle étrangement l’ideologie marxiste qui,elle non plus ne souffrait aucune discussion et prétendait amener le bonheur à l’espèce humaine.Force est de constater que nous n’en prenons pas le chemin.

    18/05/2004 à 12 h 28 min

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