Charybde et Scylla : écueils économique et social

Posté le juillet 04, 2007, 12:00
7 mins

Autrefois, le passage du détroit de Messine séparant l’Italie de la Sicile était, pour les bateaux à voile, très dangereux. Non seulement les vents et les courants y étaient souvent violents ; mais en plus, de part et d’autre du détroit, deux écueils, Charybde et Scylla, cachés sous les eaux, attendaient sournoisement les bateaux pour les précipiter au fond de la mer.

Deux récentes décisions prises par notre gouvernement au sujet du Smic et des universités, montrent que le bateau France navigue actuellement très difficilement entre l’écueil social et l’écueil économique.

Le Smic vient d’être augmenté de 2,1 %. C’est le minimum légal, obligatoire. Or jusqu’à maintenant, chaque fois qu’un président était élu, il offrait systématiquement une augmentation du Smic bien supérieure au minimum légal. Il montrait ainsi dans un grand élan de générosité qu’il prenait soin des plus pauvres. Il est très facile d’être généreux avec l’argent des entreprises.

Immédiatement de nombreux hommes politiques ont critiqué Nicolas Sarkozy. Après le coup de la TVA sociale réduisant le pouvoir d’achat des chômeurs, il refuse maintenant de donner le moindre coup de pouce au Smic ! Nicolas Sarkozy n’est pas le président de tous les Français comme il le dit. Il est le président des riches et du Medef. La faible augmentation du Smic produit quelques remous du côté de l’écueil social. Mais elle ne semble pas vouloir provoquer des grèves ou des manifestations. Ainsi le bateau France semble passer le détroit assez loin de l’écueil social.

Du côté de l’autre écueil, c’est bien plus grave. Toute augmentation du Smic de 1 % donne plus de 30 000 chômeurs supplémentaires. Elle réduit en effet la compétitivité de nos entreprises et elle élimine du Marché du travail tous ceux qui sont incapables de rapporter par leur travail plus que le Smic. Et ce chômage touche essentiellement les « jeunes » peu qualifiés vivant dans les banlieues. Ces jeunes sans travail s’occupent en faisant du trafic de drogue, en incendiant des voitures, en castagnant les flics ou en pillant les magasins.
Le bon cap aurait été de supprimer le Smic, car cette suppression évitait 60 000 chômeurs supplémentaires. Mais elle précipitait le bateau France tout droit sur l’écueil social. L’augmenter de deux points seulement permet de passer, tout en hypothéquant le moins possible l’avenir.

Le gouvernement veut porter remède au mal qui détruit actuellement nos universités. Un énorme mammouth administrativo-syndical paralyse l’Éducation Nationale française. Au nom de l’égalité, nos universités refusent et la concurrence et la sélection. Sans concurrence, l’enseignement donné est devenu médiocre. Chaque année nos universités régressent dans les classements internationaux. Beaucoup de jeunes Français préfèrent aller étudier à l’étranger, aux USA tout particulièrement. La sélection existe à l’entrée des grandes écoles et ceux qui sortent de ces écoles trouvent rapidement un emploi. La sélection n’existe pas à l’entrée des universités, mais elle se fait à la sortie. Seuls les meilleurs diplômés trouvent finalement un emploi.

Pour rendre rapidement efficace nos universités, il aurait fallu leur rendre une totale indépendance. En donnant aux étudiants un chèque scolaire, pour leur permettre de financer leurs études et de choisir leur université. Et en donnant aux universités l’autorisation de sélectionner leurs étudiants. Une telle solution permettait au bateau France d’avancer toutes voiles dehors, mais elle le précipitait immédiatement sur l’écueil des troubles sociaux…

Pour éviter les troubles sociaux le gouvernement propose « l’autonomie », c’est-à-dire un statut mal défini entre la liberté totale rendant les présidents des universités enfin responsables des résultats de leur établissement, et la contrainte gouvernementale totale actuelle, leur retirant pratiquement toute responsabilité. Syndicats d’enseignants et d’étudiants s’opposent assez mollement à la réforme proposée. L’écueil social sera peut-être évité à la rentrée universitaire…
On ne peut que souhaiter bon vent au bateau France…

2 réponses à l'article : Charybde et Scylla : écueils économique et social

  1. Jaures

    7 juillet 2007

    A Florin: Vous avez des études une vision pour le moins restrictive. Comment définir à l’avance ce qui sera rentable ou non ? Une société n’a t-elle pas également besoin d’être pensée ?
    Thales, a qui on reprochait de passer son temps à réfléchir vainement réunit en un an plus de richesses que les meilleurs marchands.
    Archimède que l’on disait incapable de servir sa cité conçut des machines de guerre effrayantes.
    Léo Ferré disait que n’importe qui est capable d’écrire un tube. On le mit au défi. Il écrivit en quelques minutes "C’est extra" qui cassa tous les hit parade de l’époque.
    Méfions-nous de qualifier d’inutile ce qui parfois nous échappe.

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  2. Florin

    4 juillet 2007

    M. Tremeau propose un remède largement appliqué dans les pays de l’Est pendant les années rouges : la sélection à l’entrée de l’Université. Cocasse, mais enfin, pourquoi pas.

    Petite précision : la sélection s’accompagnait d’un emploi assuré à la sortie de l’Université !!! Emploi par ailleurs forcé, impossible à quitter pendant un certain nombre d’années.

    eh oui, Monsieur : dans la vie, il y a des contreparties à négocier. Je ne vois pas au nom de quoi on limiterait l’accès aux études supérieures, dès lors que le jeune diplômé est lâché dans la nature à la fin de son cursus. 

    Par contre, je ne vois nullement pourquoi le contribuable devrait subventioner des études qui ne débouchent sur rien d’autre que sur la grande porte dorée de  l’ANPE. On devrait augmenter sensiblement les bourses dans les branches où il y a un vrai besoin, les lier au mérite et aux résultats, et biensûr les supprimer COMPLETEMENT pour des filières cul-de-sac.

    Les études, on n’en fait pas pour converser dans les salons, mais pour travailler. Quand on fera comprendre cette vérité de base aux enseignants (classe réactionnaire par essence, s’il en est dans ce monde), on aura fait un grand pas en avant.

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