Entre inflation et stagnation

Posté le février 27, 2005, 12:00
5 mins

Une augmentation de la masse monétaire donne une augmentation du pouvoir d’achat si l’inflation ne détruit pas la valeur de la monnaie nouvelle. Schématiquement, si une augmentation de 5 % de la masse monétaire entraîne une inflation de 3 %, le pouvoir d’achat n’augmente que de 2 % L’inflation rééquilibre automatiquement l’offre et la demande. Créer trop de monnaie est inflationniste.
Les pouvoirs politiques prennent souvent des mesures inflationnistes. Par exemple, les gouvernements français ont imposé aux entreprises les charges sociales, le SMIC ou les 35 heures payées comme 39. Toutes ces mesures sont doublement inflationnistes. Elles élèvent le prix de revient des entreprises ; elles augmentent la demande des salariés.
Elles sont immédiatement inflationnistes par augmentation des prix de revient. Mais les capitaux dont disposent les entreprises sont réduits. Pour faire face aux nécessaires besoins quotidiens, les entrepreneurs ont tendance à remettre à plus tard leurs investissements de recherche ou de productivité. L’offre future se réduit d’autant. Il y a une inflation retardée.
L’inflation a, de tout temps, été une gangrène de l’économie. À la suite des travaux de Milton Friedman et de l’école de Chicago, les pouvoirs politiques américains, puis européens, ont confié le contrôle de l’inflation à une banque centrale indépendante. Depuis quelques années, la Banque Centrale Européenne (la BCE) est responsable de la valeur de l’euro. Elle a reçu des différents pouvoirs politiques européens une mission précise. Maintenir l’inflation en-dessous de 2 %. La BCE lutte efficacement contre l’inflation en modifiant la quantité de monnaie mise sur le marché. Plus elle réduit la création monétaire, plus elle s’oppose efficacement à l’inflation.
La BCE a bien atteint l’objectif qui lui a été fixé. L’inflation de l’euro ne dépasse pas 2 %. Mais l’objectif n’est atteint qu’en émettant une trop faible quantité de monnaie. Le pouvoir d’achat ne progresse pas assez rapidement, le PIB stagne et un chômage de masse apparaît en France et en Allemagne. Une plus forte augmentation de la masse monétaire serait inutile, elle ne ferait qu’augmenter l’inflation sans augmenter le pouvoir d’achat.
Ainsi, il existe en Europe d’un côté des pouvoirs politiques nationaux qui prennent des mesures inflationnistes (et la France semble dans ce domaine un champion toute catégorie) et de l’autre un seul pouvoir monétaire européen qui doit s’opposer à l’inflation. On tire à hue et à dia…
La BCE atteint son objectif, c’est bien. Mais les mesures inflationnistes imposées par les pouvoirs politiques interdisent à la BCE de créer suffisamment de pouvoir d’achat nouveau. L’économie stagne. La pauvreté recule moins rapidement et le chômage de masse envahit l’Europe. En voulant lutter contre l’injustice sociale, contre la pauvreté et l’inégalité, ce qui part d’un bon sentiment, les pouvoirs politiques ont mis en place des mesures inflationnistes qui nous maintiennent dans la pauvreté et introduisent une inégalité supplémentaire : l’exclusion.
Or, il existe des contraintes non inflationnistes. Par exemple, l’imposition des revenus qui diminue la demande. Pour remplir les caisses de la Sécurité Sociale, remplaçons les charges sociales par une « CSG sociale ». Une baisse des prix par diminution du prix de revient sera associée à une baisse des prix par diminution de la demande. Il n’y aura pas de modification des revenus. Mais la banque centrale pourra émettre plus de monnaie sans être inflationniste. Le pouvoir d’achat va alors augmenter. De plus, à long terme, les entreprises sont redevenues plus compétitives. Elles pourront utiliser plus de trésorerie pour investir. L’offre va augmenter plus vite. La création monétaire pourra être plus forte. Pauvreté et chômage reculeront plus rapidement.
Est-ce un rêve fou ? En tout cas, on ne tire jamais impunément à hue et à dia…

5 réponses à l'article : Entre inflation et stagnation

  1. T.LARGER

    01/03/2005

    l’angleterre n’avait pas connu un taux de chômage aussi bas depuis 1975; chacun a les records qu’il peut…

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  2. Thierry Orlowski

    28/02/2005

    Cher lecteur, cher Mr. Trémeau, Merci pour cet article tout a fait d’actualité. La France a atteints « officiellement » les 10% ce mois-ci. Il est curieux de constater que les deux pays les plus anti-capitaliste, la France et l’Allemagne, sont aussi ceux qui vont le plus mal économiquement….Alors que les pays plus proche idéologiquement et économiquement du capitalisme libéral avancé tels que l’Irlande ou l’Angleterre vont très bien…(3% de chomage a Londres alors qu’il y a autour de 20% de chomage sur la région parisienne). Toutes ces nouvelles sont rassurantes: A force de déclin, l’influence de la France et de l’Allemagne va diminuer alors que l’influence de nouveaux joueurs sur l’échiquier Europeen va augmenter(Irlande, Pologne..).Cette influence, plus influencer par la révolution capitaliste d’outre-Atlantique va redonner une prospérité nouvelle a toute l’Europe, y compris a la France (malgré elle). C’est triste a dire…Mais le plus grands espoir que l’on puisse avoir pour la France réside dans son déclin et la prépondérance de l’Europe dans les décisions économiques Francaises. Que de bonnes nouvelles…. Cordialement, Thierry Orlowski

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  3. LESTORET

    27/02/2005

    Mr Trémeau êtes vous bien sûr de ne pas trop caricaturer les choses ???

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  4. dj19

    27/02/2005

    Le monde aujourd’hui est entree dans un eperiode de l’arnaque economique

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